PEINTURE A LA. COLLE
Pour peindre sur le papier, ou sur le vélin, toute espèce de préparation est inutile. Il faudrait cependant coller le papier , s'il ne l'était pas. On peindrait mal sur un papier spongieux.
Le fond sur lequel on doit peindre étant préparé , on y dessine ce qu'on veut représenter , avec du charbon tendre et léger, sans appuyer beaucoup; car il faut se ménager la liberté d'effacer aisément , et de faire k son premier trait les cliangemens que l'on juge convenables. On efface en frottant les traits avec de la mie de pain rassis, ou avec un linge blanc. Quand le trait est arrêté, on le met au net avec une petite brosse et une couleur mêlée de beaucoup d'eau, afin qu'elle n'ait pas de corps , qu'elle soit très-faible , et qu'elle n'altère pas la couleur qu'on couchera dessus. Ce dessin étant bien sec , on enlève avec la mie de pain ou le linge , ce qui peut rester des traits inutiles de crayon.
On fait les teintes sur la palette. Elle n'est pas de bois, comme pour la peinture à l'huile , mais de fer blanc , de figure carrée, et seulement un peu arrondie vers l'endroit où est le trou dans lequel on passe le pouce. On borde ce trou d'un morceau de peau ou de cuir mince , pour que le fer blanc ne blesse pas la main. La partie supérieure de celte palette , c'est-à-dire , l'extrémité la plus éloignée du pouce , doit avoir des rebords un peu relevés, pour retenir les couleurs qu'on y arrange , en cas que l'on vienne à la pencher un peu trop sans y penser. On pratique aussi, vers le haut de la palette, quelques enfoncemens pour contenir chaque couleur dans son ordre : cet ordre est le même que pour la peinture à l'huile. (Voy. vol. VII, pag. 586). Ces couleurs sont seulement dé~
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trempées avec de i'eau nette, et tenues d'une consistance un peu épaisse : à mesure que l'on veut s'en servir , on prend avec la brosse ou le pinceau un peu de colle. On tient toujours cette colle un peu liquide , en laissant le vaisseau de terre qui la contient , sur un petit feu de cendres chaudes.
Lorsque la colle vient à se figer sur la palette pendant le travail , il suffit de la présenter au feu , et elle se fond aussitôt. Si , en se fondant , elle devenait trop forte , il faudrait y mêler un peu d'eau. On doit prendre garde aussi que les couleurs entières , arrangées en haut de la palette , ne se dessèchent pas par l'efFet du feu.
On ne se sert point du couteau , comme dans la peinture à l'huile, pour faire les teintes sur cette palette: on les fait avec la brosse ou le pinceau , à mesure qu'on en a besoin. On nettoie la palette chaque fois que l'on quitte l'ouvrage , on la lave : et on la fait sécher aussitôt au feu, de peur qu'elle ne se rouille.
Lorsqu'on peint en grand , et qu'on a à faire de larges masses, on ne se sert pas de la palette, mais on détrempe la teinte dans des godets ou écuelles de terre vernissée , avec l'eau de colle nécessaire. On fait l'épreuve de la teinte sur des carreaux de plâtre, ou sur des planches préparées comme le fond , ou sur du gros papier blanc , afin d'être sûr de l'effet qu'elle doit produire étant sèche. On applique toujours les couleurs un peu plus que tièdes : ainsi il faut les mettre de tems en tems sur un petit feu, ou sur les cendres chaudes, pour les entretenir dans un état de liquidité. On y ajoute un peu d'eau pure, quand la colle devient trop épaisse. Il faut aussi avoir l'attention de remuer chaque fois la couleur dans
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les godets, avant de la prendre à la brosse, parce qu'elle se précipite aisément.
Une observation très-essentielle , c'est que les teintes doivent toujours être tenues extrêmement hautes et trèsvigoureuses, parce qu'en séchant, elles s'affaiblissent au moins de moitié. 11 ne faut donc pas, dans ce genre, craindre de pousser trop au noir en travaillant : si l'on n'a pas la hardiesse d'outrer de vigueur , on peindra faible et gris. Il faut savoir que les terres brûlées changent moins que les autres , et que la laque , non plus que les noirs , ne change point du tout. Mais l'expérience en apprendra plus à cet égard que tous les préceptes.
Une règle générale, et dont il ne faut point s'écarter, c'est que la détrempe ne veut pas être fatiguée , et ne souffre pas que l'on repeigne par-dessus avec d'autres couleurs que celles qu'on a employées dans le même endroit, parce que celles de dessous, venant à se détremper, se mêleraient avec celles qu'on appliquerait de nouveau , et on détruirait la teinte; d'où il résulterait des tons bizarres, sales et désagréables. La belle détrempe demande à être peinte au premier coup. Gomme elle sèche très-vite, si l'on ne travaille pas d'une manière prompte et expéditive, et si l'on ne connaît pas parfaitement l'effet qui doit résulter des teintes que l'on emploie , on risque de faire un ouvrage d'une très-mauvaise exécution. La peinture à détrempe est , à cet égard , plus difficile que la peinture à l'huile.
Quand l'ouvrage est fini, on peut le retoucher tant qu'on veut , pourvu du moins que ce soit avec les mêmes teintes : c'est ainsi qu'on ajoute de la force aux endroits faibles. Il faut seulement attendre que la peinture soit
bien sèche. Après la retouche, on unît proprement les teintes avec une brosse que l'on trempe dans de l'eau pure. Quelquefois , comme il se pratique dans la peinture à fresque , on adoucit deux teintes voisines en hachant avec une couleur qui participe de toutes deux.
Si l'ouvrage doit être touché sans être adouci , tel que le paysage , on couche d'abord des teintes assez brunes pour servir d'ébauches. Quand elles sont sèches , on frappe par-dessus des touches claires , et encore par-dessus celles-ci, lorsqu'elles sont sèches elles-mêmes, d'autres touches plus claires encore.
Quelquefois, au lieu de retoucher par des hachures, on retouche en glaçant. Gela se fait avec des teintures qu'on couche le plus également qu'il est possible avec une brosse ou un pinceau de poil doux : il faut être expéditif dans cette opération pour ne pas détremper le fond sur lequel on glace. Il faut aussi prendre garde que ce fond ne boive pas la couleur avec laquelle on fait le glacis , car il s'y ferait des taches , comme si l'on dessinait au lavis sur du papier spongieux. Pour éviter cet inconvénient, on encolle l'ouvrage avant de le glacer. Cet encollage se fait en passant légèrement sur le tableau une couche de colle claire , bien nette , et médiocrement forte : quand cette colle est sèche , on glace par-dessus.
En détrempe on se sert pour glacer les bruns d'une couleur appelée fulverin. Cette couleur est faite avec l'urine , dans laquelle les teinturiers en écarlale lavent les draps , aussitôt qu'ils sortent de la teinture.
Il arrive souvent que la couleur qu'on emploie pour retoucher, refuse de prendre sur celle qui est déjà sèche. La cause de cette résistance est la trop grande quantité
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de colle employée clans la peinture que l'on veut retoucher. On parvient à vaincre cet obstacle , en mettant un peu de fiel de bœuf dans la couleur que Ton veut appliquer de nouveau.
Une draperie rouge réussira quant à la teinte, si d'abord on la peint avec du minium , et si on la glace ensuite avec de la laque : les draperies jaunes peuvent être glacées de gomme gutte; les draperies bleues, qui seront ébauchées en ocre rouge et glacées avec du bleu, paraîtront d'une teinte harmonieuse et transparente. Les peintres du xv^ siècle obtenaient des verts en glaçant du jaune sur l'outremer, comme on en voit des exemples à l'église de Sainte- Croix de Jérusalem, à Rome.
Presque toutes les couleurs fixes sont bonnes à détrempe : la terre d'ombre , si mauvaise quand on l'em ploie à huile, est excellente employée à colle; il y a cependant quelques couleurs qui sont à rejeter : tels sont les stils de grain , le cinabre ou vermillon. Quant au minium , il réussit même dans les carnations.
Les pinceaux doivent être doux ; ceux de poils de chevreau sont très-bons pour fondre les couleurs. Les pinceaux de Paris, de Bologne et de Rome sont bons aussi , pourvu qu'ils soient souples.
Les teintes doivent être posées sur la palette dans le même état de solidité que les coLileurs à huile; on les y place aussi dans le même ordre. Il faut maintenir ses teintes fraîches, en les humectant avec précaution et sans les rendre coulantes.
Le trait au fusin étant fait sur le mur , et époussetté, on l'arrête en employant un pinceau chargé de couleur légère; quelques-uns le retracent à l'encre, parce qu'elle
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est plus pénélrante et moins délébile. Quand ce trait est sec , il importe beaucoup, avant de peindre, d'imbiber le mur jusqu'à ce qu'il ne boive plus : cela donne le tems de fondre, et procure beaucoup de suavilé et de fraîcheur à la détrempe. Les peintres sont assez d'accord de commencer parles parties claires, pour passer ensuite aux demi-tons et aux bruns : cette méthode permet mieux de suivre le travail.
Les peintres en petit essaient l'effet des couleurs sur un morceau de terre d'ombre ou sur un morceau de craie, ou bien encore sur une tuile chaude , ce qui fait connaître la teinte telle qu'elle sera dans son état sec , car ces substances absorbent l'humidité de la teinte aussitôt qu'elles la reçoivent; et il arrive souvent que deux teintes différentes l'une de l'autre, quand elles étaient mouillées , deviennent semblables aussitôt qu'elles sont sèches.
Pour retoucher à sec quelques parties à détrempe , il faut mouiller avec le doigt et de la salive : tout autre moyen ferait tache. En général le bon moyen pour re^ prendre et retoucher une détrempe sur les places où l'on a mal réussi , c'est de reposer des teintes lorsque cette peinture n'est ni sèche ni humide , et que celle que l'on met dessus n'enlève pas celle de dessous : cela réussit très-bien en employant un pinceau de Pozzola Bastarda. L'usage de ce procédé s'acquiert avec le tems , et apprend que les couleurs superposées doivent être plus claires , parce qu'elles s'obscurcissent après coup. On commence par les grandes masses , parce que les petites peuvent être reprises plus tard. S'il arrive que les couleurs de ces reprises sèchent trop vite parce qu'on s'y est