DES VERNIS EN GENERAL
Jl uisQUE nous traitons ici de la peinture seulement , il suffit de développer les circonstances relatives aux vernis que requiert cet art , et non celles qui concernent tous les vernis imaginés par l'industrie , pour ajouter le lustre à certains objets , et pour concourir également à leur conservation. Cette distinction semble nécessitef" deux expressions caractéristiques, et cependant nos vocabulaires ne nous offrent que le mot vernis : admettons donc ce mot , qui est fort ancien , pour signifier tous les vernis en général , quelle que soit leur destination , en y ajoutant une épithète distinctive , telle que gommeux , résineux , huileux , etc. ; puis nous emploierons un terme particulier pour désigner le vernis des tableaux.
Dans l'antiquité on donna le nom d'atramentum au vernis des tableaux; Apelle, le plus célèbre des peintres, ajouta encore à sa réputation par celui qu'il inventa pour polir et glacer finalement ses ouvrages. Pourquoi ne ferions-nous pas revivre ce nom adopté par les latins pour la chromatique de la peinture ? et pourquoi ne distinguerions-nous pas cet atramentum chromatique des vernis de toute espèce que l'industrie peut imaginer tous les jours?
Nous parlerons donc en général de tous les vernis; mais nous commencerons par traiter de l'atramentum en par-
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ticulier : auparavant il convient d'exposer des aperçus distinctifs sur cette matière.
Le caractère d'un vernis c'est d'être poli et diaphane : le poli seul n'est pas un vernis. On polit le marbre, le bois, l'ivoire; mais ce poli brillant ne vernit pas. Un vernis s'applique, se superpose , etCo ; la pluie vernit les ardoises des toits ; le soleil , en séchant l'eau , les dévernit : la gomme , le sucre , les résines deviennent des vernis lorsqu'on les fond et qu'on les liquéfie; aussi y a-t-il mille espèces de vernis. Cependant l'art de la peinture oblige l'artiste à donner à son vernis certaines qualités que requiert le coloris sous le rapport de l'efFet optique, et sous le rapport même de la conservation du tableau.
Les matières qui s'offrent à l'industrie pour composer les vernis étant de différentes espèces, c'est d'après elles que l'on doit distinguer les vernis. Aussi on peut, je crois, classer séparément les vernis gommeux, les vernis résineux , et les vernis huileux , auxquels on peut joindre les vernis gommo-résineux, les gommo-cireux, les bitumineux, etc. Puisque les sirops , le miel, certains sels , la liqueur qui découle des tuyaux de poêle , la glu, le gluten des limaçons , le mucilage diaphane , luisant et insoluble à l'eau , qui recouvre le corps des poissons, enduit qu'il serait utile d'analyser, etc. , puisque ces substances, dis-je , déposent aussi une lame brillante et diaphane , on peut encore les considérer comme vernis ; on donne de plus ce nom aux vernis vitrifiés de la porcelaine et de l'émail, etc. Toutes ces différences ne motivent-elles pas assez l'emploi du mot atramentum , affecté exclusivement au coloris de la peinture ?
Malgré ces nombreuses distinctions, on est assez d'ac-