‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 78 sur 127 · TOME IX. 5i · texte numérisé non relu

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épaisseurs , il faut , dès qu'elles sont sensibles , les enlever au grattoir, car elles acquerraient de la grosseur de plus en plus, si l'on continuait à travailler sans les effleurer ou les enlever avec cet instrument , bien tranchant. »

— Draperies. Ceux qui ont voulu expliquer par quels procédés-pratiques ou chromatiques on représente les étoffes , les gazes , les fourures, etc. , ont parlé dans le désert , quand ils se sont adressés à des élèves étrangers aux règles de la peinture , ou au moins aux règles de la représentation. Quant aux élèves bien instruits dans cet art de représenter, ces explications détaillées leur ont été de peu d'utilité , chaque artiste ayant son procédé particulier.

« La plupart des draperies, dit M. G. Viguier , s'exécutent à g^ouache : les taffetas, le satin et quelques étoffes légères sont seules exceptées. Le travail de miniature serait beaucoup plus long , aussi peut-on dire qu'il a cessé d'être usité depuis quelques années pour les draperies. On a vu cependant quelques artistes les préparer par des teintes d'aquarelle , et réserver le blanc pour les plis lumineux seulement. »

— Les fonds à gouache. « La teinte du fond étant composée d'une ou plusieurs couleurs modifiées de blanc et étendues modérément d'eau gommée , et la même teinte étendue de plus de blanc étant placée dans deux godets séparés, il faut prendre un gros pinceau de martre carré bien fourni et formant une pointe plate,* trempez-le dans la teinte en l'y plongeant et l'y agitant de manière qu'elle ne se soit pas décomposée par l'effet du repos; lavez l'ivoire, pas trop épais , mais rapidement et par méplats de gauche à droite, comme les peintres d'histoire ou de paysage ont coutume de brosser à l'huiie ; ou par ha-

chures , inclinées de droite à gauche et parallèles dans chaque couche , manière qui se rapproche plus du maniement du crayon. L'un et l'autre faire est bon; c'est à celui pour lequel on a le plus de facilité qu'il faut se fixer. En approchant du clair vous transportez dans le godet de votre teinte un peu de celle plus claire que vous avez préparée à part.

» Mais il est rare , il est même impossible que ces deux premières teintes aient un degré de consistance suffisant pour l'ombre du fond , et vous serez forcé d'y revenir plusieurs fois; alors il est bon de ne pas faire suivre au haché précisément la même direction que pour le premier; il faudra, à cet effet, tourner insensiblement, de la main gauche, l'ivoire, pendant qu'on hachera la seconde teinte, et l'on agira de même pour toutes celles qu'on superposera. L'enchaînement des hachures dans ce genre de travail produit un coup-d'œil moelleux et gras; exécuté avec franchise et hberté , il déguise la peine qu'on a prise pour le rendre partout très-uni à l'aide du grattoir. » J'ajouterai que s'il était heurté il ne semblerait pas fuyant.

» Gomme le grand art pour faire un fond est de le composer d'une teinte ou plutôt d'un mélange de teintes , qui forment, par leur ensemble et leur juxta-position , un champ dont la couleur harmonieuse ne puisse pas se dé~ finir par le nom d'une des couleurs primitives de la palette , il faut , au lieu de se borner à l'éclaircir à l'aide du blanc , composer dans des godets séparés , ou simplement sur sa palette de gouache , quelques demi-teintes verdâtres , jaunâtres , rougeâtres , bleuâtres ou brunâtres , qu'on allie de blanc peu gommé, pour les étendre par places, dans la couche générale donnée au fond, lors-

qu'elle est prête à être sèche, et qu'il lui reste assez d'humidité pour que ces nouvelles teintes puissent s'y poser , et pas trop pour que le fond s'enlève au bout du pinceau qui devrait les y placer.

» Le même inconvénient se renouvelle chaque fois que le pinceau repasse sur un endroit frais. Il faut donc apporter toute son attention à ne pas refaire une hachure par deux coups, le second emporterait le premier; et si l'ivoire perce encore au travers d'une hachure , il ne faut la retoucher et remonter de ton que lorsqu'elle est parfaitement sèche.

» Quand il s'agit d'éclairer un fond, préférez toujours pour en alléger la teinte un mélange gouacheux d'ocre plutôt que de blanc , car il a moins de transparence et surtout moins de chaleur , et il tend toujours à plâtrer. L'ocre et la terre de Sienne donnent plus d'harmonie; le jaune de Naples est aussi de quelque ressource pour éclaircir dans les fonds verdâtres; on le glace d'eau colorée quand il est sec.

» Ces fonds gouaches peuvent être couchés jusqu'au bord de la silhouette que forme la tête; il faut surtout bien respecter le contour des chairs qui tranchent sur le fond ; cette précaution gênante devient inutile autour des habillemens, sur lesquels quelques hachures, en se prolongeant , ne font point un mal irréparable , puisqu'à leur tour ces étoffes seront gouachées ; mais il faut les respecter autant que le profd des carnations , si ces étoffes légères ne doivent pas être faites à la gouache. La même observation s'appHque aux cheveux.

» C'est au bord des contours des carnations (qu'ils suivent h l'aide d'un pinceau de petit-gris) que quelques

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artistes commencent leurs fonds gouaches; d'autres, au contraire , ne les entourent que lorsque le reste du fond est couché.

» C'est principalement dans le travail des fonds que l'emploi du grattoir est indispensable , surtout dans les premiers tems; il servira à diminuer les épaisseurs qui peuvent s'y être formées par le croisement des hachures ou les parties grenues de gomme et de couleur, et à les repiquer en clair ou en ombre , suivant qu'on poinlillera la partie obscure ou lumineuse.

» Si, malgré toute votre attention à placer les demi-tons les plus argentins ou les plus harmonieux à l'entour de la tête , elle se détachait sèchement sur le fond , composez un nouveau mélange ou plutôt un glacis gouacheux, de blanc, de noir de bougie et d'une pointe de laque ou d'ocre, suivant la carnation; et le fond étant bien sec, vous pocherez irrégulièrement , mais avec légèreté , les parties du fond qui environnent la tête et sur laquelle elle fait silhouette.

— Les fonds sans gouache, a D'habiles miniaturistes , et notamment des peintres anglais, se sont absolument interdit l'usage de la gouache pour les fonds , et même pour toutes les étoffes et les accessoires de leurs portraits. Les exemples de cette méthode , surtout pour les premiers, se multiplient chaque jour, de manière l\ faire présumer que ce procédé, qui exige, il est vrai, beaucoup plus de tems et de talent, et qui offre moins d'agrément dans le travail , moins de ressource et de célérité , pourrait néanmoins prévaloir un jour.

» La réforme du blanc et du mélange aqueux deux à deux ou même de plusieurs couleurs entre elles , et celle

des mélanges gouacheux , ne s'opéreront sans doute pas très-prochainement , parce que la gouache offre beaucoup plus de célérité , de facilité et une variété infinie des tons et des teintes qu'on n'obtient, au moyen de la miniature ou de l'aquarelle, que par de nombreux hachés progressifs de couleurs superposées isolément les unes des autres. Or l'effet de ces hachures superposées est plus ou moins conjecturai , et on ne peut obtenir par son moyen assez de vigueur et de corps , pour empêcher toute influence de la part de l'ivoire (dont le ton jaunâtre par la suite tend toujours à percer au travers des couleurs ) , à moins qu'on ne multiplie ces travaux hachés , qu'il est très-difficile d'unir suffisamment.

» Une méthode bien préférable et qui finira sans doute, grâce à l'influence des meilleurs artistes , par compenser l'autre , est celle d'ébaucher les fonds comme les carnations, sans mélange de blanc, ou même de combiner entre elles les couleurs comme à l'aquarelle , et de les mélanger avec l'eau gommée , mais toujours sans le secours du blanc, pour préparer les tons les plus vigoureux de son fond.

» On prépare , à cet effet , dans autant de godets séparés, quelques teintes aqueuses composées d'ocre et de terre de Sienne, pour celles qui sont plus claires; de terre de Sienne brûlée et de mars bistre ou de précipité ; de laque et de brun mars pour celles qui sont d'un brun chaud; ou bien de bleu et de terre de Cassel, d'outremer , de laque et de noir de bougie , pour celles qui sont bleuâtres ou verdâtres , en mettant de l'indigo de préférence à l'outremer avec de l'ocre ou de la terre de Sienne; ou grisâtres : noir et précipité , ou d'un ton mys-

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iérieiix grisâtre-roussâtre : ocre de rue, lerre de Cologne et indigo.

» Munissez-vous d'un fort pinceau, trempez-en la pointe dans celui de ces mélanges qui fera mieux opposition avec îa parlie ombrée des cheveux, ensuite dans celui qui fera mieux ressortir leur partie éclairée; agissez de même pour le profil de la carnation et pour les étoffes , sans vous occuper de nettoyer ou d'essuyer votre pinceau en changeant de mélange, ni vous mettre en peine de fondre les plaques que ces mélanges hachés ou lavés les uns auprès dçs autres , ne manqueront pas de former.

» Vous pourrez , comme nous l'avons déjà dit , suivre les carnations qui se profilent sur le fond ainsi que les boucles de cheveux ou les étoffes qui ne doivent pas être gouachées , avec un petit pinceau qui vous permette d'en découper exactement les contours sans bavocher dessus , inconvénient qui n'est réparable qu'au grattoir ou au moyen de la gouache , et qu'il vaut mieux éviter par un peu plus de précaution.

» Pour réparer les coutures que forment ces teintes séparées, appliquées à la manière de l'aquarelle, on peut unir au moyen du même procédé en hachant ces séparations d'un ton mixte, c'est-à-dire, qui tienne de l'une et de l'autre, et qu'on prend dans les mélanges formés déjà préparés, auxquels on ajoute la couleur qui favorise la transition : du jaune pour passer des tons rouges aux tons bruns ou aux tons verdâtres,- du noir, pour passer des tons gris aux tons bleus , etc.

j> D'autres miniaturistes se bornent à composer une teinte générale gouacheuse qu'ils allègent de blanc ou mieux d'ocre dans la partie lumineuse du fond; et à laver

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OU travailler , par hachures larges , courtes et serrées , sur tout le fond qu'ils harmonisent assez rapidement; mais celte teinte doit être peu épaisse et produire l'effet d'une eau légèrement colorée de couleurs opaques , qui aient cependant quelque consistance, telles que le blanc, l'ocre ou le jaune de Naples.

Les fonds mixtes, — » Le travail de la gouache et celui de la miniature, si différens quant à l'état des couleurs, doivent nécessairement produire un contact plus sensible que celui de la miniature avec l'aquarelle. Il faut donc tout le talent , toute l'habileté d'un maître consommé dans cet art, pour employer simultanément la gouache et la miniature dans un ouvrage d'aussi petite dimension que ceux que traite cette dernière ; le contact et la limite sont d'autant plus difficiles à dissimuler et à cacher , que les couleurs maniées différemment, produisent aussi deux aspects différens. Cependant on les emploie simultanément, mais la plupart du tems pour des objets séparés; ainsi l'on peint les carnations entièrement en miniature et les draperies se gouachent presque toujours.

» Il n'y a que peu d'artistes qui aient réussi à cumuler l'une et l'autre dans le même fond.

» Au lieu d'étendre le mélange gouacheux ou teinte de fond jusqu'au bord de la tête , on arrête le haché à une distance plus ou moins grande et d'une manière irréguhère autour du portrait , de sorte , cependant , qu'il n'en résulte pas une espèce d'auréole bien ronde. Cet espace reçoit un travail semblable à celui des carnations, ou même un travail d'aquarelle qu'on glace sur le fond déjà couché , en le modifiant avec les couleurs ou les diverses teintes que nous avons indiquées plus hauf , approchées

alors jusqu'au tour de la tête , sur Tespace réservé de l'ivoire.

» Cette méthode, la plus incompréhensible au coup d'oeil, et par conséquent la plus parfaite, puisqu'elle offre le plus de vague , quahté nécessaire au travail d'un fond uni , est aussi la plus difficile , et nous ne l'avons indiquée en dernier lieu que pour faire sentir à l'élève que ce n'est aussi qu'après beaucoup de pratique et de main qu'il pourra la tenter. »

Malgré tout le charme qui résulte , pour les ouvrages surtout de très-petite dimension, du procédé de miniature à gomme , par lavis , hachures et pointillé , tel enfin qu'il se pratique aujourd'hui , je persiste à dire qu'on peut exécuter d'une autre manière des miniatures remarquables , par leur fini , leur vivacité et leur durée. Cette manière est la manière encaustique. Les artistes qui auront fait des essais selon la méthode qui a été indiquée au vol. viii* de ce Traité, reconnaîtront la vérité de cette assertion.

Terminons par l'indication d'un moyen fort ingénieux, pour répéter fréquemment le même portrait en miniature, tel que celui d'un souverain, d'un personnage célèbre, etc. Faites graver aux points le portrait-type trèsressemblant : collez une épreuve de ce portrait-type sous votre ivoire , et exécutez votre ouvrage , en vous servant de ce dessous transparent, que vous pourrez même enluminer en rouge , et selon la carnation de l'original. En cachant la planche et les épreuves , personne ne se doutera du moyen abréviateur et certain que vous aurez employé.

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