‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 101 sur 127 · DES PAPIERS A DESSINER · texte numérisé non relu

DES PAPIERS A DESSINER

Il y a les papiers blancs à dessiner, les papiers teints et les papiers peints.

La dimension des papiers a élé déterminée dans les fabriques et dans le commerce, ainsi que leur dénomination et leurs prix.

Le papier grand-aigle vélin coûte de i fr. à i fr. 5o c. la feuille : il est un peu grenu, mais il a l'aspect uni. Le grand-aigle vergé coûte de 4o c. jusqu'à 90 c. la feuille; on y remarque les lignes du moule. (Le demi-grand-aigle est le grand-aigle divisé en deux.) Le papier grand-colombier vélin coûte 90 c. Le papier grand-colombier vergé coûte 5o c* Les papiers grand-jésus , grand-raisin double, simple, carré, etc. , coûtent de 10 à 4o c.

Le plus grand des papiers connus en France excède de cinq pouces six lignes et demie la mesure du grand-aigle anglais; il coûte 6 fr. la feuille. C'est le meilleur de tous les papiers.

Millin croît que les papiers dits anglais sont le plus souvent des papiers de France que les Anglais font passer sous la presse entre un cuivre poli et un carton lisse , pour écraser les grains et le rendre uni , après l'avoir encollé au degré convenable.

Nous pourrions citer ici un grand nombre de fabriques de papier, mais ces recherches importent peu au peintre.

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cependant nous dirons que le papier connu sous le nom de papier Wathmann est presque le seul qui soit employé aujourd'hui pour le lavis. On distingue de plus le papier Wisc et le papier torchon.

Quand le papier n'a pas été convenablement collé, il a le défaut de boire; mais c'est un défaut auquel on peut remédier aisément en l'humectant avec une éponge imbibée d'une, dissolution d'alun. On peut même apprêter le papier à écrire par un moyen à peu près semblable. A cet effet , on en frotte la surface avec de la sandaraque pulvérisée qu'on étend avec une patte de lièvre; et quand cette opération est finie, on l'humecte bien également avec une éponge que l'on trempe dans une dissolution d'alun tiède et très-légère, où l'on a fait dissoudre quelques parcelles de sucre candi. Le papier ainsi préparé est mis en presse pendant qu'il est tout humide, et après cela séché sur des étendoirs et pressé de nouveau plusieurs fois. On remarque qu'il est toujours meilleur à l'emploi lorsqu'ayant été préparé de cette manière, on n'en fait usage qu'au bout de quelqiies mois.

On emploie aujourd'hui beaucoup de papiers teints dans la pâte pour dessiner au crayon noir et au crayon blanc. Le capçice a fait adopter toutes sortes de teintes; mais un certain accord , une certaine vraisemblance doivent guider dans le choix de ces teintes; si elle est ardente et lumineuse, le crayon blanc ne produira aucun relief et il sera discordant; le crayon noir-bleuâtre jurera de même. Une nuance intermédiaire est donc celle qu'il convient d'adopter. La teinte bleuâtre réussit surtout pour l'imitation du plâtre. Quant à. celle des chairs, la teinte jaun|tre réussit assez bieo , surtout lorsqu'on em-

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ploie le crayon de sanguine. Enfin le choix de ces teintes ne doit pas être seulement une afFaire de caprice.

Un très-bon papier , c'est , comme je l'ai dit , celui qui est bien préparé avec une couche fine de pierre-ponce, de blanc coloré, le tout peint à colle. Le crayon s'enlève et s'efFace très-aisément sur ce papier qui reçoit parfaitement bien le travail de l'estompe.

Mais comme il s'agit très-souvent de dessiner la figure humaine et d'en bien indiquer les plans , le papier blanc est préférable aux papiers de couleurs. C'est de papier blanc qu'ont usé presque tous les grands dessinateurs qui se sont méfiés du charme du clair-obscur &ur les papiers de teintes , couverts du travail de l'estompe et chargés de rehauts à la craie. En effet il faut bien plus s'appliquer à la justesse du trait et des mouvemens, lorsqu'on n'a pour ressource que les délinéations d'un seul crayon , que lorsqu'on s'aide par les effets que procure l'estompe et la craie. Les savans dessins de David sont le plus souvent traités sur papier blanc , et , ainsi que nous allons le dire tout-à-l'heure , au crayon de pierre noire d'Italie.

Souvent les peintres qui veulent mettre en évidence leurs cartons , leurs dessins d'étude , sont obligés de les garantir sous une glace dont la grandeur la rend trop coûteuse. Les peintres se trouveraient bien de l'emploi de papiers préparés, ainsi que je viens de le dire; et en usant de blanc de plomb au iieu de craie , ils pourraient cirer après coup ces dessins , les lustrer et les préserver ainsi des salissures et de l'humidité. Je ne m'élends pas sur ce procédé que l'on comprendra quand on aura étudié la théorie pratique de notre procédé encaustique. C'est ici qu'il convient de mentionner l'emploi que

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l'on peut faire pour les très-petits dessios du papier appelé stylographique, parce qu'on dessine sur ce papier avec un style ou une aiguille d'argent. Ce papier qu'on a appelé aussi plâtré est composé de plusieurs couches de blanc très-fin et très-peu collé. Il reçoit fort bien aussi les traits de la mine de plomb. Ce papier permet d'ailleurs d'effacer au grattoir les erreurs , soit de trait , soit d'effet. On voit des dessins charmans exécutés ainsi sur ce papier, dont il y a trente ans Desnos composait des tablettes et des agenda, et sur lequel Desfriches, paysagiste , exécuta le premier des dessins.

DES PAPIERS TENDUS SUR TOILE, DES STIRATORES, etc.

J jE peintre doit avoir presque toujours son papier tendu , soit sur planchette, afm que l'eau du lavis ou le frottement de l'estompe et de la mie de pain ne le chiffonne pas , soit sur toile et châssis pour dessiner ou pour peindre des cartons préparatoires, soit enfin sur un sliratore, espèce de châssis à feuillure qui ne tend le papier que provisoirement.

Lorsqu'on tend le papier sur la planchette destinée et dressée à cet effet, il faut, à l'instar des architectes, n'humecter le papier qu'au degré convenable , afin qu'il ne se déchire pas, quand ses quatre bords auront été retenus par la colle qui les fixe (quelquefois la colle à bouche suffit pour cet effet) , ou afin qu'il ne soit pas ma!

6l6 PROCÉDÉS MATÉRIELS.

lepdu et qu il gode. Le peintre qui veut tendre son papier .sur un châssis doit se méfier de la force du papier qui , lorsqu'il se retire en séchant, attire fortement et fait voiler les montans du châssis.

Lorsqu'il s'agit de papiers tendus pour cartons, on peut prendre une toile très-lâche et semblahle à celle qui sert à soutenir les papiers de tenture. On colle donc du papier gris sur cette toile bien tendue , et on a ainsi une surface qui peut très-bien recevoir le travail préparatoire du peintre, naêrne celui qu'on exécuterait à huile.

Le stiratore consiste en un châssis couvert d'une toile tendue, et sur laquelle se trouve collé un papier fort et uni. Ce châssis s'adapte et se place à volonté dans une espèce de bordure à feuillure, en sorte que du côté de son endroit il se trouve à fleur de cette bordure. On comprend que, si avantd'incruster ce châssis dansla feuillure de la bordure,on place dessus un papier humide et lâche, cette feuille en se séchant ne pourra pas se retirer, puisque ses borrls seront embarrassés et rephés dans la feuillure du cadre , en sorte qu'à la fin et lorsqu'elle sera sèche elle se trouvera tendue très-uniment. Par derrière on place deux traverses mobiles qui serrent , appuyent et fixent le châssis , et , par conséquent, le papier dans le cadre. Lorsque le dessin est terminé , on fait sortir ces deux traverses de leur mortaise, afin que le châssis puisse sortir du cadre. Quant au papier, comme il n'a été que posé sur ce châssis , il s'enlève sans résistance. On peut , pour humecter le papier, employer de l'eau d'alun ou de l'eau d'amidon étendue seulement sur le dehors de la feuille.

GRAYONS.

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