‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 19 sur 127 · TOME IX. n · texte numérisé non relu

TOME IX. n

(jS " PROCÉDAS MATÉRIELS.

Fhuiie avec le gaz oxigéné contenu dans la neige; ce qui s'obtient par le procédé suivant : « Mélangez , avec de la » la neige bien formée, telle quantité d'huile que vous » voudrez; pétrissez-la bien dans une terrine avec une » spatule ou autrement : mettez cette masse dans un vase » de terre cuite ou de porcelaine, et couvrez-le d'un linge » par propreté. Laissez ce mélange exposé au froid , et à » l'abri du soleil. Lorsque la température est adoucie, » intervalle qu'on peut supposer de deux mois à peu » près , la neige , qui se résout en eau , se sépare de » l'huile; et celle-ci , qui se sépare avec le tems , a acquis » la propriété siccative : cette qualité est augmentée en » raison du tems pendant lequel les deux substances sont » restées en contact. »

On ne doit pas s'étonner , d'après ces effets , si de l'huile , exposée au soleil dans des vases de plomb , acquiert avec le tems la propriété siccative; le gaz oxigène, qui fait partie de l'air atmosphérique , ne tarde pas à la rancir par le développement d'un principe acide ; et cet eifet serait plus prompt à l'aide d'un plus fort calorique que celui que procure le soleil; mais il en altérerait la couleur.

Selon M. Thenard , toutes les huiles fixes , exposées à l'action de l'air , cèdent peu à peu une partie de leur hydrogène et de leur carbone à l'oxigène de ce fluide : elles s'épaisissent , et quelquefois se rancissent; d'autres se durcissent : telles sont les huiles que l'on a appelées siccatives.

Quelques chimistes ont prétendu que la couleur blanche de la peinture (oxide de plomb ou blanc de plomb ) s'altère par son contact avec l'huile : mais ne pourrait-on

MOYENS DE DIvSSICATISEK LES HUILES. (JQ

pas dire au contraire que si Toxide de plomb redevient métal lorsqu'il abandonne l'oxigène, qui le constituait oxide, il ne devrait être uni par conséquent qu'avec des huiles non susceptibles d'absorber l'oxigène de cet oxide. Or les huiles dessicatives et déjà oxigénées étant dans ce cas, il semble qu'on ne doive rejeter, pour la peinture, que celles qui n'auraient pas reçu cette propriété à un assez haut degré; et que les autres, celles dont on fait usage ordinairement pour peindre , ne doivent point opérer la revivification du plomb sur l'oxide de ce métal. Ainsi le beau blanc de plomb , uni à des huiles trèsblanches , mais non oxigénées , souvent ne conserve pas sa pureté et son éclat; tandis que, mêlé avec des huiles dessicatisées et oxigénées , il reste sans altération. Cellesci ont donc subi h Favance^ne carbonisation que l'huile naturelle ne doit subir que plus tard, mais sur le tableau. On peut faire une foule de raisonnemens sur ce point; le plus simple de tous c'est que l'huile altère les couleurs , et que, moins on en met dans les couleurs, mieux elles se conservent : c'est pour cela que j'ai imaginé et employé, avec succès, le procédé par deux tiers d'huile seulement. (Voy. le chap. ôgo. )

Les annales des Arts , tom. vi , p. 6g; tom. v, p. 2y5; tom. IX, p. 267 , etc.:, offrent des recettes sur la purification des huiles; on y a recueilli les opinions de Thenard, de Gower et Collier , de Damart , etc. L'académie a proposé une question sur l'huile siccative. (Voy. le Magasin encyclopédique; juillet 181 5. )

Je terminerai par une observation relative au peintre Greuze. Ce colorisle était dans l'usage de n'employer que le blanc qui avait long-tems séjourné en masse au

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milieu de la vessie; et il ne se servait €|ue du cœur ou du centre , rejetant le reste. Aussi suspendait-il au plafond des vessies de blanc; et au bout d'un an ou plus , il les ouvrait pour en extraire le centre. L'emploi constant qu'il fit de l'outremer , a pu , indépendamment de cette précaution , contribuer à la fraîcheur assez remarquable de son coloris.

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