‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 4 sur 127 · PEINTURE A. HUILE. ÉBAUCHE · texte numérisé non relu

PEINTURE A. HUILE. ÉBAUCHE

cette ligne? Nous sommes, j'espère, parvenus précédemment à expliquer, à enseigner l'une et l'autre leçon.

David répétait une chose excellente. « Quand on peint » au premier coup, disait-il, il faut appliquer le ton juste » et ne pas dire: ce n'est que préparé. Si l'on fait uneébau- » elle, c'est autre chose. Cependant, lorsqu'on ne fait pas » juste en commençant, on ne fera pas juste à la fin. ;> J'ai déjà dit que David avait reçu à Rome les conseils d'un géo mètre habile en perspective. Ce même géomètre qui lui avait expliqué ce qui concerne les lignes, avait cherché à lui expliquer ce qui concerne les couleurs , et David avait mis en principe que le ton , devant être mathématiquement de telle ou telle espèce, il importait de le poser aussitôt sur la toile, et de ne point en essayer d'autres qui fussent inutilement approximatifs. Nous sommes tout-àfait de son avis. Il est au moins inutile de commencer à peu près juste; il faut absolument être juste, en commençant. Mais, encore une fois, comment le peintre distinguera-t-il cette justesse? C'est donc une affaire de science et de géométrie chromatique : or cette science chromatique , nous l'avons développée suffisamment.

Une question se présente ici : nous avons dit que souvent il convenait d'opérer par glacis superposés et de monter ainsi , comme par degrés , un ton ou une teinte jusqu'à la force et la transparence qui lui sont propres. Or la science mathématique des tons , en prescrivant le véritable degré de ton , semble exiger qu'on répète tout de suite ce ton, et que l'on ne le tienne pas d'abord plus faible pour l'augmenter après coup. Le lecteur comprend assez qu'ici il s'agit d'un moyen pratique de précaution imaginé pour obtenir plus de transparence^ en sorte

qu'on se permet de faire en deux ou trois fois ce qu'on pourrait faire, il est vrai, en une seule et de prime-abord , en supposant l'emploi de matières d'une transparence extraordinaire. Voici à ce sujet un raisonnement tout-àfait mathématique , et qui peut régulariser ce même moyen pratique. Si , voulant tenir les ombres plus claires afin de les glacer en brun après coup et lorsqu'elles seront sèches , on désire opérer rigoureusement et régulièrement, il n'y a, quant h. la comparaison orthographique ou scénographique exécutée à l'amassète , qu'à se reculer à une certaine distance de l'objet mesuré; alors l'espace ou l'intervalle aérien afFaibhra l'apparence, et, par conséquent , la répétition de cette apparence sur l'échantillon, puis ne se rapprochera de l'objet que quand il s'agira de glacer définitivement en brun ces mêmes ombres , afin de les répéter selon leur degré d'intensité.

Tout ce qu'on a dit sur la manière de peindre en posant toujours des tons et sans les fondre autrement qu'en en posant encore d'autres intermédiaires, est excellent; mais, si l'on opère selon notre méthode, c'est-à-dire, en mesurant , les résultats précis et conformes de cette opération seront conformes à ce conseil des praticiens qui consiste à poser les couleurs à petits coups en empâtant et sans balayer les couleurs sur le tableau. Certes, tâtonner ses tons , les salir en les confondant , en les brouillant ; mélanger les teintes lorsqu'on ignore le coloris, c'est une manière très-vicieuse, et il convient de prescrire la justesse mosaïque aux peintres qui procèdent ainsi ; mais à celui qui sait répéter les tons, qui comprend la chromatique, il faut laisser une certaine liberté , puisqu'il arrive à ses fins , quelle que soit sa manière de procéder.

TEINTURlv A IIIJILE. ÉBAUCHE. [\b

On cite souvent un certain écrit prétendu de Rubens, qui établit une manière d'opérer en peignant. Il recommande d'empâter les clairs , de les poser sans les mêler , de peindre légèrement les bruns , et d'éviter comme la peste le blanc dans les ombres. Sans discuter la question de savoir si cet écrit est authentique, on reconnaîtra que les préceptes qu'il contient sont excellens; cependant de trèshabiles coloristes ont procédé différemment. Quant à ce blanc qui est la peste des ombres, il faut remarquer qu'en effet l'emploi des jaunes est préférable au blanc, parce que le jaune des ocres paraît suffisamment décoloré dans les ombres , et que le blanc de plomb leur donne un aspect grisâtre. Mais encore une fois , si le peintre mesure ses tons à l'amassète d'après le modèle , il sera bien forcé d'éviter l'emploi du blanc dans les ombres , ou d'en introduire un peu si cela est nécessaire. Ce |)récepte est presque superflu si l'on suppose que le peintre sait composer ou établir par comparaison avec les teintes naturelles perspectives ses teintes artificielles.

Yoici au reste , cette prétendue leçon de Rubens , telle qu'on l'a imprimée :

« Commencez par peindre légèrement vos ombres , » gardez-vous d'y laisser glisser du blanc ; c'est le poison » d'un tableau, excepté dans les lumières. Si le blanc » émousse une fois cette pointe brillante et dorée , votre » couleur ne sera plus chaude, mais lourde et grise. Il » n'en est pas de même dans les lumières : on peut y » charger les couleurs tant qu'on le juge à propos. Elles » ont du corps. Il faut cependant les tenir pures. On y » réussit en établissant chaque teinte à sa place , et près » l'une de l'autre , en sorte que d'un léger mélange fait

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» avec la brosse, ou le pinceau , on parvienne à les fondre » en les passant l'une dans l'autre sans les tourmenter : » et alors on peut revenir sur cette préparation , et y » donner les touches décidées, qui sont toujours les mar- » ques distinctives des grands maîtres. »

En général il faut , dans la peinture à huile plus que dans toute autre, s'occuper du travail préparatoire, et ne pas confondre le procédé d'ébauche avec le procédé de fini. Si des cartons très-avancés indiquent au peintre tous les traits, tous les tons, toutes les teintes, dans ce cas il peut , comme on dit, peindre au premier coup , et il peut se passer d'ébauche; mais, outre que ce cas n'a que trèsrarement lieu , il est essentiel que le peintre se rappelle constamment que ce n'est pas en peignant à pleine pâte qu'il obtiendra les tons transparens des ombres, mais bien en glaçant ses couleurs comme avec un vernis. Or il peut dans son ébauche modeler des ombres un peu mates, mais très-bien accusées quant à là forme et à l'intensité préparatoire, et ensuite terminer ces mêmes ombres par des couleurs légères , transparentes , superposées et modifiées à plusieurs reprises. Si l'on possédait un gluten tout^à-fait cristallique et translucide , on pourrait , dès le premier coup, peindre transparent; mais comme cette transparence matérielle n'a pas lieu, le peintre commet souvent la faute de forcer l'intensité du ton en dédommagement de son opacité matérielle; en sorte qu'il ne peut plus revenir ensuite par des glacis qui obscurciraient trop les tons.

Quant auxpeintres qui veulent, dès l'ébauche, très-bien peindre et donner à la couleur ce moelleux émaillé qui résulte d'un gluten visqueux, ils s'exposent , lorsqu'ils prétendent dès l'ébauche à remplir cette condition , 5 nç pou-

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