‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 46 sur 127 · TOME LX. i · texte numérisé non relu

TOME LX. i

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M. Pelouse indique ainsi cette même méthode du prince de San-Severo.

« Plomb parfaitement oxidé et tamisé , trois parties , antimoine oxidé et tamisé , une partie.

» Faites un mélange très-exact du tout , en le passant ensemble au tamis de soie. Placez ensuite la poudre jusqu'à l'épaisseur de deux pouces sur de grands plats de terre vernissée , que vous exposerez dans le haut d'un four de potier, afin qu'ils n'éprouvent pas une trop grande chaleur.

» Quelques personnes font entrer le zinc , et d'autres le bismuth dans la composition du jaune de Naples.

Plusieurs fabricans , ajoute le même auteur , s'occupent avec succès de ce produit en France et en Angleterre. Voici deux recettes que l'on vante.

« i'^^ Prenez douze onces d'oxide d'antimoine, huit onces de minium , quatre onces d'oxide de zinc; le tout finement pulvérisé et passé ensemble au tamis de soie. Exposez à la chaleur du four du faïencier.

» 2^ Un gros d'antimoine diaphorétique , une once de muriate d'ammoniac, une livre d'oxide de plomb pur, minium ou litharge.

» On mélange le tout exactement et l'on fait fondre dans un bon creuset , capable de résister à l'action trèscorrosive de ce mélange.

» Les fabricans en grand ont , pour cette préparation , des fourneaux à grille dont la voûte laisse une ouverture assez grande pour pouvoir commodément placer et retirer les creusets. Cette opération se fait assez rapidement,* et comme il faut retirer les creusets aussitôt que la fusion est opérée, crainte d'accident , le travail exige de l'attention ,

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et il ne faut opérer à la fois que sur un nombre assez borné de creusets.

» Quand la matière est en fusion au rouge-blanc, il ne faut la laisser tout au plus que cinq minutes dans cet état. On enlève le creuset et on verse la matière dans un pot de fer.

» Il est essentiel de n'employer dans cette opération que du charbon bien sec , qui ne pétille pas du tout en brûlant , afin d'éviter les étincelles , qui réduisent les métaux et salissent le produit. »

Voici encore , selon M. Pelouse , diverses recettes de Passeri.

« 1 ° Une livre d'antimoine calciné, une livre huit onces de plomb calciné, une once de sel marin, une once à' allume di feccia, où les uns voient le lartre et d'autres l'alun.

» 2° Six livres de plomb , quatre livres d'antimoine et une livre de tartre.

* 3° Trois livres de plomb, quatre livres d'antimoine, une livre de tartre , six onces de sel commun.

» 4° Cinq livres de plomb , quatre livres d'antimoine , six onces de tartre.

» 5** Quatre livres de plomb , deux livres d'antimoine , six onces de tartre.

» G** Une demi-livre de plomb , une livre d'antimoine , une livre de tartre et une livre de sel commun.

» 7° Trois livres et demie de plomb , deux livres d'antimoine et une livre de tartre.

» Faites calciner les métaux avant de les mélanger.

» Les jaunes de Naples , que l'on trouve dans le commerce, varient beaucoup entr'eux pour la nuance et l'in-

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tfensité du jaune. Gela tient sans doute à l'incertilude qui règne encore sur le véritable effet des ingrédiens qui entrent dans la fabrication du jaune de Naples , et k la multiplicité des recettes que l'on a données pour obtenir ce produit. Parmi ces recettes , il en est où , évidemment , quelques-unes des substances que l'on prescrit d'employer doivent nuire à l'effet que l'on en attend; tel est, par exemple, le tartre; d'autres substances sembleraient seulement devoir rester inertes dans la composition. »

Enfin le jaune de Naples, ainsi que je l'ai fait observer, est recherché par les peintres, surtout à cause de sa teinte qui est conforme au jaune élémentaire; car il n'est qu'une couleur médiocre sous le rapport de la solidité : il n'y a tout au plus qu'un siècle qu'on en fait usage. Auparavant on employait le massicot, qui était reconnu pour une assez mauvaise couleur , mais qu'on recherchait par la même raison qu'on recherche aujourd'hui le jaune de Naples, c'est-à-dire, à cause de sa teinte qui, étant dégagée de rouge , approche un peu du jaune élémentaire, et devient très-nécessaire , surtout pour la modification des couleurs des carnations.

Il faut faire observer que les lames d'acier ne conviennent point pour remuer le jaune de Naples, parce que le fer, en enlevant l'oxigène au plomb qui fait la base de cette couleur, le réduit et le noircit.

Terminons par une note de M. Bouvier. « Un artiste, dilil, m'a assuré qu'il était parvenu h purifier complètement le jaune de Naples, et à lui ôter toutes ses qualités malfaisantes, sans le priver de sa jolie couleur, et cela , en lui faisant subir des lessives récidivées d'eau chaude. Il met son jaune dans un grand pot neuf vernissé, et il place

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ce pot, avec beaucoup d'eau chaude, dans un poêle ou i'ourneau modéréiiieni chauffé, de manière h. entretenir une évaporation continuelle sans ébullition. On remue la couleur avec un petit bâton plusieurs fois par jour ; mais, avant de la remuer, on a soin d'enlever l'écume qui s'est formée dessus , et ensuite on ajoute encore de l'eau. Cette opération est longue et surtout très-dangereuse ; elle peut même devenir mortelle , si l'on s'expose à res pirer cette évaporation arsenicale. Je ne l'indique ici que pour tout dire , mais je ne la conseille point. »

On a substitué au jaune de Naples un oxide jaune de plomb par l'acide muriatique.

Jaune-massicot,

On a donné le nom de massicot à l'oxide de plomb , lorsqu'il est légèrement calciné. Il paraît que les anciens employaient cette couleur. On l'a retrouvée récemment sur une palette égyptienne de la collection de M. Passaïacqua. Felibien, de Piles, etc., la citent parmi les jaunes employés de leur tems.

Cet oxide safrané de plomb est une couleur très-altérable lorsqu'elle est exposée à nu à l'influence de l'air; car en peu de jours le métal se revivifie, et une couleur sale et livide succède à l'éclat safrané de cet oxide. Lorsqu'il est bien garanti par l'huile, on ne remarque pas d'altération très-sensible ; mais si l'on voit le minium (oxide rouge de plomb) pousser au noir si ostensiblement, l'oxide jaune, qu'un moindre calorique a produit, doit s'altérer beaucoup lui-même.

Voici ce qu'enseigne l'Encyclopédie méthodique , au

sujet de la manière de faire le massicot. « On concasse de la céruse en morceaux gros comme des avelines ; on les met sur le feu dans une poêle de fer , et on les remue comme le café qu'on fait brûler. Il faut la calciner en plein air, et en éviter la vapeur qui est mortelle. Un degré de feu faible procure le massicot blanc , plus fort , îl procure le massicot citron , et encore plus vif, le massicot doré.

» Voici une autre manière de faire le massicot, indiquée dans l'ancienne Encyclopédie. On remplit de céruse de vieux canons de pistolets ; on bouche ces canons avec de la terre glaise , et on les met dans le feu, où on les tient rouges pendant quatre ou cinq heures : au bout de ce tems , le massicot est fait.

» Cette méthode peut être bonne pour éviter la vapeur empoisonnée de la chaux de plomb ; mais, pour être sûr de donner au massicot une teinte plus ou moins forte , il est mieux de travailler à découvert. »

Jaune minéral.

On a donné le nom de jaune minéral à certaines substances fort différentes. Ce nom général n'exprimant rien de bien précis, il convient de spécifier chaque jaune ou chaque couleur par le nom de la substance minérale qui procure ces jaunes et ces couleurs.

« Le jaune minéral , selon Walin , est une substance compacte, d'un jaune-citrin brillant. On ne l'emploie guère que dans la peinture d'impression et d'équipages. On l'obtient par le procédé suivant :

» On prend deux ou trois parties de mine-orange an-

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glaise et une de sel ammoniac. On triture d'abord ces substances dans un mortier de marbre ou sur une table de verre, avec un peu d'eau; puis l'on forme de ces substances un gâteau, que l'on arrange dans une capsule en terre non vernissée. Ensuite on place cette capsule sur un support, aussi en terre, dans un fourneau de réverbère. On fait d'abord un feu modéré pour que l'eau s'évapore sans violence, puis on l'augmente graduellement jusqu'à ce que l'ammoniac, à son tour, soit lui-même entièrement évaporé. Alors on retire la capsule du fourneau , et la couleur est terminée. »

L'auteur du Traité de la Peinture au pastel appelle aussi jaune minéral ou précipité jaune le turbith mercuriel. « Le mercure , dit-il, dissous à l'aide du feu par l'acide vitriolique, fournit une préparation d'une couleur jaune très-riche : c'est le turbith minéral , ou précipité jaune. On en trouve dans la plupart des pharmacies. Quelquefois il est d'un jaune pâle , quelquefois même un peu gris; mais lorsqu'il est bien conditionné , plus on le lave, plus la couleur en est vive. Cependant , je ne proposerai pas de l'employer dans la peinture , car il n'est pas insensible aux vapeurs du foie de soufre. J'en ai d'une très-belle couleur d'or, sur lequel cette vapeur ne fait aucune impression, mais qui ne résiste pas au contact même de la liqueur : si pour peu qu'elle y touche, le mercure est aussitôt revivifié. C'est donc une couleur dont les peintres ne doivent pas se permettre l'usage. Cependant le hasard m'a fait apercevoir dans un bocal, chez un marchand de couleurs, une poudre jaune, qu'il vendait, disait-il, depuis deux ou trois ans, sous le nom de jaune minéral. En ayant pris une once, et étant rentré chex moi, j'ai con-

sidéré ce jaune , et l'ai reconnu pour du turbith mercuriel. Ce qui me l'avait d'abord fait méconnaître, c'est qu'il était d'un jaune un peu pâle. Je l'ai soumis à quelques épreuves pour m'en assurer; la vapeur du soufre l'a aussitôt rembruni : voilà donc, malgré ses mauvaises qualités , le turbith minéral dans le commerce , par l'usage de la peinture, sous le nom de jaune minéral ! Il était nécessaire qu'on sût à quoi s'en tenir là-dessus , et voilà pourquoi je suis entré dans cette explication.

» Le bismuth , dit encore le même auteur , dissous par l'acide nitreux, forme des cristaux qui , sur le feu, laissent échapper leur acide et se changent en une belle chaux de diverses nuances de jaune. Il y en a de soufre et d'orangé , suivant la plus ou moins grande proximité de la flamme , ou la violence du feu. Je ne doute pas que cette chaux ne réussît mieux dans la poterie , au moyen de la couverte vitrifiée de l'émail, que le jaune de Naples, comme plus haute en couleur. Elle est très-fixe, et se vitrifie même plutôt que de se volatiliser : mais il ne serait pas possible de l'employer dans la peinture à l'huile; aux moindres exhalaisons putrides^ elle devient noire, encore plus vîte que le turbith mercuriel ou jaune minéral qui fait l'objet du précédent article. »

Jaune de zinc.

Le même auteur du Traité de la Peinture au pastel dit que le zinc peut fournir un jaune très-agréable , et pour lequel on n'a pas à craindre les dangereux effets des exhalaisons putrides. Il suffit de le faire bouillir long-tems dans du vinaigre un peu fort : il s'y dissout et forme des cris-

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taux de sel qui n'attirent point l'humidité. Ce sel , mis sur le feu dans une capsule de fer, détonne un peu, jette une légère flamme , el se fond. Si l'on pousse le feu , l'acide s'évapore , et la matière se convertit en une chaux de couleur jaune. Comme les chaux de ce demi-métal sont très-irréductibles on peut croire que celle-ci fournirait toujours le jaune le plus solide qu'on pût désirer , et l'on vient de voir qu'il n'est pas difficile à faire.

Jaune d'argent.

« On fait dissoudre une demi-once d'argent le plus » pur et le plus dégagé de cuivre qu'il est possible , dans » une quantité suffisante d'esprit de nitre très- pur, jus- » qu'au point de la saturation. On dissout, dans quatre » parties d'eau distillée , une once de sel d'urine , qui fait » la base du phosphore; on fait tomber goutte à goutte » la dissolution dans l'esprit de nitre , qui a dissout l'ar- » gent étendu avec quatre parties d'eau. On continue de » laisser tomber la dissolution de sel d'urine , jusqu'à ce » qu'il ne se précipite plus rien : par ce moyen, on obtient » un précipité de la plus belle couleur de citron. Cette » couleur , dont la découverte est due à M. Marggraf , » pourrait , selon toute apparence , être employée avec » succès sur l'émail, la porcelaine, en l'édulcorant soi- » gneusement , et en la faisant calciner avant d'en faire » usage. » (Extrait des Mémoires de l'Académie de Berlin. )

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O rpin*

a L'orpin ou réalgal , dit Watin, est une couleur dont il y a deux espèces , une naturelle et l'autre artificielle. L'orpin naturel est jaune et en écailles; il prend sa dose de soufre par des feux souterrains ; le réalgal artificiel , qui est le plus commun , est un mélange d'arsenic et de soufre , suffisant pour le faire jaune ou rouge , et qu'on fond ensemble dans des creusets. Le naturel est le plus estimé : il doit être choisi en beaux morceaux talqueux, d'un jaune doré, luisant et resplendissant comme de l'or , se divisant facilement par écailles ou lamines minces. L'artificiel doit être d'un beau rouge. L'un et l'autre se broient à l'essence , pour être employés au vernis ; ils peuvent l'être à l'huile : le rouge qu'ils donnent approche de la couleur du souci. »

Cette couleur est dangereuse au dernier degré , toute matière arsenicale ayant une influence pernicieuse sur les matières métalliques qui se trouvent dans son voisinage. Il est inutile de faire remarquer qu'elle est en même tems un poison subtil. On voit cependant l'orpin se bien conserver, lorsqu'il est employé seul et sans mélange, el lorsqu'il sert à imiter , par exemple , des oranges , des tranches de melon, etc. Malgré tout , c'est une couleur irès-perfide.

Voici ce qu'on lit dans l'Encyclopédie méthodique. «Orpiment ou orpin , substance minérale, d'un jaune plus ou moins vif, tantôt verdâtre, tant ôt jaunâtre, tantôt tirant sur le citron, divisée en feuillets luisans comme le talc, composée d'arsenic et d'une quantité plus ou

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moins grande de soufre. L'orpiment donne sur le feu une légère flamme d'un bleu blanchâtre , accompagnée d'une fumée fort épaisse et d'une odeur suffoquante de soufre et d'ail.

» L'orpiment ne doit pas être confondu avec l'arsenic jaune , ou l'orpiment factice qui est un produit de l'art. Il en diffère par la beauté de sa couleur et par son tissu en feuillets. Les peintres en font bien la différence, et donnent la préférence à l'orpiment naturel. Mais cette substance empoisonnée, malgré les charmes de sa couleur, devrait être bannie de la peinture, comme l'observe M. Valmont de Bomare, non-seulement pour l'intérêt des artistes auxquels elle peut, même par son odeur, causer des accidens funestes, mais pour l'intérêt même de l'art, parce qu'elle altère les couleurs auxquelles on hasarde de la mélanger. Ce qui a été dit, d'après un artiste, sur l'orpin brûlé, à l'article Couleur, de ce dictionnaire pratique, ne doit pas le faire adopter, quand il n'offrirait d'autre danger que celui qu'on court en le préparant.

» Quand on réduit en poudre et qu'on porphyrise l'orpiment, et surtout l'orpiment naturel, il s'y rencontre souvent des parties d'arsenic, qui ne sont point unies au soufre , et qui peuvent devenir très-nuisibles à ceux qui opèrent sans prendre les plus grandes précautions. Rien n'est plus fréquent que de voir les ouvriers qui s'occupent à broyer cette substance, attaqués de coliques violentes.

» On rencontre différentes sortes d'orpins. Le plus estimé est celui qui est d'un jaune doré , brillant , et disposé par feuillets opaques. Les points blancs qu'on remarque quelquefois dans l'orpin , sont de l'arsenic qui se montre à découvert. Ces sortes d'orpins sont les plus

dangereux pour les ouvriers, puisque l'arsenic n'y est pas uni au soufre. »

Quelques personnes prétendent cependant que l'orpin de la Chine est très-bon.

Jaune d'iode.

Sir Davy annonce qu'il a essayé l'effet de la lumière et de l'air sur quelques-unes des couleurs formées par l'iode. fi Ses composés avec le plomb donnent , dit-il , un beau » jaune , peu inférieur à celui du chromate de plomb. » Sir Davy possède des échantillons de cette couleur, qui » ont été exposés pendant plusieurs mois à la lumière et » à l'air , sans souffrir d'altération. »

Jaune de gaude^ dit laque de gaude.

La gaude a toujours été regardée par les teinturiers comme la plante la plus propre à donner une couleur jaune durable : on voit en effet des étoffes qui , teintes avec cette plante et exposées à la lumière du soleil, ne se décolorent point. Il était naturel d'imaginer que cette même couleur pouvait être bonne pour la peinture; aussi a-t-on fabriqué avec succès de la couleur de gaude aluminée : on l'obtient par le procédé suivant.

L'on prend une partie de gaude que l'on hache d'abord assez menue; on la met dans un vase neuf vernissé , d'une grandeur proportionnée à la quantité de couleur qu'on veut faire; l'on y ajoute de l'eau jusqu'à ce que la gaude en soit entièrement baignée; l'on chauffe, et l'eau étant près de l'ébullition , on introduit une quantité d'alun

égale en poids à celle de la gaude; après quelques bouillons, on filtre la liqueur, l'on précipite aussitôt et graduellement avec une solution de potasse, jusqu'au point où celle-ci commence à dissoudre un peu d'alun. Ce que l'on reconnaît , quand l'effervescence est prête à cesser. On jette le tout avec soin sur un filtre,* on lave plusieurs fois à chaud , et l'on ramasse la couleur pour la former en pastilles.

Il importe que le lavage de cette couleur soit le plus complet possible , attendu que , si elle contenait encore quelque portion d'alun, les bleus minéral et de Prusse, avec lesquels on pourrait mêler ce jaune pour en composer des verts , l'altéreraient infailliblement.

Il serait à désirer qu'on l'obtînt en état de fécule, comme on obtient lacou leur dite carmin de garance. On n'a pas besoin de dire que rien n'est si aisé que de fabriquer de la fausse couleur de gaude composée de quelques couleurs jaunes fugaces , telle que la graine d'Avignon.

On obtient les diverses nuances de ce jaune, en fixant d'abord sur une quantité suffisante de terre d'alun tout le principe colorant de la graine , ce que l'on reconnaît quand la liqueur, séparée de la couleur précipitée, ne peut plus colorer de nouvel alun; alors on ajoute, selon la nuance qu'on veut avoir , des qualités diverses de l'espèce de craie connue sous le nom de blanc de Troyes.

Il convient maintenant de dire un mot sur le terme lacque, que les fabricans de couleurs et les peintres ont mis en usage. L'étymologie de ce mot est probablement connue de très-peu de personnes ; mais il est évident qu'on a voulu spécifier , par cette expression , les couleurs végétales fixées sur la terre d'alun , afin de les

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différencier des couleurs opaques et dégagées d'alun. Les peintres disent donc laque de gaude, laque de garance, de cochenille , etc. ; ce serait donc à tort qu'ils emploieraient le mot laque tout seul pour signifier les couleurs rosées de la cochenille ou de la garance aluminée.

Quoique le mot carmin semble ne devoir appartenir qu'à des couleurs rouges , il paraît qu'il sert très-Lien à différencier les couleurs végétales opaques des couleurs aluminées, appelées lacques; en sorte qu'il conviendrait peut-être de distinguer les carmins d'avec les laques, et de dire carmin de gaude , comme on dit carmin de cochenille ; mais le terme alumine suffit , puisqu'il désigne expressément une couleur fixée sur la terre d'alun , et par conséquent transparente , lorsqu'elle est liquéfiée par les glutens , et non opaque, puisqu'elle est dégagée d'alumine ou d'alun. ( Voy. le mot laque au Dictionnaire).

Jaune de gomme gatle.

La gomme gutte est une gomme-résine opaque , dure , cassante, de couleur orangé lorsqu'elle est en masse, et d'un jaune citron lorsqu'elle est délavée. Elle découle par incision du guttier, arbrisseau épineux du royaume de Siam, de l'empire de la Chine et de Camboye : cet arbrisseau s'élève très-haut et grimpe en tortillant comme le lierre autour des arbres qui l'avoisînent.

Les anciens peintres ont fait usage de la gomme-gulte : on en a trouvé dans les palettes égyptiennes de la collection de M. Passalacqua.

Il est certain qu'elle a été employée quelquefois avec l'huile par les peintres modernes; car, lorsqu'on lave à

COULEURS MATÉRIELLES. LES JAUNES. sSy

l'eau chaude certains tableaux, elle se détrempe, malgré l'huile qui l'emprisonne; et elle jaunit les linges qui servent à essuyer le tableau.

La fixité de cette couleur exposée à la lumière est contestée par certains observateurs; cependant, il existe de très-anciennes enluminures exposées dans des chambres des auberges et des paysans, sur lesquelles le jaune de gutte est très-bien conservé. Il peut se faire que les tableaux, dont les teintes vertes sont devenues bleues (le jaune s'étant évanoui), tels sont ceux des Breughel, aient été composés de graines d'Avignon plutôt que de gomme gulte. On peut dire en général que la couleur de la gomme gutte est assez fixe.

Ce qui a surtout fait rejeter l'emploi de cette couleur dans la peinture à huile , c'est son caractère gommeux , qui s'allie difficilement avec l'huile des couleurs; c'est aussi son caractère déiébile dans l'eau , ce qui provient de sa partie gommeuse : mais lorsqu'on dégage la fécule colorante de cette partie gommeuse et résineuse de la gutte , ou seulement de cette première , cette fécule résineuse se lie très-bien avec l'huile; elle a du corps et devient d'un emploi fort utile. Plusieurs peintres en font usage avec succès lorsqu'elle est mise dans cet état. Voici le moyen de la dégommer.

L'on met quelques onces de gomme gutte bien choisie dans un pot vernissé qui soit neuf et n'ait jamais servi ; on jette de l'eau filtrée dessus, et on la laisse fondre; chaque jour on rejette toute l'eau , en s'arrêtant lorsqu'on voit le sédiment jaune près de s'écouler avec l'eau jaune qu'on veut rejeter; on ajoute de la nouvelle eau à la place de celle qu'on a enlevée, et assez pour qu'il y en ait quatre

âqO PROCÉDÉS 3IATÉRIELS.

OU cinq pouces au-dessus du jaune : on fait cette opération pendant au moins six semaines; après quoi l'on recueille le jaune , qu'on fait sécher.

Quelques personnes ont cru que les beaux jaunes citrins de Rubens , de Paul Véronèse , etc. , provenaient de la gomme gutte; mais il est reconnu que ces jaunes sont minéraux. Cependant, je me rappelle avoir vu de gros citrons peints dans un tableau de Sneyders, de l'école de Rubens , lesquels se détrempaient sous l'éponge chargée de l'eau , qui servait à le nettoyer.

Jaune de graine d' Avignon ^ ou stil de grain jaune.

On donne le nom de stil de grain jaune à une couleur qui est le produit d'une graine ou d'une baie provenant de l'arbrisseau épineux que les botanistes appellent lycium ou pixacantha. Cette espèce de nerprun croît aux lieux rudes, pierreux, entre les rochers; on le trouve surtout en Provence , vers Carpentras et Avignon : aussi a-t-on donné à cette espèce de baie le nom de graine d'Avignon; quelques-uns l'appellent aussi grenette. L'écorce de cet arbrisseau est de couleur grisâtre; il est garni de feuilles petites, épaisses , ressemblant à celles du buis : ses fleurs sont petites, attachées plusieurs ensemble; il leur succède des fruits gros comme des grains de poivre , à trois ou quatre angles, et quelquefois faits en petits cœurs , de couleur vert-jaunâtre , d'un goût sliptique et fort amer : ses racines sont ligneuses et jaunes. Il faut choisir ces graines grosses, récentes, bien nourries, jaunes et très-sèches. (Ces mêmes baies, prises dans leur état

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de maturité, et lorsqu'elles sont encore noires, peuvent donner un beau vert , semblable au vert de vessie. )

On obtient les diverses nuances de ce jaune , en fixant d'abord sur une quantité suffisante de terre d'alun , tout le principe colorant de la graine; et l'on reconnaît que ce résultat a lieu quand la liqueur séparée de la couleur précipitée ne peut plus colorer de nouvel alun : alors on ajoute, selon la nuance qu'on veut obtenir, des qualités diverses de l'espèce de craie connue sous le nom de blanc de ïroyes.

Les stils de grain , composés avec l'oxide de plomb et la graine d'Avignon , sont plus solides que ces derniers. Au surplus, le meilleur est celui qui entre le moins en effervescence avec les acides, c'est-à-dire, celui qui aura pour base l'argile et non la craie.

On y ajoute quelquefois des fécules colorantes de la gaude et d'autres plantes de couleur jaune.

Le stil de grain est en général une couleur très-peu solide; celui de Hollande est plus beau et moins fugace que celui de France : on a donné le nom de stil de grain brun à une couleur dont nous parlerons en traitant des couleurs brunes. Enfin , il en est de ce jaune élémentaire comme de plusieurs autres substances jaunes qu'on a adoptées en peinture , non à cause de leur solidité , mais en raison de l'utilité et de la nécessité de leur teinte.

La fixité qu'on donne aux couleurs végétales, à l'aide de l'alun, serait plus grande, si l'on employait la dissolution de Fétain. Voici comment s'exprime à ce sujet l'auteur du Traité de la Peinture au pastel. « Les plantes , dit-il , dont on a coutume de composer des stils de grain donneront peut-être un jaune un peu moins

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