PEINTURE A. LA GOMME
extrêmement doux sous la molette; ensuite mettez-le dans un verre d'eau claire, remuez-le et le changez jusqu'à ce (ju'elle demeure claire. Il faut avoir pour deux sous d'eau forte , verser votre or dedans, et Vj laisser tremper deux jours; puis on retire l'or, et cette eau- forte peut servir une autre fois : il en est de même pour l'argent. Quand on veut appliquer l'un et l'autre, il faut les détremper avec une ou deux gouttes d'eau un peu gommée; et , pour le lisser mieux , l'eau de savon est nécessaire : il est bon aussi de mettre sous l'or un lavis de pierre de liel; ce moyen en fait ressortir la beauté.
On trouve chez les marchands de couleurs des palettes pour la gouache : il y en a en porcelaine; il y en a en bois verni et chargé de petites tringles propres à retenir les couleurs liquides et à les empêcher de couler. Un verre d'eau , des pinceaux , une palette chargée , et un carton ou papier préparé , voilà tout ce qui est nécessaire au peintre à la gouache.
Quelques peintres sont parvenus à vernir à la résine leurs gouaches , pour leur donner de la force et de la transparence ; mais je crois qu'en associant convenablement de la cire aux couleurs à gouache, on obtiendrait l'amélioration qu'on peut raisonnablement désirer.
Il vient de paraître récemment trois ouvrages intitulés, l'un : Manuel de miniature et de gouache , par Stev. F. Constant Viguier (Paris 1828); l'autre : Manuel du peintre au lavis et à l'aquarelle, par F. -P. Langlois de Longuevilie (Paris 1828). Voyez la collection des Manuels de Roret; et le troisième : Cours théorique et pratique d'aquarelle , par M, Duménil: Paris, 1829.
&ANS rechercher si le mot muiiature vient de mimum , fait de minium , ou s'il provient des mots mignard , mignon , etc. S je considérerai la miniature comme un genre de peinture exécutée en petit et qui est soumis aux mêmes règles de la représentation que les autres genres de peinture. L'idée d'une peinture en petit et exécutée à la gomme n'implique point l'idée d'une peinture particulière : en effet , on a produit des peintures miniatures exécutées à l'œuf, h la colle, à l'huile, etc. Cependant il serait peut-être permis de désigner notre miniature d'au-
ï Ménage, Dictionnaire étymologique de la langue française ; édition de lySo, tom. n^, pag. 208, Mignature , de miniatura fait de minium.
— Dictionnaire de l'Académie, édit. de 1778, au mot Miniature , subs. fém. (on prononce ordinairement mignature), sorte de peinture dans laquelle le peintre emploie des couleurs délayées avec de Teau ; portraits en miniature , etc.
— Court de Gébelin : Monde primitif, tom. v. Dictionnaire étymologique de la langue française : col. 700. Mignard, délicat, agréable. — Mignon, petit, délicat, joli. — Mignature, peinture en petit.
— Laveaux : Dictionnaire des difficultés de la langue française , in-8° , 1816; au mot Miniature, substantif féminin , on prononce mignature.
Ceux qui prétendent que miniature vient de mininm , croient que les peintres donnaient jadis le nom de minium au carmin ; en efifet le minium, couleur peu solide, ne paraît pas avoir été employé principalement dans les peintures des anciens manuscrits. Cette question étymologique est au reste peu importante , et aujourd'hui on attache généralement à ridée de miniature l'idée d'un objet tiès-pelit et très-délicat.
jourd'hui par le nom de minialure au lavis sur ivoire , pour la distinguer de la miniature à couleurs mates , chargées de blanc et appliquées sur le papier vélin. Les peintres en miniature de l'antiquité se croyaient soumis à toutes les lois de la peinture , de même que Myrmécide , sculpteur en miniature , se croyait soumis à toutes les lois de la statuaire. Nous avons vu qu'il avait même la prétention de rivaliser avec Phidias; en un mot, il faut être bon peintre pour faire de bonnes miniatures \
Pourquoi donc tant d'auteurs » qui ont publié des traités sur la miniature , ne commencent-ils pas par traiter des règles de la peinture ? On voit dans ces livres un étalage descriptif des petits moyens qu'acquièrent aisément tous les plus médiocres miniaturistes. On y parle au long d'une foule de couleurs , de teintes; on y explique avec importance ce que doivent être les pinceaux , l'ivoire, les godets, les hachures , etc. , et on se contente de quelques réflexions presqu'inutiles sur le dessin , sur le clair-obscur et le colons. On y dit quelques mots sur le naturel des poses ; mais on n'y apprend rien d'essentiel aux élèves , sur la perspective des lignes et des couleurs , rien sur la beauté, etc. ; et comme la plupart de ces auteurs ne sont guère que des praticiens en ce genre de peinture , ils se permettent même de mêler à tant de lieux communs des absurdités.
Le nombre des écrits sur la peinture en miniature est assez considérable. Voici les noms des auteurs dont nous avons cité les ouvrages dans notre Catalogue (vol. i") :
1 Voyez ce qui a été dit sur les représentations très-petites , pag. 696» vol. 4 : — Pag. 3oi ; vol. 6 , etc.
46o PROCÉDÉS MATÉRIELS.
Bachelier, Ballard % Bosse, Bremery, Delavoye-Mîgnot , Fontaine, Foaquet, Mansion, Mayol, Melignan, Perrault, Yiolet. On trouvera encore dans ce même catalogue l'indication d'autres ouvrages sur la miniature, sous les n'^^ 11 , i5, i4, 59, 44, 65, 65, 85, 106, etc. Dans le Manuel de M. Constant Viguier, on lit l'indication de l'ouvrage suivant , que le père Letore Albertoli , miniaturiste des livres de chœur imprimés à Bologne, publia sous le titre de RaccoUa di colori , etc. , et sous l'anagramme de Gallipido Talier. M""^ Gastal Laëderick a publié, en 1829, un ouvrage sur la miniature, intitulé : Principes de miniature, 1 vol. in-S**. Paris, chez Audot. Enfin on peut dire qu'en Europe il parait tous les jours de nouveaux écrits sur ce sujet,
L'Italie , l'Allemagne , la France , etc. , ont eu de trèshabiles miniaturistes avant et après le xv^ siècle ; mais presque toutes ces miniatures sont des peintures et non des lavis ou des teintures, c'est-à-dire, qu'on y employait le blanc dans les carnations : elles furent exécutées surtout pour des volumes en vélin ou en parchemin. Le manuscrit dit le Térence du Vatican , et celui dit le Virgile de la même bibliothèque , ne sont point des miniatures , mais des peintures à gomme : les figures ont quatre à cinq pouces de haut. A Rome, les armoires anciennes des palais, les volets, les tabernacles, les dyptiques, etc., sont revêtus de peintures délicates, qui ne sont point des miniatures proprement dites, si, par ce mot, l'on entend exclusivement des lavis extrêmement légers , tels que ceux
1 On lit dans le Manuel de miniature de M. Constant Viguier, p. i5 , que Chr. Ballard, imprimeur de Paris, était peut-être l'auteur du Traité de miniature anonyme, qu'il dédia à mademoiselle Fouquet.
qui s'exécutent aujourd'hui sur ivoire pour les portraits : ces lavis miniatures s'appelaient jadis peintures à l'épargne , parce qu'on épargnait pour les clairs le fond blanc. Cependant on ne peut s'empêcher d'attribuer à ces productions délicates , florentines ou romaines, le nom de miniatures.
Millin , dans son Dictionnaire des Beaux-Arts , article Miniature , parle du luxe bibliographique qui , dans le siècle d'Auguste , était remarquable par les ornemens miniatures des manuscrits. Cette méthode de remplir les livres d'ornemens , de figures emblématiques et même de portraits, est, dit-il, fort ancienne; et il cite à ce sujet l'ouvrage bibliographique de Varron , auquel étaient joints les portraits des sept cents illustres romains dont il avait écrit la vie.
Les bibliographes , ajoute-t-il , ont grand soin de décrire les vignettes significatives des manuscrits : Demurr , Lambécius, Montfaucon, l'abbé Piive, etc., en ont fait graver plusieurs.
» Les bibliothèques les plus riches dans ce genre de curiosité sont , au dire de ce savant , la bibliothèque du Vatican, celle de Vienne, celle de Paris; la bibliothèque Cottoniène de Londres , et celle de Saint-Marc , à Venise. On trouve encore dans d'autres bibliothèques quelques objets intéressans en ce genre. La Société des antiquaires de Londres a fait graver deux cent cinquante figures prises d'un manuscrit curieux de la Genèse. Lambécius en a fait graver plusieurs dans son Catalogue de la bibliothèque de Vienne. Les figures jointes au Virgile du Vatican, dans le iv^ siècle , époque à laquelle les arts étaient entièrement négligés , expliquent difFérens passages de ce
462 PROCiDÉS MA.TÉRIELS.
poète. Les vignettes du manuscrit de i'Evangjie de saint Guthbert , faites par saint Ethewald , jettent du jour sur plusieurs points relatifs à l'histoire des arts en Angleterre. Ce manuscrit est conservé dans la bibliothèque Gottoniène. La paraphrase poétique delà Genèse, écrite par Gœdmon, dans le xi^ siècle , nous montre les instrumens et les différons ustensiles des Anglo-Saxons; on la voit dans la même bibliothèque. Le manuscrit de Térence nous représente les masques et les habits de théâtre conformément à l'idée qu'on en avait au xii® siècle. Les vignettes qui accompagnent l'Histoire de Richard II (bibliothèque Harléiène, n° iSig.) nous indique les différentes coutumes relatives à l'art de la guerre , au commencement du xv^ siècle. Strutt en a tiré un grand parti dans ses dijfférens Traités d'antiquités. On peut en dire autant du manuscrit de Froissard , de la Bibliothèque royale de France. Quant à notre histoire et à celle de l'Angleterre, cette même bibliothèque possède plusieurs chefs-d'œuvre en ce genre. Le manuscrit le plus curieux pour l'histoire de l'art , est le Livre d'heures d'Anne de Bretagne , sur lequel on voit sur la marge , à chaque page , une plante différente, avec l'insecte qui s'en nourrit, et outre cela, plusieurs peintures isolées, qui représentent les mystères de la Passion , la vie de sainte Anne , et les travaux des douze mois de l'année.
» Un des plus célèbres miniaturistes anciens est Giulio Clovio , surnommé Macedo, né en 1498 à Grisone, en Esclavonie; son principal ouvrage est un Bréviaire que l'on conserve dans le cabinet du roi de Naples. Il l'exécuta en i546, pour le cardinal Alexandre Farnèse; Vasari en fait grand cas, surtout à cause de quelques figures
travaillées dans la manière de Michel-Ange, et h. cause des bordures de grotesques très bien exécutées. Albert Durer a exécuté quelques gravures d'après les miniatures de ce maître. Clovio mourut à Rome en lôyS. Dans le cabinet du duc de Parme , on voyait encore un très-beau Missel enrichi de ses peintures.
» Parmi les autres peintres de miniatures, on peut citer Oderico da Gobbio, en i55o; D. Lorenzo, en i^io; Attavante et Fra Bernardo , en il^bo; Franc. Giov. Angel, da Fiesole, mort en i455; Gherardo, mort en 1470; Bart. délia Gatta, Abati di S. Clémente, en 1490» GiroL Ficino, en i55o; AnneSegers, en i55o; Jean Mielich, mort en 1672; Jean-Baptiste Anticone et Annuntio Gallizi,en 1590; André di Vito , 1610; Isaac Oliver, mort ^ en 1617; Giov. Cerva , mort en 1620,* Fil. de Lianno, mort en i625; Jacques Ligozio, mort en 1627; Scorza, mort en i63i ; François et Michel da Gastello, en i636; Jean-Baptiste Gastulli, mort en 1667 j Jean-Guillaume Bauer; Sig. Laire , mort en 1640; Jacq. Stella, mort en 1647; Louis du Guerrier, mort en lôSg; Phil. Fruitiers, mort en 1660; Pierre Oliver, mort en 1660; Balth. Gerbier, mort en 1661; Bon. Bisi , surnommé Padre Pittorino, mort en 1662 ,* Jean-Baptiste Borgonzone, mort en 1662; Giovanna Garzoni , morte en 1670,* Nie. Gassner et Jean-Baptiste Van-Duinen , vers la même époque; Samuel Cooper, mort en 1672,* Jacques Bailly, mort en 1679; Aubriet et Alemans de Bruxelles, morts en 1700; Jos. Werner, mort en 1710; Elisabeth-Sophie Gheron , morte en 1711,' Giovanna-Maria Clementina, versrani72o; Jacques-Philippe Ferrand, mort en 1733,* Klingstet, mort en 1734; Manzoni , en 1739,* Giuseppe
/464 PBOCÉDÉS MATjiBIELS.
di Liguoro * Félicitas Sartori et Maria-Felicia Tibaîdj ^ vers 1740; Jacq. Ghret. Leblond, mort en 1741; Jacq. Ant. Arlaud, mort en i745; Marolles, mort en 1750; Rosalba Carriera , mort en 1757; Ismael Mengs, mort en 1764?* Melendez et Jean-Bapt. Massa, à la même époque; Baudouin, Gustave-André Woîfgang, Martin de Meytens, morts en 1770; Jean-Etienne Liotard , mort en 1776; Ant.-Fréd. Kœnig, mort en 1787; Dan. Ghodowiecky , Fiiger , Nixon , Shelly. »
Depuis Theureuse révolution qu'a subie la peinture, à la fin du siècle dernier , on a vu , à Paris et à Londres , de très-habiles miniaturistes. Je ne puis m'empêcher, malgré la résolution que j'ai prise, de ne point citer d'artistes vivans , de mentionner ici les belles productions en miniature d'Isabey , de l'école de David. La force du modelé y est jointe au fini le plus vrai; la vie et ses expressions résultent dans ces ouvrages de la justesse de représentation ; un caractère de grandeur ressort au milieu de ces productions si délicates; son mécanisme approprié au but qu'il se proposait est admiré de tous les praticiens. Enfin les plus belles miniatures de cet artiste justement célèbre réunissent ce que la manière anglaise a de large, de facile et d'énergique, à la finesse, le charme et le fini, qui furent toujours le caractère des miniaturistes français.
La miniature, ainsi appelée généralement parlant, peut être exécutée sur toutes sortes de subjectiles blancs et unis , sur toutes sortes de substances. Parlons d'abord du vélin.
Le vélin, — Le vélin d'Angleterre et de Picardie est préférable , pour la peinture , à celui de Flandre et de Normandie. Le vélin d'Angleterre est très-doux et assez
TEINTURK EN MUSIATURE. 4^5
blanc; celui de Picardie l'est encore davantage. Quelques personnes croient que le meilleur vélin provient des peaux de veaux morts-nés. Les peintres exigent que le vélin soit de la plus grande blancheur, qu'il ne soit ni gras, ni frotté de chaux , et qu'il ne s'y trouve pas de petites taches , ni de ces veines claires qui s'y rencontrent si souvent. Il doit être bien collé et n'être point spongieux. Si l'on applique le bout de la langue sur l'un des coins , l'endroit mouillé doit être quelque tems à se sécher : s'il se sèche au contraire très-promptement, il boit et doit être rejeté. On ne peint plus guère aujourd'hui sur le vélin, à moins qu'on ne traite des sujets assez étendus pour qu'on ne puisse trouver d'assez grandes tablettes d'ivoire. Quelque soit l'art avec lequel on puisse opérer sur le vélin , le travail qui en résulte n'a jamais beaucoup d'agrément. Le vélin ou le papier , humecté par la couleur, ne manquerait pas de se gripper : il faut donc qu'ils soient bien solidement tendus. On prend une petite planche , ou une plaque de cuivre , ou un fort carton de la grandeur du sujet qu'on veut peindre. On humecte légèrement le vélin ou le papier par derrière avec de l'eau bien nette; et on le colle seulement par les bords à la planche de bois ou de cuivre , ou au carton : les bords doivent être repliés en dessous au derrière de la planche; et entre la planche et le vélin, on met un papier blanc. En collant, il faut tirer le vélin ou le papier, pour qu'ils soient bien étendus. On prendra garde que la colle ne soit que sur les bords; s'il s'en attachait à la partie du vélin qui se trouve au revers de la peinture, elle pourrait y causer quelque grimace , et l'empêcherait d'ailleurs de l'enlever à volonté de dessus la planche. Les grandes plaques d'ivoire que