DES VERTS
Presque toutes les couleurs de matière homogène , donnant le vert pour la peinture, proviennent du cuivre; plusieurs sont pernicieuses. Cependant le vert naturel de la malachite , pierre assez rare , et le vert artificiel de
cobalt , sont exlrêmemcnt solides et durables ; quant aux couleurs végétales vertes , elles sont peu solides en général. Les peintres se servent donc ordinairement de deux couleurs matérielles pour composer leur vert : le bleu de Prusse et les ocres ; ou , s'ils ont besoin de produire de beaux verts, ils emploient , au lieu d'ocre, le jaune pur et brillant du chrome, qui cependant n'est pas très-solide, lorsqu'il est en état de mélange avec les autres couleurs. Ils emploient aussi le jaune minéral , et depuis peu , le jaune indien, qui, comme nous l'avons dit, semble être une couleur très-fixe.
Les anciens étaient moins embarrassés que nous^ en employant les oxides de cuivre , parce qu'il n'entrait point dans leur peinture de blanc de plomb , qui noircit , lorsqu'il est associé à l'oxide de cuivre; et comme ils n'usaient point d'huile pour leurs tableaux , il en est ré suite que leurs peintures , au moins celles qui nous sont parvenues , font voir des verts très-frais , suaves et trèsbien conservés.
Des couleurs vertes des anciens.
Selon M. Chaptal , il se trouvait parmi les couleurs antiques , qui furent soumises à son examen , une substance qui n'avait reçu aucune préparation de la main des hommes : elle consistait dans une argile verdâtre et savonneuse, telle que la nature nous la présente sur plusieurs points du globe ; cette couleur lui parut être analogue à celle qu'on connaît sous le nom de terre verte de Yérone.
Un fragment , détaché des bordures du plafond de la
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chambre appelée les Bains de Livie , et paraissant être de la même couleur que le fond de l'ouvrage, était d'un vert de mer foncé. En examinant la matière colorante , sir Davy la trouva être soluble dans les acides avec effervescence; et îors€{u'elle fut précipitée de sa dissolution, et redissoute dans de l'ammoniac, elle lui donna la teinte bleue produite par l'oxide de cuivre. Il y a , dit sir Davy , différentes teintes de vert employées dans les Bains de Titus , ainsi que sur les fragmens trouvés dans le monument de Caïus Gestius. Dans le vase de couleurs mélangées , sir Davy en trouva trois différentes variétés ; l'une, qui approchait de l'olive, c'était la terre verte commune de Yérone; l'autre était d'un vert d'herbe pâle : elle avait l'apparence du carbonate de cuivre mêlé avec de la craie; et une troisième qui était d'on vert de mer, c'était une combinaison de cuivre mêlée avec la fritte de enivre bleue.
Tous les verts que sir Davy examina sur les murs des Bains de Titus étaient des combinaisons de cuivre. D'après le brillant prononcé d'un vert qu'il trouva dans une vigne , il soupçonna qu'il pouvait contenir de l'acide arsenieux, et avoir quelque analogie avec le vert de schéele; mais, en le soumettant à l'expérience, il ne donna aucune marque de cette substance , et se trouva être un pur carbonate de cuivre. Le vert de schéele (l'arsenite de cuivre), et la combinaison muriatique insoluble de cuivre sont probablement , suivant sir Davy , plus inaltérables que les anciens verts.
Vitruve parle de la chrysocolle comme d'une substance native, que l'on trouve dans les mines de cuivre; et Pline parle de la chrysocolle artificielle , faite avec de l'argile
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qu'on trouve dans le voisinage des veines métalliques ; cette argile était probablement imprégnée de cuivre. Il y a tout lieu de croire, suivant sir Davy, que la chrysocolle native était du carbonate de cuivre , et que la chrysocoîle artificielle était de l'argile imprégnée de sulfate de cuivre , et rendue verte par une teinture jaune.
Sir Davy pense que le nom chrysocolle dérive de la poudre verte dont se servaient les orfèvres , laquelle contenait, comme un de ses ingrédiens , du carbonate de cuivre.
Parmi les substances trouvées dans les Bains de Titus, il y avait quelques masses d'un vert de couleur d'herbe. Sir Davy crut d'abord que c'étaient des échantillons de chrysocolle native; mais il reconnut ensuite que c'était du carbonate de cuivre : il s'y trouvait des noyaux d'oxide rouge de cuivre ; en sorte que , probablement ces substances avaient été des clous de cuivre , ou de petites pièces de ce métal , dont on se servait dans la construction des bâtimens , et qui avaient été convertis par l'action de l'air , pendant plusieurs siècles , en oxide et en carbonate.
Les anciens , d'après ce que dit Tliéophraste , connaissaient très-bien le vert-de-gris. Yitruve en parle comme d'une couleur; et probablement plusieurs des anciens verts qui sont maintenant des carbonates de cuivre, furent originairement employés dans l'état d'acétite.
Les anciens avaient des verres d'un vert foncé trèsbeau; sir Davy a trouvé qu'ils étaient colorés par l'oxide de cuivre; mais il ne paraît pas qu'ils se servissent de ces verres comme de couleurs , après les avoir pulvérisés.
Les verts de la Noce Aldobrandine sont tous de cuivre.
ainsi que sir Davy a reconnu que Faction de l'acide muriatiqu© sur eux le démontre.
Enfin les carbonates de cuivre , qui contiennent un oxide et un acide , ont très-peu changé.
Vert de malachite,
La malachite est une pierre verte , opaque , très-dure, et susceptible d'un très-beau poli. Si cette pierre n'était pas si rare , elle fournirait aux peintres un des plus beaux vçrts que l'on connaisse. Cette couleur est toute préparée par la nature. Cependant on peut en produire d'artificielle.
« La malachite se trouve dans les différons pays où il y a des mines de cuivre. Les plus belles nous viennent de Sibérie ; elles se trouvent d'ordinaire dans les cavités des mines de cuivre , en morceaux protubérances, plus ou moins grands, plus ou moins compacts; elles prennent attachement comme les stalactites et les stalagmites ; on s'en aperçoit facilement , lorsqu'on les examine. La malachite tire son nom de sa couleur , qui ressemble à celle de la mauve, en grec malachê. On en a long-tems distingué de quatre espèces : l'une verte et de couleur de mauve ; l'autre verte, mêlée de veines blanches et de taches vertes; une autre d'un fond vert, mêlée de bleu; la quatrième approchant de la couleur de la turquoise.
» On ne donne à présent ce nom qu'à une espèce de stalactite cuivreuse, d'un très-beau vert; elle est susceptible du poli, et , suivant le morceau et la coupe qu'on en fait, elle offre des dessins variés et fort agréables, soil par des lignes disposées les unes sur les autres , et de dif-
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férentes nuances de vert , soit par dos cercles de diverses grandeurs.
» Pour faire de la malachite artificielle, on peut employer le procédé suivant :
» Dissolvez du cuivre par l'alcali volatil, dégagé du sel ammoniac par le moyen de l'alcali fixe, en laissant cette dissolution , qui est d'un beau bleu d'azur , exposée à l'air dans un vaisseau. L'alcali, décomposant la matière grasse , reste inhérent au cuivre , et lui donne une couleur verte. Par l'évaporation insensible, on obtient des cristaux du plus beau vert, mais rassemblés confusément : c'est ce qu'on peut nommer malachite artificielle; elle a toutes les propriétés de la naturelle. ^ (Article extrait de l'Encyclopédie méthodique.)
On trouve aujourd'hui du vert de malachite chez plusieurs marchands de Paris. Il serait prudent de ne l'employer qu'après l'avoir éprouvé.
Vert de cobalt»
Le vert de cobalt est une couleur de nouvelle fabrication , et dont le mérite consiste dans son inaltérabilité et dans la facihté de se lier avec beaucoup d'autres couleurs.
Cette couleur résulte de la combinaison d'un sel de cobalt avec un peu de fer et d^alumine. On peut voir dans ce produit quelque chose de fort analogue au bleu Thénard mélangé d'un oxide de fer jaune, qui le fait passer au vert. Le vert de cobalt est une couleur précieuse et fixe qu^on peut employer sans crainte même dans les carnations.