‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 83 sur 127 · TOME IX · texte numérisé non relu

TOME IX

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on la fera porphyriser îong-iems avec de l'eau claire; on la jettera sur le filtre pour l'arroser abondamment : par ce moyen , la terre de Cologne donnera des crayons d'un brun noir-olivâtre. Il serait impossible d'en tirer parti sans l'avoir bien torréfiée; il faut prendre les mêmes précautions pour tous les bruns provenant du fer.

Le noir d'ivoire préparé en pastel a beaucoup d'intensité; la couleur en est veloutée : mais il est presque toujours dur et pierreux , si l'on n'a pas la précaution de le traiter comme le bleu de Prusse. Il faut donc commencer par le bien porphyriser , et le laver ensuite dans une grande quantité d'eau bouillante. Le lendemain , lorsque l'eau se sera bien éclaircie , on la versera comme inutile , sans agiter le vase; on fera de nouveau porphyriser le sédiment , qu'on laissera sécher sur un filtre de toile ou de papier, jusqu'à ce qu'il ait assez de consistance pour pouvoir être roulé sur du papier lombard; après cela on le formera en crayons.

Rien de tout cela n'est nécessaire pour le noir de charbon , pourvu que le bois n'ait pas été brûlé dans un creuset couvert, mais à feu nu. C'est dans l'eau qu'il faut l'éteindre, quand il est bien embrasé. Ce noir a moins de profondeur et d'intensité que l'autre; mais comme il est extrêmement friable, on peut, après l'avoir bien porphyrisé , ce qui est d'abord un peu difficile, le mêler avec le noir d'ivoire, ou même l'employer seul. Les charbons de bois de chêne, éteints dans l'eau, donnent d'excellens crayons , il en est de même de ceux des ceps de vigne , de charme et d'ormeau.

Quelques fabricans, pour augmenter l'intensité du ton des crayons bruns, ont mêlé à la terre d'ombre du noir de

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fumée; mais le mélange de cette substance avec certaines couleurs n'est pas sans inconvéniens.

Il nous reste à parler du moyen de fixer le pastel , moyen qu'il semble peu convenable de chercher, puisque l'on n'a imaginé le procédé du pastel qu'afin d'obtenir un moelleux, un velouté et un éclat que doit nécessairement anéantir le gluten qu'on y incorporerait par superposition. L'auteur de l'article Pastel (Encyclopédie méthodique) , après s'être beaucoup étendu sur ce moyen de fixer le pastel , termine ainsi ses observations : « Il ne manquait à la peinture au pastel que la solidité; l'y voilà parvenue. » N'est- ce pas comme si un facteur d'instrumens nous venait dire : il manquait à la clarinette un son plus suave, en voici une dont j'ai su rendre le son aussi doux que celui de la flûte ? Malgré tout , on nous blâmerait si nous ne donnions pas ici, au sujet du fixé, les procédés exposés dans presque tous les livres qui traitent de la peinture au pastel. Nous dirons donc que , pour fixer le pastel , il s'agit d'introduire dans la poussière même du pastel et dans le papier qui le retient, une liqueur glutineuse, qui, une fois sèche , emprisonne les couleurs et les empêche de se détacher. Voici comment se compose la liqueur dans laquelle on ne fait que plonger un instant le tableau en pastel.

Cette liqueur se prépare en faisant fondre du bel alun en poudre dans deux verres d'eau bien claire : lorsque cette eau s'est chargée de la quantité d'alun qu'elle peut dissoudre, il faut la décanter de dessus l'alun qui peut rester au fond du vase. (Cette observation est très-importante; car si on laissait cet alun non dissous dans la liqueur qu'on va préparer , ce minéral , en séchant , ter-

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uirait un peu le labîeau , et cccasionerait même quelques taches blanchâtres aux endroits où la hqueur s'amasserait en s'égouttant. ) Dans cette eau bien imprégnée d'alun , on met pour cinq ou six sous de colle de poisson trèsclaire et très-nette; lorsque cette colle a trempé vingtquatre ou trente heures , on fait bouillir l'eau pour que la colle achève de se fondre entièrement. On passe ensuite cette liqueur à travers un linge blanc, pour ôter le peu de résidu qu'il peut y avoir, et on verse cette eau, ainsi imprégnée de sel alumineux et de colle , dans une bouteille de verre, où l'on a mis auparavant trois chopines d'eau-de-vie non colorée, à laquelle on a ajouté un bon verre d'esprit-de-vin. Telle est la manière de préparer la liqueur qui servira à fixer le pastel; on peut en faire une quantité plus ou moins grande, en augmentant les doses en proportion, suivant la grandeur des tableaux qu'on voudra fixer. Au reste, cette même liqueur peut servir à fixer d'autres tableaux, et cela, tant qu'il en reste une assez grande quantité. Cependant , quand cette liqueur , destinée à fixer le pastel , est un peu vieille , son brillant s'affaiblit jusqu'à un certain point.

Voici présentement la manière de procéder au fixé. On prend un grand bassin, soit de plomb, soit d'une autre matière , et qui soit assez long et assez large pour pouvoir y plonger le tableau. On fait chauffer au bain-marie la liqueur dont nous venons de parler, et l'on examine bien si la colle de poisson s'est suffisamment dissoute. Il arrive en effet assez souvent , et surtout lorsqu'il fait froid, qu'on la voit déposée au fond du vase. Au bassin de métal on peut substituer une toile cirée dont on relève les bords. Cette loile est également propre à contenir la liqueur;

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elle est plus commode que le bassin , en ce qu*on peut l'allonger ou la raccourcir suivant l'étendue du tableau. On place h chaque coin de ce grand bassin un morceau de plomb qui ne sera recouvert par la liqueur que d'une ligne ou un peu plus : on prend le tableau horizontalement, et on le plonge légèrement dans cette liqueur. Ces plombs , qu'on a eu soin de mettre sur les côtés, empêchent qu'il ne plonge trop avant : plonger le tableau dans la liqueur et l'en ôler, est une opération qui doit être faite en un clin d'œil. On retire le tableau ^ toujours horizontalement, et on le place, dans cette même position , en quelque endroit abrité où il ne soit soutenu que sur ses deux bords, comme sur le dos de deux chaises : et on le laisse ainsi sécher. Lorsque le tableau est bien sec, on juge de l'effet qu'a produit la liqueur, et on reconnaît que toutes les couleurs se sont conservées dans leur fraîcheur primitive : car il n'est pas possible de distinguer à la vue les endroits du tableau qui ont été fixés , de ceux qui ne l'auraient pas été : on ne le peut qu'en y portant le doigt. Le pastel qui n'a point été ûxé s'efface sous le doigt, au lieu qu'on peut toucher celui qui a été fixé , sans en enlever la moindre parcelle. Loin que le tableau soit altéré, les teintes en ont plus d'union, sans être affaiblies. L'eau n'y fait aucun dégât; on a même reconnu que le pastel fixé pouvait soutenir un vernis. Voici dans ce cas comment oa procède, La peinture étant fixée et sèche , on y applique avec une brosse douce une ou deux couches de colle de poisson fondue et assez forte pour qu'elle forme une espèce de gelée lorsqu'elle est refroidie. On y mêle environ un tiers d'esprit"de-vin ou de bonne eau-de-vie non colorée. Quand cette préparation est sèche on applique le vernis.

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11 est inutile de dire que ce vernis doit être d'une trèsbonne qualité , car s'il faut le renouveler souvent à cause de son jaunissement, cela fatiguera la peinture.

Les tableaux fixés au pastel ont l'avantage de pouvoir être retouchés, puisque les crayons y mordent comme auparavant. On peut même y donner de plus quelques coups de force au pinceau avec des couleurs en détrempe. La même méthode , qui sert à fixer le pastel , réussit aussi pour fixer les dessins au crayon.

Yoici encore un procédé pour fixer le pastel. Il faut pulvériser de la gomme arabique en poudre impalpable , en la faisant passer à travers un tamis très-fin , en couvrir toute la surface du tableau d'une manière si légère , qu'elle y produise l'effet d'une gaze tendue sur le tableau. On prend une cucurbite avec son chapiteau,* on la remplit d'eau bien claire, on la fait bouillir; les vapeurs sortent par le bec du chapiteau; on les dirige sur le tableau , ayant soin d'attacher une éponge à l'extrémité du bec, de peur que des vapeurs condensées et réduites en gouttes ne tombent sur le tableau , ce qui le gâterait. La vapeur de l'eau dissout la gomme, et celle-ci forme un vernis sur la peinture et fixe ainsi le pastel.

Le procédé d'après lequel on n'emploierait que de simples vapeurs paraît susceptible d'une réussite plus heureuse. Il faut faire dissoudre du sucre candi dans de l'eaude-vie ou dans de l'esprit-de-vin, faire bouillir ces liqueurs jusqu'à évapora tion , exposer au-dessus de ces vapeurs le tableau , par le côté opposé à la peinture : elles pénétreront à travers le papier et fixeront le pastel, sans en altérer les couleurs. On peut employer un gros de sucre candi pour une once d'csprit-dc-vin ou d'cau-de-vie. Si le papier est

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épais, comme celui dont se servent les ingénieurs pour leurs plans , il faut faire usage d'esprit-de-vin.

Le prince San Severo a essayé de fixer le pastel, en humectant le papier par derrière seulement; mais ii a rencontré beaucoup de difficultés. Une eau gommeuse , propre à fixer le pastel , et étendue avec un pinceau derrière le tableau , humecte fort bien certaines couleurs ; mais la laque, le jaune de Naples et quelques autres couleurs restent toujours sèches et ne se fixent jamais. Quant à une matière huileuse , quelque transparente et quelque spiritueuse qu'elle soit , elle ternit les couleurs et leur ôte leur plus bel agrément : l'huile volatile de térébenthine, quoique claire comme de l'eau, a le même inconvénient; d'ailleurs , elle s'évapore dans l'espace de deux ou trois jours. Les couleurs alors ne restent pas bien fixées et s'enlèvent avec le doigt. La gomme copal , la résineélémi , la sandaraque , le mastic , le karabé , et généralement toutes les résines dissoutes à l'esprit-de-vin obscurcissent les couleurs et rendent le papier transparent , nébuleux , et comme semé de taches.

La colle de poisson est la seule matière que le prince San Severo ait trouvée propre à cet usage : voici son procédé. Il prend trois onces de belle colle de poisson ; il la coupe en écailles minces, et les fait infuser pendant vingtquatre heures dans dix onces de vinaigre distillé ; il jette dessus quarante-huit onces d'eau chaude bien claire , et il remue ce mélange avec une spatule de bois, jusqu'à ce que la colle soit presqu'entièrement dissoute. Le mélange étant versé dans un vase de verre , que l'on enfonce dans le sable à deux ou trois doigts de profondeur, on met la poêle qui renferme le sable sur un fourneau à feu de

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charbon; mais on le ménage de manière que la liqueur ne bouille jamais , et qu'on puisse même toujours y tenir le doigt : on la remue souvent avec la spatule, jusqu'à ce que la dissolution soit entière; après quoi on laisse refroidir la matière, et on la passe par le filtre de papier gris sur un entonnoir de verre , ayant soin de changer le papier quand la liqueur a trop de peine à passer.

S'il arrive qu'on n'ait pas mis assez d'eau, que la colle soit d'une qualité trop gîutineuse , qu'elle ait de la peine à passer, et qu'elle se coagule sur le papier , on y ajoute un peu d'eau chaude; on fait dissoudre la matière en la remuant avec la spatule de bois, et on la filtre. L'expérience fait juger de la quantité d'eau nécessaire pour cette opération. Quand la liqueur est filtrée , on la verse dans une grande bouteille , en mettant alternativement un verre de la dissolution et un verre d'esprit-devin bien rectifié, pour qu'il y ait un égal volume plutôt qu'un poids égal des deux liqueurs. Enfin la bouteille étant bouchée, on la secoue pendant un demi -quart d'heure , pour que les liqueurs restent mêlées : on a ainsi le gluten nécessaire pour la fixation du pastel.

Le tableau qu'on veut fixer étant placé horizontalement, la peinture en dessous, bien tendu par deux personnes , on trempe un pinceau doux et large dans la composition décrite ci -dessus; (il faut que le pinceau soit de l'espèce de ceux qu'on emploie pour la miniature, mais qu'il ait au moins un pouce de diamètre ) ; on le passe sur le revers du papier, jusqu'à ce que la liqueur pénètre bien du côté de la peinture , et que l'on voie toutes les couleurs humectées et luisantes, comme si on y avait passé le vernis. La première couche pénètre

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