‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 82 sur 127 · PEINTURE AU PASTEL. ÔOQ · texte numérisé non relu

PEINTURE AU PASTEL. ÔOQ

colorée qui lui serait confiée. La Iroîsiètnc amélioration enfin serait l'emploi de bruns plus vigoureux que tous ceux dont on a usé jusqu'ici. Tachons d'indiquer les moyens d'obtenir ces perfectionnemens.

Par ce que nous avons dii sur les couleurs matérielles, nous avons suffisamment démontré que les stils de grain jaune, les laques dites de cochenille, et tant d'autres couleurs végétales , avec lesquelles il est si aisé de faire de mauvais pastels, étaient à rejeter. La garance, le jaune indien , le chrome doivent remplacer les laques de cochenille, la graine d'Avignon, le jaune minéral, le massicot, etc. Enfin toutes les couleurs doivent être éprouvées pour le pastel , et il est bon de conseiller aux peintres , à ce sujet, de préparer eux-mêmes leurs crayons de pastels , afin d'être assurés de la solidité des couleurs qui les composeront. Nous dirons quelque chose sur la fabrication de ces crayons.

L'autre amélioration, celle du subjectile, est importante. Des papiers forts , peu plucheux , et collés, sont très-propres , ou à être poncés et rendus cotonneux , ou à recevoir une légère couche d'amidon chargée de poudre de ponce. Sur cette couche , le pastel prend et adhère bien , les teintes y paraissent fines et légères, et l'on peut, si l'on veut, charger de beaucoup de couleur certains endroits particuliers de la peinture. On peut même peindre aussi sur toile fine , encollée et revêtue d'une légère couche de pierre ponce ^ sur panneau , sur carton , et employer l'estompe autant que le doigt i enfin l'usage de papiers bleus très-cotonneux n'est pas le résultat d'une étude bien entendue du procédé au pastel. Si donc on a si long-tems exécuté sur ces papiers bleuâtres, cotonneux

et très plucheux , c'est ia routine qui a fait adopter cette teinte et cette espèce de papier. Un papier d'une teinte gris -clair-orangé eût été plus utile et plus commode, et il n'était pas nécessaire que le plucheux du papier fût aussi grossier, Le pastel, répétons-le, est très-bien retenu sur d'autres espèces de papiers, lorsqu'on a soin de leur ôter le lisse et la dureté. Il est vrai que sur ces papiers bleus cotonneux la besogne s'expédie vite, et que les teintes semblent chaudes d'abord; mais, quand tout ce papier est couvert, il en ressort une teinte grise générale, qui amortit toute la peinture.

La dernière amélioration indiquée, celle des bruns très-vigoureux, peut s'obtenir en employant le brun provenant du bleu de Prusse calciné , auquel on ajouterait du noir d'os et très-peu de noir de fumée. Aucune couleur brune, dans l'état sec, ne serait aussi foncée que ce mélange, qu'on pourrait très-bien associer aux autres teintes obscures , soit rouges , soit jaunes. C'est en Suisse que l'on est parvenu à produire les plus beaux pastels bruns.

Rien n'est si simple et si facile que de peindre au pastel. On a un papier collé sur toile tendue et clouée à un châssis. On crayonne les traits et les teintes, on recouvre celles-ci , on les associe par superposition , et enfin on les fond encore à l'aide du bout du petit doigt. Les habiles pastellistes emploient peu ce moyen du doigt , et ils savent fondre, unir et accorder le clair -obscur et le coloris, par l'art seul de choisir les crayons et de composer les teintes sur le papier, le doigt ne leur servant qu'à enfoncer, h. insérer, à incruster cette poussière colorée. Un ignorant au contraire frotte beaucoup le doigt, et il ne conçoit le mélange et le modelé qu'en affadissant le

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coloris par un adoucissement opposé h la justesse d'imiiation.

Il est curieux de voir comment le célèbre Latour, peintre, qui vivifiait ses portraits, jette et écrase ses pastels sur le papier; comment il badine par des touches indicatives, magiques, exagérées de près, et vraies au point de distance. Les Vigée, les Tocqué ont aussi animé leurs pastels; ils ont fait bondir la lumière sur les têtes; ils ont rendu le velouté des joues purpurines, le mat' carminé des lèvres , les touches sanguines des caroncules. Ils ont fait voir le ras et la teinte forte des velours , l'éclat doré et argenté du brocard , la découpure fine et réticulaire de la dentelle , la légèreté des cheveux poudrés et le chatoyant , le nacré de certaines soieries. Cependant l'égalité matérielle du papier, la monotonie d'une surface plucheuse partout , ont nui à l'expression des fonds , des iournans , des transparens. Les ombres sont mates dans ces beaux portraits; il a fallu animer, forcer ces ombres par des teintes dorées, pour qu'elles ne parussent pas assourdies et opaques ; enfin les corps métalliques semblent mous, malgré l'art du peintre, et presque partout on aperçoit le mécanisme et le matériel de l'art.

Parlons maintenant du procédé relatif à ce genre de peinture.

Les pastels doivent être composés d'une pâte finement broyée. On la fait sécher en état de petits rouleaux allongés vers le bout et de la grosseur de forts crayons» Une des conditions importantes pour la confection de ces crayons au pastel est qu'ils ne soient ni trop durs ni trop mous, condition assez difficile à remplir. Lorsque les matières colorantes produisent des crayons trop mous ou

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trop friables, on a recours à divers moyens pour augmenter leur consistance : quelquefois on les fait durcir au feu,* d'autres fois on y mêle un peu de lait ou de gomme; quelquefois encore on tâche d'associer aux matières colorantes trop molles des matières dures. Si , au contraire, les crayons sont trop durs , on tâche d'y mêler des matières friables , ou bien on broie les couleurs avec du trèS'bon esprit- de-vin; peut-être n'a-t-on pas employé dans ce cas le talc, le cristal pilé , le spermacéti, etc.

Les crayons blancs de pastel se font avec la craie ou blanc de Troyes , bien décanté et porphyrisé : on préfère la craie au blanc de plomb , parce qu'elle ne s'altère jamais à l'air. On peut encore modifier la craie avec le kaolin ou terre à porcelaine avec l'argile de Montereau ou terre de pipe , etc.

Les ocres doivent être très-bien lavées et décantées. Il faut rejeter le minium.

Les laques et carmins de garance ou de cochenille doivent être de même très-lavés à l'eau tiède avant d'être porphyrisés.

Il en doit être de même du bleu de Prusse , dont les sels seront délayés et enlevés par une très-grande partie d'eau chaude : l'azur en poudre , joint au bleu de Prusse, sert à rendre celui-ci plus friable.

Pour employer l'indigo , on le fera bien pétrir dans un mortier; on le fera broyer ensuite sur le porphyre avec de l'eau chaude; et on le jettera dans un pot de terre vernissée plein d'eau bouillante. On y joindra par intervalles gros comme deux noix d'alun de Rome en poudre , si l'on emploie gros comme une noix d'indigo. On mettra le pot sur le feu. La matière gonflera bien-

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vite; il faut bien prendre garde qu'elle ne s'élève hors du vase : on la remue pour cet effet avec une cuiller de bois, en l'éloignant de tems en tems du feu. Quand elle aura jeté six à sept bouillons , on la laissera refroidir et reposer quelques heures : on jettera la plus grande partie de l'eau comme inutile; on versera le dépôt sur un fdtre de papier soutenu par un linge; on l'arrosera d'eau chaude pour enlever tout l'acide vitriolique de l'alun. Quand l'eau sera passée à travers le filtre , on ramassera la fécule qui sera déposée dessus , pour la faire broyer sur le porphyre. Si l'on a mis tout l'alun nécessaire , et que le lavage en ait bien emporté l'acide, et n'en ait laissé que la terre qui se sera incorporée avec l'indigo , les crayons seront trèsfriables et propres à être employés.

Les pastels bruns, produits par la terre d'ombre, s'obtiennent de la manière suivante; aussitôt que la terre d'ombre aura été calcinée, on la plongera dans un vase plein d'eau froide, la terre d'ombre étant encore toute brûlante. Il est vrai qu'elle en deviendra plus dure et plus difficile à broyer; mais une fois bien porphyrisée , les crayons seront encore plus friables qu'ils ne l'auraient été sans ce moyen. C'est le meilleur qu'on puisse trouver pour réduire en pastels celte substance extraordinairement rebelle, à moins qu'on n'emploie le secours de l'esprit-de^vin , ce qui ne suffit pas toujours.

Quant à la terre de Cologne, qui donne également des pastels bruns, elle est encore plus intraitable. Il faut la calciner long-tems sur la braise dans une cuiller de fer ou dans un creuset. Quand on l'aura tirée du feu toute rouge, on la perlera dans un lieu bien aéré pour l'y laisser brûler, jusqu'à ce qu'elle s'éteigne d'elle-même. Alors

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