‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 16 sur 127 · TOME IX. G · texte numérisé non relu

TOME IX. G

Deux onces de résine-laque , quatre onces de sandaraque , deux onces de résine-mastic , une once de résineélémi , fondues à un feu doux dans un litre d'alcohol , auquel on ajoute ensuite , avant le refroidissement , deux onces de térébenthine , composent le vernis des luthiers. La résine-laque a une grande ténacité.

Je parlerai du moyen d'enlever les vernis lorsqu'il sera question du nettoyage et de la réparation des tableaux. Quant aux moyens de fondre , de liquéfier et de confectionner les vernis , ces moyens sont extrêmement simples , et s'il ne s'agissait pas , soit d'économie qui fait substituer des matières communes aux matières fines , soit de solidité, lorsqu'il s'agit de vernis industriels, rien ne serait si facile que la fabrication de bons vernis. Deux substances seulement se fondent difficilement; ce sont le copal et le succin ou l'ambre. Nous avons indiqué la manière de fondre le copal. Quant à l'ambre jaune (c'est l'électrum des anciens ; les modernes l'ont appelé encore karabé) , cette espèce de bitume concret est très-solide et très-dur; et ce n'est guère que par l'intermède d'une huile fixe qu'on parvient ordinairement à le fondre. On croit que l'huile volatile rectifiée d'asphalte peut aussi le dissoudre. Je ne m'en suis point occupé , parce que son extrême soHdité ne m'a pas paru nécessaire pour l'atrament du peintre, parce que la teinte ambrée est très -ostensible dans les morceaux les moins colorés de cette espèce de résine, indiquée, comme je l'ai déjà dit, dans de trèsanciens écrits sur la peinture.

On désirerait maintenant trouver ici quelques indications sur le poliment des vernis; mais ce poliment, qui n'est guère usité que pour les vernis h huile-résine dits

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vernis gras, est facile à concevoir. Un linge en tampon, du tripoli Ircs-fin et de l'eau , usent et polissent très-bien le vernis. J'ai déjà indiqué ce moyen en traitant de l'encaustique.

Je terminerai ce chapitre par un extrait d'un ouvrage récemment publié , et qui est intitulé l'Ornemaniste. (Il fait partie de l'Encyclopédie populaire, 1828.)

« Une composition très-remarquable par le succès qu'on » en obtient et la combinaison parfaite des ingrédiens , » est celle offerte depuis près de vingt-cinq ans au public, » par M™^ Gosseron , sous le nom de Couleurs lucidoni- » ques , quai de l'École, n° 10, à Paris. On ne saurait » donner trop d'éloges à l'entreprise de cette dame , qui » aura d^autant plus de succès que la connaissance s'en » répandra davantage dans le public. Une seule circons- » tance pourrait ralentir l'emploi des couleurs lucidoni- » ques, c'est l'élévation du prix, qui surpasse un peu » celui des vernis ordinaires.

» Nous avons examiné par des moyens assez certains » le véhicule dans lequel M™^ Gosseron délaie ses couleurs. » Notre intention n'est pas de publier cette analyse; mais » nous croyons être utiles en faisant connaître unecom- » position à laquelle nous avons été conduits par nos re- » cherches sur les moyens à employer pour suppléer , à » meilleur marché, à toutes les préparations offertes jus- » qu'ici , et dans lesquelles on a voulu éviter l'huile et » l'essence , avec les inconvéniens qui sont inhérens à leur » emploi.

» On sait depuis long-tems que les corps gras , et la » cire en particulier, deviennent miscibles à l'eau par » l'intermède de la gomme , de la gélatine , et que cet

» efiet est d'ailleurs singulièrement accéléré par la pré- » sence de la proportion la plus minime d'alcali , et par » celle de l'alcohol. C'est en partant de ces données que » nous avons tenté la composition d'un vernis exempt » d'huile et d'essence. Toute la diiTiculté ne consistait » plus que dans le dosage exact qui devait donner une li- » queur susceptible d'une prompte dessication, et sus- » ceplible surtout de perdre, dans la dessication qui fait » évaporer tout l'alcohol, la miscibilité à l'eau ; condition » sans laquelle il n'y aurait pas de vernis utile dans la » plupart des emplois.

» Nous ne rapporterons ici que celui des nombreux » dosages qui nous a le mieux réussi. L'on pourra juger » que cette composition offre un excipient des couleurs , » qui n'est pas plus cher que les matières ordinaires em- » ployées pour les mêmes usages, et qui sont accompa- » gnées de tant de mauvaise odeur et de désagrémens.

» Prenez une hvre de belle cire blanche bien pure. » Faites-la fondre dans un vase vernissé ou dans un poêlon » de cuivre bien net. Ajoutez par petites parties , et en » agitant continuellement avec une spatule en bois , une » lessive faite avec deux onces de sous-carbonate de soude » cristallisé, dissous dans un demi-litre d'eau pure, dans » laquelle on aura éteint et délayé préalablement une )) demi-once di chaux nouvellement cuite. Cette lessive » doit être tirée bien à clair.

» A mesure qu'on versera de cette lessive sur la cire » fondue, le mélange se boursouflera, et il en résultera » un savon peu soluble à cause de la petite proportion » d'alcali qu'il contient. Il faudra, en agitant sans cesse, » faire cuire ce savon, et évaporer presqu'en totalité l'eau.

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n On reconnaîtra que le savon est bien cuit, lorsqu'on » laissant tomber une goutte de la spatule sur l'ongle , la » matière se figera instantanément , et offrira une écaille » demi-transparente et presque de l'aspect de la cire.

» On aura fait dissoudre h part une once de belle gomme » arabique et une demi-once de belle colle de Flandre » blonde , dans de l'eau chaude en quantité suffisante. Le )i savon étant bien cuit , on versera la solution gommo- » gélatineuse dessus, par très-petites portions; et en » agitant continuellement, les matières s'incorporeront » peu à peu. On continuera la cuisson à feu très-doux » pour évaporer la presque totalité de l'humidité.

» On ôtera le poêlon de dessus le feu , et lorsque la )> matière sera à moitié refroidie , on y incorporera peu B à peu, et toujours à l'aide de l'agitation continue, un » litre d'alcohol, c'est-à-dire d'esprit-de-vin % de Mont- » pelHer; et on la mettra en bouteilles, que l'on bouchera » exactement, pour s'en servir au besoin. Les quantités » d'ingrédiens indiqués ci-dessus produiront, si l'opéra- » tion a été bien conduite , et les évaporations faites à » propos , environ un litre et demi de liqueur , qui rem- » place, à s'y méprendre, le vernis lucidonique.

» Pour l'emploi , on pourra suivre exactement le pro- » cédé indiqué dans le prospectus des couleurs lucidoni- » ques de M™^ Gosseron. »

On trouvera des notions diverses sur les vernis , dans les auteurs suLvans : Caneparius, Gutle, Hakert, Tingry et Watin. Leurs ouvrages se trouvent indiqués dans notre catalogue, vol. i^'.

66 PROGÉDis MATÉRIELS.

Un a distingué , dans ces derniers tems , les huiles fixes des huiles volatiles : cette distinction est utile. Parmi les huiles fixes, il y en a qui se sèchent jusqu'à l'état concret; il y en a aussi qui ne se sèchent que jusqu'à l'état condensé et de figement ; d'autres enfin semblent devoir rester fluides pour toujours ,; la première de ces espèces est seule employée pour la peinture. Nous ne répéterons pas ce qui a été dit sur le caractère chimique des huiles , leur propriété de s'obscurcir et de se carboniser; ici nous établirons seulement les différences qui doivent être remarquées entre certaines huiles dont font usage les peintres.

L'huile de lin, à ce qu'ail paraît, est celle qui a été employée le plus anciennement; les peintres italiens ont ensuite introduit l'usage de l'huile de noix : les Flamands et les Hollandais seuls ont continué à peindre avec l'huile de lin; enfin les Français surtout ont employé généralement l'huile de pavot, dite aussi huile d'œillette , la seule pour ainsi dire dont on fasse usage aujourd'hui pour les tableaux. Quelques peintres ont essayé aussi d'autres huiles, dont nous parlerons tout à l'heure.

Nos peintres distinguent l'huile très-dessicative (appelée fort improprement huile grasse, puisqu'elle est, au

contraire dégraissée au feu, ce qui la rend seulement plus épaisse) , et l'huile naturelle et non cuite.

De l'huile de lin.

L'huile de lin est la meilleure de toutes les huiles à peinture; la préférence accordée par les anciens à cette huile vient à l'appui de notre assertion. Elle est la meilleure pour deux raisons : la première^ c'est qu'elle blanchit à l'air, même après son dessèchement, blanchiment qui n'a pas lieu dans l'huile de pavot; la seconde c'est qu'elle procure un gluten plus translucide dans l'état sec , et plus riche par conséquent que l'huile de pavot. C'est à raison de cette seconde qualité qu'on la choisit toujours lorsqu'on veut faire de l'huile cuite dessicative , dite huile grasse; laquelle porte, pour ainsi dire, avec elle son vernis. Ce choix prouverait encore qu'elle procure plutôt que toute autre la force, l'émaillé, le crîstallique enfin, qui, pour l'imitation, est exigé dans certains tons et dans certaines teintes.

Il importe peu ici de déterminer la cause de cette qualité glutineuse et diaphane de l'huile de lin dans l'état desséché; cependant, s'il était vrai qu'elle dût cette qualité à la présence d'un certain mucilage ( c'est pour cela probablement que les teinturiers l'emploient quelquefois), il ne conviendrait pas d'en séparer ce mucilage ou ce gommo-huileux par le séjour prolongé de cette huile sur l'eau, mélange ou émulsion imaginée pour mieux clarifier les huiles. Il convient plutôt de ne pas la mettre en contact avec l'eau , et de ne pas la dépouiller ainsi de ce principe gélatineux , qui en effet se dépose au fond des

vases, lorsque ceux-ci contiennent de l'eau sous l'huile de lin. Ces espèces de purification des huiles fixes propres à la peinture n'empêchent nullement la carbonisation , ni par conséquent l'obscurcissement jaunâtre des couleurs qu'on y incorpore.

L'huile de lin est extraite, par le feu , de la semence de lin; c'est de toutes les huiles celle qui demande le plus de chaleur pour son extraction : aussi est-elle plus ou moins colorée et plus ou moins épaisse.

La semence du hn contient une petite amande qui donnerait une huile presque sans couleur, comme celle du pavot, si on pouvait l'extraire par le seul travail de la contusion et de l'expression; mais ce fruit est emprisonné dans une petite enveloppe très-solide , et surtout fort mucilagineuse ; le mucilage y est même si abondant , qu'il absorberait la plus grande partie de l'huile pendant l'expression , si l'expérience n'avait indiqué la nécessité de le détruire par une assez forte torréfaction. Pendant cette torréfaction , il s'élève une vapeur ou fumée aqueuse trèsabondante, fournie par ce mucilage, qui se dessèche et qu'on détruit en partie. Lorsque la vapeur blanchâtre est remplacée par une espèce de fumée sèche et noirâtre , la torréfaction est à son terme , et on expose la pâte à la presse. On sent que cette opération préliminaire doit influer sur les principes de l'huile, et en altérer la couleur; maisj après on peut exposer cette huile à la lumière du soleil, et elle devient absolument incolore.

L'huile de lin doit être amère au goût; celle qui provient de la Hollande est la meilleure ; celle de la Flandre est quelquefois mêlée d'huile de navette, ce qui peut provenir des vases qui ont contenu cette dernière; or l'huile

lîc navette ne se sèche que très-diflicilement, et adhère très-mal aux suhjectiles.

Les pehîtres d'Anvers ont souvent broyé leurs couleurs avec l'huile de lin très-rouge , dans la certitude où ils étaient qu'exposés à l'air leurs tableaux blanchiraient : ce procédé est préférable à l'emploi des huiles très-blanches d'abord, mais qui s'obscurcissent ensuite,

Pour blanchir à l'air l'huile de lin , il faut la préserver du contact de l'air , qui la rendrait visqueuse et la sécherait même; et, à cet effet, les vases de verre d'un trèspetit diamètre sont les meilleurs , tels que les fioles à sirop et les flacons plats. Elle blanchit plus ou moins promptement , selon l'épaisseur qu'elle présente à la lumière solaire , selon la durée de son exposition au soleil et selon l'éclat du soleil lui-même; aussi le tems le plus propre est-il celui où le soleil est dans sa force. Elle peut donc devenir facilement incolore; mais elle acquiert toujours un certain épaisissement , et cet épaisissement a souvent gêné les peintres. Yoilà pourquoi les Hollandais et les Flamands l'ont souvent employée sans la décolorer à la lumière. Quelques-uns ont imaginé , dans ce cas , d'y ajouter de l'essence de térébenthine , pour lui restituer de la fluidité; mais ce liquide est dangereux ; l'huile volatile de cire serait bien préférable.

Huile de noix.

Cette huile est extraite de la noix par expression et sans feu , ou bien elle est extraite par le moyen du feu, et cela pour en augmenter le produit ; celle du commerce est extraite par le feu, ce qui la rend plus dessicative, ei

par conséquent plus propre à la peinture; mais aussi ce procédé la rend très-colorée.

Tingry recommande expressément l'emploi de cette huile, à l'exclusion de toute autre, pour les peintures exposées à l'air , à la pluie , et surtout au soleil. Elle y prend du corps; l'huile de lin, au contraire, se détruit à l'air et se dissipe. D'où vient cette propriété de résister au soleil et à la pluie ? Ne serait-ce pas de ce que la dessication de l'huile de noix , étant plus lente que celle de l'huile de lin , elle n'arrive pas aussi promptement que cette dernière au point de se briser et de se calciner par la chaleur du soleil? Elle serait donc plus molle et moins cristallique. Comme l'huile de noix est plus blanche après l'extraction que l'huile de lin , les peintureurs croient qu'ils doivent la préférer à celle-ci pour les couleurs claires; mais bientôt elle subit le sort des autres huiles, et s'obscurcit de même.

A-t-on essayé les huiles provenant des diverses espèces de noix? L'huile de la Butter-Not de l'Amérique seraitelle, par exemple, dans la classe des huiles douces et onctueuses , ou serait-elle dessicative et préférable à celle des noix d'Europe ? Je l'ignore.

De l'huile de pavot.

On a donné assez inutilement le nom d'huile d'œillette à l'huile de pavot. Ce nom provient peut-être du mot italien ogUetto , diminutif du mot ogllo , huile, et qui se prononce oUetto , en sorte qu'il faudrait dire huile d'oliettc et non huile d'œillet , expression tout h fait impro-

pre; car , quoi qu'on ait dit à ce sujet , un pavot ne ressemble guère à un œillet.

L'huile de pavot est extraite par contusion et par expression de la graine du pavot blanc et de celle du pavot noir. Cette plante qui fournit l'opium, mais dont la graine ou plutôt l'huile n'a rien de la qualité soporifique , est connue de tems immémorial dans les régions orientales où l'on en fait divers usages. Nos connaissances exactes sur cette plante et sur les qualités de l'huile qu'elle recèle ne datent guère que du commencement du xviii^ siècle.

Ses qualités sont la blancheur et sa facilité à se siccatiser avec le tems , non qu'elle soit d'ailleurs plus susceptible que d'autres d'une dessication ou d'une cristallisation parfaites : je pense le contraire; l'huile de lin lui est supérieure en ce point; mais on l'emploie aujourd'hui de préférence à cause de sa blancheur , et parce que l'huile de lin a besoin d'être décolorée à la lumière , et que celle de noix est plus lente à se sécher. Du reste elle est moins transparente , moins cristallique que ces dernières dans l'état concret.

Indépendamment des huiles de lin, de noix et de pavot, il existe d'autres huiles fixes qui peuvent servir à la peinture. L'huile de chènevis , l'huile de tournesol , l'huile de faîne, qui est le fruit du hêtre, sont dessicatives; l'huile de chènevis surtout a de très-bonnes qualités. Mais d'autres huiles onctueuses ne sont point susceptibles d'une dessication complète; telles sont les huiles de noisettes, d'amandes, de navette, de colza, deben, espèce de gland d'un arbre de l'Arabie; ces huiles, dis-je, qui d'ailleurs sont inodores et insipides, restent toujours fluides et sont

employées à cet effet pour faciliter le jeu mécanique de certains rouages métalliques. Quant à l'huile d'olive , bien qu'elle ressemble à ces dernières par son caractère de fluidité permanente , elle doit être considérée à part , et nous en parlerons expressément au chapitre 594: Be la Peinture à huile d^ olive sur cire.

Enfin une foule de graines peuvent fournir des huiles bonnes pour la peinture ; il reste à savoir si l'on a fait à ce sujet toutes les recherches que mérite l'importance de la question, et s'il n'existerait pas des huiles fixes qui, en se séchant , altéreraient moins les couleurs que ne le font les huiles employées jusqu'ici. On pourrait donc étudier les huiles extraites du froment, des pépins de raisin \ de la graine de ricin ou palma-christi , etc. Cette dernière semble être d'une nature particulière. (Voyez les recherches de MM. Bussy et Lecanu , Recueil des savans étrangers. Décembre 1826.)

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