TOME IX
/^66 PROCÉDÉS 5ïA.ïiRIELS.
l'on se procure aujourd'hui ont fait presque renoncer à l'usage du vélin , qui a cependant ses avantages.
Le papier, — Quant au papier, on peut essayer de le polir et d'en faire disparaître le grain à l'aide de la dent de loup ; ou bien , on peut le préparer en le couvrant d'une ou deux légères couches de blanc très-fin à la colle, poncées et polies.
La toile, — On peut peindre encore sur toile préparée à colle; nous avons donné la manière de faire cette préparation.
Le bois. — Si on emploie le bois , il devra recevoir aussi le même apprêt que nous avons déjà indiqué. Seulement le poli en doit être plus parfait, puisqu'il s'agit d'y exécuter des minîatm^es.
On peut peindre encore en miniature sur marbre, sur albâtre , en usant de certaines préparations. On peut même peindre en miniature sur des coquilles d'œufs. Ce subjectiie , indépendamment des préparations dont nous venons de parler, en exige une autre; c'est qu'il faut les amollir pour les redresser. Leur fragilité semble suffire pour les faire rejeter : cependant si elles l'emportaient à d'autres égards sur les autres fonds , elles recevraient assez de solidité de la glace qui les couvrirait , et de la plaque de métal sur laquelle elles pourroient être appliquées. Enfin on a peint en miniature sur ces feuilles qu'on nomme tablettes , et qui servent à écrire avec une aiguille d'or et d'argent, les choses dont on veut se souvenir. Ces . feuilles se préparent avec des couches de blanc très-fin. Cependant on peut dire que les substances sur lesquelles peignent les miniaturistes , se bornent généralement au vélin et à l'ivoire.
Nous allons emprunter plusieurs articles au Manuel de Mi C. Yiguier. Nous les indiquerons par des guillemets.
U ivoire. — « Il convient de choisir l'ivoire qui est d'une teinte bleuâtre, et que l'on appelle ivoire vert; il est, dit-on, moins sujet à jaunir que les autres. Il faut l'exposer verticalement au jour, pour voir au travers si la plaque ne contient pas quelques taches , des trous et des veines en forme de rubans , qui produiraient , par la suite , des effets très-désagréables dans les carnations et les parties claires qu'elles pourraient traverser.
» Il est utile de savoir remédier h certains défauts, qui peuvent se trouver dans les ivoires préparés du commerce. On pourra employer partiellement , à cet effet, les divers moyens que nous allons donner ici pour la préparation de l'ivoire.
» Grattez d'abord l'ivoire avec un verre ou avec un grattoir fabriqué à cet effet , ou simplement avec un rasoir bien tranchant, et qui n'ait pas la moindre brèche (parce qu'elle ferait des sillons qu'il serait ensuite difficile de faire disparaître) , en tout sens, c'est-à-dire, d'angle à angle , et de milieu en milieu , afin que la surface soit avivée en entier; puis , avec un bouchon ou boule de papier bien collé , promenez circulairement sur cette surface, une certaine quantité de pierre-ponce pulvérisée très-fine et même tamisée; quand toute la plaque sera mate et que vous la jugerez assez poncée, balayez alors cette poudre avec un petit blaireau ou avec le plus gros et le plus sec de vos pinceaux, votre ivoire sera prêta recevoir la couleur , et dès-lors vous devez éviter rigoureusement que les doigts ne touchent à sa surface, qui pourrait se graisser et laisserait couler la couleur sans la retenir.
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» Si ce petit désagrémeat arrivait, on pourrait y remédier en ponçant de nouveau l'endroit touché , avec une petite pierre-ponce taillée en forme d'estompé, ou même avec le grattoir.
» Dans la préparation de l'ivoire, quelques artistes emploient l'os de sèche au lieu de poudre de pierre-ponce , mais alors il faut avoir soin qu'il n'y reste pas la moindre parcelle écailleuse , qui couperait et rayerait impitoyablement l'ivoire.
» On se bornait autrefois , pour préparer l'ivoire , à le laver d'un coton imbibé de vinaigre blanc, d'alun ou même d'eau salée ou alcaline ; mais ces procédés imparfaits pouvaient nuire aux couleurs.
» Avant que de fixer l'ivoire sur son pupitre ou sur un carton , il faut le doubler d'un morceau de papier bien blanc , de même dimension , au moyen d'une colle légère d'amidon bien nette et bien blanche , et en le mettant en presse sous quelque objet plat et pesant , afin qu'il ne gauchisse pas ; on le fixe ensuite pour le travail sur un carton, et sur un pupitre, à l'aide de camions ou petites épingles.
» On peut insérer entre l'ivoire et le papier blanc , une feuille très-mince d'argent ou un paillon, mais il s'altère, finit par noircir par places , et produit alors des taches artificielles au lieu de donner un éclat général et de la vigueur aux carnations ou aux étoffes légères sous lesquelles on l'insinue.
» On ne saurait désigner la dimension des feuilles d'ivoire du commerce; elle varie ordinairement depuis un pouce jusqu'à dix; on en a vu même de douze sur dix- huit pouces , à l'exposition des produits de l'industrie à Paris.
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» Mais quelle qu'elle soit * , choisissez de préférence la plaque qui aura le moins d'épaisseur, car sa transparence suit nécessairement une progression inverse. Plus l'ivoire est mince, moins il tend au jaune, plus il est influencé parle papier blanc ou paillon posé dessous, dont l'éclat ou la blancheur traversent plus facilement.
» Quand vous arrondissez votre ivoire, prenez toujours garde à ce que la pointe des ciseaux soit concentrique au milieu de la plaque , sans quoi vous risqueriez de la faire fendre ou éclater en travers. Au surplus , on pourrait ne s'occuper de cette opération que lorsque le portrait serait entièrement terminé , ou en confier le soin à une personne adroite et munie d'outils nécessaires.
» Pour s'épargner, à chaque portrait, la peine de tracer mathématiquement au compas un ovale, quelques artistes ont l'attention de se procurer une ou plusieurs petites glaces de cette forme , qui leur sert à tracer le contour ovale de leurs portraits.
Voyez ce que nous avons dit , vol. vi , pag. 217, sur le moyen de tracer une ellipse modifiée à volonté.
» Cette teinte jaunâtre que porte l'ivoire , peut diminuer, si, pendant la belle saison, on l'expose au soleil, en le préservant de la pluie; ou à la chaleur du feu en hiver , en le retournant dès qu'il se gauchit de côté ou d'autre. Cette opération trop prolongée pourrait lui donner trop de mat, et le rendre tout à fait terne, et l'on doit la suspendre à tems, pour ne pas lui enlever la transparence , qui est une si grande ressource dans le travail.
^ Ces grands ivoires se trouvent chez M. Delcamp , tabletier , rue de Grenétat ,n'' 4 ; et chez MM. Hindermeycr , rue de Gharenton , n° 22,
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Au surplus, ee n'est qu'après un certain nombre de teintes ou de travaux successifs , qu'on verra s'affaiblir cette tendance que l'ivoire conserve au ton jaunâtre. »
Voici d'autres indications sur le blanchiment de l'ivoire; on les trouve dans le Dictionnaire de l'Industrie.
On sait que la manière ordinaire de blanchir l'ivoire sale, est de l'exposer à la rosée du mois de mai; mais cette opération qui n'a pour elle que la simplicité , est sujette à bien des inconvéniens. Elle demande un assez long tems, et quelquefois même plusieurs années de suite, la rosée n'étant pas tous les ans abondante dans le mois de mai; de plus elle ne pénètre pas exactement dans tous les replis et dans toutes les moulures de l'ivoire : elle n'enlève point le jaune de la fumée qui s'y est incorporée : enfm le soleil qui frappe l'ivoire après une grande rosée , peut y causer des gerçures , et augmente infailliblement celles qui s'y trouvent.
Le procédé que l'on indique ici n'a pas tous ces inconvéniens , il rappelle l'ivoire à sa blancheur naturelle , et l'opération ne demande pas plus de cinq ou six heures. On prend un petit cuvier proportionné à la grandeur des pièces d'ivoire que l'on veut blanchir, au fond duquel doit être un trou que l'on bouche avec de la paille , comme dans les cuviers ordinaires; on met dans ce cuvier un morceau de pierre à chaux vive , et ensuite environ un quarteron de cendres de brandevinier; c'est l'espèce de tartre qui se forme au fond des alembics ou chaudières dans lesquelles on distille de l'eau-de-vie; on place ensuite dans ce cuvier des bâtons en croix, au-dessus de la pierre à chaux , sur lesquels on place les morceaux d'ivoire que l'on veut blanchir; car s'ils touchaient
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h la chaux vive , elle les ferait infailliblement lever par écailles. On verse ensuite de l'eau sur la chaux, froide d'abord, ensuite tiède, puis enfin bouillante; opération qu'on répète plusieurs fois. La vapeur qui s'élève de la chaux lorsqu'elle s'éteint pénètre l'ivoire jusque dans ses plus petits replis, traverse ses pores et en détache la crasse la plus enracinée; aussi doit -on avoir grand soin de tenir le cuvier couvert pour empêcher les vapeurs de s'échapper. On reprend la même eau qui s'est écoulée par le bas du cuvier; on la rejette de nouveau sur l'ivoire, car cette eau de chaux étant alors éteinte peut baigner l'ivoire qui, au bout de cinq ou six heures , est disposé à devenir de la plus grande blancheur. On a alors une terrine pleine d'eau fraîche, et une vergette un peu rude, avec laquelle on brosse l'ivoire, en le trempant de tems en tems dans l'eau; alors l'ivoire devient du plus blanc dont il soit susceptible.
Comme il y a des plaques d'ivoire qui se courbent et se recoquillent, il serait bon d'avoir un moyen de les redresser sans risque de les briser. Le même dictionnaire, que nous venons de citer, indique comme moyen d'amollir l'ivoire, de le tremper dans la moutarde, et de l'y laisser plus ou moins long-tems , selon l'épaisseur de la pièce. La teinte jaune qui en résulterait serait facile à détruire, en exposant l'ivoire à la lumière.
Eau gommée, — - « La proportion usuelle est d'un huitième de colle de Flandre , la plus blanche, sur sept huitièmes dégomme arabique, aussi de premier choix, il faut préparer à-la-fois une certaine quantité d'eau gommée et la tenir enfermée dans une fiole de verre blanc bien bouchée. Pour l'emploi on en versera dans un godet et l'on
n'y puisera , ni avec le bout du doigt ni avec un pinceau ; c'est avec un tube de verre ou un tuyau de plume qu'il faut en mettre dans le godet où l'on veut délayer une couleur, ou faire un mélange gouacheux.
■9 Au lieu de colle de Flandre , d'autres artistes mettent un quart de sucre-candi sur trois quarts de gomme.
» Mais si l'on emploie cette dernière eau gommée , on aura soin , dans l'été ou l'automne , de tenir l'ouvrage , dès qu'on cessera d'y travailler , bien enfermé , de manière que les mouches , attirées par le suçre-candi , ne puissent parvenir jusqu'à lui.
» On peut , dit -on , parer à cet inconvénient au moyen d'un peu d'eau infusée de coloquinte.
» Le gommage d'une couleur doit être proportionné à la nature ou à l'emploi de cette couleur; ainsi les couleurs telles que la laque, les ocres jaunes et le vermillon exigent moins de gomme.
» Les couleurs telles que la terre de Sienne , l'ocre de rue , le brun-rouge , le bistre , l'outremer demandent au contraire plus de gomme et souvent un second broiement; les ombres auxquelles les terres servent de préférence , n'en acquièrent que plus de vigueur et de transparence , et l'emploi a moins de difficultés.
» On ne gomme jamais ni le vert d'iris ni la gommegutte; ces couleurs portent leur gomme et souvent même avec excès.
i) En général , toute couleur qui, étant sèche, n'offre pas un luisant trop dur, ou ne tend pas à se déliter, ou qui , frottée avec le doigt , n'y adhère et n'y déteint pas , est assez gommée. Dans le premier cas , elle s'enlèverait bientôt par écailles ou feuillets; dans le second, elle
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se détacherait partiellement, ou elle ne retiendrait pas les couleurs qu'on lui superpose.
» Enfin, l'excès de gomme, même dans les endroits les plus obscurs de l'ouvrage , produit un effet dur et sec , que l'élève doit éviter lorsqu'il charge plus ou moins son pinceau d'eau gouimée avant de prendre la couleur sur sa palette. Le luisant et l'épaisseur qui en résultent nuisent à l'harmonie, même sous la glace qui servira de vernis au portrait.»
Palettes. - — « Les palettes peuvent être de diverses matières , mais on emploie préférablement celles d'ivoire ou celles de verre , que l'on adapte sur une semelle de carton ou de bois pour parer à leur fragilité , après en avoir peint le dessous d'une couche de blanc de plomb à l'huile. Les premières ont surtout l'avantage d'offrir, dans le mélange d'ébauche , les mêmes tons exactement que l'on aura sur l'ivoire à peindre. Leur grandeur et leur forme varient; il y en a de rondes, d'ovales, etc.
» Depuis quelques années , on a remplacé les palettes en faïence et celles en terre de pipe par des palettes en biscuit de porcelaine.
» Les palettes ont en général ou la forme des palettes d'huile, bien qu'on ne les tienne pas à la main et que cette façon soit de pur agrément , ou la forme ovale ou carrée : leur dimension varie ordinairement de six à neuf pouces dans le plus grand sens.
» Il y a des palettes de biscuit entièrement planes , et d'autres où l'on a ménagé , à la surface , des creux ronds propres à recevoir les couleurs. Au centre de l'ovale décrit par ces creux , on peut placer l'amas de blanc.
» La miniature , c'est-à-dire , le travail des chairs ( sans,
gouache), exige ordinairement deux palettes : Tune bien gommée pour l'ébauche , et l'autre qui l'est moins et qui offre des couleurs plus maniables au fini.
» Chaque professeur, ou, pour mieux dire, chaque artiste charge ou fait charger sa palette selon sa méthode particulière.
» Quelques miniaturistes, à l'exemple d'Isabey, font charger de couleurs de petites plaques carrées d'ivoire. Ces plaques remplacent alors les palettes. Nous serions fortement tentés de les conseiller , à cause de la commodité à les charger isolément de nouveau, lorsqu'une d'elles n'a plus de couleurs.»
Couleurs, — Le très-grand nombre de couleurs qui figure sur la palette de nos miniaturistes y a été introduit plutôt par routine que par nécessité. Nous avons suffisamment démontré que , lorsqu'on possède les trois couleurs matérielles primaires ou élémentaires , on peut posséder toutes les teintes , si l'on y ajoute les tons obscurs , et si Ton y ménage pour les tons clairs le blanc de l'ivoire. Je n'en dirai pas davantage à ce sujet, et je vais exposer la série des couleurs matérielles qu'emploient nos miniaturistes d'aujourd'hui. Ces couleurs sont : — Le blanc de crems '. — Le jaune indien, le jaune de Naples, l'ocre jaune, l'ocre de ru ou l*ocre de Wolffenbuttel, ou , si l'on veut , les ocres artificiels appelés jaunes-mars. — Le précipité rouge- violet, i'orangé-mars , la terre de Sienne brûlée. — Les laques de garance , le carmin de
' Il est curieux , dit M, Constant Viguier , de lire les détails de la fabrication du blanc de plomb , dont les produits ont subi des perfectionnemens, dans l'ouvrage De rc arclulectonicâ , que Gassiodore écrivait vers 540.
n-arance , la laque de cochenille, le carmia de cochenille, le vermillon de Hollande , de la Chine , le rouge-mars ou l'ocre rouge. — Le violet-mars, le violet de Gassius. — L'outremer, le hleu de cohalt, l'indigo, le bleu de Prusse.
— Le vert de cobalt, le vert minéral , le vert de vessie.
— Les bruns de fer, la terre de Sienne naturelle, la terre de Cassel, la laque brune de garance, l'encre de la Chine, le bistre , le noir d'ivoire , le noir de bougie \
« Nous recommandons comme un conseil important de ne pas charger les couleurs destinées à la gouache au revers de la palette des chairs. Il est rare que , dans la transition des travaux de carnations à ceux des accessoires, on ne soit pas arrêté souvent par la crainte de mêler entr'elles les couleurs humectées, en retournant sa palette. On attend qu'elles aient séché; l'observation faite et la correction à effectuer s'oublient, et le défaut subsiste, parce que le travail s'est trouvé suspendu. Il vaut beaucoup mieux les charger sur une seconde plaque d'ivoire. On peut alors , selon le besoin , recourir facilement et même à la fois , à l'une ou l'autre de ces palettes.
Pinceaux. — » On n'emploie que des pinceaux faits de queue de martre ou de petit gris,
» Les pinceaux de martre servent principalement pour les fonds; ils offrent l'avantage de conserver plus long-
* On propose, dans l'ancienne Encyclopédie , un noir préférable à celui d'ivoire , qui a moins de corps , et qui est aussi léger que l'encre de la Chine. 11 se fait avec l'amande de la noix d'acajou. On ôte la pellicule qui couvre cette noix ; on calcine ensuite l'amande au feu, et on l'éteint aussitôt dans un linge mouillé d'eau-de-vie ou de vinaigre» D'ailleurs on prépare cette couleur comme le bistre : il faut avoir soin de la broyer à plusieurs reprises, et de la laisser sécher chaque fois.
tems en état liquide la couleur , et donnent par conséquent plus de loisir pour gouacher. A cet effet, ou les choisit carrés et applatis du bout. De très-petils serviront aussi pour finir.
» Les pinceaux de petit-gris servent pour le travail des chairs , pour les étoffes et le fini des fonds , ou , pour mieux dire , on pourrait les employer uniquement. Il faut donc les choisir avec le plus grand soin.
» Il ne suffit pas de leur voir Lien former la pointe chez les marchands : ne balancez pas à faire usage du verre d'eau destiné à cet essai ; trempez-y le pinceau que vous voulez éprouver et roulez -le sur l'index; si, après avoir été désunis et déployés par cette opération , tous les poils reviennent sur eux-mêmes , en ne formant qu'une pointe bien conique, qu'aucun d'eux ne dépasse isolément, il est bon; mais pour peu qu'une mèche de poils dépasse ou s'éloigne , il faut le rejeter.
» C'est du bon choix des pinceaux que dépendent la facilité, l'égalité, la franchise du travail et l'agrément de l'exécution. Il en est d'un mauvais pinceau comme d'une plume mal taillée entre les mains d'un habile écrivain : la hardiesse des traits , le coup-d'œil général de l'écriture décèleront son talent et sa hardiesse , mais en même lems , les traits éraillés , les déliés épais ou grossiers attesteront le mauvais état de la plume qu'il employait. Encore l'écrivain peut-il avoir la ressource de rendre meilleure sa plume, le miniaturiste ne peut guère améliorer un mauvais pinceau.
» Il devra donc , avant que ses pinceaux commencent à s'user d'une manière trop sensible , les mettre de côté , ou les garder pour des travaux préparatoires seulement
tels que le frottis de l'ébauche, les dessous des fonds, etc. Cette réforme doit s'opérer dès qu'ils n'offrent plus une pointe assez fine pour le haché des chairs ou des linges légers , en un mot , pour tous les travaux qui exigent de la propreté et du précieux.
» S'il n'y avait cependant qu'un poil qui dépassât la pointe du pinceau , on pourrait le raccourcir en passant rapidement le pinceau au travers de la flamme d'une bougie : ce procédé réussit plus par hasard encore que par adresse. On doit passer le pinceau au travers de la flamme d'abord par l'extrémité inférieure de la hampe en retirant de cette extrémité jusqu'à la pointe.
» Gardez- vous de jamais retoucher vos pinceaux avec un canif ou avec des ciseaux; la fleur du poil en serait infailliblement enlevée.
» L'habitude où l'on est généralement d'essayer les teintes sur un garde-main, fait ordinairement de papier très-collé , ne contribue pas peu à détériorer aussi les pinceaux ; ce frottement répété souvent sur la surface soyeuse ou grenue du papier , enlève tôt ou tard la fine fleur du poil , et a de plus l'inconvénient de déposer sur le papier la portion la plus franche de la couleur.
» Pendant le travail, et surtout dans le fini, ne craignez pas , pour maintenir vos pinceaux en bon état et leur bien faire faire la pointe , de les rouler ou glisser entre vos lèvres. Ils ne contiennent jamais assez de couleur, fût-ce même des plus nuisibles, comme l'orpin ou la gomme -gutte, pour en redouter les propriétés dangereuses ; et quant aux couleurs minérales , la gomme a trop modifié leur action , pour qu'elles puissent attaquer les dents ou l'estomac.
» Un accident assez fréquent et par suite duquel les meilleurs pinceaux deviennent tout à coup inutiles , est celui de la fente du tuyau de plume , soit que la hampe le fasse éclater, soit par toute autre cause; il faut, aussitôt qu'on s'en aperçoit, faire une double entaille en x, avec un canif bien coupant, à l'extrémité inférieure de la fente , qui dès-lors se trouve arrêtée.
» Pour prémunir les pinceaux des attaques des vers ou autres insectes qui les dévorent souvent jusqu'à la plume, quelques artistes mettent du camphre dans la boîte ou case qui les renferme ; mais comme son odeur ne tarde pas à s'évaporer, il faut la renouveler fréquemment. D'autres pensent qu'il faut éviter tout rapprochement immédiat des odeurs fortes et pénétrantes , aussi nuisibles à la miniature que les rayons du soleil.
» Les hampes des pinceaux peuvent être de baleine , d'ébène, d'ivoire ou de bois dur. Celles en pointes de hérisson supposent plus de luxe et ont cet avantage que plus grosses dans le milieu, cette partie seule reçoit le froissement qui s'exerce sur les pinceaux eux-mêmes , formant partie saillante, lorsque leurs hampes ne sont que légèrement amincies aux extrémités , et tend k les détériorer.
» Quelques miniaturistes portent l'attention jusqu'à colorer en totalité ou seulement d'un cercle (à l'huile) les hampes de leurs pinceaux , selon h couleur à laquelle ils les destinent, afin de ne pas s'en servir pour une autre; mais on peut faire des ouvrages très-beaux et d'une grande pureté sans se soumettre à cette servitude , à ce changement perpétuel de pinceaux. La perte de tems , et le tâtonnement que nécessite chacun d'eux successivement ,
PJilKTURls EN MINIATURE. 479
sont loin de compenser l'avantage qu'il y a à n'employer pour tout l'ouvrage que deux ou trois pinceaux auxquels la main s'habitue insensiblement.
» Nous sommes entrés dans beaucoup de détails sur les pinceaux, parce que, nous le répétons, leur choix, leur bonne qualité et leur conservation > sont de la plus grande importance en miniature.
Le gî'attoir. — « Quoique l'usage du grattoir ne soit pas encore généralement adopté , nous avons du en parler ici , afin que l'élève fasse un choix entre son emploi et les procédés plus longs et plus incertains, par lesquels on le remplace dans quelques cas.
» Ce grattoir , d'une forme plus allongée que ceux de bureau , qui sont ordinairement en cœur , doit avoir la pointe moins arrondie, très- mince et très-coupante.
» Quelque soin qu'on apporte dans le pointillé , dans le haché d'une teinte , il est rare que la couleur ne s'agglomère pas en quelques endroits et n'y forme pas des points éminens , qui grossissent sensiblement en continuant le travail. Ce sont ces points , ces petites masses de couleur causées parla coïncidence du pointillé 9 le croisement des hachures ou l'excès de gomme , qu'on amoindrit , qu'on enlève même avec le grattoir. Mais il faut beaucoup de dextérité pour s'en servir dans les parties fines et détaillées , comme les yeux , la bouche et les mains , et cependant le grattoir est plus facile à manier que le pinceau dont nous allons parler. L'expérience apprendra combien il est utile dans les demi-teintes , qu'on peut éclaircir en enlevant , avec son aide , les points les plus foncés , ou foncer en enlevant les points trop clairs. i> Mais pour être bien secondé dans ces opérations , qui
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exigent de l'adresse , le grattoir sera d'an coupant trèsvif. Il faut l'aiguiser fréquemment sur la pierre; sans cette précaution , il materait , il polirait les points faisant épaisseur, au lieu de les effleurer, de les amoindrir, ou de les enlever, selon la nécessité. Il est bon d'avoir plusieurs grattoirs , et afin de ne pas recourir sans cesse au coutelier, nous conseillons à l'élève de se munir d'une petite pierre à huile, blanche, ou mieux encore, d'un cuir à rasoir, qu'il saupoudrera de tems à autre, d'émeril pulvérisé.
» Avant de vouloir modifier ou enlever la Couleur avec le grattoir, il faut attendre qu'elle soit parfaitement sèche.
» Les procédés du grattoir se remplacent par une opération dont la routine seule prolonge la durée : elle consiste à mouiller d'eau pure, bien précisément , le point ou la tache qu'on veut enlever ou modifier , et quand on la croit bien imbibée , de la happer avec un autre pinceau peu humide. On peut juger combien cette opération offre de difficultés et de chances dans des parties fines et délicates , où le point trop imbibé peut s'enlever en attirant avec lui ses alentours, etc.
fl La première manière , de beaucoup préférable , est celle que nous conseillons d'adopter dès les premiers essais.
— Hachures. « Le faire par hachures devient d'un usage plus général; c'est vraiment celui des artistes auxquels sa manutention rappelle le plus l'exécution du dessin au crayon , et le brossage de l'huile. Avec de la hardiesse on acquiert bientôt, dans le haché, de la dextérité et du moelleux.
» La dimension , l'inclinaison , le croisement des ha-
PEINTURIi EN MINIATURE. /^d> l
chures ou leur parallélisme, varient selon les objets qu'on représente. Ou elles forment des lozanges plus ou moins allongés, ou elles sont repiquées à l'une de leurs extrémités selon l'étoffe qu'on veut peindre. Ce faire est plus expéditif, plus dans les principes de l'art, même que le pointillé, dont il n'offre pas la monotonie et les autres désagrémens. On peut en varier le travail à l'infini , par la combinaison multipliée et diverse des hachures , par leur développement plus ou moins grand; enfin, il offre une infinité de ressources et de partis , que, la minime étendue d'un point rond ou régulier, et par conséquent peu susceptible d'expression , ne saurait compenser.
» Quelque faire que l'on adopte, selon les circonstances et les objets, on doit s'habituer à n'humecter la couleur qu'autant que cela est indispensable pour pouvoir peindre. On doit éviter de la noyer, c'est-à-dire, d'employer trop d'eau , manière vicieuse qui force d'abord à déposer sur le garde-main ce que le pinceau contient de trop hquide, et par conséquent la partie la plus fine du ton; et ensuite, qui expose à faire goutte sur l'ivoire, inconvénient qui nécessite de la patience , car on ne peut le réparer qu'après avoir enlevé cette goutte au pinceau ou au grattoir , quand elle est parfaitement sèche.
» On doit aussi , dans l'un et l'autre faire , éviter de travailler long-tems à la même place , et d'y revenir avant que les hachures de dessous ou le pointillé précédent , ne soient parfaitement secs; on risquerait de les détremper, et au lieu d'ajouter à un ton déjà placé, on finirait parles enlever; inconvient majeur à éviter.
» Si le croisement multiplié des hachures et Taccumulation de quelques points, viennent à former de petites