‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 74 sur 127 · PEINTURE A LA COLLI · texte numérisé non relu

PEINTURE A LA COLLI

pris trop lard , elles semblent érailler et font tache. Si on s'y prend trop tôt, c'est-à-dire, lorsque le dessous n'est pas desséché , on entraîne et on éraille les couleurs de dessous. Si , outre cela, on veut retoucher à sec, les couleurs que l'on appose dessus ne forment qu'une mosaïque déagréable. Quant à la toile , elle laisse plus de tems que le mur pour peindre. Le bois en donne moins que la toile; au reste on a encore la ressource , quand tout est bien sec , de travailler par glacis , et de donner ainsi de la force et de la liaison aux teintes et aux tons.

Si l'on voulait rehausser d'or sur la détrempe, il conviendrait de voir si le fond est assez encollé; car s'il ne l'était pas assez , il faudrait y passer une légère couche de colle bien claire et bien nette, et ne pas repasser à plusieurs reprises. En effet, la brosse même la plus douce pourrait bien ternir le fond; malgré tout et quoiqu'on fasse, on le gâte toujours un peu en l'encollant. On prépare ensuite la matière qui doit happer l'or, laquelle s'appelle batture; ce n'est que de la colle assez épaisse où l'on mêle tant soit peu de miel. Tous les rehauts qu'on veut dorer se font donc avec cette batture chaude , en hachant pour l'ordinaire avec la pointe d'un pinceau ou d'une brosse, et en n'y épargnant pas la batture. Peu de tems après , lorsque la batture est figée et assez ferme, on y applique l'or en feuilles avec du coton ou avec des bilboquets garnis de drap , et on laisse bien sécher pendant quelques jours; enfin on épousette tout l'or avec une brosse de poil de cochon très-douce et très-nette. Il faut bien prendre garde que la batture ne s'emboive pas dans le fond aussitôt qu'elle est couchée , ce qu'on connaît quand elle devient terne et qu'elle perd son luisant; car alors l'or ne peut

pas s'y attacher, et il faut recommencer à coucher la batture dans ces endroits imbus.

Nous avons dit qu'il serait à désirer qu'on trouvât un moyen de ralentir la dessication du fluide qui liquéfie la colle ou le gluten. Nous avons parlé ailleurs de ce moyen. (Voy. vol. VIII, pag. 453.) La présence de sucs visqueux peut y contribuer. L'écorce du gui, les racines de viorne, le jus de certaines plantes , telles que le sureau , les racines de narcisse , de jacinthe , ou autres matières bulbeuses; et parmi les glutens provenant du règne animal, les entrailles de chenille, les limaces et limaçons peuvent, ainsi que je l'ai dit , contribuer à ce résultat. Quant au lait ou jus de figuier, il a été employé de tout tems à cet effet.

La présence des sucres, du miel ou des sirops de guimauve, de jujube, peut augmenter encore cette lenteur de dessication , mais ces substances jaunissent et absorbent constamment l'humidité.

Mais un gluten efficace sous ce rapport et sous d'autres, c'est le jaune d'œuf qui est assez lent à se dessécher. Quanta la présence de l'huile volatile de cire, qu'on incorporerait avec la gomme , et en état d'émulsion , ce moyen de ralentir la dessication serait peut-être excellent.

De la peinture à l'œuf.

L'œuf a de tout tems été considéré comme contenant un gluten très-propre à la peinture. Les écrivains de l'époque de la renaissance de l'art nous parlent souvent de la peinture à l'œuf; et si nous ne connaissons pas très-positivement aujourd'hui le meilleur procédé à suivre pour

PEINTURE A. l'oeuf. l^l^(j

pratiquer cette peinture , c'est que la peinture à huile est, pour ainsi dire, la seule que l'on ait adoptée, et que les tableaux à gouache ou à gomme, ainsi que les miniatures , sont considérés comme des peintures toutes particulières, dont la difficulté fait même le caractère propre et le mérite. Cependant rien ne démontre l'impossibilité de rendre ces sortes de procédés plus faciles , plus commodes, et plus favorables à la justesse d'imitation.

Il importerait donc beaucoup d'examiner ce que pourrait produire cette peinture à l'œuf, si usitée dans les xiv* et xv^ siècles , et même à des époques antérieures.

Une première question à présenter sur ce point , c'est de savoir si l'on usait , et si l'on doit user du jaune de l'œuf seulement , ou bien du jaune mêlé au blanc de l'œuf, ou quelquefois du blanc de l'œuf uniquement. Je pense, d'après les essais que j'ai faits, que tous les trois moyens peuvent et doivent être employés. La présence du jaune seul de l'œuf procure beaucoup d'onctueux et d'énergie aux couleurs ; le mélange du blanc donne de la ténacité et une plus grande transparence,* l'emploi du blanc d'œuf seul procure des couleurs plus vives , plus fortes encore, mais moins omoelleuses et plus friables.

Le jaune d'œuf ayant la propriété de dissoudre les corps gras et résineux , on peut associer des résines à ce gluten , et le rendre ainsi plus tenace, plus dur et par conséquent moins perméable. Les peintres du moyen âge y associaient le suc ou le lait du figuier : ils en coupaient les jeunes branches par petits morceaux , et ils les battaient avec le jaune de l'œuf. L'huile volatile de cire peut encore être associée à ce gluten , et en retarder la dessication. Enfm il est à désirer que les peintres fassent des TOME IX. 29

45o PROCÉDÉS MATÉfilELS.

Fecherches sur ce procédé, qui est très-éclalaiit , trèsriche, et aussi puissant que le procédé à huile. L'association de la cire^ liquéfiée par le procédé que nous avons indiqué, ne pourrait que contribuer à la perfection de ce genre de peinture , au moyen duquel Pierre Pérugino , Mantegna , Raphaël , et tant d'autres ont produit des chefs-d'œuvre.

On peut obtenir la décoloration du jaune d'œuf à la lumière, en le liquéfiant à l'esprit-de-vin. Quant au blanc de l'œuf, il peut très-bien se conserver en état de cristal, pour être liquéfié au besoin.

Si nous possédions des écoles bien organisées , on s'y occuperait du matériel de la peinture , et les expériences y seraient bien mieux suivies qu'elles ne peuvent l'être par un seul artiste isolé , qui n'a pour soutien que son enthousiasme, qualité bien rare, et qui, si souvent, est préjudiciable à sa fortune.

De la peinture au tait»

On a imaginé , pour obtenir une peinture plus durable que la peinture à colle et à gomme , d'employer le lait mêlé de chaux et d'huile , et de détremper les couleurs avec ce liquide.

On fait éteindre une petite quantité de chaux, qu'on délaie ensuite dans une suffisante quantité de lait écrémé, à laquelle on ajoute à peu près autant d'huile qu'il a été employé de chaux. L'huile étant absorbée, on fait infuser dans le Hquide douze fois aulant de craie que de chaux, et quand l'infusion est achevée, on ajoute les couleurs que l'on veut employer et la quantité de lait

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nécessaire pour délremper le mélange. Les couleurs ainsi détrempées s'emploient comme les couleurs détrempées à la colle. Cette peinture a plus de consistance lorsqu'on fait dissoudre dans l'huile , avant de la verser sur la chaux , une certaine quantité égaie de résine. Alors on emploie la peinture tiède. Le lait en état caillé ou en état de fromage même est aussi bon , parce qu'il est promptement liquéfié par la chaux. Il suffit qu'il ne soit pas aigre, car il formerait alors une sorte d'acétite calcaire , susceptible d'altérer l'humidité.

La matière caséeuse , dit M. E. Martin dans ses Elémens de Chimie ^ , est une substance blanche , insipide, inodore, insoluble dans l'eau, soluble dans les dissolutions alcalines, se comportant dans son contact avec l'eau d'une manière analogue au ferment; nutritive, formant la base de tous les fromages , et extraite du lait , le seul liquide où on la rencontre , sous la forme d'une matière caillée, qu'on obtient en abandonnant le lait à lui-même; qu'on sépare de la crème qui s'épaissit à la surface , et du petit-lait qui reste liquide; qu'on égoutte enfin et qu'on lave ensuite à grande eau.

On doit à M. Alexis Cadet de Vaux des recherches trèsutiles sur cette matière. (Voyez les Annales des Arts , vol. VI, pag. 72 , et vol. xvi; voy. aussi décembre 1809.) Les mêmes Annales des arts , i8i5, n*' i4o, indiquent le mélange de cire et de petit-lait.

M. Bachelier avait, dans les tems, composé un badigeon conservateur, par un procédé analogue. (Voyez

1 On trouvera l'indication complète de cet ouvrage à la page l^ob de ce même volume.

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encore les mêmes Annales, vol. xxxivj et de plus le vol. VIII, p. 177. )

On a imaginé aussi l'emploi du sérum du sang. On y mêle une assez forte dose de chaux bien pure et bien vive, et on y incorpore les couleurs : cette préparation demande à être employée promptement.

Dans l'un et l'autre procédé, la présence de la chaux oblige à faire choix de couleurs que celle-ci ne saurait altérer.

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