DE LA PRATIQUE DE LA PLASTIQUE , ET DU MOULAGE SUR NATURE
No.s avons fait assez sentir ailleurs les avantages et la nécessité de posséder la pratiqae de la plastique. Nous avons fait remarquer aussi combien ce moyen auxiliaire avait contribué à l'expression des figures de certains peintres célèbres , parmi lesquels il faut citer Daniel de Volterra qui, ayant exercé la sculpture jusqu'à Tâge de quarante ans, fit de sa fameuse Descente de croix la plus belle production du dessin de toute l'école d^Italie. Il est certain que les modernes ont étrangement confondu ces sortes de questions , puisque , d'une part, ils ont amélioré le dessin de leurs peintures en s'aidant du géométrique de la sculpture, et que, d'autre part, ils ont déclaré aux peintres qu'ils devaient se méfier de la sculpture, et aux sculpteurs qu'il fallait plier leur art sous les conditions optiques de la peinture. C'est par l'effet de cet imbroglio que M. d'André-Bardon , professeur à l'Académie royale de peinture et de sculpture , et directeur perpétuel de l'Académie de peinture et de sculpture de Marseille, en 1765, a osé dire (pag. 58 de son Traité) : « La « pierre est muette , insensible : ce n'est que par l'artifice » des lumières et des nuances des tons que le ciseau peut » lui donner l'esprit et le mouvement. Un bas-relief qui » ne fait point tableau n'est qu'un ouvrage de ruarbre, etc. »
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Avec d'aussi belles doctrines on parvient à faire mépriser les Grecs , à faire du gâchis en bas-relief, et à perdre la sculpture et la peinture; car ces phrases tranchantes se font écouter, en imposent dans les salons, et arrachent les approbations doctorales des inquisiteurs ignorans. Enlin les choses, à défaut de bonnes écoles publiques, en sont venues au point qu'on peut aujourd'hui pousser, précipiter tous les jeunes artistes, soit dans une route, soit dans une autre; il ne s'agit que de les y exciter, de les y encourager un moment , puis de les y délaisser. Ensuite on dirigera une autre masse dans une route opposée
Mais revenons à l'art de la plastique , et exposons ici quelques-uns des principaux moyens dont on fait usage dans ce procédé imitateur. On modèle ordinairement en terre; cependant il est plus utile pour le peintre de modeler en cire : il doit toutefois posséder l'un et l'autre moyen. Partout où il y a des lubriques de poterie on peut trouver de la terre plus ou moins propre à la plastique; néanmoins il est bon que le peintre ait à l'avance sa provision de terre bien choisie. Cette provision se composera des débris desséchés de figures , dont il aura déjà fait usage pour les marquettes qui auront servi aux études nécessaires à ses tableaux.
La terre qui conserve un ton blanc dans l'état humide^ est la plus commode de toutes, parce que le peintre y aperçoit mieux les formes et le jeu des jours et des ombres que sur une terre trop sombre : cette argile doit toujours être bien lavée, bien nettoyée, bien pétrie. En l'employant , on la pétrit encore une fois dans les mains. On donne aux différons morceaux, qu'on prépare, la forme grossière de ce qu'ils doivent représenter, et on
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achève de perfectionner cette forme avec les doigts, surtout avec le pouce et avec l'instrument qu'on nomme ébauchoir. Souvent les figurines que l'on exécute en terre ont besoin d'être étayées par des supports ou des carcasses : ces carcasses se font en bois ou en fer. On a soin d'humecter de tems en tems ces figures , tant qu'elles ne sont pas terminées ; et pour cela on leur souffle de l'eau , qui , contenue d'abord dans la bouche , doit être ensuite lancée adroitement en état de brouillard, qui enveloppe et humecte tout l'ouvrage. Si l'on est obligé de délaisser pendant quelque tems l'ouvrage , on le couvre de linges mouillés , et on a soin de les faire humecter pendant tout cet intervalle.
Lorsque la marquette est terminée, on la laisse sécher. Dans ce dessèchement , il arrive assez souvent que les membres se détachent, ou que des parties se désunissent; mais il n'y a pas de remède à ce mal : la retraite de la terre qui s'est séchée produit d'assez grandes déformations. Voici les observations fournies par le statuaire Falconet sur ce point. « Les modèles d'argile , dit-il, étant faits d'une même matière, et cette matière étant également humide , la dessicalion produit une retraite égale et proportionnée aux différentes parties : le col d'une figure , par exemple , qui aurait trois pouces de grosseur , se réduirait en séchant à deux pouces neuf lignes , tandis que le corps qui aurait sept pouces et demi de large n'aurait plus que six pouces dix lignes. Cette progression est constante, quelque forme que le sculpteur donne à son modèle.
» Mais il est un inconvénient dont on ne parle pas , qu'il est cependant essentiel de considérer, et que la seule