TOME IX
prisonnée; on réparera, on nettoyera tout autour, et on laissera durcir le plâtre au degré nécessaire. Quand le tout aura pris assez de consistance , on procédera à la séparation des deux creux. Pour cela on introduira peu à peu et en plusieurs places ^ pour préparer la séparation, une lame de couteau; cette opération faite, et lorsque l'on aura soulevé la pièce supérieure , on s'occupera de faire sortir la main avec précaution , de manière à ne pas briser les angles aigus qui saillent çk et là. Il faudra ensuite savonner l'intérieur du moule, ce qui se fait avec de l'eau de savon que l'on étend au pinceau et qu'on a soin de laisser pénétrer : on renouvelle trois ou quatre fois les couches selon l'imbibition , et jusqu'à ce qu'on soit assuré que le plâtre que l'on doit couler dans le moule n'y adhérera pas. Quand le plâtre est bien sec, ce qui exige une heure à peu près, on lie les pièces et on procède au coulage dans le creux , afin d'obtenir une empreinte.
Ayez pour ce coulage du plâtre fin qui commence k prendre et qui est en état demi-liquide. Versez-le par l'ouverture du moule, puis renversez et tournez petit à petit le moule; roulez-le enfin dans vos mains, de façon que cette couche demi-liquide de plâtre fin pénètre bien et s'étende dans toutes les profondeurs du moule. Cette première couche étant prise , fortifiez-la par une autre couche, en rejetantj s'il le faut, par l'ouverture, l'excédant du plâtre, excédant qui l'empêcherait de prendre promptement dans le fond. Ce coulage étant fait , et l'empreinte étant suffisamment durcie, il ne s'agit plus que de découvrir l'empreinte et de s'en emparer. Pour cela il importe de briser le moule avec précaution. Dans cette opération on enlève assez hardiment tout le plâtre blanc qui est
MOULAGE sur. NAÏL'RF.. 67.)
superposé autour de la couche colorée, et on procède avec plus de précaution pour le brisement de cette dernière. Une lame de couteau est l'instrument dont on se sert à cet effet; on brisera donc petit à petit jusqu'à ce qu'on arrive à l'empreinte.
Toutes les parties dont on regarde le dépouillement comme faciles, puisqu'elles n'offrent point de détours, n'exigent pas que l'on en brise l'enveloppe, puisque c(^lle-ci se dépouille aisément d'elle-même; cependant, si, par impatience, on voulait séparer, sans les briser, de grosses masses , on risquerait de rompre des parties telles que les doigts par exemple lorsqu'il s'agit d'une main.
Mais il y a des poses , des situations ou positions de parties qui ne permettent pas le dépouillement par grandes pièces de l'empreinte; dans ce cas, il faut s'aider de quelque moyen plus composé. On interpose donc des morceaux de liège sous ces parties du modèle, et ce liége , qui d'ailleurs est élastique , remplit tous ces intervalles , et empêche le plâtre liquide, que l'on coule pour former l'empreinte, de pénétrer dans les creux détournés du moule, ce qui facilite toute l'opération.
Quant aux visages , rien n'est si facile que d'en obtenir le moule et l'empreinte; il suffit de le composer de deux pièces , si la forme du modèle l'exige.
L'art de mouler sur la nature vivante et sur la nature morte est fort ancien. Verrocchio ne fit que répéter ce qu'avaient fait les anciens , lorsqu'il essaya le premier , dans le xv® siècle, de mouler le visage des personnes mortes pour en conserver la ressemblance. Lisyppe, sous Alexandre-le-Grand, ou au moins son frère Lysistrate, moulait , au dire de Pline , les visages des personnes dont
il avait à produire la ressemblance. Nous avons cru devoir citer ici le passage de Pline qui nous apprend ce fait assez intéressant pour l'art*
a Hominîs autem imaginem gypso è facie ipsâ primus » omnium expressit, cerâque in eam formam gypsi infusa ;) emendare instituit Lysistratus Sicyonius, frater Lisyppi ') de que diximus. Sic et similitudinem reddere instituit : » ante eum , quàm pulcherrimas facere studebant. Idem » et de signis effigiem exprimere invenit. Grevitque res in » tantum , ut nulla signa sua sine argilla fièrent. Quo appa- )» ret antiquiorem hanc fuisse scientiam , quam fundendi
> seris. [Lib. xxxv; cap. 12. ) »
Je vais donner ici la traduction française de Poinsinet de Sivry. a A l'égard de l'invention des moules de gypse,
> appliqués et calqués sur la face même de la personne ,
> et dans lesquels la cire contracte l'empreinte fidèle de » tous les traits , cette invention est due à Lysistrate de
> Sicyone, frère de Lysippe , dont nous avons parlé. Ce » fut ainsi qu'il accoutuma les artistes à saisir la ressem- » blance; jusqu'alors on avait cru remplir le vœu de » l'art, lorsqu^on avait fait un simulacre le plus flatté et le )j plus beau possible. 11 inventa aussi l'art de multiplier >) un simulacre par lui-même, en prenant l'empreinte ') de ce simulacre dans un creux composé d'une pâte » propre à calquer fidèlement l'efTigie , et qui , en se sé- )) chant, devenait moule. Cette invention plut tellement ^ ) que les statuaires s'accoutumèrent à ne plus faire au- )) cun simulacre de matière dure, sans en tirer par celte » voie , la copie exacte en argile : d'où il reste démontré )) que les statues d'argile du de plâtre, jetées en moule, » sont antérieures aux statues d'airain jetées en fonte. »
MOULAGE, laiPUEINTJiïi. G77
Voilà ujic traduction bien allongée, dont rexactitude ne peut être jugée que par les personnes de Part. D'ailleurs quant l\ ce qui touche la ressemblance, point indiqué par Pline, il est évident que cet auteur n'a point saisi dans tout ce passage le technique de cette question qui se rapporte à l'art des embellissemens.
Au reste , toute cette citation sert à démontrer déjà le peu de répugnance des habiles artistes de ces tems h répéter, par des moyens mécaniques , les formes et les finesses individuelles de la nature. Elle nous démontre aussi que de tels moyens n'encouraient aucun blâme et qu'ils étaient mis au nombre des inventions ou procédés utiles et nécessaires à la perfection de l'art. Pourquoi ne supposerions-nous pas que les anciens moulaient plus que les visages , et qu'ils savaient estamper avec une matière molle , bien apprêtée , les parties qui leur semblaient devoir être , à l'aide de ce procédé, plus fidèlement répétées par le ciseau? Voyez les réflexions que nous avons émises au sujet de figures extrêmement vraies du fronton du Partlienon , tome ii , pag. 545 , et au sujet de Lysistraie , pag. 447.
Mais il ne suffit pas de savoir emprunter à la nature vivante ses belles parties, il faudrait savoir aussi ectyper les belles figures antiques et souvent les précieuses figurines que l'on trouve çà et là dans les cabinets. Cet exercice fait sur des figurines est très-amusant , parce qu'elles ne sont pas embarrassantes par leur poids et leur volume ; on peut composer, par ce moyen , des collections précieuses. Les procédés nécessaires dans ce cas sont le propre de l'art du mouleur , et nous sommes dispensés de les expliquer complètement dans notre ouvrage, qui n'est destiné qu'à
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ja peinture exclusivement; nous nous contenterons donc d'en donner au peintre une courte description.
La première opération consiste à reconnaître quelles sont les cavités qui sont à remplir et qu'il faut mouler en particulier , c'est-à-dire , mouler par des petites pièces à part, que recouvriront ensuite les plus grandes pièces du moule. Ces cavités , fouillées plus ou moins avant par le ciseau du sculpteur, doivent être remplies par des pièces composées de cire, d'arcanson et de plâtre, mastic que l'on pousse lorsqu'il est tiède , mais liquéfié à l'extérieur : on le retire ensuite à l'aide d'une petite anse en laiton , qu'on a soin de faire ressortir au travers de la grande pièce de plâtre qui, elle-même, sera fixée dans une plus grande, à laquelle on a donné le nom de chape.
On dispose donc les grandes pièces ou chapes , de façon que chacune d'elles en renferme plusieurs petites , et on attache à toutes ces petites pièces des petits anneaux de laiton ou de fer, pour pouvoir les dépouiller plus facilement et pour les faire tenir dans les chapes , par le moyen de petites cordes ou ficelles, qu'on attache aux anneaux et qu'on passe dans les chappes. On marque aussi les grandes et petites pièces par des chiffres , par des lettres, ou avec des entailles, pour les reconnaître, ne se pas tromper, ou ne pas perdre de tems quand il faudra les rassembler.
Il faut remarquer que s'il s'agit d'un ouvrage composé de grandes parties, d'ans lesquelles il y ait peu de détails, et dont les pièces composant le moule sont fort grandes et peuvent se dépouiller aisément , ces pièces n'ont pas besoin des revêtemens ou des enveloppes qu'on nomme phapes. Mais s'il s'agit de figures drapées, ou d'ouvrages
chargés d'ornemens , qui offrent beaucoup de détails, et qui , pour être dépouillés avec facilité , forcent h. multiplier les petites pièces, il faut alors faire de grandes chapes , c'est-à-dire , revêtir toutes ces petites pièces avec d'autre plâtre par grands morceaux , et huiler tant les grandes que les petites pièces , dans les joints et pardessus, afin qu'elles ne s'attachent pas les unes aux autres.
Pour les grandes figures de ronde-bosse, il faut prendre des précautions particulières : on revêt la figure de plusieurs pièces , en commençant par le bas; ce revêtement se fait par assises, dont la première sera par exemple depuis les pieds jusqu'aux genoux; mais cela dépend de la grandeur du modèle, car quand les pièces sont trop grandes , le plâtre se tourmente. Ainsi dans une grande figure, depuis les pieds jusqu'aux genoux, il y aura plusieurs assises. Au-dessus de la première, on en établit une seconde, dont les pièces sont toujours proportionnées à la grandeur de la figure , et on continue ainsi jusqu'aux épaules , sur lesquelles on fait la dernière assise , qui comprend la tête.
Quand le creux ou moule du plâtre est fait, on le laisse reposer jusqu'à ce qu'il soit bien sec; et quand on veut s'en servir, on en imbibe d'huile toutes les parties. On assemble les unes et les autres chacune en sa place, puis on couvre le moule de sa chape, s'il en a une; alors on y jette le plâtre, d'une consistance assez humide pour qu'il puisse s'introduire dans les parties les plus délicates du moule, ce à quoi on peut aider en balançant un peu le moule, lorsque sa dimension le permet. Quand on a jeté à discrétion une certaine quantité de plâtre , on achève de le remplir. Il faut attendre , pour ôter la chape
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OU le moule, que le plâtre soit sec : alors on enlève toutes les parties l'une après l'autre, et l'on découvre ainsi l'empreinte ou la figure moulée.
C'est une si belle chose, c'est une production si savante qu'une médaille grecque de premier choix; et les médailles ordinaires , les pierres gravées , les camées antiques sont des modèles si utiles aux peintres, qu'ils doivent tous posséder le moyen pratique de s'en procurer des empreintes. La vie entière n'est pas suffisante pour découvrir, analyser et ressaisir les principes qui ont dirigé les anciens dans ces beaux exemples, et c'est une ambition pour ainsi dire nécessaire que celle de posséder dans ^a collection des morceaux qui ne sont pas recueillis dans d'autres collections.
Voici les procédés qu'on emploie pour mouler, ectyper ou mçme estamper ces originaux. Parlons d'abord du dernier moyen , celui d'estamper. On a imaginé pour estamper très-promptement, soit une intaille, soit un camée dont le dépouillement n'est pas trop difficile, d'employer une substance souple et élastique. On a donc fait usage quelquefois de la mie de pain tendre ; pour cela on pétrit iong-tems dans les doigt§ de la mie d'un pain peu cuit; on y mêle up peu de vermillion, et lorsque cette mie est devenue liante et ductile, on Timprime sur et dans le naodèle dont elle répète en creux le relief. Son élasticité fait que ce moule se dépouille aisément; on le laisse durcir, et alors il peut servir à tirer des empreintes. S'il s'agit d'une pierre gravée, l'empreinte en mie de pain devient un relief qui de même se laisse tirer en un instant. On conçoit que les finesses et les traits forl déliés ne sont qu'à peine transmis dans ces sortes d é-
preuves; mais l'essentiel est obtenu, puisque l'empreinte répète la disposition générale et le mouvement delà figure.
On a encore imaginé le moyen de la colle forte coulée dans ou sur l'original type : on dépouille cette masse de colle forte avant qu'elle ne soit tout à fait séchée , et pendant que son élasticité permet aux parties retournées dans les anfractuosités de l'original d'en sortir sans se rompre. On pourrait mêler un peu de farine bouillie avec la colle forte.
L'emploi d'une cire préparée et toute prête pour estamper tout de suite des médailles ou des camées est encore fort commode. Voici la manière de faire cette composition. Sur une once de cire vierge qu'on a fait fondre doucement dans un vaisseau de terre vernissée, sans la trop échauffer , et dans laquelle on a mis un gros de sucre candi , broyé très-fm pour en accélérer la fusion , on jette (la cire étant tout-à-fait liquide) une demi-once de noir de fumée qu on aura fait recuire pour achever de le dégraisser, et une goutte de térébenthine: on remue le tout, en se servant d'une spatule, jusqu'à ce que toutes les drogues soient parfaitement incorporées ; et après l'avoir tenu un peu sur le feu , on le laisse refroidir et on en fait un pain.
Maintenant nous allons parler des empreintes des médailles antiques, empreintes exécutées soit en soufre, soit en plâtre.
Le soufre est , ainsi que le plâtre , une substance dont l'ouvrier ou l'amateur de l'art des médailles ne peut guère se passer ; la facilité de le mettre en fusion, et plus encore, la parfaite exactitude avec laquelle il s'applique sur le corps que l'on veut mouler , le rendent aussi commode
qu'il devient utile. Il y a deux espèces principales de soufre : celui qui est en canon, et celui qui est en fleur ;^ ce dernier, qui se sublime dans des vaisseaux clos, est parfaitement pur; mais son prix élevé empêche souvent de l'employer, d'autant plus qu'on purifie très-bien le soufre en canon de la manière suivante :
On fait une petite buze en tôle, en boi«, ou en carton, d'environ huit pouces de hauteur sur quatre de diamètre ; ou y applique un morceau de linge qui ne soit pas trop iin , et on le lie sur cette buze en lui faisant former en dedans une petite poche. Alors on fond le soufre dans un vase de terre,* on le verse bien chaud dans la poche de toile, et il passe à travers dans un gobelet légèrement huilé, placé sous la poche pour le recevoir, dont il sort très facilement lorsqu'il est froid. Cette seule opération suffit pour débarrasser le soufre de tout ce qui pouvait altérer sa pureté , et pour le rendre tout aussi bon que la fleur de soufre.
Il arrive quelquefois qu'en fondant le soufre, il s'enflamme dans la terrine, et que cette combustion fait dégager une vapeur qui afîecte la poitrine; on remédie à cet accident en couvrant aussitôt le vase avec une planche qui joigne exactement; le feu ne tarde pas à s'éteindre.
Quelques personnes donnent la préférence, pour leurs ouvrages, au soufre qui s'est ainsi enflammé plusieurs fois; elles le nomment soufre brûlé, et il est bien aisé à reconnaître par sa couleur plus ou moins brune ; mais nous croyons qu'il n'est pas supérieur au soufre ordinaire ; il est seulement d'une couleur un peu singulière pour des médailles de soufre , et peut être acquiert-il un peu plus de consistance.
Le soufre, ainsi que nous l'avons dit tout à l'heure, est d'une fusion Irès-facile; mis dans un vase sur le feu, il est bientôt presqu'aussi fluide que de l'eau ; ensuite il s'épaissit peu à peu, et devient semblable à un sirop des plus épais; en cet état , si on le coule dans l'eau froide , il y conserve très-long-tems une viscosité qu'il aurait bientôt perdue à l'air; et avant qu'il soit redevenu sec et cassant, on s'en sert, suivant M. Baume, pour prendre, au milieu de l'eau , des empreintes sur des pierres gravées et sur des cachets.
Quoique le soufre ait une certaine consistance, il est cependant assez d'usage de le fortifier avant de l'employer à former des creux , en y mêlant , pendant qu'il est liquide , de la poudre d'ardoises pilces , passée au tamis de soie; cette méthode lui donne du corps, et les creux en sont plus solides : on reconnaît aisément ceux qui sont faits de cette composition, parce que le bleu de l'ardoise leur donne un aspect verdâtre.
: Au reste on peut donner au soufre dif[érentes teintes. Voici comment il convient de procéder.
On fera fondre dans une cuiller de fer, sur un feu modéré, autant de soufre qu'on aura dessein d'en employer; et lorsque ce soufre sera liquéfié, on le jettera dans la couleur dont on voudra le colorer. Sur une once de soufre, on ne peut mettre moins d'une demi-once de couleur, autrement les soufres seraient trop pâles. Le cinabre ou le vermillon, la terre verte, rocpe jaune, le massicot, ainsi que le noir de fumée, sont, de toutes les couleurs, celles qui s'incorporent le mieux avec le soufre : mais si l'on pouvait parvenir avec moins de difficulté à incorporer et h mêler le soufre avec la mine de plomb
()84 PROCÉDÉS MATJîRIELS.
I^éduite en une poudre très-fine, on obtiendrait une teinte qui serait fort agréable à la vue. Celle que donne le vermillon est aussi très-bonne; et quand on veut qu'il ait plus de brillant , on frotte à sec au pinceau avec un peu de carmin la surface de l'empreinte.
La couleur étant jetée dans le soufre , on aura soin de tenir la cuiller dans une agitation continuelle, tant afin que le soufre ne s'attache pas à la cuiller et ne se brûle point , que pour faciliter l'incorporation de la couleur. Pendant ce tems-là , il se formera sur \â surface du soufre une espèce de crasse ou d'écume, qu'il faut eu séparer et enlever avec une spatule ou le tranchant d'un couteau. Au bout d'un demi-quart d'heure, la cuiller étant toujours restée sur le feu , pour empêcher le soufre de figer , on verse le soufre par inclinaison ou sur une feuille de fer blanc bien plane, ou sur une feuille de papier huilé; el on l'y laisse refroidir. Le soufre prend alors la forme d'un gâteau. Cette première préparation sert à le colorer et à le débarrasser de ses ordures les plus grossières.
Quand on veut faire des empreintes, on coupe un morceau de ce gâteau de soufre; on le fait fondre une seconde fois dans la cuiller de fer , toujours sur un feu modéré: on remue la cuiller, pour empêcher le soufre de brûler; on en enlève encore la crasse, en cas qu'il en paraisse , et l'on en verse doucement sur la pierre gravée qu'on a disposée et un peu huilée pour recevoir ce soufre liquéfié. La pierre sera enveloppée ou environnée d'un morceau de carte fine , ou d'un papier fort , bien assujetti avec un fil de laiton , et replié sous la pierre , de façon qu'il prend la forme d'un petit godet , et ne peut permettre au soufre de s'échapper par aucune interstice.
MOULAGE , EMPREI]\TES.
Au lieu de carte ou de papier, on peut entourer la pierre d'une petite lame de plomb mince, qui l'embrasse exactement. Ces difFérens moyens réussissent également; on choisira celui qui paraîtra le plus commode.
A peine le soufre aura-t-il été versé dans cette espèce de petit moule , qu'il commencera à figer. Mais , sans lui en donner letems, aussitôt qu'on jugera qu'il se sera déjà formé sur la surface de la pierre une légère couche de soufre iîgé, qui s'étant étendu comme une peau, couvrira la pierre toute entière, on survidera promptemenl dans la cuiller l'excédent du soufre qui sera encore liquide, puis on le reversera tout de suite dans le moule que l'on emplira. On continuera ces transvasions, jusqu'à ce qu'il y ait une assez forte épaisseur de soufre figé, pour donner du corps à l'empreinte. Avec ces précautions on évitera les bulles d'air et les soufflures.
Quelque tems après , le soufre étant figé, on l'ôtera de dessus la pierre gravée qui s'en détachera aisément et sans le moindre effort. Il ne faut pas douter, si l'on a usé de toutes les précautions qu'on vient d'indiquer , que l'empreinte ne soit exacte et parfaite: mais pour peu qu'elle manque en quelqu'endroit, on ne doit pas hésiter à la refondre et à recommencer; le même soufre pouvant servir. L'opération n'est ni assez coûteuse , ni assez fatigante pour qu'on doive craindre de la répéter.
On ne peut pas tirer des creux de soufre sur toutes sortes de médailles frappées : celles qui sont d'or ou d'argent sont attaquées par l'acide du soufre, qui les corrode et y forme des taches noires assez profondes ; nous avons indiqué la manière de suppléer dans ce cas au soufre par une cire apprêtée.
Les médailles de cuivre ou de bronze restent tout aussi belles après qu'on a coulé dessus des creux de soufre; aussi servent-elles ordinairement pour tirer et composer les premières suites en plâtre; voici le procédé qu'il faut inetlre en usage pour en obtenir de beaux creux.
Si la médaille que vous voulez couler est épaisse, il sera facile de lier autour d'elle une bande de toile cirée , d'une hauteur égale à l'épaisseur que vous voulez donner à votre creux; mais il faudra plus d'adresse si la médaille est mince; lorsque la bande sera bien assujettie, vous oindrez la pièce avec un pinceau doux, trempé dans de l'huile d'olive, et vous observerez deux choses essentielles , premièrement que le pinceau aille également partout, et secondement qu'il ne reste sur la médaille que le moins d'huile possible. Avec un petit nouet de mousseline ou de toute autre matière équivalente, vous pourrez ôler cet excédant d'huile qui ne manquerait pas de rendre le creux moins net.
Quelques ouvriers, pour économiser le soufre, au lieu de faire leurs creux totalement de cette substance , les doublent de plâtre de la manière suivante : ils versent d'abord leur soufre sur la médaille; et lorsque la matière commence à se figer , ils reversent dans la terrine ce qui peut couler encore, et remplissent ce vide avec du plâtre délayé. Cette méthode, qui rend, il est vrai, les creux moins solides, devient toutefois nécessaire dans les grands morceaux où l'on serait dans le cas d'employer une quantité de soufre trop considérable.
Le creux qui vient d'être ainsi formé est propre à fournir de belles médailles en plâtre, si l'on suit les pratiques suivantes :
Entourez le creux avec une bande de toile circe qui le déborde de l'épaisseur dont vous voulez faire votre médaille; huilez-le exactement comme vous avez huilé la médaille de bronze ; puis délayez dans un gobelet un peu de plâtre blanc passé au tamis de soie, de manière à lui donner la consistance de crème; et alors avec un pinceau qui doit assez être doux prenez de votre plâtre délayé , et barbouillez-en le creux de manière que le pinceau ait été bien promené partout , et qu'il ait passé dans les traits les plus fins et les plus déliés : c'est dans cette opération , qu'on nomme l'impression, qae consiste la netteté de la médaille de plâtre , parce que l'air, qui a été expulsé par le mouvement du pinceau , n'est plus en état de former des bulles ou soufflures. On connaît très -bien au moulage la bonté du plâtre; car le mauvais se réduit en grumeaux, et refuse d'absorber l'huile, tandis que celui qui est excellent doit, en se mêlant avec elle, devenir savonneux. On coule ensuite le reste du plâtre délayé qui s'est un peu épaissi pendant l'opération; on agite le creux pour que le plâtre s'étende également, et au bout d'un quart d'heure ou d'une demi -heure au plus, le plâtre s'est assez durci pour que l'on puisse, sans danger, enlever la bande , nettoyer avec soin les bavures , et détacher le médaillon de son creux. Souvent même ces deux pièces se séparent seules, parce que le bon plâtre, en séchant , pousse une eau qu'on retrouve sur le creux en forme de rosée.
Comme la difficulté est de trouver du plâtre assez fin , peut-être vaudrait-il mieux prendre des morceaux de talc, les faire calciner soi-même à un feu ardent; et, quand ils seraient refroidis , les réduire dans un mortier , en pou-
dre la plus fine qu'il serait possible. On aura soin dépasser plusieurs fois cette poudre au tamis , et on l'emploiera comme on fait le plaire, mais on la coulera un peu claire.
Les médaillons de plâtre s'enchâssent ordinairement dans une bande de carton mince et dorée d'un seul côté , elle formera plusieurs tours, et l'on en coupera en biseau les deux extrémités avant de les coller. Pour suspendre les médaillons , on perce ce petit cadre en deux places ; on y passe un morceau de fd de fer très-fm, que l'on contourne ensuite en anneau.
Les marchands de couleurs vendent une poudre appelée bronze^ dont il y a plusieurs sortes, et qui, apposée sur les médailles , leur donne une ressemblance avec le métal de ce nom. On bronze les médailles lorsqu'elles sont fraîches, en promenant sur leurs surfaces un pinceau de poils d'écureuil qu'on a trempé dans cetle poudre, qui est de la plus grande finesse, et qui semble ne pouvoir former aucune épaisseur; cependant les vrais amateurs préfèrent les médailles toutes blanches, parce qu'ils prétendent que le bronze, quelque fin qu'on le suppose, remplit toujours un peu les endroits délicats. Si les médailles sont sèches lorsqu'on veut qu'elles reçoivent le bronze, il faut les mouiller. Le molybdène, dont on fait les crayons appelés de mine de plomb , écrasé et passé au tamis de soie, fournit un bronze commun qui s'applique à sec , en frottant de cette poudre avec le bout du doigt ou d'une estompe sur la médaille.
Il faut faire remarquer ici qu'on ne peut pas obtenir des médailles de soufre dans des creux de soufre, quelque bien huilée qu'ils puissent être; l'analogie de la matière fait qu'elle s'unit; et le creux est perdu.
MOULAGK , EMPREINTES. 689
Ainsi quand on veut avoir des reliefs en soufre, il faut faire le creux en plâtre sur la médaille originale > et couler des soufres dans ce creux.
Chaque creux de soufre s'aliérant peu à peu par les épreuves qu'on tire dedans successivement , on doit garder une des premières épreuves bien exactes pour former dessus un nouveau creux , si celui dont on fait usage vient à ne pouvoir plus servir. En indiquant la manière de former un creux sur l'empreinte ^ nous apprendrons à contr'épreuver toutes les pièces de plâtre qui pouvant sortir d'une seul morceau sont appelées d& dépouille.
Si vous avez un médaillon de plâtre sur lequel vous désiriez faire un creux , soit que vous n'ayez pas la médaille de métal originale , soit que vous vouliez renouveler un creux que vous possédez déjà, mais qui devient défectueux, il faut rendre bien sec le médaillon ^ et lui donner ensuite, à chaud, deux couches d'un vernis composé d'huile de lin cuite avec de la litharge ; si la seconde couche était absorbée difficilement par le plâtre , vous présenteriez le médaillon au feu, et le vernis serait bientôt absorbé. C'est sur ce plâtre verni que vous tirerez très - bien des creux de soufre , en huilant à froid ce relief de plâtre comme les médailles de métal.
Ce médaillon verni pouvant servir un grand nombre de fois, on a soin de le réserver pour le même usage. Quelques personnes, au lieu d'employer le vernis que nous venons de décrire , se contentent d'imbiber leur médaillon d'autant d'huile de lin crue qu'il en peut prendre; d'autres le font en quelque sorte frire dans de la cire; mais Thuile de hn cuite avec la litharge paraît préférable.
Si vos creux viennent à s'encrasser de plâtre , vous les