PEINTURE AU VERNIS
"Voici la recette de Tingry pour faire le vernis h tableaux :
« Mastic mondé et lavé , douze onces ; térébenthine pure, une once et demie j camphre, une demi-once; verre blanc pilé, cinq onces; essence éthérée , trente-six onces. On peut supprimer la térébenthine , si l'on veut un vernis plus sec; car si elle donne de la souplesse , elle jaunit. Tamisez le verre et pulvérisez les résines; placez ce mélange avec l'essence dans un matras à col court; ajustez un bâton de bois blanc arrondi, pour remuer le tout; exposez le matras dans une cuvette remplie d'eau, d'abord un peu chaude, et que vous entretiendrez ensuite bouillante pendant une ou deux heures. Remuez le tout pendant ce tems. Lorsque les résines sont fondues, ajoutez, si vous en faites usage, la térébenthine, liquéfiée auparavant au bain-marie; laissez encore le matras une demi -heure dans l'eau; retirez-le^ et remuez jusqu'à ce que le vernis soit un peu refroidi. Le lendemain on le soutire et on le filtre au coton. On peut l'exposer quelques heures au soleil , en agitant les surfaces. L'essence de térébenthine ne s'évapore jamais en totalité comme l'alcohoî; elle laisse toujours un résidu. C'est ce résidu , dit Tingry , qui donne au vernis à l'essenc^ plus de solidité et de corps que celui à l'alcohoî. Il dit ailleurs que si l'on donnait successivement un grand nombre de couches d'essence sur la même surface, il en résulterait un léger vernis. » Cette observation vient à l'appui de ce que j'ai déjà dit sur l'inconvénient de cette huile volatile.
Quant à l'action du verre pilé , elle consiste dans la division des parties à l'aide de l'excipient; et comme le verre se précipite ensuite au fond du matras, il s'inter-
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pose entre la substance résineuse et le feu, et empêche l'adhérence au fond du vase et la colorisation.
Voici une recette pour faire un vernis à l'esprit- de-vin :
« Blanc d'œuf séché au nord, une dragme; mastic,
deux dragmes; camphre, une demi-dragme; sandaraque,
une once. Tamisez et faites fondre au hain-marie dans
une livre d'esprit-de-vin.
Je terminerai ce chapitre par l'indication d'un procédé, dont il est fait mention dans le Journal des Arts, 16 février 1807. «11 y est dit que M. Hoin , peintre à Dijon , a présenté à l'Académie une étude d'après Ruisdaël, qu'il a exécutée selon le procédé qu'a fait connaître M. Séguin de Bonne-Encontre , et qui exclut l'huile de la peinture. Ce procédé, éprouvé depuis quinze ans , a , dit-on, l'avantage sur l'huile de ne point altérer les couleurs par ia dessication. »
Des peintures fixées sous glace.
On a imaginé assez heureusement de fixer sous une glace des peintures à huile de petite dimension , de manière que la glace et la peinture ne fassent qu'un corps , et que les couleurs semblent avoir été apposées au pinceau dessous cette glace. L'effet qui résulte de cette conliguité est favorable à l'imitation en petit , en ce que la glace fait alors l'office de vernis, ce qui est bien différent de l'effet de glaces posées simplement sur des peintures sans adhérence ou contiguïté de surfaces. L'eau contenue à plat sur une peinture à une hauteur d'une ou de deux lignes produit le même effet. L'idée de vernir avec du cristal est donc heureuse , et on s'en est servi assez sou-
PJillNTUnE AU VERNIS. 4^5
vent. Cependant le ravage de la lumière sur les couleurs à huile se manifeste malgré cette glace qui ne les préserve que de l'influence des malignités de l'atmosphère. Cette demi-conservation de ces sortes de peintures n'a donc pas persuadé un grand nombre de peintres , et peu d'artistes aujourd'hui usent de ce procédé, qui produit toutefois un résultat charmant, par la suavité ^ le fondu, la force qu'il procure aux couleurs. L^épaisseur du verre abaisse toujours un peu les clairs, et éclaircit un peu les bruns; de plus, sa couleur, bien que légère, décolore les carnations. Le peintre qui destine un ouvrage à être fixé sous glace est donc asservi à certaines exagérations; mais il les pratique aisément, parce qu'il peut considérer de tems en tems sa peinture au travers de l'eau contenue par une bande de cire fixée autour du tableau , et puisqu'il peut même peindre h travers cette eau. (C'est ce procédé de peinture sous l'eau qui la fait appeler quelquefois peinture éludorique. )
J'ai toujours pensé qu'une peinture au vernis sans huile serait bien préférable h une peinture à huile , pour être ainsi fixée sous glace. Au moins , on n'aurait point h objecter la fragilité ou le peu de ténacité des couleurs. Cet avertissement est utile, je crois, aux peintres qui ont recours au fixé sous glace. S'ils veulent donc peindre au vernis composé de résine-élémi et de copal , le tout Hquéfié par l'huile volatile d'aspic ou de cire, et bien évaporé avant d'être fixé, ils obtiendront des peintures impérissables, d'un éclat et d'un accord charmant.
Le procédé nécessaire pour fixer sous glace les peintures consiste à les exécuter sur taffetas, à les bien laisser sécher, et à les collera l'aide de la colle de poisson. On
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a soin de bien chasser les globuies d'air , en appuyant et en passant obliquement la main sur le tissu. Des personnes adroites sont parvenues à fixer ainsi des taffetas d'un pied de long. Il faut préparer la glace à recevoir la colle. Les décoctions d'absinthe sont utiles dans ce cas. On peut même en égriser la surface , mais très-légèrement. Enfin le succès de cette opération résulte de la dextérité et de l'habitude. Les verres qui doivent recevoir des miniatures à huile doivent être plans du côté qui reçoit la peinture , et convexes du côté du dehors. Un entourage de baudruche doit fixer le bord du taffetas sur le bord de la glace, ainsi que cela se pratique pour les miniatures sur ivoire.
Des estampes fixées sous glace ^ et enluminées avec des couleurs préparées à r/iuile ou au vernis.
Il n'est peut-être pas inconvenant de faire connaître ici par quel procédé certains industriels promettent aux jeunes demoiselles et aux oisifs de province de les rendre peintres en une heure. Ce secret a plus d'une fois rétabli les finances de ces coureurs de petites villes où , au nom des beaux arts , ils se font introduire et écouter chez quelques personnes aisées et crédules.
Choisissez telle estampe qui vous plaira : ayez un verre blanc taillé de la mesure de cette estampe , dont on aura retranché la marge. Faites chauffer ce verre, et appliquez dessus une couche de térébenthine; appliquez-en aussi une légèrement sur l'endroit de l'estampe, et posez-la aussitôt sur le verre. Chassez bien les bulles d'air en appuyant, et laissez refroidir. On aura soin de tenir l'en-