‹ Traité complet de l'hystérieChapitre 9 sur 46 · PERTE DE CONNAISSANCE. — SYNCOPÉS · texte numérisé non relu

PERTE DE CONNAISSANCE. — SYNCOPÉS

Malgré l'opinion contraire de plusieurs pathologistesij il est incontestable que la perte complète de connais^ sance peut se manifester dans l'hystérie simple , c'est^ a-dirci dans l'hystérie dépourvue de tout symptôme d'épilepsie et l'induction j k défaut de l'observation , eût dû porter h ne pas regarder comme signe différentiel entre deux affections le seul degré d'intensité d'un phénomène dont l'appréciation est d'ailleurs si difficile.

En effet j de cette demi-perte de connaissance signalée dans la plupart des observations d'hystérie , on arrive graduellement à la perte complète , et ce n'est pas sur des nuances plus ou moins prononcées que peuvent être basées solidement les différences pathognomoniques.

Chez les mêmes malades , on voit , selon l'intensité des crises , survenir ou manquer la perte complète de Connaissance , et un examen insuffisant aura pu seul faire admettre la permanence constante du sentiment dans les accès d'hystérie. « Contingit autem quod tempore M paroxysmi hysterici mens constet , omnia audianl , » intelliganl , et flnito paroxysmo , nulla mentis hebe- » tudinem sentiant , nulla spuma ex ore prodeat, tune » liysterica passio solet vocari non epilepsia ^ quia » sensus interni et externi abolentur in vera ex exqui- « sita epilepsia (2). »

Nous sommes loin ^ comme on vient de le voir , dé partager cette opinion de Van-Swieten, non que la perte

(1) Obs. 12, 87, 107, 271, 290, 321.

(2) Van-Swieten , lom. m, p. 4I7j

de connaissance ne nous paraisse établir une différence précise entre l'hystérie et l'épilepsie , mais parce que , selon nous , cette différence ne consiste nullement dans l'intensité du symptôme, mais uniquement dans l'époque de son invasion et dans son mode de développement.

Ainsi , quelque faible que soit un accès d'épilepsie, il est accompagné , dès son début même , d'une perte profonde et subite de connaissance.

Quelque fort que soit un accès d'hystérie, jamais la' perte de connaissance ne se manifeste au début.

Dans tous les accès d'épilepsie, la perte de connaissance est immédiatement complète.

Dans tous les accès d'hystérie , la perte de connaissance est graduelle.

Cette perte de connaissance s'accompagne souvent de syncope , ou plutôt dégénère en syncope, lorsqu'elle est portée à un haut degré ; et il est à remarquer que la syncope ne survient jamais, comme on le pense généralement , en raison de la violence des convulsions , mais en raison de leur siège : ainsi se déclare- t-elle communément, non après les violentes convulsions des membres, mais après la boule hypogastrique, l'oppression épigastrique, la constriction cervicale, le hoquet prolongé, les vomissements , etc., c'est-a-dire, que la syncope paraît principalement sous la dépendance des spasmes viscéraux (i).

(1) « Quand celte vapeur est parvenue iusques au cerveau, tantost elle fait ce qu'on appelle fureur utérine, avec caquet, colère et inquiétude, ou excite quelques autres sortes de folie remplies de crainte et

d'horreur ; tantost elle cause comme un profond assoupissement

sans aucun sentiment et avec si peu de respiration, que quelquefois on n'en remarque point du tout , comme si la femme estoil déjà morte et passée. ■ (Furnel, Pathol., lib. vi,p. 498.)

Nous avons vu dans nos observations des syncopes survenir en l'absence de toute convulsion des muscles de la vie de relation (i) j et effectivement , on doit considérer cet état syncopal comme produit par le trouble ou le ralentissement des fonctions du poumon ou du cœur , soit sous l'influence directe des convulsions musculaires de la vie animale ; soit sous l'influence de cette fatigue , de cette anesthésie qui peut s'emparer des muscles viscéraux, comme elle s'empare des muscles locomoteurs , après les spasmes dont ils ont été le siège ; soit enûn sous l'influence d'un épuisement général et momentané de l'influx nerveux.

Cet état syncopal varie de plusieurs minutes à plusieurs jours quant a la durée , et il peut passer par tous les degrés , depuis les simples phénomènes produits par la diminution des principales fonctions , jusqu'à ceux qui résultent de leur abolition momentanée, et qui vont jusqu'à simuler la mort (2).

Tantôt , en effet , la syncope est incomplète , le pouls et les battements de cœur sont imperceptibles, la pâleur est extrême, le refroidissement général ; mais la respiration , quoique lente et laborieuse , annonce la continuation de la vie.

Tantôt la syncope est complète, le pouls et la respiration sont imperceptibles , les yeux insensibles à la lumière ; mais les convulsions reparaissent au bout de quelques minutes , et avec elles toutes les manifestationsvitales.

Tantôt , au contraire , elle se prolonge sans aucune

(1) Obs. 11, 153, 342.

(2) Obs. 15,32, 33,34,35, 36, .37, 38, 39, 40, 4(,42,43, 44,4&,46, 47. 48,49, 50, 143,215, 217, 350.

rémission , et elle est d'assez longue durée pour simuler la mort ('),

Tantôt, enfin, elle est réellement suivie de mort.

« Je retardai une fois , dit Raulin (2) , les funérailles d'une fille du peuple , parce que sa couleur n'était pas totalement changée. Elle se rétablit quelques heures après. »

Tout le monde connaît les faits d'Asclépiade , qui arrêta le convoi d'une fille hystérique seulement en état de syncope (3) ; de Pison, qui rappela h la vie une hystérique logée chez lui , qu'on avait ensevelie pendant un accès ; de Vésale , enfin , « lequel , dit Ambroise Paré , estant pour lors résident en Espagne , fut mandé pour ouvrir une femme de maison qu'on eslimoit être morte par une suffocation de matrice. Le deuxiesme coup de rasoir qu'il luy donna, commença ladite femme à se mouvoir, et demonstroit par autres signes qu'elle vivoit encore , dont tous les assistants furent grandement étonnés. Je laisse à penser au lecteur comme ce bon seigneur faisant celte œuvre fut en perplexité , comme on cria Tollé après luy, tellement que tout ce qu'il put faire fut de s'absenter du pays : car ceux qui le dévoient excuser , c'estoient ceux qui luy coururent sus ; et estant exilé, tost après mourut

(1) «Saepe contingit praefocatam mulierem vitali omni functione ifar frustrari, ut a mortua nullo modo distingui posse videatur, praesertim cum, ob refrigerationis intentionero , calor imbecillis adeo reddi soleat, ut pulsatio, respiratio, sensus ac motus omnis ablalus sacpe conspiciatur, magnoque errore illam tanquam mortuam praesbyteris aliquando commitlimus. » ( Albertinus Bottonus , Lib. de morb mulieb., cap. 44.)

(2) Affections vaporeuses, p. 9.

(3) « Asclépiade rencontra le cadavre d'une femme qu'on portait au tombeau ; il s'en approcha et reconnut qu'elle n'était pas morte, maisqu'elle était en syncope. » (Raulin, Af/ec. vap.,p. 9.)

de déplaisir, qui n'a esté sans une grande perte pour la république. Or, j'ai bien voulu réciter celte histoire, afin d'instruire tousjours le jeune chirurgien estre discret à se garder qu'il ne tombe en tels accidents (0. »

Les médecins modernes ont rarement rencontré ces états de mort apparente , qui, d'après les anciens auteurs , auraient causé tant de funestes méprises (2) ; et , cependant , le fait suivant est assez récent , pour montrer dans quel embarras peuvent se trouver les praticiens les plus habiles , quand il s'agit de distinguer l'état syncopal de la mort réelle :

a Mademoiselle J. M., âgée de quinze ans, réglée à quatorze ans, d'une santé parfaite, d'une bonne conformalion, de tempérament sanguin, très-blanche, avec des couleurs fraîches et vermeilles, ressentit, le d3 Décembre

(1) A. Pabé, p. 627.

(2) « Fœminse aliquando in vulvae cruciatu elatœ in sepulcris ad vilam rediere : quœ pro alteriusmorluaB scpullura detectae, locum mutavere , alquo ita miserrimœ mortuaî iuveutœ sunt : septuaginta proplerea etduashoras, anlequam humentur , decrevere. • (Alex. Beneuict, PracL, lib. x, cap. 10. )

* Et in famos.i illa viragine Galla Maturina, quœ pro mortua a medicis etiam habita, hujus lapidis primo olfactu e lecto restituta alacris extemplo praeter spem ad mensara aieamque cucurrit. (G. Piso, sect.n, part.u, c. vu, p. 177.)

" Fœminaruua sexus videtur maxime opportunus conversioui vulvœ : quœ si corrigatur , spiritus restituitur. Hue perlinet nobile iliud apud Grtecos volumen Heraclidis, septcm diebus fœrainre exanimisad vitam revocala;. (Plinids, Nat. llist., lib. vu, cap.2ô.)

* Rabbi Moses, mulieri accidisse ex malricis suffocationc scribi : nam scx continuis diebus cam sine sensu etraotu, artcriis etiam induratis turaulandamjacuissc fatetur, ctdenuo revnluisse. » (GEono, Pic- Toniiis, Serm. convivalnm, lib. \,p, 20.)

1820, quatre mois après l'érupîion des règles, une cér phalalgie intense, une grande sensibilité et irritabilité; peu de sommeil , convulsions générales sans écume à Ij^ boucbe ; cinq ou six hommes ne pouvaient la contenir pen-r dant ses accès. Au bout de trois semaines de cet état , la chorée se déclara; immédiatement après, la catalepsie et un véritable tétanos, puis survint la léthargie. Elle dura trois ou quatre jours et se répéta dix à douze fois. C'est en vain qu'on mit en usage tous les antispasmodiques et les calmants. Dans une dernière consultation , donnée par les premiers médecins de Vienne, Pierre Frank, Malfatti , Capellini, etc., on déclara que la malade, épuisée du côté des forces, ne laissait aucun espoir, et qu'elle n'avait que deux ou trois jours à vivre. Eu effet , le soir suivant , comme j'étais auprès de son lit, elle fait un mouvement, se lève , se jette sur moi comme pour m'embrasser , et retombe ensuite comme frappée par la mort. Pendant quatre heures elle me parut entièrement inanimée , et je fis, avec MM. Frank etSouAEFFER, tous les essais possibles pour allumer en elle une étincelle de vie. Ni miroir , ni plume brûlée, ni ammoniaque, ni piqûres, ne réussirent à nous donner un signe de sensibilité. Le galvanisme fut employé sans que la malade montrât quelque contraciilité; M. Frank, même, la crut morte, mais en conseillant toutefois de la laisser dans le lit. Pendant vingt-huit heures aucun changement ne survint , on croyait déjà sentir un peu de putréfaction ; la cloche des morts était sonnée ; ses amies viennent l'habiller en blanc et la couronner de fleurs, tout se disposait autour d'elle pour l'inhumation. Voulant me convaincre des progrès de la putréfaction , je reviens auprès de mademoiselle de M*'*; la putréfaction n'était pas plus avancée qu'auparavant; au contraire, quel fut mon étonnement lorsque je crus apercevoir un faible mouvement de respiration! Je l'observai de nouveau, et je vis que je ne m'étais pas trompé. Aussi;

tôt je pratique des frictions, j'ai recours à des irritants, et, après une heure et demie , la respiration augmente, la malade ouvre les yeux , et , frappée de l'appareil funèbre , elle revient à la connaissance et me dit en riant ; Je suis trop jeune pour mourir. Cet état fut suivi d'un sommeil de dix heures. La convalescence marcha rapidement , et la malade se trouva bientôt débarrassée de toutes indispositions nerveuses. Pendant son sommeil, elle entendit tout; elle rapporta quelques paroles latines prononcées par Frank à côté de sou lit; son plus affreux tourment était d'entendre les préparatifs de la mort, sans pouvoir sortir de son état U). »

Sans contredit , les cas de ce genre sont exceptionnels , et ils le deviendront encore davantage , à mesure que les nouvelles méthodes d'examen seront plus répandues 5 et, néanmoins, tout en faisant la part de l'exagération , et en ne tenant compte que des faits sérieux et authentiques cités au chapitre troisième de nos observations , on n'hésitera pas à reconnaître à quelles rudes épreuves la science et le sang-froid peuvent être mis en pareille circonstance.

Mettant à profit les erreurs et les exagérations même des anciens , le médecin ne se prononcera dans ces cas douteux qu'avec une extrême circonspection , craignant moins de pécher par de trop grandes précautions , que par une témérité dont les exemples ne sont pas rares, et dont les conséquences seraient' si fatales. « D'autant que plusieurs femmes , non-seulement du temps passé , mais aussi de fraische mémoire , esprises de cette maladie , ont esté portées en terre pour mortes ,

(1) Pfkn'dlkr , Obs. pour servir à l'hist. de la léthargie. Thèso de Paris, 1835.

qui toutefois ne l' estaient Or, encore que nulle

respiration apparaisse , si est-ce pourtant qu'il ne faut conclure la femme eslre morte : car elle peut encore avoir une petite chaleur qui luy reste au centre du corps , par le bénéfice de laquelle elle est conservée (0. »

On peut voir (observation 342) avec quelles infinies précautions Morgagni et Santorini procédèrent a l'autopsie d'une femme morte après un accès d'hystérie 5 et^ de ce que notre exploration plus patiente et plus précise aujourd'hui , surtout pour les bruits intra-thoraciques , doive rendre infiniment rares , si ce n'est impossibles , toutes chances d'erreur , nous n'en sommes pas moins tenus k la même prudence dans le diagnostic et à 1^ même réserve dans le pronostic.

(c Ita hystericas et praîfocatas, mortuis quantumvis ab- » scriptas per ipsam , qua3 necem intulisse visa est, paro- M xysmi diuturnitatem aliquandorevixisse, comperimus ; » scilicet usura temporis cum c?etera sana sunt subtilis- » simum illud miasma , quod, intra nervorum texturam » interceptum , enormiter convellebat , sensis oleosisi )) habilitibus lœvigatum, subtiliatum, ac circumpulsum, )) effluit, liberumque reddit corpus quod mortali tenlione » riguerat. Unde prudeus medicusraro tam abjectans de » istiusmodi improviso mortuis habere débet spem, ut sit )) omnino desperatissimus (2). »

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