TOME IX
Btanc d'Espagne.
Parmi les blancs non métalliques employés dans la peinture , nous signalerons d'abord le blanc appelé blanc d'Espagne, qui est une argile pure, préparée avec soin. Il ne faut pas le confondre avec le blanc de craie lavée, craie que l'on vend en cylindre, sous le nom de blanc d'Espagne.
Blanc de Moudon ou de Morat.
Le blanc de Moudon est un vrai blanc d'Espagne, qui se tire près des villes de Moudon et de Morat , dans le pays de Vaud, en Suisse. Cette argile est pure, d'un blanc argentin, d'un grain très-fin, et doux au toucher. Elle serait très-propre à être unie à l'oxide de plomb pour composer la céruse.
Blanc de BougivaL
Le blanc de Bougival est une terre marneuse très-fine, qui se trouve près de Marly, à Bougival, bourg situé à quelques lieues de Paris, Elle contient près d'un tiers de carbonate de chaux (craie). Ce mélange la rend inférieure au vrai blanc d'Espagne et au blanc de Moudon , pour la peinture à huile. Dans le commerce, on lui substitue souvent la craie lavée , mais l'emploi en fait aisément reconnaître la fraude; les qualités de l'argile ne s'y retrouvent pas. On la vend sous la forme de pains carrés longs.
Voici , selon Watin , comment on prépare ce blanc. Quand la marne est tirée , pour la purifier et lui ôter son gravier , on la fait délayer dans de l'eau très-claire , mise
COULKURS MATERIELLES. LES BLAKCS. 2 1 1
dans un vaisseau net , et on la laisse rasseoir, ce qui se fait aisément sans aucune manipulation. On jette cette première eau, ordinairement jaune et sale. On lave cette marne de nouveau, jusqu'à ce que l'eau devienne blanche comme du lait; alors on la transvase, et encore mieux, on la passe à grande eau par un tamis de soie. Là elle dépose. On vide l'eau sans agiter le fond , et on pétrit le dépôt. Lorsqu'il est en consistance de pâte , il sèche et durcit à l'air; le plus fin se durcit en petits hâtons, et les dernières portions du lavage, toujours plus grossières, se moulent à grosses masses , d'une livre à vingt onces , qu'on laisse sécher et durcir à l'air, et qui servent à la peinture. C'est ainsi qu'on peut nettoyer et laver toutes les terres nécessaires à la peinture.
Blanc de Troyes.
Le blanc de Troyes est un carbonate de chaux ( union de l'acide carbonique à la chaux) , connu vulgairement sous le nom de craie. Il tire son nom de la ville près de laquelle on le trouve formant des bancs assez étendus. On en tire des petits blocs avec lesquels on bâtit dans ce pays. On en fait aussi des crayons, lorsque cette craie est bien choisie.
Le blanc de Troyes se distribue sous la forme de gros pains carrés de dix à douze livres , et sous celle de rouleaux de seize à vingt onces.
La craie est inférieure en qualité aux autres blancs , quoiqu'elle soit propre au blanchiment des appartemens; elle est préférable cependant au blanc degyps. Lorsqu'elle doit recevoir d'autres couleurs , le lavage de fabrique ne
lui suffit pas, et il faut lui en faire subir un second. Lorsqu'elle a été lavée avec beaucoup de soin , elle n'altère plus les couleurs.
Voici le procédé de division et de purification que l'on fait subir à ce blanc :
Concassez la craie, et humectez-la d'abord avec une petite quantité d'eau , et ensuite , quand elle en aura été imbibée et ramollie , délayez-la à grande eau. Les parties hétérogènes les plus pesantes tomberont au fond du bassin ou des cuves employées dans cette opération. Décantez la bouillie claire.
Pour obtenir de la craie encore plus fine et plus belle, recommencez sur cette bouillie un nouveau délayage à plus grande eau et une nouvelle décantation. Il faudra ensuite laisser déposer , couler l'eau claire surnageante , et attendre que la craie se soit complètement tassée et ait pris de la consistance. Alors on la maniera et on la moulera en pains.
Blanc de Rouen,
Le blanc de Rouen est une espèce de marne (argile et carbonate de chaux ou terre calcaire ) , qu'on détrempe dans l'eau pour en séparer les parties sablonneuses et grossières : on divise cette pâte en petites masses du poids de seize onces environ. Ce blanc est encore préférable au blanc deTroyes. On trouve aussi, près de Rouen, une argile plus blanche que les argiles ordinaires, et qui est très-propre à la plastique; elle ne rougit pas au feu.
COULEURS MAïâRIELLliS. LES liLANCS. 2l3
Blanc de gyps ou de plâtre.
Le gyps calciné (plâtn^) , noyé dans beaucoup d'eau , donne un blanc pour la détrempe; il est préférable au blanc de craie , quoique bien inférieur à la céruse. Cependant les couches du blanc de gyps se lèvent par écailles lorsqu'on leur a donné trop d'épaisseur.
Blanc de kaolin.
« On pourrait , dit l'auteur du Traité de la peinture yy au pastel^ employer, au lieu du blanc de Troyes, le » kaolin , terre blanche, qui , réunie avec le petuntsé , » compose la pâte de la porcelaine. Il y en a de vastes » carrières dans le Limosin , près de Sainl-Iriex , et dans » le diocèse d'Uzès, non loin du Pont-Saint-Esprit, en Lan- » guedoc. Cette substance n'éprouve aucune altération » dans le feu. Tout me porte à croire , ajoute le même » écrivain, qu'elle réussirait beaucoup mieux que la pou- » dre de marbre dans la peinture à fresque. Le kaolin, » suivant M. Valmont de Bomare, est une terre compo- » sée, blanche, farineuse, graveleuse, brillante. Dans l'a- » nalyse qu'il a faite de celui de la Chine, il a reconnu que » la partie farineuse est calcaire , que les paillettes bril- » lantes sont du mica , que les parties graveleuses sont de » petits cristaux de quartz, et que la partie empâtante qui » sert de ciment, est argileuse. Il a trouvé quantité de » terre semblable sur les couches de granit qui se voient » aux villages du grand et du petit Hertrey , près d'Alen- » çon , et il soupçonne que ce kaolin n'est que du man-
2l4 PROCÉDJiS MATÉRIELS.
» vais granit détruit, 11 a rencontré de semblable kaolin » dans ses voyages en Bretagne, en Allemagne et en » Suisse. »
Blanc de baryte.
Le blanc de baryte s'obtient de la baryte, qui est une terre calcaire fort pesante. Aussi est-elle employée, à cause de son poids, dans la fabrication du blanc de céruse. (Voyez, sur la Baryte, le Journal des Arts , n° 5o2 ou 3o5.)
Blanc de terre de pipe.
On doit peut-être mentionner ici le blanc de terre de pipe , c'est-à -dire de la terre qui sert à faire des pipes , terre calcaire assez pesante, et qui est souvent employée dans la peinture.
Blanc de coquilles d'œufs.
Pour obtenir le blanc de coquilles d'œufs, pilez et lavez les coquilles d'œufs. Faites-les bouillir dans de l'eau avec un peu de chaux vive ; faites-les égouter ; lavez-les et pilez -les de nouveau, jusqu'à ce que l'eau soit claire. Broyez ensuite ce blanc et réduisez-le en pâte très-fine; puis faites sécher les pastilles au soleil et à l'air, pour empêcher la corruption.
Blanc de marbre.
Pour obtenir de la couleur blanche du marbre , pilez , réduisez en poudre et tamisez du marbre blanc de Carrare; puis ajoutez~y plus ou moins de blanc de chaux.
COULEURS MATÉRIELLES. LES BLANCS. 2l5
Blanc de chaux.
On fait le blanc de chaux en délayant dans de Feau , et en passant ensuite au tamis, de la chaux éteinte depuis un an ou au moins six mois; on la laisse reposer dans un vase assez grand pour contenir une bonne quantité d'eau. On décante l'eau , et on conserve le blanc déposé au fond du vase. Il faut tenir ce blanc à l'abri de la poussière.
Blanc des Carmes.
On donne le nom de blanc des Carmes à un blanc de chaux obtenu et employé d'une certaine façon. Passez par un linge fin une grande quantité de très-belle chaux ; mettez-la dans un baquet de bois garni d'un robinet placé à la hauteur où est parvenue la chaux ,• remplissez le ba quet d'eau de fontaine, et battez la chaux avec de gros bâtons. Laissez-la ensuite reposer pendant vingt-quatre heures. Après ce tems, ouvrez le robinet, et laissez couler l'eau qui a dû surnager la chaux de deux doigts. Quand elle est écoulée * on en remet de la nouvelle, et on renouvelle la même opération pendant plusieurs jours; car plus la chaux est lavée , plus elle acquiert de blancheur.
Après avoir fait couler l'eau , on trouve la chaux en pâte. On en met une certaine quantité dans un pot de terre ; on y mêle un peu de bleu de Prusse ou d'indigo , pour soutenir le ton du blanc; on la laisse détremper dans de la colle de gants , dans laquelle on met un peu d'alun, et, avec une grosse brosse , on en donne cinq ou six couches sur la muraille. Il faut les étendre minces , et avoir soin de les laisser sécher parfaitement.
2î6 PROCÉDÉS MATÉRIELS.
Enfin on prend une brosse de soie de sanglier, avec laquelle on frotte fortement la muraille. C'est ce qui donne le luisant qui fait le prix de cette composition , et que l'on prend quelquefois , au premier coup d'oeil , quand l'ouvrage est bien fait, pour du marbre ou du stuc. On ne peut blanchir ainsi que des plâtres neufs; ou du moins, il faudrait pour blanchir de vieux plâtres, les gratter jusqu'au vif.
Blanc des Indes,
On lit dans l'ancienne Encyclopédie , qu'on fait dans les Indes un blanc encore plus pur que celui des Carmes, et dont le luisant a plus de vivacité. On mêle du sucre et du lait avec de la chaux vive ; on enduit les murailles de ce mélange, et on polit l'ouvrage avec des pierres d'agate. Cet enduit a , dit-on , le poli de la glace , et le plus beau blanc des Carmes ne peut lui être comparé.
Blanc de corne de cerf.
La corne de cerf calcinée, ou phosphate de chaux impur, donne un blanc solide, qu'on a appelé blanc de corne de cerf.
Blanc de perle.
Le blanc de perle se fait avec des écailles d'huîtres calcinées; c'est une espèce de blanc de chaux.
Blanc de roi.
Les peintureurs appellent blanc de roi un composé de blanc de plomb et de blanc de céruse employés à doses égales , et auxquelles on ajoute un peu d'indigo.
DES JAUNES PURS OU jiLÉMENTAlRES.
Disons avant tout qu'il est à supposer ici , d'après ce que nous avons expliqué au sujet de la Théorie de la couleur, vol. 7, p. 366, que par jaune, on entend le jaune pur et élémentaire , et non le jaune plus ou moins rougeâtre ou orangé; en sorte que, quand on classe parmi les jaunes les ocres de rue, de Berri , par exemple, la terre d'Italie , etc. , c'est uniquement parce que ces matières appartiennent plutôt à la couleur jaune qu'à la couleur orangée, de laquelle elles participent cependant plus ou moins; ou, pour dire autrement, c'est que, faute d'un bon vocabulaire chromatique , on applique à ces stibstances le mot jaune, sans avoir égard à sa signification, et sans prendre le soin d'y associer un terme explicatif.
Couleurs jaunes des anciens»
Les anciens tiraient leur ocre jaune de différentes parties du monde; mais le plus estimé, suivant Pline, était l'ocre d'Athènes ou le sil de l'Attique. ^^itruve assure que, de son tems , la mine qui produisait cette substance n'était plus travaillée. On a trouvé , dans une des chambres des bains de Titus, un pot contenant de l'ocre jaune mêlée avec de la craie , et toute semblable à la nôtre. Les anciens avaient, dit sir Davy, deux autres couleurs qui étaient orangé ou jaune; le auri pigmentum, que Ton dit approcher de l'or pour la couleur, est évidemment un sulfur d'arsenic. En outre, la sandaraque pâle, que Pline assure se trouver dans les mines d'or et d'argent , et qu'on imitait à Rome par une calcination partielle dxC
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la céruse, était probablement le massicot ou l'oxide rouo-e de plomb , mêlé avec le minium. Il paraît évident à sir Davy, d'après ce que dit Pline, que l'espèce d'orpiment le plus pâle ressemble à la sandaraque, et qu'il y avait une couleur, appelée par les Romains sandaraque , différente du minium pur; cette couleur doit avoir été d'un jaune vif, semblable à celui du bec de merle.
Sir Davy dit n'avoir pas vu que l'on ait jamais fait usage de l'orpiment dans les ancieunes peintures à la fresque; un jaune foncée, qui approchait de l'orangé et qui couvrait une pièce de stuc , se trouva être de l'oxide de plomb , et consistait en massicot mêlé de minium; et sir Davy regarde comme probable que les anciens se servaient de plusieurs couleurs tirées du plomb , telles que le massicot , la céruse et le minium. Les jaunes de la Noce Aldobrandine sont tous des ocres , selon ce même chimiste. Il examina aussi les couleurs d'une fort jolie peinture placée sur une muraille d'une maison de Pompéia , et il trouva que c'étaient des ocres rouges et jaunes. Dans ces jaunes, ajoute-t-il, l'oxide de fer est combiné avec l'oxigène et avec l'acide carbonique , en sorte que ces couleurs n'ont point changé.
Parmi les sept échantillons de couleurs trouvées à Pompéia dans la boutique d'un marchand de couleurs , et qui furent soumises, en 1809, à l'examen de M. Chaptal, il se trouvait une ocre d'un beau jaune, débarrassée par des lavages, ainsi que cela se pratique encore aujourd'hui , de tous les principes qui en altèrent la finesse ou la pureté. Gomme cette substance passe au rouge par la calcination h un feu modéré, la couleur jaune, qu'elle a conservée sans altération, semble à M. Chaptal devoir fournir
une nouvelle preuve que les cendres qui ont recouvert Pompéia , n'avaient conservé qu'une bien faible chaleur, etc. , etc.
Du jaune indien.
Cette couleur, connue en Angleterre (depuis 1826 à peu près ) , y est désignée sous le nom de indian yeliow. Les chimistes de Paris l'ont éprouvée , et il est reconnu qu'elle est très- fixe et très-solide. M. Bouvier distingue celle qui a un œil verdâtre de celle qui, comparativement, a un œil doré , et il adopte de préférence cette dernière. Quant à moi, pour suivre la loi chromatique, j'admets de préférence la première , puisqu'elle est plus près du jaune élémentaire que celle qui est couleur de bouton d'or. Jusqu'à présent , on ignore à Paris en quoi consiste cette matière : on a seulement reconnu que la lumière et l'hydro-sulphure ne l'altèrent point , et on la regarde comme bien supérieure en qualité au jaune de chrome , ou aux couleurs végétales employées jusqu'ici. Il pourrait se faire que cette couleur provînt de la graine nommée' ahoua ou ahouai , arbre laiteux qui croît dans Fîle de Ceylan. Autrefois la compagnie des Indes mettait cette graine dans le commerce ; le caractère végétal de cette couleur ne prouverait rien contre sa solidité.
Employée en peinture , telle qu'on la vend dans le commerce , elle est transparente et couvre peu ,* c'est pour cela que les peintres n'en font encore que rarement usage, la réservant pour rehausser, par des frottis , les jaunes moins brillans. Les essais que j'en ai faits m'ont assuré qu'on peut aisément lui donner du corps, en lui associant de la bonne terre de pipe bien lavée et bien
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épurée. L'énergie de ce jaune indien est si grande qu'il supporte l'association de beaucoup de cette espèce d'argile; en sorte que, par ce moyen , il couvre beaucoup et reste dans un ton aussi profond en intensité que l'ocre de rue , ce qui permet de former sur la palette les trois principales teintes jaunes, la plus claire, la moyenne et la foncée. Cette dernière peut être plus foncée , à l'aide du brun de Prusse; en sorte que ce brun seul serait l'extrême jaune foncé, et que le blanc, coloré d'un peu de jaune indien , serait l'extrême jaune clair.
On peut , si on le désire , associer à ce jaune énergique les ocres, et le jaune de Naples ou d'antimoine, sans que la couleur orangé de ces matières soit très-apparente , à raison de l'énergie colorée de cette substance; mais, si ces mélanges sont praticables lorsqu'on exécute un tableau, ils ne sont pas propres à composer la palette-type, qui doit toujours offrir les trois couleurs génératrices , pures ou élémentaires.
Le tems en apprendra plus que les raisonnemens , au sujet de la solidité de cette couleur; mais comme il faut aux peintres un jaune élémentaire , nous les engageons à adopter celui-ci , puisque les chimistes ne leur en procurent point d'autre. Il va sans dire qu'ils pourront composer tout d'abord les teintes des carnations ou autres avec les orangés ou les rouges-mars , etc. ; mais lorsqu'ils auront à modifier ces teintes, il leur faudra emprunter les couleurs élémentaires de la palette-type.
Jaune de chrome , ou cliromate de plomb , ou plomb rouge de Sibérie.
Un autre jaune pur et élémentaire est fourni par le chrome. Tous les jours on parvient à améliorer cette couleur qui , si elle s'altère lorsqu'elle est combinée avec l'huile , ou avec l'oxide de plomb , ou le bleu de Prusse , broyés à l'huile, est fort solide lorsqu'on l'emploie à la gomme , à la colle , à la cire et aux résines.
« Pour obtenir le jaune de chrome , dont la découverte est due à M. Vauquelin, on prend, suivant M. Thenard, une partie de la mine de chrome , du département du Var; on la pulvérise avec soin dans un mortier de fonte, et on la passe au tamis ; ensuite il faut la mêler intimement avec un poids de sel de nitre égal au sien. On introduit ce mélange dans un creuset , que l'on remplit aux trois-quarts ; on couvre le creuset; on le place dans un fourneau à dôme, et l'on chauffe peu à peu, de manière à le faire rougir fortement pendant au moins une demi-heure.
» La calcination étant convenablement faite , on retire le creuset du feu; on le laisse refroidir, et l'on traite par l'eau la matière jaune , poreuse et à demi-fondue qu'il contient. Pour cela, on brise le creuset, et l'on en met les débris dans une casserole de cuivre avec la matière elle-même réduite en poudre; on verse dix à douze. fois autant d'eau qu'il y a de matière; on fait bouillir pendant un quart-d'heure environ; on laisse déposer; on filtre, et l'on fait bouillir de nouvelle eau sur le résidu, jusqu'à ce qu'il ne la colore presque plus en jaune, signe auquel
on reconnaît qu'il ne contient plus de chromate de potasse. On le purifie , en lui faisant subir plusieurs cristallisations ; après quoi , on le redissout dans une suffisante quantité d'eau , et Ton verse graduellement cette liqueur dans une solution saturée et filtrée de sel de saturne du commerce. Du reste , on lave , on décante et l'on forme des trochisques par les moyens pratiqués pour les autres couleurs » ( Extrait de l'édition de Watin , revue par M. C. Bourgeois. )
Voici ce qu'on lit dans l'Art de fabriquer les couleurs et vernis, par M, E. Pelouze (Encyclop. , popul. , 1828. ). a On prépare artificiellement aujourd'hui , en grande quantité , le chromate de plomb , au moyen de la double décomposition de chromate de potasse que nous décrivons ailleurs, par un sel de plomb. On fait ordinairement usage pour cela de l'acétate ou du nitrate de plomb. »
Il faut étendre beaucoup les solutions des deux sels , avant de les employer, afin que le précipité qui se formera soit très-divisé et facile à laver. On peut varier beaucoup les nuances du chromate de plomb , depuis l'aurore foncée jusqu'au jonquille. Toutes ces variations dans les nuances sont causées par la température à laquelle on opère sur les solutions, ou bien encore par l'excès d'acide plus ou moins grand , ou d'alcali dans le chromate de potasse employé. Il sera donc nécessaire de faire quelque tâtonnement pour obtenir les nuances désirées.
Il faut , quelle que soit la nuance , que le précipité soit lavé avec beaucoup de soin.
Jaune d'antimoine.
Le besoin d'une couleur jaune élémentaire, ou, comme on dit, jaune citron ou citrin, a fait beaucoup rechercher par les peintres le jaune de Naples, qui, en effet, est bien moins rougi que les ocres ordinaires. Cependant, le jaune d'antimoine lui est préférable , parce qu'il n'a pas les inconvéniens presque toujours attachés au jaune de Naples , inconvéniens dont nous allons bientôt parler.
« Le jaune d'antimoine (dit M. Bourgeois, édit. de » Watin) est extrait du métal qui porte ce nom. C'est » une substance compacte d'un jaune moyen :, entre le » jaune de chrome et le jaune de Naples. Il est la base » de tous les jaunes brillans, clairs et solides employés » dans la peinture sur porcelaine et en émail. Il est, par » cela même, très-propre à la peinture des tableaux, (en » le supposant employé sans le fondant vitreux nécessaire » dans ces sortes de peintures). »
» Voici un des moyens par lesquels on peut obtenir ce » jaune. On prend une partie d'antimoine diaphorétique , » une et demie de blanc de plomb, et une de sel ammonia- » cal; on triture à sec, le plus complètement possible, ces » trois substances; ensuite on les met dans un vase de » terre , sur un feu suffisant pour décomposer et sublimer » le sel ammoniacal; ce que l'on reconnaît à la fumée » blanche qui se volatilise, et cesse quand l'opération est ') terminée. On lave ensuite à grande eau , et l'on fait sé- » cher cette couleur comme les autres \ »
On trouve cette couleur à Paris, chez M. Golcomb , Quai de
l'École, n° i8.
Jaune de N aptes.
On dit que quelques chimistes , ayant analysé une espèce de crasse jaune trouvée dans les laves du Vésuve, parvinrent à l'imiter, et fabriquèrent long-tems une couleur connue en Italie sous le nom de giallolino. Ce secret ne pouvait rester long-tems caché, et aujourd'hui on fabrique partout cette couleur.
En 1766, M. Fougeroux de Boudaroy communiqua à l'Académie des Sciences une dissertation sur cette couleur. Voici le procédé qu'il indique pour l'obtenir. « On prend douze onces de belle céruse , deux onces d'antimoine diaphorétique , une demi-once d'alun calciné , et une once de sel ammoniac bien pur. On pile et on mêle bien exactement ensemble toutes ces matières dans un mortier de marbre; on met ce mélange dans une capsule de terre à creuset, que l'on couvre d'un couvercle de même matière : on calcine le tout à un feu modéré , qui doit être d'abord très-doux et qu'on augmente peu à peu; en sorte cependant que la capsule ne devienne que d'un rouge obscur. Cette calcination dure environ trois heures, après lesquelles on trouve la matière convertie en jaune de Naples.
» Il faut observer que les doses des ingrédiens indiqués ci-dessus ne sont pas tellement précises qu'on ne puisse les changer; il faut même le faire, si l'on veut donner certaines qualités à cette couleur. Par exemple , si l'on veut que ce jaune soit plus doré, il faut augmenter la proportion de l'antimoine diaphorétique et du sel ammoniac : de même , lorsqu'on veut qu'il soit moins fusible,
COULEURS MATÉRIELLES. LES JlUKES. 22 5
on lui donne cette qualité en augmentant la quantité de l'antimoine diaphorétique et de l'alun.
» Il est à observer aussi que cette composition, découverte par M. Fougeroux, et dont on fait usage h la manufacture de Sèvre, donne un jaune plus doré que celui de Naples, et plus facile à employer. »
M. Pelouse (Art de fabriquer les couleurs, voy. l'Encyclopédie populaire) publie cette même recette de Fougeroux de la manière suivante :
« Faites bouillir pendant sept à huit heures , d'abord » sur un feu doux , et ensuite sur un feu plus ardent , un » mélange de douze parties en poids de plomb , une d'a- 9 lun , une de muriate d'ammoniac , et trois d'antimoine d diaphorétique. »
Voici la méthode qu'on emploie à Naples pour faire cette couleur , et que M. de la Lande a apprise de M. le prince de San-Severo.
On prend du plomb bien calciné et passé au tamis , avec un tiers de son poids d'antimoine pilé et tamisé : on mêle exactement ces deux matières , et on les passe de nouveau par le tamis de soie : on prend ensuite de grandes assiettes plates de terre cuite non vernissée ; on les couvre d'un papier blanc, où l'on étend la poudre sur une épaisseur d'environ deux pouces : on place ces assiettes dans un fourneau à faïence , mais seulement à la partie supérieure du fourneau, pour qu'elles ne reçoivent pas un feu trop violent ; la réflexion de la flamme , ou le réverbère leur suflit. On retire ces matières en même tems que la faïence; on y trouve alors une substance dure et jaune (c'est le vrai jaune de Naples), que l'on broie sur le porphyre avec de l'eau , et que l'on fait sécher ensuite.