‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 115 sur 127 · TOME IX · texte numérisé non relu

TOME IX

beau vernis , ce beau poli qu'on aime à trouver sur une palette. Il faut donc introduire une autre composition. Je pense que la mixture par deux tiers d'huile , ou même par un tiers , est à préférer (voy. le chap. ôgS) ; je pense même qu'on peut se dispenser d'employer de l'huile, et que le copal suffit. Il est vrai qu'ici nous parlons autant de la préparation de la palette pour la peinture encaustique que de la palette pour la peinture à huile. Pour l'encaustique, le copal dissous dans l'essence d'aspic, et introduit à l'aide du feu dans l'épaisseur de la palette, suffit, et il suffirait même pour une palette destinée aux couleurs à huile. Cependant , pour cette dernière, on pourrait introduire une portion d'huile , et dans ce cas , il conviendrait dé faire dissoudre dans l'huile , du karabé qui est plus dur encore que le copal. Enfin il n'est pas nécessaire d'imbiber la palette d'une huile superflue et lente à se sécher, procédé qui empêche d'en faire usage avant un an; il est évident qu'on peut au contraire en préparer une dont on peut se servir tout de suite.

Nous avons dit qu'il faut éviter l'emploi de l'huile d'olive dans le polissage du bois des palettes. En elFet, cette huile ne se sèche jamais. Or on peut substituer à l'huile d'olive l'huile volatile de cire , ou de lavande , ou d'aspic, ou même de térébenthine, et rejeter ainsi toute espèce d'huile fixe pour ce polissage.

L'épaisseur du bois vers le bas de la palette et vers le trou , doit être de deux fortes lignes environ , et elle doit être d'une forte ligne environ vers le bord supérieur opposé.

C'est le soin qu'on donne à la palette qui en fait la beauté. La négligence d'un peintre qui fait des entailles

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ati bois de .^a palelle avec son amassètc est presqu' impardonnable. En employant des lames de corne ou d'ivoire , et en enlevant les couleurs à tems, on évitera ces accidens. Gomme le frottement du petit linge avec lequel on essuie la palette n'a pas assez de force pour enlever les couleurs déjà séchées sur la palette, on emploiera avec succès un morceau de papier gris et peu collé. On aura aussi quelques morceaux de prêle, qui pourront gratter certains points de la palette , et qui la poliront en même tems. J'ajouterai que l'usage de petits linges larges seulement comme la paume de la main , et qu'on rejette ou qu'on brûle dès qu'ils sont trop salis , est bien moins désagréable que l'usage de torchons trop grands , qui gênent par leur volume et par l'odeur qu'ils finissent par contracter. H est nécessaire d'avoir deux et trois palettes, afin d'y pouvoir transporter les couleurs demi-sèches , qu'on aura soin de remanier à l'amassète , et à part , sur une glace destinée à cet usage.

On a imaginé des palettes enmétal^ en porcelaine, etc., mais elles sont trop pesantes , surtout lorsqu'elles ont la forme qui oblige à les tenir par un trou. Cet usage de retenir par un trou, à l'aide du pouce, la palette a quelque chose de bizarre , et il n'est pas bien démontré que ce soit la nécessité seule et non la routine qui ait perpétué cet usage. Je pense que la main serait tout aussi à l'aise, si on débarrassait le pouce de cette prison tranchante, ou si on imaginait , par exemple , une poignée quelconque placée au dessous de la palette et qui pût donner un peu plus de commodité , de force et de grâce à la main qui , il faut le dire, est fort gauchement disposée, lorsqu'on est en action de peindre.

66o PROCÉDÉS MATÉRIELS.

On n'a point retrouvé d'images de palettes antiques , iniages qui retracent la forme un peu étrange de nos palettes modernes. La précieuse coilection Passa-laqua, vendue récemment au roi de Prusse , nous fait voir plusieurs espèces d'étuis longs de quelques pouces, contenant des couleurs qui probablement servaient aux écrivains et aux graphistes qui peignaient par teintes plates et entières. Ces petites boîtes longues n'étaient pas, à proprement parler , des palettes , mais un casier à couleurs , et dans lequel on serrait les pinceaux , les styles , etc.

Nous avons dit que la couleur de certains bois était peu favorable aux palettes; cependant si ces bois étaient d'ailleurs légers , bien plans , solides et très-lisses , il ne s'agirait que de modifier leur teinte par quelque moyen chimique : on y parviendrait aisément. La chaux vive, éteinte dans de l'urine, l'eau rouge des tanneurs, le noir et le sel ammoniac, mais, surtout, une immersion plus ou moins longue du bois dans l'eau d'alun sont des moyens artificiels efficaces pour modifier et rembrunir la couleur naturelle du bois.

On a vu des palettes de formes diverses; on en a vu d'ovales , de presque rondes , de carrées. Ces variétés prouvent assez que ce choix est plutôt une affaire d'habitude et une question de bon goût qu'une affaire de nécessité et de commodité. Or, comme le peintre est censé, par le caractère de l'art qu'il exerce, être créateur des belles choses, et propagateur du bon goût; il doit, jusque dans le choix des ustensiles dont il fait usage , faire preuve de ce goût et de ce respect pour le beau.

PINCEAUX. 6Gi

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