TOME IX
cherché de nouvelles combinaisons. Ratti prétend que Gio-Balista Carlone , de Gênes , mettait dessus le mur qu'il devait peindre une préparation qui garantissait ses couleurs de l'efFet de la chaux, et qui donnait à ses fresques l'apparence de tableaux peints à l'huile. (Voy. Lanzi , tom. V, pag. 52 5.) Il est certain que les fresques de R. Mengs au Vatican, à Saint -Eusèbe, à la Yilla- Albani , etc. , ont un aspect et une vivacité de teinte qui feraient croire que ce peintre très-instruit a procédé par des moyens dilFérens de ceux de ses devanciers.
On a parlé de la longue durée de la fresque; cependant celles de Raphaël et de Michel-Ange dépérissent et donnent déjà quelqu'inquiétude , quoiqu'elles n'aient pas beaucoup plus de trois cents ans d'existence : or les peintures encaustiques de Polygnote étaient encore vives au bout de neuf cents ans, au dire de Yictorinus; et des morceaux de peintures étrusques et égyptiennes découverts de nos jours ont été trouvés dans le meilleur état de conservation. J'ai déjà fait observer que c'était très-inconsidérément qu'on appelait fresques les peintures qu'on voit aujourd'hui dans les ruines. L'encaustique est donc, ainsi que je l'ai dit, la vraie peinture, soit pour les murailles et les plafonds , soit pour les panneaux portatifs. La chaux de l'enduit devient sans effet sur les couleurs par l'interposition et l'imbibition de la cire ,* en sorte qu'au lieu de peindre en incorporant la couleur dans un mortier humide, on pourrait tout aussi bien l'incorporer dans un enduit imbu de cire et rendu perméable après coup à l'aide du feu : par ce moyen on obtiendrait à volonté une peinture mate , et l'humidité ne serait plus à redouter. Quant au poli , que l'on ne trouve pas suffisant dans l'en-
fluit coQiposé de sable et de chaux, enduit employé ordinairement commue nécessaire à la solidité du crépiment, ne pourrait-on pas l'obtenir en composant la dernière couche selon le procédé antique employé pour revêtir les murs intérieurs des aqueducs, procédé qui consistait en un malthum composé de chaux éteinte dans du vin , et incorporée avec des figues fraîches et de la résine fondue ? En général, les modernes ont des idées fort incertaines sur tous ces points qui sortent du domaine de la peinture à huile; aussi trouve-t-on parfois dans les livres les assertions les plus extraordinaires au sujet de ces questions. C'est ainsi que, selon de Murr (Bibliothèq. , pag. 524) , un auteur respectable assure que François Stampart , avant d'ébaucher une tête, donnait une couche de couleur de chaux à la place même où il devait peindre cette tête.
Des sgrafittî.
Ne convient-il pas de dire ici un mot sur un procédé de peinture abandonné depuis long-tems , mais qui a eu un instant de vogue du tems de Raphaël et même après ? Il s'agit des peintures qu'on a appelées du nom de sgrafitti (égratignures), parce qu'elles s'exécutaient avec une espèce de fourchette qui égratignait en effet la superficie blanche du mur et mettait à découvert le dessous noir , préparé à fresque pour cet effet -, en sorte que les traits et les hachures ressemblaient aux effets du crayon noir sur du papier blanc. On croit que André Gosimo employa le premier ce moyen pour exécuter des ornemens en clair-obscur. Polydore de Carravagio a ainsi
peint plusieurs façades qu'on voit encore à Rome. Mathurino , autre élève de Raphaël , en fit également ; et quelques villes d'Italie en conservent. (Voy. au Dictionnaire , vol. i^"", le mot Sgrafitti. )
On dit encore que Cosimo avait imaginé de peindre sur des pierres de diverses couleurs , et que les couleurs mêmes de ces pierres servaient de dessous à sa peinture : cette nouvelle manière , ajoute-t-on , eut beaucoup de partisans. Ce fut donc pour imiter la durée des ouvrages en ce genre qu'on lui demandait qu'il inventât un enduit, qui pût servir à exécuter les sgrafitti monochromates , que nous rappelons ici.
Si les traits blancs ou masses claires du dessus ne s'altéraient jamais , ce procédé serait en effet très-ingénieux; mais ces blancs de dessus se salissent et embrouillent l'effet de ces peintures monochromes. Le même inconvénient a lieu si l'on ménage un fond blanc et qu'on égratigne le dessus préparé en noir.
Pour obtenir le fond plus ou moins sombre , qui sert pour les brans, on compose un enduit fait avec de la chaux, du sable , et plus ou moins de paille brûlée. Lorsqu'il est sec, on superpose une couche blanche, composée de chaux et d'eau de colle; puis on trace les dessins ou cartons soit au poncis, soit en en suivant les découpures : les touches très-fortes de brun se donnent au pinceau après coup.
Parmi les auteurs qui ont traité de la fresque dans leurs écrits, on peut citer entr'autres Gennini , Cespèdes, Groeckers, Dupuy du Grez, Faujas de St.-Fond, Vasari , de Piles, Pernety , dans son introduction artistique , etc. M. Vinchon, auteur des fresques exécutées à la chapelle
PEINTURE A LA COLLE. /j0 7
St. -Maurice à St.-Sulpice, h Paris (d'aulrcs chapelles y ont été peintes dans le même tems ) , a promis de publier un traité-pratique de ce genre de peinture. (Voy. le Mo niteur, 17 décembre 1822.)
Nous parlerons , à la fin de ce Traité , des essais faits pour enlever les fresques et les fixer sur mur de nouveau.