‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 7 sur 127 · PEINTURE A HUILE. REPEINDRE ET TERMINER · texte numérisé non relu

PEINTURE A HUILE. REPEINDRE ET TERMINER

la crainte de s'égarer en ennoblissant ce héros ; que lui qui toujours faisait vrai, naturel, et qui était exempt de manière dans son dessin, pouvait bien secouer le joug de l'individu-modèle, et s'élancer dans le sein de la beauté. J'observai que son Léonidas était un roi héros, et que l'imitation des détails pauvres sur le sternum de sa figure, le peu de grandiose dans tout le torse et dans les cuisses ne seraient justifiés que chez un peintre inhabile dès qu'il cesse d'être copiste. D'ailleurs, ajoutai-je, les épaules trop basses , le torse trop élancé n'expriment pas assez le mouvement propre à un héros assis , méditant , concentrant , pour ainsi dire , son fier courage , ses alarmes héroïques , et préparant son illustre résignation. J'ai toujours pensé, me répondit David, à retoucher cette figure; je vous comprends très-bien. — Quelques semaines après je revins; cette figure avait disparu; une autre l'avait remplacée; la tête seule était restée; mais quelle amélioration ne reçut-elle pas à l'aide du nouveau mouvement du col plus incliné de côlé ! comme David en accorda bien ensuite l'expression, le regard avec le nouveau mouvement, la nouvelle ampleur qu'il sut donner à cette figure héroïque !

Peu de tems après, ce peintre à jamais classique voulut retoucher son tableau des Sabines; ses amis et les amis de l'art l'arrêtèrent dans sa résolution. Un jour il avait la palette à la main, tout plein de ces prétendus perfectionnemens. La liberté que donnaient sa grande modestie et son grand sens m'autorisa à le supplier de ne toucher en rien à ce chef-d'œuvre, dont je fis ressortir avec quelqu'enthousiasme la verdeur originale et le caractère sévère, lui rappelant ces peintures admirées par les Athéniens

au Pécile, et que l'énergique et très-austère pinceau de Polignote et de Micon avait su exécuter. David se contenta de glacer de légères teintes sanguines sur Hersilie qui avait un peu pâli, et il passa seulement quelques tons nouveaux sur le terrain.

Quant aux figures de Tatius et de Romulus, ses élèves se rappellent très-bien qu'il les refit en entier plus d'une l'ois.

Léonard de Vinci, au contraire, savait reprendre souvent son ouvrage; il châtiait les formes par un travail si délicat, si fondu que l'on n'aperçoit aucune pièce de rapport dans ses peintures. Je dirai à ce sujet que lors qu'on retouche ainsi par couches minces superposées et Lien séchées , on emploie si peu d'huile que les tableaux conservent assez bien leur fraîcheur. Enfin je ne puis m'empêcher de répéter que cette idée d'une peinture , exécutée tout d'une fonte, est un préjugé, vu l'inconvénient qu'il y a parfois à improviser, et vu la liberté qu'on doit laisser au peintre de caractériser par des touches savantes et larges certains objets de ses imitations; touches finales , qui font assez voir que l'ouvrage n'a pas été exécuté tout d'un jet; touches savantes, que Tiziano et d'autres maîtres habiles ont eu à cœur de faire apercevoir pour démontrer que la peinture n'est point un art mécanique et tout manuel, semblable, par exemple, à celui de l'écriture qui, devant être exécutée tout d'un jet, perd de son mérite lorsqu'elle a été retouchée.

On se sert beaucoup aujourd'hui de vernis à retoucher; mais souvent on confond deux choses dans l'addition de ce vernis. Premièrement on le recherche parce qu'en en frottant le tableau que l'on veut repeindre, il dépose un

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