‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 72 sur 127 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DE LA PEINTURE A LA COLLE, A L'ŒUF, AU LAIT, etc.

J-JA peinture à la colle est appelée aussi détrempe (du mot italien tempera) , parce que , dans cette espèce de procédé, on détrempe avec de la colle liquide les couleurs broyées d'abord è l'eau simple. Ce genre de peinture est le plus ancien de tous ; mais il n'est pas le plus facile , parce que , la dessication des couleurs ayant lieu trèspromptement^ le peintre a fort peu de tems pour fondre et lier suavement ses teintes. Aussi cette peinture ne doitelle être pratiquée que par des mains habiles et par des artistes sûrs de leur fait.

La peinture à colle ou à détrempe est très-lumineuse,* mais elle est bornée dans les tons bruns ou obscurs, parce que la lumière se réfléchit sur les molécules composant ces couleurs brunes ou obscures; réflexion favorable toutefois aux couleurs claires qui se trouvent ainsi très-illuminées. Les bruns de la détrempe ne paraissent donc trèsbruns que dans leur état frais et avant leur dessication.

Pour rendre plus facile Temploi de cette espèce de peinture, il faudrait rendre l'eau ou le liquide moins prompt à se volatiliser : il faudrait encore , pour faciliter l'emploi de ce procédé , tenir long-tems en état d'humidité le subjectile , tel que la loile , le bois , le mur , etc.

La solidité d'une peinture à détrempe bien faite est trèsgrande; sa durée égale celle de la fresque, et elle résiste même aux injures de l'air. On voit des peintures en détrempe exposées à l'air, et qui datent de cinq à six siècles. On objectera peut-être que ces anciennes détrempes sont des espèces d'encaustiques , et que la cire y était mêlée à la colle; mais une chose incontestable , c'est que l'Italie consers^e de ces sortes de peintures , dont la date est très reculée.

En général les colles et les gommes sont conservatrices des couleurs ; tandis que l'huile, qui nous semble si solide, si inattaquable, est peut-être moins durable.

On se demande pourquoi les peintres ont délaissé la détrempe, puisqu'ils peuvent, par son moyen, obtenir de bons résultats. La vraie réponse à faire , c'est que les artistes ne sont point encouragés dans cette espèce de travail qui requiert de l'habitude , et qui , bien qu'il soit expéditif, exige du tems pour parvenir à la perfection dont il est susceptible. Si donc il existe des morceaux de peintures exécutés à détrempe séduisans par leur vérité et leur éclat, il en existe aussi beaucoup dont le travail manque d'union, de suavité, et qui perdraient beaucoup à être contemplés de près. Quant aux vastes peintures , aux représentations scéniques, aux décorations, c'est précisément ce procédé que réclament ces sor!es de peintures. Je crois que , malgré les recherches qui ont dû être

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faites par les peintres , cette espèce de peinture est encore perfectible, et que l'on pourrait, h l'aide, par exemple, de la cire liquéfiée dans l'eau, obtenir des bruns mats plus forts , et qui pourraient devenir tels lorsqu'on les exposerait au feu en particulier.

Les subjectiles propres à recevoir la détrempe sont de diverses espèces. Le bois , le papier , la toile , le vélin , les enduits des murs, etc. , la reçoivent très-bien.

Quant aux murs , il importe qu'ils soient parfaitement secs, sans quoi, en séchant, on verrait pâlir les couleurs; on les verrait se fendiller de toutes parts. Sur un mur préparé à chaux , il faut peindre à la chaux , malgré le ravage qui en résultera pour certaines couleurs ^; car si on peint au blanc de gypsoude craie, la peinture sera bientôt évanouie. Pour peindre avec des blancs de craie, il faut que le mur soit préparé au blanc de craie ou de gyps , en employant peu de craie et peu d'épaisseur. On a besoin d'employer les hachures plutôt lorsqu'on peint sur mur que lorsqu'on peint sur toile.

Quand on peint sur les murs , il faut d'abord y faire un enduit de bon plâtre , le plus uni qu'il est possible. On laisse bien sécher cet enduit : on y donne ensuite une ou même deux couches de colle bien chaude, et plus forte que s'il s'agissait de détremper les couleurs. Si les murs sont un peu raboteux, on mêle dans la colle du blanc d'Espagne ou de craie, pour les rendre plus unis par cette impression : on fait même usage, pour cet effet, de plâtre fusé à l'air et bien broyé. Quand cette couche est très-

* Les couleurs qui embellissent d'une manière merveilleuse, dit-on , l'aspect de certains temples de l'Egypte, sont appliquées à la chaux.

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sèche, on la racle le plus uniment qu'il est possible, et l'on peint par-dessus.

Lorsque l'on veut peindre sur Lois , il faut de même y donner deux couches de colle, et racler cet encollage pour le rendre Lien uni.

Pour la peinture en détrempe sur toile , Félibien voulait qu'on choisît delà toile vieille, demi-usée et bien unie. Il donnait pour raison qu'elle était plus douce , et qu'on n'était pas obligé d'y mettre plusieurs couches de colle , qui , dans la suite , pouvaient faire fendre et écailler la peinture. Cependant des personnes qui ont autant d'expérience pour la peinture à la détrempe sur toile que sur plâtre, croient que la toile neuve est préférable. Quoi qu'il en soit , quand la toile est bien tendue sur des châssis , il faut, surtout si elle est neuve, la frotter avec de la. pierreponce , pour en ôter les nœuds et les inégalités , et pour la préparer à bien recevoir la peinture. On l'imbibe ensuite avec de la colle chaude, que l'on passe partout avec une grosse brosse ; et quand la colle est sèche , on y repasse la pierre- ponce. Il faut ensuite imprimer la toile d'une couche de blanc de craie avec de la colle. La terre à pipe est encore très-bonne à cette fin , parce qu'elle est liante. (On trouve de cette argile à Montereau-sur-Yonne.) Quand cette préparation est sèche, on y passe encore la pierre- ponce. Si la toile était fort claire , il faudrait y coller du papier par derrière. En parlant des toiles préparées pour la peinture à huile, j'ai dit qu'il s'en fabriquait dont la largeur était de plus de huit pieds; je dois dire qu'on en trouve aujourd'hui à Anvers qui portent vingt pieds de large, en sorte qu'on n'a plus à redouter la saillie des coutures.

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