TOME IX
53o PROCÉDliS MATÉRIELS.
qui n'ont pas Heu, sans que les hommes elles institutions y soient pour quelque chose. De là ces axiomes si commodes : chacun son goût : il ne faut pas disputer sur les couleurs : il n'y a point de règles du beau, puisque ce qui déplaît à l'un peut plaire à l'autre; puisque tel siècle adopte un style, tel siècle en adopte un autre, etc. Qu'importe que nos poteries soient bigarrées , diront quelques élégans en belle humeur? Qu'importe qu'on les façonne en rond ou à pans; qu'on y représente des têtes grotesques ou des papillons ? Serait-ce donc un bien grand malheur, quand on verrait une chinoise ridicule peinte au fond d'une soupière , ou Bonaparte avec son petit chapeau représenté en émail sur un cabaret? Qu'importent ces bagatelles ? les variations dans le goût font la vie de nos fabriques.... Or je dis qu'avec ces belles réflexions on rend l'art nuisible, au lieu de le faire servir aux mœurs. Je dis que la convenance n'a plus de charme pour des esprits devenus familiers avec les dissonances et les bigarrures; et que, s'il est des fantaisies, des ridicules européens que les gouvernemens ne sauraient empêcher, il en est d'autres qui ne se propagent que parce que l'ignorance les sanctionne : il est des ridicules qui ne sont excessifs que parce qu'on les laisse croître , qui ne nous déshonorent enfin que parce que nous sommes les premiers à rire de ces turpitudes.
Si la peinture en émail est éternelle, elle éternisera notre savoir, notre beau goût ou nos bévues; si la peinture en émail est indestructible, elle ne doit produire que des images utiles, et jamais des images fausses, laides par le choix des sujets , laides par les choix optiques , laides enfin par la pauvreté de la représentation.
L'éclat, la suavité, la fraîcheur des couleurs en émail sont des charmes qui agissent sur tous les spectateurs. Y a-t-il rien de plus séduisant que ces masses groupées en guirlandes, et représentant les plus belles fleurs de nos jardins, les fruits les plus beaux de nos vergers? Quelle vie dans toutes ces teintes ! quel brillant , quel poli dans toutes ces nuances ! Ces prunes , rendues si vraies par le pinceau naïf de M. Jacober , elles sont mûres à point , elles sont fraîches , elles embaument. Ces groseilles en grappes , comme elles sont vives ! ne croit-on pas en sentir la saveur aigrelette ?... Cependant l'art doit-il en rester à ces moyens; les hommes ne doivent-ils apercevoir aucun but utile dans ces procédés précieux?
On a imaginé de confier aux couleurs indestructibles de l'émail les images fidèles des fleurs , des fruits, représentés , disposés et classés selon leurs espèces , etc. ; rien de mieux : mais pourquoi fixer presque toujours ces représentations sur des assiettes de table ? Pourquoi d'ailleurs choisir des assiettes dont l'ornement coloré, et uniforme sur toutes, doit nécessairement contraster d'une manière discordante avec quelques-unes de ces fleurs? Ces fleurs, ces fruits, ne seraient-ils pas bien mieux placés sur des tableaux qu'on pourrait rapprocher, et dont l'ensemble formerait une frise charmante, et précieuse pour les études si attrayantes de l'histoire naturelle ? S'il s'agit d'insectes , pourquoi les placer encore sur des assiettes ? pourquoi ce hanneton sur le dos duquel on doit manger de la crème ? pourquoi ces routines , ces irréflexions? Pourquoi enfin ne pas remarquer , à l'aide des monumens , que, chez les anciens, toutes les productions de la peinture et des arts d'imitation avaient une signifi-
cation intéressante pour tous les esprits , et que les artistes de ces tems ne se regardaient pas comme obligés seulement à écrire correctement et précieusement dans le langage de leur art, mais qu'ils se croyaient engagés surtout à exprimer par ce langage d'heureuses pensées et des idées utiles à la société. Dix ~ neuvième siècle, adulte dans beaucoup de sciences, mais encore enfant dans les beaux-arts , verras-tu se compléter la révolution du goût; verras-tu la beauté régner et dominer souverainement?
Grâce aux recherches de nos chimistes, les difficultés attachées au procédé de la peinture en émail s'aplanissent tous les jours; et le moment est probablement arrivé où les peintres, au heu d'être esclaves de leurs couleurs, en seront les maîtres. Peut-être qu'au lieu de ces lavis , si pénibles à produire, et souvent si froids, ils pourront employer en émail des mélanges qui auront du corps , de l'union, et qui , à l'aide d'un blanc admissible dans toutes les couleurs, et les conservant toutes, permettront tous les effets propres aux autres genres de peinture. Le Journal des Artistes , 22 mars 1829 , annonce la découverte d'un nouveau blanc pour la peinture sur porcelaine et sur lave de Volvic : nous transcrirons cet article.
« M. Mortelèque , dont nous avons eu déjà l'occasion de mentionner les utiles travaux pour la peinture sur verre et sur pierre de Volvic , vient de découvrir un blanc qui se mêle avec les autres couleurs , et donne le moyen , en procédant comme dans la peinture à huile , de produire tous les tons et toutes les nuances. On pourra donc désormais empâter toutes les couleurs , les superposer , sans craindre que celles de dessous nuisent à celles de
PElKTiUli EN ÉMAIL. 555
dessus , et mettre des tons clairs sur des tons foncés ; enfin les parties saillantes n'auront plus besoin d'êlrc i^éservées comme par le passé , ce qui rendait la peinture sur porcelaine et sur lave d'une exécution très-longue en même tems que moins facile.
» Toutefois M. Mortelèque ne dissimule pas qu'au moyen de son nouveau procédé , le travail ne soit plus difficile qu'à huile , parce que toutes les couleurs , étant vitrifiées , sont plus courtes a l'emploi; mais avec un peu de pratique, les peintres exécuteront les tableaux avec d'autant plus d'avantage que les couleurs resteront toujours telles qu'elles sortent du fou.
» C'est le lendemain du jour où M. Mortelèque venait de dire, en présence de l'Institut, qu'il croyait impossible de trouver ce blanc , si long-tems désiré par les peintres, qu'il a eu le bonheur d'en faire la découverte. Nous nous estimons heureux d'annoncer à nos lecteurs ce nouveau résultat des travaux et de la persévérance d'un artiste dont la modestie égale les talens ^ »
1 J'ai pensé qu'il convenait d'insérer ici ce qu'on lit dans la Revue Encyclopédique du mois de juillet 1821, 34^ cahier: « La Société d'Encouragement de Londres a fait l'essai d'un nouvel émail pour la porcelaine et la faïence fine, composé par M. Rose, et qui a été trouvé supérieur à tous ceux qu'on a employés jusqu'ici. On l'obtient en faisant un mélange de 27 parties de feldsphath pulvérisé avec 18 de borax , 4 de sable, i de sel de soude, i de nitre et 1 d'argile. Après l'avoir fondu en frite , on y ajoute 5 parties de borax , et on réduit en poudre. Cet émail s'applique aisément et uniformément, sans que la porcelaine doive être ni fondue ni même ramollie ; il s'étend uniformément, sans bulles et sans saillies; il ne couvre ni n'altère les couleurs, même les plus délicates, telles que les verts et les rouges de chrome, etc. Il s'incorpore facilement avec elles ; et la porcelaine, qui en est recouverte, peut passer une seconde fois au feu, sans que cet émail se gerce ou éclate, -a
554 PROCliDÉS MATÉRIELS.
La découverte de M. Mortelèque paraît donc être un de ces événemens qui font époque dans l'histoire des arts. La durée indéfinie de la peinture en émail faisait désirer à tout le monde le moyen d'exécuter avec facilité dés sujets grands et tels qu'on en exécute à huile : déjà on était parvenu à peindre des tableaux sur des dalles de porcelaine , dont la grandeur était de plus de trois pieds. On vit des portraits-bustes, de grandeur naturelle, exécutés sur ces grandes plaques, qui semblaient jadis si difficiles à produire : feu M. Drolling exposa au Salon de Paris un beau portrait; feu M. Georget étonna tous les connaisseurs par son admirable copie de la femme hydropique , chefd'œuvre de Gérard-Douw, et vrai chef-d'œuvre de la peinture en émail sur porcelaine. La manufacture de Sèvres possède, de la main de M. Béranger, un grand buste admirablement copié d'après Rubens; elle possède un assez grand paysage d'après Karel-Du jardin , par M. P. Robert. On y voit encore une Madonne d'une bien plus grande dimension que toutes les autres peintures; enfin M. Mortelèque pourrait fournir aujourd'hui aux peintres des dalles de cinq à six pieds. L'idée heureuse d'émailler et de peindre ensuite en couleurs vitrifiables des dalles de lave volcanique, lui fournit l'occasion de développer de nouveau les ressources de son talent. Il exposa publiquement au Louvre des essais extrêmement intéressans par ce procédé, dont l'avantage consiste dans la fixité matérielle de ces dalles de lave, lorsqu'on les soumet au feu de la cuisson; fixité que n'offre que trèsrarement la terre de porcelaine, qui , en état de dalles, se déjette ou se brise si souvent , lorsqu'on la cuit. Les génies heureux ne s'arrêtent pas. M. Mortelèque
apercevait depuis long-tcms dans la peinlurc on email la grande peinture, la peinture par excellence; il poursuivit donc avec ardeur ses recherches, qui tendaient à trouver un blanc semblable , quant à l'effet , à celui dont nos peintres h huile font constamment usage, blanc qui modifie les intensités lumineuses des tons , et sans l'aide duquel l'artiste, qui se voit obligé de ménager l'éclat du fond , se sent paralysé et découragé dans ses créations. Ce but, objet de l'étude opiniâtre de M. Mortelèque , semble donc atteint aujourd'hui. Mais un autre avantage bien important pour la peinture en émail , c'est que l'interposition de ce même blanc dans les teintes neutralise l'influence funeste de certains oxides sur d'autres oxides, influence bien gênante, comme on sait, et qui force les peintres à tant de réserves : nous parlerons bientôt de cette influence. A cette découverte M. Mortelèque ne manquera pas d'ajouter la préparation d'un subjectile préférable à ceux qu'on a employés jusqu'à présent, c'està-dire, préférable sous le rapport de l'économie et de la commodité; il espère donc parvenir à émailler de vastes panneaux de fonte propres à recevoir ces peintures. Il est vrai qu'on peut extraire d'assez grandes dalles de lave; mais l'idée d'émailler la fonte est une idée très -heureuse,^ et qui doit profiter même à Tarchitecture.
Quel service ne rendra pas à l'art l'auteur de semblables découvertes? Désormais les premiers talens de l'Europe pourront facilement confier à des matières impérissables les créations de leur génie. Nos temples, nos palais, l'extérieur de nos édifices , seront décorés de peintures que le teins ne saura effacer : les efforts si coûteux de la mosaïque deviennent désormais superflus , etc. , etc.
Un tel service sera-t-il méconnu comme tant d'autres? et s'il convient, pour le rendre complet et pour en voir des applications heureuses , d'encourager Fauteur d'aussi belles découvertes, en lui confiant la direction dequelques travaux importans , se contentera-t-on de lui promettre avant tout de nommer une commission de savans et même d'académiciens , qui auront la bonté de déclarer que ses efforts ont été reconnus utiles ? Belle récompense, en effet , qui fait sourire les envieux ! Expédient très-commode, qui débarrasse , sans les compromettre, les chefs institués spécialement pour accélérer les progrès et probablement aussi pour l'encouragement des arts.
11 nous serait facile d'extraire ,de l'Encyclopédie et d'autres livres ce qu'on y lit au sujet de la peinture en émail sur porcelaine , etc. ; mais comme cette espèce de peinture n'est guère pratiquée que par un petit nombre d'artistes qui acquièrent facilement la connaissance des principaux procédés techniques de ce genre de peinture , il semble inutile de leur offrir ces détails dans ce Traité ; (les Encyclopédies étant d'ailleurs chargées de ces descriptions propres h conserver, pour les âges futurs, toutes nos méthodes industrielles ) ; ainsi je vais nie contenter de rassembler ici quelques observations.
Chacun sait que le peintre en émail sur porcelaine , après avoir calqué et tracé d'abord ses contours au crayon qui adhère sur la couverte , par l'effet d'un frottis d'essence desséchée , puis avec une laque végétale qui se détruit à la cuisson , fixe ses couleurs sur l'émail à l'aide d'une huile volatile, rendue plus ou moins visqueuse , et dont la ductilité et la lente évaporation permettent la fusion et le facile maniement de ces couleurs. Comme il n'y a
PEINTURE EN liMAlL. 537
point à craindre de jaunissement , puisque le feu anéantit le résidu résineux qui maintient la couleur ainsi liquéfiés, ce moyen est sans inconvénient sous le rapport des teintes ; cependant nous verrons que certaines précautions sont à prendre quant à l'emploi de l'huile volatile. Il est vraisemblable que l'huile volatile de cire pourrait devenir Irès-utile dans ce genre de peinture , ainsi qu'elle l'est dans la peinture encaustique. La peinture en porcelaine est donc une espèce de lavis, que l'on monte au ton désiré à l'aide de couches successives.
Les peintres en émail doivent-ils connaître les procédés de fabrication de leurs couleurs? Chacun répondra affirmativement à cette question. Cependant la plupart des peintres sont étrangers à cette composition des matières colorantes propres à la peinture en émail; ils se procurent les couleurs chez les fabricans; ils les essaient au feu, et ne s'occupent point des procédés ou des combinaisons qui les ont produites. Les fabricans de couleurs en émail gardent le secret sur leurs procédés ; aussi les peintres qui, pour employer quelquefois plus commodément ces couleurs , y ajoutent des fondans et se permettent certains mélanges faits à tâtons , se croient-ils hors de blâme lorsqu'ils ne réussissent pas,* néanmoins, c'est à eux que s'en prend le public qui toujours les croit responsables de leur peinture.
Entre autres inconvéniens qui résultent de l'ignorance des peintres en fait de procédés chimiques relatifs à la fabrication et à la composition des couleurs vitrifîables, il en est un assez désagréable pour eux-mêmes ; c'est qu'il leur faut employer un vocabulaire très -imparfait au sujet des couleurs. Ils ne savent donc pas les désigner par des dé-
nominations chimiques ou minéralogiques , et ils sont réduits à les distinguer par les numéros que chaque fabricant croit devoir imposer aux couleurs qui sortent de sa fabrique , en distinguant telle ou telle nuance , tel ou tel ton.
Quelques chimistes sont parvenus récemment à composer des couleurs fixes, c'est-à-dire, qui ne s'altèrent point par leur mélange entr'elles ou par leur superposition. Ces couleurs nouvelles ne sont point encore généralement employés . et leur fabrication est le secret de chaque inventeur. Le tems apprendra si ces couleurs sont exemptes de toute pesanteur dans leur effet , et si elles peuvent être employées avec succès sur toutes les couvertes , sur tous les émaux , sur les plus durs comme sur ceux qui le sont le moins. Il paraît qu'il reste beaucoup de recherches à faire sur ce point , dans lequel il importe que les praticiens et les chimistes s'entendent parfaitement. Quant à la beauté des couleurs, nos fabricans sont parvenus à tout l'éclat désirable , et si Vienne , en Autriche, produit un bleu plus riche que les nôtres , si certains carmins anglais semblent supérieurs, «es exaltations, favorables à quelques ornemens isolés, sont peu nécessaires dans l'harmonie générale ou dans le coloris de cette espèce de peinture. Les coloristes se plaignent cependant du manque d'un rouge-écarlate ou couleur de feu. Les peintres ont donc réellement besoin de couleurs fixes, qui puissent les exempter d'une surveillance continuelle , et de tâtonnemens très-gênans, tâtonnemens nécessaires cependant pour acquérir l'art difficile de ne mélanger , de ne superposer que des couleurs qui , au feu , ne se détruisent point par l'effet chimique de leur
PEINTURE EN ÉMA-IL. ÔSq
contact réciproque , contact d'où résulte une désoxidation ou une suroxidation des métaux placés les uns sur les autres. Ainsi le grand secret de la peinture en émail a été jusqu'ici la fabrication des couleurs. Mais, grâces aux efforts de la chimie moderne , nous ne sommes point restés en arrière de nos devanciers en ce point.
J'ai dit que la fabrication des couleurs était le secret de chacun ; en effet ce qu'on appelle le tour de main est ce qui fait réussir dans bien des cas. Les livres nous indiquent, il est vrai, des doses; mais beaucoup de pratique éclaire plus les fabricans que les indications de ces doses justes et de ces matières. Tout le monde sait que les couleurs jaunes proviennent , soit de l'antimoine , soit du fer, etc.; que l'or produit le violet, le cobalt le bleu , le cuivre le vert , le fer le rouge , etc. .' mais c'est la pratique seule qui apprend à saisir, à créer telle ou telle nuance et tel ou tel ton; en sorte que les recettes qu'on trouve recueillies dans tant de livres sont peu appréciées des praticiens. Ils prétendent même que , si l'on suivait ces indications détaillées, on ne parviendrait 5 aucun heureux résultat.
Les peintres sont obligés de tenir en notes, ou dans leur souvenir , les mélanges admissibles ou les mélanges funestes de certaines couleurs. Il y a de ces couleurs qui s'entredétruisent d'une manière tout-à-fait singulière; c'est ainsi que les oxides d'or , qui donnent le rose , le rouge élémentaire , le pourpre , etc. , et les oxides de fer, qui donnent certains jaunes, et qui devraient en apparence produire par leur mélange avec ces rouges la couleur le plus énergique, s'entredétruisent au point de ne laisser après leur combat qu'une nuance sale , incer-
54o PROCÉDAS MATÉRIELS.
taine et sans ressort. Ces notes , qu'établissent pour leur usage les peintres en porcelaine, s'appliquent donc aux couleurs de telle ou telle fabrique , couleurs que l'expérience leur a appris à connaître. Voici les indications que M. Mortelèque a bien voulu nous communiquer, relativement aux mélanges des couleurs qui sortent de sa fabrique \ Nous ajouterons à ces indications celles qu'un peintre studieux a eu soin de recueillir au sujet des couleurs que produit la manufacture royale de Sèvres.
Couleurs de la fabrique de M. Mortelèque.
« Jaune clair et jaune foncé. — Il ne faut pas les mêler avec les pourpres ou avec les rouges.
» Jaune d'argent et jaune couleur divoire. — lis peuvent être mêlés avec les couleurs de chair , rouges et brunes.
» Pourpre, — Il ne faut pas le mêler avec les rouges , mais on peut en mettre un peu dans les bruns foncés. Glacé dessus les bruns, au second feu, il leur donne beaucoup de vigueur.
» Carmin. — Il est bon pour les fleurs et les draperies. Si, pour les lointains, on le mêle avec le bleu de ciel et avec le bleu clair, il produira des tons plus légers que ne pourraient le faire le pourpre et le violet. On attribue souvent et avec raison la teinte jaune qui survient aux carmins et aux pourpres , lors de la cuisson , au manque de feu; mais je pense qu'on doit Tattribuer à la présence de l'argent qu'on met dans l'or servant à dorer la por-
Ruc (lu Faubourg Saint-Martin, n" i52.
PI-IiNTURK EN ÉMAIL. 54 1
celaine , lorsque ces pièces sont trop serrées les unes contre les autres dans la moufle ; en effet les vapeurs de l'argent communiquent dans ce cas une teinte jaune au carmin.
» Fiolet cCor. — Il est bon pour les fleurs et les draperies ; mêlé avec le brun bitume , il convient pour ombrer les bleus.
» Fiolet de fer. — On l'emploie avec succès dans le paysage et dans les carnations. Associé aux verts, il produit de jolis tons.
» Rouge. — On ne doit le mêler ni avec les pourpres ni avec le carmin. C'est avec du brun- rouge que l'on ombre ce rouge.
» Bleu clair. — 11 peut être mêlé avec toutes les couleurs , excepté avec les rouges.
» Bleu de ciel. — On peut l'employer pour les linges , les carnations et les ciels.
» Bleu foncé. — Il ne faut pas l'ombrer avec du noir , il deviendrait louche, mais avec du brun bitume ou quel quefois avec du violet de fer,
» Vert n° i , vert tt 4* — Ces verts peuvent être mêlés avec toutes les couleurs. Quand l'or n'a pas été bien lavé , les sels , en s'évaporant , occasionnent une décomposition de la couleur verte, et la font revenir en état d'oxide rouge, de vert qu'il était.
» Brun jaune. — Ce brun se mêle avec tous les autres bruns; il peut être mêlé aussi avec les rouges , avec les gris et avec les noirs.
» Brun olive. — Cette couleur, qui réussit parfaitement avec toutes les autres , conserve très-bien sa teinte. » Bruns n°^ 3 et 4» (^t brun de bitume. — Ces bruns
produisent des effets satisfaisans sur toutes les couleurs , et principalement au second feu.
» Noir. — Il réussit avec toutes les couleurs.
» Couleur nankin clair et foncé* — Ces couleurs sont bonnes pour les carnations , les ciels et toutes les teintes légères.
» Couleur de chair, — Elle se mêle sans inconvénient avec les rouges, les bruns, les gris n° i et n° 2; mais non avec les pourpres ou avec le carmin.
» Gris foncé, gris clair, gris roux. — Ils peuvent être mêlés avec toutes les couleurs.
» Blanc. — Il faut^ dit M. Mortelèque, ne le mêler que le moins possible avec les couleurs , en attendant que celui que j'emploie avec succès sur la lave puisse être appliqué à la porcelaine; alors il se mêlera avec toutes les couleurs
» Je n'indique pas ici , ajoute M. Mortelèque, les cas où un peintre expérimenté peut employer avec ménagement, et sans inconvénient , certaines couleurs signalées ici comme ennemies. Je pourrais même dire que toutes les couleurs que je fabrique peuvent être mêlées , si l'artiste a acquis beaucoup de pratique. »
Couleurs de la manufacture de Sèvres.
N° 2. Blanc fixe. — Ce blanc spécialement destiné aux rehauts des lumières, ne se mêle qu'avec les autres couleurs fixes, telles que le vert n** 34 F; les jaunes 4^ A., 4^ A. Il serait dangereux de s'en servir avec d'autres couleurs, dans l'espoir de diminuer leur intensité et d'obtenir des clairs dans ces mêmes teintes ou couleurs.
N° 12. Gris foncé. — On peul le mêler assez gcnéralementavec les autres couleurs, et particulièrement avec !es jaunes l\i ^ , l\'h. On peut encore mêler ce gris avec les bleus en général , avec les ocres, les rouges^ les carmins, pourpres-, etc.
N° 1 5. Gris-bleuâtre. — Il est spécialement destiné aux carnations, et il doit, s'il réunit toutes les qualités requises , avoir à peu près celles du gris n° 12.
N°^ 17. Noir- grisâtre; 18. Noir- brunâtre; 19. Noir foncé. — Ces couleurs doivent avoir assez généralement les mêmes qualités , et peuvent se mêler avec les bleus , les verts , les ocres ,• passablement avec les rouges pourpres et violets , et très-bien avec les bruns.
N°' 22. Bleu d'indigo; 24. Bleu d^azur. — Ces bleus ont à peu près tous deux les mêmes qualités ,* quoiqu'étant difFérens de ton, ils se mêlent bien avec les jaunes, les pourpres et les violets, passablement avec les noirs et les bruns ; ils se rompent au moyen des noirsj bruns , rouge- violâtrefoncé et violet, couleurs qu'on glace pures sur le bleu déjà cuit. On peut aussi les mêler ensemble selon les besoins.
N° 28. Bleu de ciel. — Il s'associe plus difficilement que les autres bleus , en raison de ce qu'il contient une plus grande quantité de fondant; on se sert de ce bleu pour faire glacer les précédens; lorsqu'ils sont restés ternes après la cuisson , on les glace d'une couche assez mince de ce bleu de ciel avant de les retoucher.
N° 34. Vert-bleuâtre, — Ce vert s'éclaircit avec le jaune l\\ B,* il se mêle avec le 43, et se rompt au moyen des jaunes d'ocre n° 5o A. V, au moyen des noirs 1 8 et 19 et des bruns 68 , 69 et 75.
544 PROCÉDÉS MATJiRÏELS.
N° 55. Fert de pré, — Mêmes observations que pour le précédent.
N"' 56 D. Vert foncé dur; 56 T. Vert foncé tendre. — Mêmes observations que pour le n° 54» On a vu des peintres qui employaient ces verts pour les tons rompus des carnations , en les mêlant avec les rouges.
N° 4i A. Jaune pâle fixe. — Il sert , comme tous les autres jaunes fixes , pour les clairs ou les lumières ; il se mêle avec le bîanc lorsque l'on veut y associer le vertbleuâtre n° 54 F , et lorsque l'on désire un vert clair fixe.
N*' 41 ^' /^w^^ clair pour les bruns , etc. — Ce jaune clair peut toujours se mêler avec les gris , les bleus , les verts, les pourpres et les carmins; et s'il est de bonne qualité, il peut se mêler aussi avec les rouges et les bruns.
N** 46. Jaune foncé. — Comme son mélange réussit difficilement , on ne l'emploie que pur, et pour obtenir des jaunes foncés et frais, en le mettant aux places où l'on désire obtenir ces teintes.
N° 46 A. Jaune foncé fixe. — Mêmes observations que pour le n° 4* A. S'il est de bonne qualité, et si on le mélange avec du rouge n° 58, il donnera un jaune fixe couleur d'ocre.
N° 45* Jcf'U'^^ foncé. — On l'emploie pour les verts et les bruns. (Mêmes observations que pour le jaune n° 41 S* )
N°® 49* Jau7ie d'ocre pâle; 5o. Jaune d^ocre; 5o A. Jaune d'ocre foncé. — Ces couleurs se mêlent parfaitement avec les gris, les noirs, les rouges, les rouges- violâtres et les bruns; elles se mêlent passablement bien avec le pourpre et le carmin. On doit employer préféra-
blement au pourpre les rouges-violâtres , quand on désire avoir un ton produit par le mélange de ces couleurs; la réussite est alors plus certaine.
N"* 5o A. V. Jaune d^ ocre pour les verts. — - Il se mêle à peu près comme les précédens , et il a sur eux l'avantage de se mêler avec les verts; mais il est moins éclatant , et ne peut , par conséquent , les remplacer en tout point.
^"^o'è. Jaune d'ocré rouge. — Observations à peu près semblables que pour les autres ocres ; il a de plus l'avantage de se mêler parfaitement avec le pourpre.
N°® 55. Rouge orangé ; 58. Rouge sanguin ; 62, Rouge de chair; 65. Rouge carminé; 66. Rouge-violâtre; 66 A. Rouge-violâtre foncé. — Ces couleurs servent aux peintres de figures pour les teintes des carnations; elles semblent bien avec les gris n° 12 et i5 , avec les noirs n** 17 , 18 et 19 , avec le vert n° 56 , avec les bruns et avec les ocres en général.
N° 59 D. Carmin dur. — Les peintres de figures ne doivent point se servir de cette couleur dans les chairs ; elle ne peut être mêlée sans inconvénient avec les rouges, sa demi-teinte est trop violâtre. Son mélange avec les jaunes est trop variable par l'effet de la cuisson; on l'emploie généralement pure, en la rompant toutefois au moyen des gris , des violets et des rouges-violâtres.
N" 60. Pourpre. - — Ce pourpre se mêle avec les bleus, avec les jaunes , les jaunes d'ocre , etc. On le rompt au moyen des gris , des noirs, des violets, des rouges-violâtres et des bruns n° 69 et 78.
N° 65. Violet, — Cette couleur , qui peut être mêlée avec les bleus, les noirs et les jaunes , peut se rompre avec les bruns et les rouges -violâtres foncés.