‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 15 sur 127 · LES VERNIS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LES VERNIS EN GÉNÉRAL

cord sur la nécessité de ne reconnaître que deux espèces principales de vernis : ce sont les vernis à la résine et les vernis à l'huile-résine. Quant aux vernis gommeux , leur peu de solidité qui provient de ce qu'ils ne résistent pas à l'humidité, ne permet pas de les confondre avec les vernis proprement dits.

Les vernis résineux se font en rendant fluides les résines par l'addition d'un liquide volatil. Les vernis à huilerésine se font en rendant fluides les résines par l'addition d'une huile fixe. Ces vernis à huile-résine sont hien plus tenaces, bien plus durs, bien plus souples et bien plus à l'abri de l'humidilé, que les vernis résineux obtenus sans addition d'huile fixe ; mais cette addition d'huile fixe les jaunit et les brunit.

Quant aux vernis gommeux , ils se font en rendant fluides les gommes, les colles ou mucilages, par l'addition de l'eau. Ils sont donc plus facilement solubles que les premiers.

A l'aridité des vernis résineux on a quelquefois imaginé d'opposer la mollesse de certaines substances , telles que le caout-chouc; les résines molles, telles que la résine-élémi , la cire, le baume de copahu, etc., etc. Contre le jaunissement des vernis huileux (appelés aussi vernis gras), on a opposé le choix de résines très-blanches, d'huiles très-épurées , etc. ; mais on devrait opposer aussi le bon choix des huiles volatiles qui, le plus souvent, en augmentent la liquidité, et qui, telles que l'essence de térébenthine , font jaunir les vernis. ( Quant au choix de l'alcohol ou esprit-de-vin, lorsque c'est ce liquide volatil qu'on emploie, ce choix est assez indifférent.) Contre la perméabilité des vernis gommeux on a opposé le choix

de certaines colles lentes à se dissoudre dans l'eau , telles que la colle de poisson^ etc. , on a imaginé aussi de couvrir ces vernis gommeux d'une lame transparente de cire.

Les vernis résineux se liquéfient donc , soit avec de l'alcohol ', soit avec des huiles volatiles. Ces deux liquides étant évaporés , la lame de résine reste sèche et brillante. Les vernis à huile-résine sont plus ou moins lents à se sécher , cela dépend du caractère dessicatif de l'huile et de sa quantité , car on aide à la liquéfaction ou fluidité en introduisant dans la composition de ce vernis une certaine quantité d'huile volatile.

Les praticiens distinguent donc les vernis à l'essence et les vernis à l'esprit-de-vin.

Ainsi un bon vernis doit être diaphane, luisant, incolore , imperméable , dur , susceptible d'être poli et d'être enlevé lorsqu'on veut le remplacer par un autre. Par conséquent il doit être fluide, assez épais ou visqueux pour être adhérent , assez lent à se dessécher pour être ductile; assez mince enfin pour être comme insensible. à la vue et au toucher.

De l'A trament.

Ce qui a été dit au chapitre de l'Encaustique dans le volume précédent, pages 6 1 7 et 211, doit avoir sulTisamment préparé le lecteur à comprendre ce que doit être l'atrament du peintre. B.établir la teinte et le ton adoptés

1 L'alcohol ( esprit-de-vin ) est le produit de la distillatio-n du vin. La première distillation du vin donne l'alcohol faiole (eau-de-vie) ; les distillations répétées constituent l'alcohol pur ( esprit-dc-vin rectifié); et celui-ci , traité avec une égale quantité d'acide sulfurique (acide ou huile de vitriol } constitue l'éthcr.

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et apposés par le peintre; rétablir et augmenter la transparence de certains passages, accorder ainsi tout le spectacle, et jeter une espèce de glace uniforme sur tout le tableau , glace qui le garantit des poussières et de l'humidité, tel est le but que l'on veut atteindre en couvrant de l'atrament un tableau.

J'ai signalé le besoin qu'on aurait d'un atrament composé de cire , parce qu'il pourrait se lustrer par le frottement, se laver et se réparer partiellement. Je ne répéterai pas à ce sujet ce qui a été dit, pag. 621 et suiv. , vol. viii.

La résine la plus usitée aujourd'hui pour composer l'atrament ou vernis à tableau , c'est la résine-mastic. Le choix de cette résine est bon; elle est brillante, assez blanche, et elle jaunit peu; mais on y ajoute ordinairement de la térébenthine. Cette addition, il est vrai, donne du liant et du brillant au vernis; mais malgré l'attention que l'on peut mettre à la bien choisir , la résine térébenthine jaunit, et on doit toujours l'exclure de l'atrament. On ajoute encore d'autres résines , telles que la sandaraque, la résine-élémi , etc. H faut employer très-sobrement ces résines dans les vernis qu'on veut avoir incolores. Je pense donc qu'on peut obtenir un atrament suffisamment beau avec un mélange de résine-mastic et de résine-élémi , et je pense que ces résines étant dissoutes et liquéfiées par l'huile volatile d'aspic, par exemple, ou par toute autre qui ne soit point extraite de la térébenthine, que je regarde comme dangereuse, on obtiendra im bon atrament , surtout si on le couvre ensuite d'une lame de cire qui permette de laver et de lustrer de tems en tems la surface du tableau. La résine-copal est encore plus brillante^ plus cristallîque que les résines-mastic et

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élémi, et si on l'associe à celles-ci, ce vernis pourra s'enlever aisément; mais il faut que le copal soit blanc, même après sa liquéfaction^ sinon il ne conviendrait que pour les teintes vigoureuses du tableau.

On dépose ordinairement les lames de vernis avec une brosse plate et large : je pense qu'il conviendrait beaucoup mieux de les déposer à l'aide des mains et surtout du pouce. Par ce moyen, la lame, étant plus mince, serait moins susceptible de jaunir.

Quant à la manière d'appliquer ensuite une lame de cire, nous avons vu, vol. viii, pag. 624 et suivantes, comment s'en font l'ustion et le lustrage , et comment la cire peut se liquéfier par l'intermède de l'eau.

Une observation importante trouve ici sa place : plus la surface qui est à vernir est plane , polie et lisse , plus le vernis dont on la couvre peut être mince, plus il reluit et moins il est sujet à jaunir. Or le peintre ne saurait trop unir sa toile et ses couleurs en les ratissant, en les ponçant , etc.

Indépendamment de cette condition , il y a celle de l'adhérence du vernis sans incorporation; en sorte que, s'il arrivait que l'on apposât l'a trament sur le tableau avant que celui-ci ne fut bien sec , cet atrament pourrait, en se mêlant aux couleurs du tableau, les altérer, et n'être plus susceptible d'être enlevé en totalité. Voici donc un moyen excellent et inconnu, je crois, d'isoler le vernis de la peinture sans diminuer l'adhérence nécessaire.

Gluten intGvmédlalr& propre à empêcher Clncorporation des vernis dans La peinture, — Faites bouillir dans un demi-litre d'eau une poignée de graine de lin. — Ajou-

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tez dans l'eau un morceau de sucre candi blanc et de la grosseur d'une petite noisette. — Lorsque l'eau est assez visqueuse pour former une faible gelée dans l'étal froid, le gluteif est bon , et on peut l'employer aussitôt.

Les parties grasses et peu sèches d'un tableau h huile nouvellement fini ne recevronl pas d'abord aisément ce gluten, en sorte que, pour le faire adhérer, il faut un peu de persévérance. On place donc le tableau à plat; on le lave bien , on peut même le dégraisser avec de la farine de haricots , et le bien laver ensuite. Enfin on le prépare le mieux qu'on peut à recevoir le mucilage intermédiaire. Lorsqu'on a jeté sur le tableau quelques gouttes de gluten, on les étend avec la paume de la main , et on la passe et repasse assez souvent et jusqu'à ce que, le dessèchement commençant , quelques points commencent à adhérer. Souvent ce glulen se retire sur lui-même , mais on le force , par le frottement et par l'application fréquente de la main, à s'étendre, à se sécher et à adhérer. Lorsqu'on est certain que cette superposition a eu lieu sur tous les points , l'opération est finie , et on peut appliquer sans crainte le vernis. Quel que soit ce vernis , il ne pénétrera pas dans le tableau ni au-delà de la surface encollée, en sorte qu'une seule couche suffira pour donner un beau brillant; plus tard, l'enlevage de ce vernis sera trèsfacile, et la peinture ne sera point atteinte.

Ce moyen est, pour ainsi dire, indispensable, et il doit être toujours employé et précéder la vernissore , lorsqu'il s'agit de peintures fines à huile ou même au vernis.

Le procédé de l'encollage est toujours pratiqué par les vernisseurs qui veulent économiser le vernis et éviter le jaunissement. Les peintureurs le connaissent très- bien;

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mais le mucilage de la colle de parchemin est loin de convenir aux tableaux. L'usage du blanc d'œuf ou de la colle de poisson a ses inconvéniens , en ce que ces colles retirent et font gercer la peinture fraîche et encoffe molle ; mais notre procédé n'expose à aucun danger.

Je pourrais m'en tenir à ces indications; mais comme les livres où il s'agit des vernis n'ont traité ce sujet que d'une manière fort confuse , et que les personnes étrangères à cette partie pratique se figurent d'abord qu'il s'agit de conditions très-compliquées , nous ajouterons ici d'autres aperçus, dans l'idée de simplifier toute cette question.

Toutes les substances résineuses et brillantes, solubles et fondues , soit dans les huiles volatiles , soit dans l'alcolîol, sont propres à produire un vernis; mais plusieurs résines jaunissent, plusieurs manquent de solidité, parce qu'elles se laissent altérer par l'humidité.

Ualcohol détrempe quelquefois les couleurs des tableaux lorsqu'on y étend le vernis; les huiles volatiles sont quelquefois sujettes à jaunir lorsqu'elles ne s'évaporeot pas en entier; telle est l'essence de térébenthine; d'autres ont une odeur extrêmement forte et désagréable, telle que l'huile de pétrole, de sassafras, etc.

Tous les vernis huileux sont en effet bien plus solides que les vernis résineux; mais ils jaunissent par l'effet de l'huile, et ils sont fort difficiles à enlever ensuite. On les emploie donc beaucoup pour les meubles, les voitures, etc. On parvient à en faire qui paraissent blancs; mais ils ont toujours un œil jaunâtre ou bien gris verdâtre, si, pour déguiser cette teinte jaune, on a préparé la teinte de dessous , en la maintenant un peu lilas ou gris de lin.

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Les Chinois, les Japonais recueillent dans leur pays des résines inconnues à l'Europe; ils y mêlent quelquefois des huiles fixes que nous ne connaissons pas non plus. Enfin tous les sucs résineux, depuis la colophane jusqu'au copal ou à l'ambre le plus blanc, peuvent produire des vernis. Pour les meubles, tels que les bijoux, les boîtes , les étuis , etc. , on emploie pour vernis les gommes , le blanc d'œuf , le sucre candi , etc. Ces substances liquéfiées à l'eau ou à l'alcohol produisent de beaux vernis; mais ils ne se conservent qu'autant qu'on les tient à l'abri de l'humidité. Nos gommes indigènes ne valent pas les gommes de l'Afrique , de l'Amérique et de l'Inde.

Quant aux petits vernis résineux appliqués sur quelques objets de luxe , la sandaraque et l'esprit-de -vin entrent particulièrement dans leur composition. Lorsqu'on veut des vernis colorés en rougeâtre, on emploie des résines de cette couleur: telles sont, par exemple, la gommelaque et le sang- dragon.

La gomme-laque , ou, pour mieux dire, la résine-laque, est une substance recueillie dans l'Inde; elle doit sa couleur rouge foncé à des insectes du pays , et dont elle renferme des détritus. On en distingue trois qualités, savoir : en bâtons , en grains , en écailles ou en feuilles. La résine-laque en bâtons est plus colorée que les autres. Dans le commerce on distingue de plus dans la laque en feuilles la blonde et la brune.

La résine sang-dragon découle d'un arbre des Indes: on en connaît quatre espèces. Celle des Canaries est préférable. Cette résine, dont nous reparlerons en traitant des cou leurs rouge-jaunâtres, nous parvient en larmes enveloppées dans des feuilles.

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