MOULAGE SUR NATURE
i'eclype de cette main , de ce pied , ou enfin de celte belle production de la nature ou de l'art.
Il y a deux manières de mouler en plâtre un modèle quelconque : le premier, qui demande beaucoup de pratique, de tems et d'adresse, s'appelle ectyper à bon creux; le second, plus facile, s'appelle ectyper à creux perdu. Dans la première manière on conserve le creux dans lequel on a obtenu l'empreinte; dans la seconde manière, on détruit le moule, qu'on brise peu à peu pour y découvrir l'empreinte : cette deuxième manière est plus facile , en ce que l'on n'est pas obligé de composer le creux avec des pièces multipliées , superposées et combinées ainsi que nous l'expliquerons tout-à-l'heure , moyens indispensables pour obtenir un facile et sûr dépouillement. Il faut donc qu'un peintre sache mouler à creux perdu : voici les instructions qui lui sont nécessaires pour cette opération.
Le choix du plâtre , soit qu'il soit cru, soit qu'il soit cuit, est une condition importante. Celui qui est cru doit être pesant et rempli de particules brillantes , qui sont autant de petits cristaux; les amateurs les plus difficiles préfèrent le gyps , qui est la pierre à plâtre la plus transparente; elle est fort commune dans les carrières de Montmartre auprès de Paris , où elle affecte une cristallisation cunéiforme: les ouvriers l'appellent talc très-improprement. Tout autre gyps crystallisé serait sans doute aussi bon ; mais il est plus rare en France , en plus petites masses , et mêlé de plus de corps hétérogènes.
Le plâtre ou gyps cuit chez soi est presque toujours supérieur à celui que vendent les plâtriers, et qu'ils cuisent avec peu de soin , ou chez lesquels il s'altère par l'humi-
dite de l'air, surtout s'ils n'ont pas un prompt débit de leur fournée.
Le plâtre peut se cuire sur l'âtre ou au four; mais l'expérience ayant appris que l'eau , dont la chaleur le dépouille, s'insinuait entre les carreaux du four ,même dans leur substance, et empêchait la parfaite réussite du pain à la cuitée suivante , on ne doit poser le plâtre que sur une plaque de tôle , après l'avoir concassé en morceaux gros au plus comme le poing. On peut envoyer cuire le plâtre che2 le boulanger, en se servant delà tôle; le boulanger le recevra sans difficulté, car pour la cuite du plâtre il ne faut point remettre de bois. Lorsque le pain vient d'être retiré , la chaleur est très-convenable , et en douze ou quinze heures , la cuisson est parfaitement bien faite; cependant si le four se reft'oidissait facilement , il conviendrait avant de placer le plâtre , d'y brûler un fagot.
Le gyps est encore plus facile à cuire ; mais il faut le dépouiller auparavant de certains noyaux pierreux qui se trouvent ordinairement à la réunion des deux jambes du coin , qui se ramifient quelquefois dans le milieu de la cristallisation, et qui, sans doute, servent à maintenir ensemble des corps dont la solidité et l'agrégation sont peu considérables.
On fait la purification du gyps en levant les feuillets dont cette pierre est composée, et en ne leur donnant qu'une ligne environ d'épaisseur; lorsque chaque feuille, soulevée avec la lame d'un couteau, arrive au noyau dont on vient déparier, elle s'y casse, en sorte que, peu à peu, tout le gyps se trouve mis en lames , et le noyau reste séparé: ces lames se cuisent aussi sur la plaque de tôle;