‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 56 sur 127 · TOME IX · texte numérisé non relu

TOME IX

Vert de scheeie,

La belle couleur, connue sous le nom de vert de scheele, fut long-tems considérée comme un arsenite de cuivre; plus tard M. Thénard a annoncé que ce n'était que la combinaison du deutoxide d'arsenic et du deutoxîde de cuivre; quoi qu'il en soit , voici la manière dont on le fabrique :

« On met sur le feu , dans une chaudière de cuivre , un kilogramme de vitriol bleu (sulfate de cuivre) , avec seize litres d'eau pure; la dissolution étant faite, on retire la chaudière du feu.

» D'une autre part, on fait fondre séparément, à l'aide de la chaleur, deux livres de potasse blanche , sèche , et onze onces d'arsenic blanc pulvérisé, dans six litres d'eau pure ; quand tout est dissous , on fdtre la liqueur au travers du linge, et on la reçoit dans un autre vaisseau.

» Sur la solution arsenicale on verse la solution de vitriol de cuivre encore chaude; on observe d'en mettre peu à la fois, et on remue continuellement avec une spatule de bois; le mélange étant fait, on le laisse reposer pendant quelques heures : alors la couleur verte se précipite; on décante la hqueur claire ; on jette sur le résidu quelques pintes d'eau chaude, et on remue bien; on décante de nouveau la hqueur claire. Quand la couleur s'est déposée, on lave une ou deux fois avec de l'eau chaude, de la même manière; on verse enfin le tout sur une toile, et quand l'eau est passée et l'humidité évaporée , on met la couleur en trochisques sur le papier gris , et on la fait sécher h une douce chaleur. Les quantités indiquées doivent produire une livre six onces de belle couleur verte

» Pour que la teinte ne s'altère pas , il paraît qu'il faut la recueillir d'abord sur une toile et la comprimer fortement. M. Thénard pense que la couleur serait plus belle , si les lavages ne se faisaient qu'à froid, et qu'on fît prédominer la potasse.

» Le procédé décrit ci-dessus a été modifié par des fabricans de Vienne , et on a donné à leurs produits les noms de vert de Sckwcinfart et de vert de Ill^itis. Voici le procédé tel qu'il a été décrit par le docteur Liebig :

» Sur une partie de vert-de-gris dissous dans suffisante quantité de vinaigre pur , on verse une solution aqueuse d'une partie d'oxide arsenical blanc ou oxide arsenieux. Le mélange produit un précipité vert sale , qu'on fait disparaître par l'addition de nouveau vinaigre. Portée à i'ébullition, la liqueur laisse déposer la couleur, au bout de quelque tems , sous forme de petits cristaux grenus d'un vert de la plus grande beauté : il faut les laver et les faire sécher.

» La couleur ainsi préparée, est légèrement bleuâtre,* pour en changer la teinte et la rapprocher de celle que le commerce demande , il suffit de chauffer à un feu modéré dix livres de la couleur avec une livre de potasse de commerce en dissolution dans l'eau : bientôt on voit la masse prendre une nuance plus foncée , et telle qu'on la désire. La liqueur alcaline qui reste après ce traitement peut encore servir pour préparer le vert de scheele. »

Le vert de chrome est encore une couleur très-solide ; on peut l'obtenir en calcinant le chromate de. mercure ( comîjinaison de l'acide chromique avec le mercure, ) Cette couleur est peu connue des peintres.

556 PROCÉDÉS 3IATÉRIELS.

Terre verte,

« La terre verte , dit M. Pelouze , est une substance naturelle, probablement une argile imprégnée d'oxide de cuivre. Elle est d'un vert bleuâtre , qui a beaucoup de la nuance dite vert de mer. Cette substance est âpre et rude; elle exige d'être long-tems broyée avant d'en faire usage. La couleur en est durable, mais pas très-brillante. C'est cette substance que HaLiy a désignée sous le nom de clilorîte zograpliique. On en reconnaît de deux sortes, savoir : terre verte commune , et terre verte de Vérone. Cette dernière est d'une teinte beaucoup plus belle; elle a beaucoup plus de corps que la terre verte commune , qui est assez pâle. Broyée à l'huile, elle devient d'une teinte vert foncé. »

Quelques personnes considèrent cette couleur comme étant le seul oxide de fer formé par la nature.

On a distingué par des noms diilérens les diverses couleurs vertes naturelles provenant du cuivre , et l'on pourrait multiplier ces dénominations à l'infmi , soit en les faisant dériver des pays qui les produisent , soit en les variant selon la différence des teintes , ou selon l'espèce d'opération ; aussi la cendre verte , le vert de montagne , qu'on trouve dans les montagnes de Kernhaussen , en Hongrie, et qui participe beaucoup du bleu de montagne, dont nous avons parlé, et d'autres couleurs verdâtres métalliques, ont entr'elles une grande analogie, et ne semblent devoir intéresser que les fabricans de couleurs.

Puisque les peintres ont le vert de cobalt à leur disposition, la terre verte leur devient presqu'inulile.

COULEURS MATiiRIELLES. LES VLRTS. ÔD']

Vert-de-gris.

Le vert-de-gris est un oxide de cuivre que l'art produit en employant l'intermède du vinaigre. La nature le produit aussi, puisque l'air recouvre ce métal d'une espèce de rouille verte. Le vert-de-gris a toujours été regardé comme une couleur ennemie et destructrice de toutes les autres; aussi les peintres de tableaux la délaissent-ils. Cependant, on a cherché à purifier cette couleur, c'està-dire, à donner à l'oxide verdet un caractère salin , et à le dépouiller de toutes les impuretés qui accompagnent le travail du verdet ordinaire. Cette opération a lieu au moyen d'une nouvelle addition de vinaigre qui, étant enébullition, dissout l'oxide verdet, et produit des cristaux, que l'on nomme acétite de cuivre ou verdet cristallisé. Ce verdet cristallisé doit être pulvérisé, et dégagé ensuite de son eau de cristallisation par le soleil et les étuves; et alors il est plus propre à être employé dans la peinture à huile : il est Lien au-dessus du verdet ordinaire pour l'éclat; aussi estil d'un prix plus élevé.

Les peintres peuvent tirer un grand parti de cette couleur, s'ils l'emploient seulement par glacis, sur des dessous, dont lestons seront calculés par l'expérience et par la connaissance des effets de cette couleur. Le jaune de Naples et le bleu de Prusse, ou plutôt le bleu minéral , sont excellons pour préparer, soit des draperies, soit tous autres objets qu'on a l'intention de glacer avec cette couleur. Ainsi , le travail gris-verdâtre du dessous étant bien sec, et les formes de l'objet étant bien rendues, et tous les détails achevés, on glacera de verdet broyé à l'huile de

558 PROCÊCÉS MATERIELS.

lin (celte huile étant plus préservatrice de cette influence de l'air sur les sels de la couleur). Au bout de six jours , l'effet sera produit , et la teinte turquoise du verdet sera changée en un vert harmonieux et superbe.

C'est , je crois , par ce procédé , que les peintres vénitiens ont obtenu ces beaux verts , qu'on ne peut reproduire aujourd'hui sans employer le même moyen.

Vert de vessie.

Les végétaux ont fourni aussi à la peinture des couleurs vertes. Le vert, appelé assez improprement vert de vessie, parce qu'on est dans l'usage de le mettre dans des vessies, se fait avec le fruit d'un arbrisseau qu'on nomme noirprun ou bourg-épine. (La graine d'Avignon provient d'un arbuste du même genre , et qu'on nomme petit nerprun purgatif.) On cueille les baies du noirprun quand elles sont noires et bien mûres ; on les met à la presse , on en exprime le suc , qui est visqueux et noir , qu'on laisse évaporer à petit feu, sans l'avoir fait dépurer; on y ajoute un peu d'alun de roche dissous dans l'eau , et de l'eau de chaux. Cette couleur doit être en consistance de miel. On croit qu'elle a été connue des anciens.

La fleur de l'iris donne aussi un vert employé par quelques peintres. Yoici la manière de l'obtenir :

Prenez des fleurs de l'iris bleue ou bulbeuse (iris bulbeuse de Linné); détachez-en les pétales, prenez -les et jetez le reste, ne prenez même que leur dessus, qui est satiné; ôtez aussi la petite nervure houppée : pillez ces pétales dans un mortier en les arrosant d'un peu d'eau , dans laquelle vous aurez fait fondre une petite quantité

COULEURS MATÉRIliLLIiS. LES liRUISS. 35(J

(le gomme arabique et d'alun; continuez à piler ces fleurs, ou plutôt, broyez-les sur un marbre, puis mettez cette espèce de pâte dans une toile forte , et exprimez-en le jus, que vous mettrez dans des coquilles, et que vous ferez sécher à l'ombre.

Avec des fleurs de violettes ou avec des fleurs de pensées , on peut faire encore, et de la même manière , des verts assez agréables.

Le stramonium , l'acanthe , le tabac , le fenouil d'Espagne , Tarbre colorant de Virginie , etc. , donnent aussi d'assez beaux verts.

Terminons nos observations sur ce point par l'indication d'un Mémoire publié par M. Bizio, et intitulé Mémoria sopra una lacca verde, etc. ; Mémoire sur une laque verte tirée du café, avec quelques observations nouvefles sur la nature et la propriété de la matière colorante de cette semence. Venise, 1819; in-8°.

L'auteur passe en revue les expériences faites sur le café par MM. Ghennevix , Cadet, Payssé, Séguin , et surtout par Brugnatelli. M. Bizio , en répétant et eu continuant les essais de ce dernier, est parvenu à obtenir du café une bonne laque verte. Quelques artistes ont assuré que cette nouvelle couleur a été employée avec beaucoup de succès dans la peinture.

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