‹ Traité complet de l'hystérieChapitre 8 sur 46 · CONVULSIONS · texte numérisé non relu

CONVULSIONS

On a peine a concevoir , en présence de ces convulsions qui paraissent devoir briser tous les ressorts de l'organisme , comment la constitution d'une jeune femme frêle et délicate peut y résister. Tantôt les yeux roulent dans l'orbite ou se convulsent d'une manière si rapide qu'on ne peut en suivre les mouvements ; tantôt , l'un des muscles l'emportant sur les autres, il en résulte, soit pendant les accès , soit à la suite , une déviation que quelques pathologistes ont appelée strabisme hystérique. Dans tous les cas , les yeux, fatigués et enflammés par ces contractions répétées, supportent difficilement la lumière (0.

Rarement les muscles de la face participent aux mouvements généraux ; quelquefois la langue se meut convulsivement ; mais le plus souvent, les mâchoires se contractent de manière a produire des grincements et des claquements de dents , des morsures des lèvres ou de la langue, et même un véritable resserrement tétanique qui empêche l'ingestion des liquides (2).

La tête se renverse , la face , le cou et la poitrine se gonflent 0), et les contractions spasmodiques des muscles thoraciques, jointes aux convulsions des muscles de

(I) Obs. 14, 16, 286, 298.

(i) Obs. 15, 102, If.O, 207, 270.

(3) Obs. 1 1 , 20, 97, 217, 247, 394.

l'abdomen , du diaphragme , de la trachée et du larynx, paraissent suspendre la respiration.

Les convulsions des membres sont remarquables surtout par leur rapidité et leur étendue. Ce sont des mouvements continuels de flexion et d'extension égaux , en général , de chaque côté du corps , ce qui n'a pas lieu dansl'épilepsie. Les mains et les pieds deviennent quelquefois tuméfiés et cyanosés à force de rester en contraction (Obs. d 27, 217).

L'hystérique se porte convulsivement les mains au cou , pour arracher l'obstacle qui la tourmente 5 elle frappe ou repousse avec violence les personnes qui veulent contenir ses mouvements , et la recommandation de Georget , qui n'exige pas moins de six personnes pour maintenir une hystérique pendant l'attaque , indique suffisamment quelle force surnaturelle donnent aux femmes les plus faibles ces paroxysmes convulsifs.

Parfois les convulsions sont telles, que les malades se trouvent la tête en bas et les pieds en l'air , comme dans le cas suivant, recueilli par le docteur Kennedy W et bien faussement attribué à la chorée :

« A. M. , jeune personne de treize ans , de forte constitution et ordinairement bien portante, fut prise, le 10 Juin d836, de quelques accidents nerveux analogues aux symptômes de la danse de Saint-Guy. Deux semaines auparavant, elle avait un peu de constipation et se plaignait de céphalalgie frontale. Les accidents nerveux débutaient soudainement, commençant par un aura qui remontait des orteils jusqu'à l'abdomen : il y avait un , deux ou trois

(1) Edinburgh, nied., and. surg. journal. Juillet 1838 ; Arc/i. gdn. de méd., .1« série , tom. iv , p. 229.

spasmes de hoquet, puis im balancenieni latéral de la têle et du cou; dans ce piemier temps, le corps était penché, la partie antérieure des cuisses relevée vers l'abdomen, le front incliné sur la face postérieure de l'avanl-bras droit, qui était maintenue au poignet parla main gauche. Après être l'cstée pondant quelque temps dans cette position, lout-àrfait insensible aux agents extérieurs, ne se réveillant ni aux cris poussés autour d'elle , ni aux pincements , ni aux secousses les plus fortes , elle s'agitait dans toutes les directions, se pelotonnait, souvent se mettait la tête en bas, les pieds en l'air et appuyée contre le mur. La flgure était alors rouge, gonflée , anxieuse. La respiration s'arrêtait un instant; puis c'étaient des soupirs bruyants et saccadés. Tantôt elle se renversait en arrière, ou, fléchissant fortement la jambe, elle faisait toucher ses talons aux protubérances ischiatiques ; d'autres fois , elle se baissait lout à-fait, ou battait le tambour sur son oreiller avec une inconcevable rapidité; elle dansait sur les genoux , agitant les mains comme une folle. Le plus souvent elle avait l'air colère, quelquefois désappointé et comme dans le désespoir. Trois fois, pendant une attaque , elle tourna rapidement sur ses genoux; puis elle saisit avec les mains le bord de son lit , comme pour en détacher un morceau, et ne pouvant y réussir, elle le mordit avec ses dents.

» Tels étaient les principaux phénomènes de celte étrange afl'ection. Du reste, l'accès fini, la malade n'avait plus conscience de ce qui s'était passé. Les attaques étaient au pombre de quatorze à quinze ; elles commençaient avec pssez de régularité vers huit heures du matin, et revenaient à des' intervalles plus ou moins courts jusqu'à dix ou onze heures du soir. Il n'y en avait point pendant la nuit. La durée d'un accès variait de vingt minutes à une demi-heure, et, dans les derniers temps, d'une heure à une heure et demie , quelquefois deux heures.

» Pendant les trois premiers mois, elle fut traitée par les

purgatifs, puis par les toniques et les antispasmodiques, sans aucune amélioration. On ne fut pas plus heureux avec le sous-carbouatc de fer donné pendant trois semaines, non plus qu'avec les affusions froides, ni avec l'émétique , ni avec l'acide hydrocyanique à la dose de soixante-quinze gouttes en vingt-quatre heures ; des pilules de coloquinte , un larg€ vésicatoire à la partie cervicale de l'épine furent également inutiles. Au bout de trois semaines , pendant lesquelles on cessa tout médicament, on appliqua un grand \ésicatoire au sacrum et un plus petit à la nuque , et on les pansa avec l'onguent de sabine. Au bout de quatre jours les accès avaient disparu complètement, et les règles revenaient le sixième jour. Bientôt reparurent les attaques, avec des vomissements quotidiens. Cet état dura deux mois, et la malade était si faible qu'on la croyait perdue : depuis trois semaines elle ne prenait plus aucun médicament, quand un jour elle se leva tout-à-coup de son lit eu disant : « Maintenant je vais marcher. » Ce qu'elle fit, en effet, au grand étonnement des assistants. Dès ce moment aussi les vomissements cessèrent tout-à-fait. Depuis lors, la santé s'est sensiblement améliorée. »

Dans certains cas , le corps entier forme un arc de cercle, la tête et les pieds reposant seuls sur le lit. (Obs. 76, 91 , 93, 141.)

« Quatiebat membra niinc hue , nune ilUic , et , quod » visu maxime horrendum erat, elevabat abdomen inflec- » tendo dorsi spinam ut caput pene pedes langeret W. »

Dans d'autres, la poitrine est fléchie contre les hanches, et les jambes contre les cuisses, de manière à ne pouvoir en être écartées (2).

(1) ScnMiDius. (Obs. 243.)

(2) . Mademoiselle*", Agée de trente-deux ans, d'un tempérament éminemment nerveux , était attaquée d'hystérie depuis plusieurs

Dans d'autres, enfin , se mêlent a ces convulsions si bizarres, des mouvements extraordinaires, et, pour ainsi

années. Elle en éprouvait des accès par intervalles , el surtout à l'approche de ses règles , qui d'ailleurs revenaient périodiquement tous les quinze jours, coulaient en assez grande quantité, et duraient chaque fois, quatris, cinq ou six jours. Des contrariétés ont rendu ces attaques très-fréquentes, ni presque journalières. A dater du 13 Février 1807 , jusqu'au l5 Mai de la même année , où elles ont hcaucoup diminué , elles étaient marquées par des symptômes extrêmement variés , et que je vais décrire. La malade était prise de convulsion de tous les membres et des muscles du cou, de la bouche , des yeux, enfin de la langue (qui tantôt se retirait , tantôt s'allongeait, ou exécutait alternativement des mouvements en avant et en arrière). Quelquefois ses paupières se contractaient aussi d'une manière spasmodique , et devenaient très-douloureuses; ou bien la malade éprouvait un resserrement de poitrine , du gonflement et de la tension vers le bas-ventre, qui devenait dur comme une planche ; une grande sensibilité à la région hypogastrique , un sentiment de suffocation , des hoquets, des borborygmes, et une sorte de balotlement du ventre de bas en haut , ou de haut en bas , comme si on l'eût agité fortement. Ce balottement durait quelquefois pendant quatre ou cinq minutes de suite, et était accompagné et suivi de grandes douleurs, et d'une sensation vive de chaleur dans celle partie; souvent il n'avait lieu que d'un seul côté. La poitrine se rapprochait des hanches, el la dernière côte de la crête de l'os des lies , de manière à n'en être séparée que de l'intervalle de deux doigts. La malade restait dans cette position pendant une demi-heure, ayant les jambes pliéesctsi fortement appliquées contre les cuisses, qu'on ne pouvait les en écarter ; quelquefois tout le corps restait raide comme une barre. Dans d'autres accès il y avait des élouffements , perle de la parole ou loquacité. La malade était tantôt gaie , tantôt triste. Ordinairement elle mangeait peu. Quelquefois elle se montrait d'une voracité extraordinaire , dévorant en un seul instant une livre de pain , ou buvant d'un seul trait une pinte d'eau ou de lait. Elle était habituellement très-resserrée; et ses urines, quelquefois rares, d'autres fois abondantes, étaient toujours claires cl limpides comme de l'oau.

» Durant trois mois , elle a eu tous les jours pendant deux , trois, quelquefois quatre heures, des atlaciues dans losqnrilcs j'ai observé tous ces symptômes divers La nuit elle était ordinairement Iranquille, dormait un pou et n'avait presque jamais d'accès. Ces accès

dire , de véiilables tours de force , dans lesquels les malades montrent une vigueur prodigieuse et une incroyable justesse d'équilibration , témoin l'observation suivante intitulée à tort hystérie calalepdque , car on n'y découvre aucun symptôme de catalepsie :

« Au milieu d'une conversation animée , d'un

amusemont , livrée à un travail ou même immobile spectatrice de ce qui se passe autour d'elle , cette jeune fdle , âgée de douze ans, commence ;^ bâiller; son aspect prend une teinte particulière; elle soupire, chancelle, perd ses forces, ne sait plus ce qu'elle veut , ce qu'elle fait; accuse des douleurs aux jambes , à la nuque, enfin à l'épigastre ; agite son bras droit sur sa tête, comme un postillon faisant claquer son fouet. Elle délire , et , si elle a mangé depuis peu, il lui survient des nausées , des vomissements de mucosités d'abord , ensuite de matières plus ou moins digérées. Elle vacille , tombe , s'assoupit et cherche à se relever, puis retombe encore et s'assoupit de nouveau, tend ses membres qui deviennent d'une raideur tétanique , grince les dents, pousse un soupir et se lève avec vivacité, s'agite en tous sens; ses forces et sa dextérité deviennent prodigieuses en s'agitant. Elle court, s'élance, bondit, saute , monte , grimpe , descend avec une surprenante adresse, une étonnante agilité; elle danse sur une table, sur un bâton placé transversalement , sur le dossier d'une chaise, sur les épaules, sur la tête d'un homme, et ne perd presque jamais l'équilibre. Le pouls bat 150, sou œil est fixe, le regard farouche , la pupille dilatée. Elle ne

variaient sans cesse ; aucuns ne se ressemblaient pnrfailcment. Souvent d'une minute à l'aulrc il survenait des changements considérables. A letouircment succédail (juclqucfois une irrilalion gciiérale de la ti-le, puis une exaltation des idées fort remarquable... » (Ci,\yf, de Chartres , Journal de Corvlsart , lom, xv , p. 410.)

connaît personne , n'entend plus rien , elle voit , mais n'observe pas; elle est insensible aux piqûres, au feu même ; elle frappe , se heurte et ne se plaint pas. Elle a souvent soif et crie : a A boire, sœur; » elle saisit la coupe, boit d'une manière convulsive , et semblable à l'hydropbobe, elle rejette cette coupe avec horreur. Elle se repose quelques minutes et recommence , puis elle caresse , rit , aboie , se mord et recommence encore. Quelquefois elle se jette à terre , frappe alternativement des bras et des jambes ; son corps s'arque tantôt devant, tantôt derrière; d'autres fois ces mouvements ne se font que d'un côté, l'autre semblant paralysé. Le mal cède graduellement; elle tombe affaiblie , mais ne sue pas , malgré ce travail et l'extrême chaleur de l'étable ; elle soupire, étend les bras ; demande à boire , à se coucher. Son sommeil est troublé par intervalles , il lui semble , dit-clle , « avoir au gosier un corps qu'elle ne peut avaler ; » elle est agitée par des soubresauts, des mouvements convulsifs qui se calment, et après une heure tout est fini. Le pouls bat 120; à son réveil elle éprouve un peu de fatigue qui disparaît bientôt pour faire place à la parfaite tranquillité de ses sens. Ses attaques sont irrégulières : tantôt deux fois par jour, tan-tôt une, et c'est l'ordinaire; quelquefois les accès ne reviennent que tous les jours ; d'autres fois ils laissent un intervalle de huit jours, sans que rien puisse expliquer ces irrégularités. La durée moyenne des accès est d'une heure. Mais, ce qui m'a le plus surpris, c'est de pouvoir lui faire venir l'attaque et de la faire disparaître à volonté. De légères frictions pratiquées sur l'épigastre pendant une ou deux minutes, sufTisaient pour l'endormir pendant deux ou trois autres minutes, et tout se suivait comme il a été dit. Les mêmes frictions, exercées pendant trois ou quatre minutes, le lui faisaient cesser; alors, ce que j'appellerai sa convalescence , était plus pénible, plus longue. Elle se portait bien, mangeait de bon appétit, et ne se

plaignait que d'une douleur légère à la nuque , suivie de rots qui la soulageaient. . . . (i). »

Quelquefois on oljserve des craquements produits sans doute par les tendons ou par les surfaces articulaires , et qui sont assez prononcés pour s'entendre k distance (Obs. 75, 224 bis).

Chez certaines malades , on voit alterner avec les convulsions de tout le système musculaire de la vie de relation les convulsions des muscles de la vie organique.

Chez d'autres s'observent les véritables symptômes extérieurs du tétanos avec toutes ses variétés. Chez d'autres, ceux de la catalepsie, et, par exemple, de violentes convulsions de la partie supérieure du tronc avec immobilité cataleptique de la partie inférieure (2).

Chez d'autres, enfin , les paroxysmes s'accompagnent d'un tel désordre intellectuel , qu'elles se mordent les mains, s'arrachent les cheveux, se déchirent la chair avec les ongles , et se jettent sur tous les objets a leur portée pour les briser , ou sur les personnes qui les entourent , fussent leurs amies les plus chères , et même leur mère (a) , soit pour les mordre , soit pour les

(1) MoTTAUD, Gazette méd. de Paris, année 1836, p. 762.

(2) Obs. 14, "6, 81, 87,90, 139, 103, 180, 182, 190, 291, 322-

(3) Trois OU quatre personnes pouvaient à peine contenir

la malade (agce de treize ans). Lorsque ses mains étaient libres, elle se meurtrissait violemment; lorsqu'elles étaient retenues, ell'

cherchait à se frapper la tcto contre les objets environnants

Dans les rémissions, elle montrait la plus grande insensibilité aux caressesdesa mère ; quelques instants après elle feignait de vouloir

l'embrasser, et tâchait de la surprendre pour la mordre Le

1 5 Germinal, nouvel accès moins long ; l'écume lui vint à la bouche ;

frapper (1), soit pour metlre leurs vêlements en pièces (Obs.44, 133,283).

L'observation suivante donne une juste idée de ces incroyables violences auxquelles on voit se porter de très-jeunes filles dans les accès d'hystérie :

« Mademoiselle de Serrière, deSar-Louis, âgée de dixsept ans, d'un tempérament sanguin, vive et robuste, eut, dans le courant de Novembre 1764, à la suite d'une longue syncope, après une saignée au bras, un accès de vapeur si considérable, qu'il fut suivi, à l'instant, d'une paralysie complète depuis la ceinture jusqu'en bas. Les remèdes usités en pareil cas ayant été sans effets, on l'envoya aux eaux de Bourbonne le 23 Janvier suivant : elle logea chez moi.

» Elle n'eut depuis son premier accident jusqu'à ce jour, aucun accès vaporeux.

» Sa paralysie était à un si haut degi'é, qu'elle était insensible à une épingle enfoncée profondément dans ses jambes et ses cuisses.

» Deux jours après son arrivée, elle fut mise à l'usage des eaux en boisson : le troisième qu'elle en but, elle eut, sur le soir , un serrement à la gorge , qui fut aussitôt suivi de perte de connaissance , accompagnée , tantôt de hoquets irès-violcnis , tantôt de cris très-aigus et perçants, enfin de mouvements convulsifs si terribles , que quatre hommes eurent peine à la contenir sur son lit : cet accident dura quinze heures.

elle était d'une extravagance extrême, commandait tour-à-tour l'exercicc militaire et les figures de la danse, tantôt avec une voix douce, tantôt avec un son aigu , tantôt avec une voix rauque. > (Marestant, Journal de Corvisarl, lome v, p. 218.)

(1) « J'ai connu, dit J. Frank, des hyslériques, jouissant d'ailleurs de toute leur inlclligence, qui paijaienl leurs domestiques pour pouvoir les frapper à leur aise. » {Loc, c(<.,p. 431.)

» Depuis ce jour, qui était le 28 Janvier, les mêmes symptômes reparurent tous les deux ou trois jours, avec la même violence, la malade éprouvant do plus, dans les muscles de la respiration et du bas-venlre, quelquefois les plus rudes secousses. Dans ces instants le diaphragme s'élevait et s'abaissait avec une telle vitesse, que la poitrine imitait très-bien alors le mouvement d'une vague fortement agitée par la tempête. Une autre fois, elle ouvrait de grands yeux, fixait quelqu'un, et tout-à-coup se précipitait dessus comme pour le dévorer. Si , en cherchant à l'éviter, quelques-uns de ses vêtements lui tombaient sous la main , elle ne les quittait pas qu'elle n'eût emporté la pièce. Cette triste et cruelle situation durait des dix-huit, vingt heures, pendant lesquelles elle avait quelques courts moments de rémission, et revint à peu près dans le même ordre jusqu'au 12 de Mars.

» Depuis cette époque jusqu'au 15 avril, les accidents s'éloignèrent, furent moins longs, et ne revinrent que tous les cinq , six ou huit jours. Leurs commencements étaient alors en tout semblables aux autres; mais une heure ou deux après, les mouvements convulsifs cessaient comme par enchantement, et étaient suivis de rêves , dans lesquels elle racontait toutes ses affaires particuhères et domestiques, et tout ce qu'elle avait vu ou entendu les jours précédents (0. »

On conçoit que ces envies de mordre, jointes aux accidents de strangulation, à l'impossibilité d'avaler, quelquefois même a l'horreur des liquides , aient pu en imposer à des observateurs inattenlifs pour des cas de rage. Le diagnostic a pu offrir plus d'obscurité encore , si une hystérique a été mordue par un chien 5 c'est sans

(1) Chevalibr , Journal de médecine, an 1770, lom. xxxiii, p. 30.

doute à de semblables coïncidences qu'il faut attribuer certains cas de rage prétendus guéris , et qui n'étaient autres , très-probablement , que des cas d'hystérie.

Cherchant a apprécier la cause et le but de ces convulsions , M. Dubois , d'Amiens , se demande si l'on ne doit pas reconnaître la le principe de réaction contre tout état morbide, c'est-a-dire, la neutralisation ou l'élimination d'un agent nuisible hors de l'économie.

« Je sais , dit M. Dubois, qu'il serait difficile de trouver, pour le cas qui nous occupe, des comparaisons dont les termes fussent tout- a-fait analogues. Ainsi il n'en est pas ici comme d'une inflammation locale développée autour d'une épine. Inflammation évidemment éliminatuée , il n'en est pas même comme de l'état de réaction générale connu sous le nom de lièvre, et qui n'est autre chose qu'un consensus général d'efl"orts éliminateurs.

» Toutefois si , dans le premier degré de l'hystérie, les mouvements musculaires suscités et dirigés par la volonté nous paraissent et sont en efl'et soutenus pour résister à un agent nuisible, la douleur, n'est-il pas naturel de penser que dans le deuxième degré de cette maladie , les mouvements convulsifs dépendent aussi d'une réaction de l'organisme , bien que cette réaction ne soit plus sous la dépendance de la volonté ?

» Assurément ces mouvements nous paraissent désordonnés, plus nuisibles qu'utiles aux malades, capables même, en certains cas, de causer à eux seuls leur perte ; mais s'ils nous paraissent ainsi suscités par une force aveugle , c'est que nous ne connaissons ni cette force ni la raison de ces effets.

» Dès que les opérations de l'intelligence humaine sont suspendues , dès qu'elle ne préside plus aux mouve-

ments de l'organisme , ou que ces mouvements, nalurelment en dehors de ces fonctions intellectuelles , suivent une marche insolite et a nous inconnue, nous nous croyons fondé a croire qu'il n'y a plus de protection directrice, et que tout est perdu si la médecine ne vient rétablir l'ordre.

M C'est une erreur qui tient à la faiblesse de nos connaissances et a la présomption de nos savants.

)) Dans l'état de santé, ne voyons-nous pas parfois ces prétendues anomalies conduire 'a un but évidemment salutaire? Cherchonâ-nous alors a révoquer en doute ce but salutaire vers lequel la nature nous dirige d'une manière si étrange ? Non, sans doute , et nous allons le faire voir.

» Nous avons vu tout-a-l'heure dans l'hystérie les mouvements musculaires soumis, dans le premier degré, c'est-a-dire , lorsque les douleurs étaient peu intenses , k l'influence de la volonté •, tandis que, dans le second degré , les douleurs étant devenues atroces , il y avait perte de connaissance , et mouvements convulsifs , évidemment suscités par un nouveau principe d'action , inconnu dans sa nature , mais capable de tripler et de quadrupler même les forces ordinaires de l'individu. Il en résulte que les mouvements ont trouvé leurs mobiles dans deux sources bien distinctes : les uns dans la volonté , c'est-a-dire, dans l'intelligence ; les autres dans un principe éminemment énergique, c'està-dire, dans le principe de toute réaction organique. Eh bien ! je le demande , ne voyons-nous pas un ordre de choses tout-h-fait analogue dans les phénomènes instinctifs , dans ces séries de mouvements et même d'actions à l'aide desquelles l'homme , ou veille lui-même à la conservation de sa vie , ou obéit h une force qui veut la lui conserver ?

...» Si donc dans les grands efforts de la nature , chez l'homme malade, nous ne reconnaissons ni nos moyens , ni nos règles , ni nos Jois ; si les expressions symptomatiques des maladies nous paraissent alors ou étranges ou désordonnées, nous nous hâtons de leur refuser une force directrice ; c'est que nous ne savons pas les comprendre , n'en accusons que nous-mêmes. »

Evidemment , on retrouve dans cette dissertation tout le talent philosophique de M. Dubois , et particulièrement sa passion , exagérée peut-être , pour le raisonnement -, mais , a coup sûr , quand on voit les hystériques s'arracher les cheveux , se déchirer les chairs avec les ongles ou avec les dents , se frapper la tête sur le sol de manière a la briser , se mettre la tête en bas et les pieds en l'air , s'arc-boutcr sur les pieds et sur les mains , se jeter sur ceux qui les entourent pour les frapper ou pour les mordre , on peut , sans témérité , refuser a ces déviations de l'ordre naturel la force directrice que M. Dubois tend k leur accorder.

Quant a nous , nous ne voyons pas en quoi les convulsions physiques pourraient , dans l'hystérie , plutôt conduire à un but salutaire que n'y conduisent , dans les affections cérébrales , les convulsions morales , si je puis ainsi dire, ou les troubles intellectuels.

Assurément tout a son but dans la nature, et, par conséquent, les convulsions, quelque désordonnées qu'elles soient, ont aussi le leur. Mais ce but est-il salutaire ou ne l 'est-il pas ? Nous ne voyons pas ce qui a pu faire incliner M. Dubois pour l'afïïrmative plutôt que pour la négative.

Page 1