DE LA PEINTURE AU PASTEL
1: ASTEL vient du mot italien pastello (petits rouleaux de pâte ) , parce que cette peinture s'exécute avec des rouleaux ou crayons tendres de diverses couleurs, qu'on frotte sur un papier tendu , qui happe et retient cette couleur sèche et en poudre.
Il est assez inutile de rechercher l'origine de cette espèce de procédé matériel de peinture; car l'id.^.e en est venue certainement dans tous les tems aux dessinateurs-peintres, lorsqu'ils employaient des crayons assez tendres pour être étendus et comme fondas sous le doigt ou sous l'estompe. Les Allemands prétendent cependant que ce fut Alex. Thielequi, l'an i685, en fut l'inventeur. D'autres attribuent cette invention à M"*" Heid, née à Dantzick en 1688, et morte en lySS.
Vers le milieu du xviii^ siècle , la peinture en pastel était fort en vo2;ue. Cette voîiue a fini avec ce même siècle. Alors il était tellement de mode de se faire peindre en pastel , qu'il n'y avait guère en France de provincial un peu aisé qui ne rapportât de son voyage à Paris son portrait ou celui de son épouse, exécuté en ovale pour vingtquatre livres, tout emhorduré avec la glace, et quelquefois très-ressemblant , bien qu'une ou deux séances eussent sulïï au peintre. Les petites villes , les villages furent traversés par des peintres en pastels. On voit encore dans
PEINTURE AU PASTEL. ÔOy
les auberges de Franco de ces tableaux représentant certaines faces burlesques, qui semblent les unes moisiespar l'effet du papier bleu abandonné par le pastel, les autres balafrées , parce qu'elles ont reçu le coup de balai de la servante soigneuse, lorsque la glace du portrait se trouvait brisée.
Qu'on ne pense pas-, en apercevant de ces pitoyables pastels brouillés à figure humaine, que ce procédé de peinture soit incapable de produire de savantes, de vives imitations ; il s'en f^itt de tout ; et les têtes vivantes de Latour , les carnations tendres et fines de Rosalba, de Natier , de Vigée en sont la preuve. On vante encore les beaux portraits de Liotard , appelé le peintre turc ; ceux de J. Russel , peintre anglais , etc.
On a peu perfectionné le pastel, parce que les peintres habiles qui savaient bien traiter ce genre appliquaient de préférence leur talent à des tableaux à huile , et que les peintres médiocres ou les amateurs manquaient d'idées et de zèle pour découvrir des améliorations. Aujourd'hui, je le répète, on semble avoir délaissé ce genre de peinture.
Cependant les peintres pourraient retirer du pastel un grand profit pour leurs études préparatoires. Ils pourraient, avec le pastel, fixer des échantillons savans de certaines carnations , de certaines teintes qui doivent entrer dans leurs ouvrages à huile. La promptitude avec laquelle on exécute au pastel est précieuse pour ceux qui veulent saisir la nature et s'emparer de quelques-uns de ses charmes toujours si fugitifs. Je pense donc qu'il n'est pas permis à un coloriste de ne pas faire des études selon ce procédé de représentation. Quant à la mode, comme cette déesse fantasque reparaît après certaines périodes , ainsi
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que les comètes , il ne lient peut-être à presque rien qu'elle n'ordonne à toutes nos demoiselles d'aujourd'hui de jeter là leur palette et leurs huiles, et de se mettre à parfondre gracieusement du bout du petit doigt la poudre rose du pastel et le tendre azur de ses crayons» Cela vaudrait bien les tristes et noirâtres badinages de leur pinceau souvent adroit , mais si souvent ignorant dans leurs peintures exécutées à huile.
Quels sont donc les perfectioftiiemens que requiert le procédé au pastel ? On en a- cherché un avec beaucoup d'ardeur; mais c'était chercher à- détruire le caractère même de cette peinture. On a donc voulu fixer le pastel. N'était-ce pas vouloir ôter le velouté aux fruits, la suavité aux carnations ? N'était-ce pas geler et vernir ces joues si douces au toucher? N'était-ce pas leur enlever ce duvet imperceptible , qui distingue les teintes jeunes bien imitées par ce procédé matériel ? Enfin les artistes , en cherchant à fixer le pastel, voulaient fixer aussi et augmenter la confiance elle goût du public pour un genre qu'il regardera toujours comme trop fragile , trop fugitif, et comme ne produisant que le souvenir d'un moment. Nous indiquerons bientôt les moyens employés pour obtenir ce fixé.
Un premier perfectionnement vraiment désirable serait laquahté durable des couleurs d'après les procédés chimiques. Jusqu'ici les teintes jaunes n'ont eu aucune durée, et les roses se sont souvent évanouies. Une seconde qualité, c'est l'espèce de subjectile sur lequel le peintre pourrait produire et des touches empâtées , et des touches lisses et fuyantes , conformément à la perspective ; subjectile qui d'ailleurs retiendrait mieux que d'autres la poudre