NETTOIEMENT BT RÉPARATION DES PEINTURES
d'une pièce y et impreignée, à la surface extérieure, d'un mélange résineux qui dcivait i'assujiettir à une toile pareille fixée sur le châssis. Cette dernière opération a exigé qu'on appliquât exactement à la toile enduite de substances résineuses le corps du tableau débarrassé de son icartonnage » et muni d^un fond nouveau , en évitant tout ce qui pouvait lui nuire par une extension trop forte ou inégale , et cependant en obligeant tous les points de su vaste étendue d'adhérer à la toile dressée sur le châssis. C'est par tous ces procédés que le tableau a été incorporé à une base plus durable que la première même , et prémuni contre les accidens qui en avaient produit la dégradation ; puis il a été livré à la restauration. »
Moyen de tranêporter sur toile une peinture exéûutée sur mur. — On a long-temps cherché mais en vain Te moyen de détacher les peintures exécutées sur tant, et de les rendre transportables. Il parait que jusqu'ici, et même dans l'antiquité , on n'en a pas trouvé d'autre que celui d'enlever le mur lui-même , ce qui a toujours semblé fort dangereuxi Mais, aujourd'hui on a approché plus près du but; on croit même l'avoir atteint tout-à^fait.
Lanzi nous dit qu'Antoine Gontri, qui vivait en 1752 , passe pow être l'inventeur de l'art de transporter sur toile les peintures des murs. Lanzi ne nous fait point connaître le procédé de oe peintre« Nous savons seulement que cet artiste se servait de sable pour comprimer également les deux surfaces fraîchement supet^osées et collées^
Dernièrement M. StephaiM> Barezzi , de Milan» a trouvé tm moyen* ttès^simple pour séparer de lenr muraille des peintures à fresque » de quelque grandeur qu'elles soient.
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et pour les transporter sur une autre muraille* sans cou> rir le risque de les endommager. A cet effet , il couTre le tableau d'une toile , préparée de manière qu'elle enlève toute la peinture , et qu'elle laisse la muraille blanche. La même toUe , ou » si Ton veut , le derrière de cette même peinture , est appliquée ensuite sur une autre muraille , où la peinture s'attache sans que le moindre trait en soit perdu. Par ce moyen, plusieurs tableaux estimés ont déjà été détachés de leur emplacement primitifl On en a fait l'essai , tant sur des murailles inhales que sur des murailles unies , et toujours avec le même succès. L'artiste reçoit tous les encouragemens possibles du gouvernement romain. Il s'est occupé ensuite à détacher un grand tableau de Marco d'Uggione dans l'église délia Paoe. On espère que, par ce procédé , on pourra soustraire aux ravages du tems les beaux restes de la Cène, de Léonard de Vinci.
Voici ce qu'on lit à ce sujet dans l'Encyclopédie : t On peut parvenir à transporter sur toile une peinture à l'huile faite sur mur. Il faut scier avec grand soin une partie médiocrement étendue de la muraille peinte , coller une toile sur la peinture avec une coUe bien tenace; user avec précaution , et sans exciter aucun éclat , l'épaisseur de la muraille; et quand elle sera devenue très-mince, établir tout autour un rempart de cire; alors on jettera dessus un acide qui décomposera la pierre calcaire , et l'on observera bien le moment où cet acide sera près de toucher à la peinture , pour se hâter de l'enlever et de verser à la place de l'eau claire. Il ne s'agira plus que de mettre sur toUe la peinture détachée de la muraille» et Ton suivra ii cet égard le même procédé que pour la pein-
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ture détachée d'un panneau. Gomme on aura été obligé de scier par parties uiae grande composition , on rajustera avec soin ces parties sur la toile , et un peintre habile réparerait les jointures. Peut-être ne serait-il pas nécessaire d'établir un rempart autour de la peinture-» et de couvrir la pierre d'une certaine épaisseur d'acide : il pourrait bien suffire d'humecter doucement la pierre calcaire avec un linge trempé dans l'acide. De cette manière on serait plus maître de son opération » parce qu'elle se ferait avec plus de lenteur. Nous avons supposé que la peinture était sur la pierre; mais si eUe était sur un enduit de plâtre 9 comme il arrive plus ordinairement , le succès serait plus facile. L'enduit de plâtre représente assez bien les couches en détrempe de l'impression des peintures sur panneaux. »
Voyez, sur ces questions particulières, l'ouvrage de Hamburgisches. (Magasin encyclopédique > tom. xrv, pag. 3o5. )
Nettoiement , dévemissure* — La première opération nécessaire pour le nettoiement d'un tableau , est celle qui consiste à enlever le vernis » dont presque toujours les peintures sont couvertes» J'entends parler du vernis ordinaire sans huile, et non du vernis gras, si tenace, si dur, et incorporé quelquefois dans la peinture : l'enlèvement de cette espèce particulière de vernis appartient à l'art du nettoiement ; mais l'enlèvement du vernis ordinaire , sans huile , est facile et peut être pratiqué par tout le monde. •
On peut distinguer deux manières d'enlever le vernis ordinaire des tajbleaux : h sec par pulvérisation : en détrempant, ou par dissolution. Voici la manière d'enlever
JïO PBOGÉOBS HATÉIIIBLS.
le yernis par frottement et par puIvérkatioD a^ec lea doigts. Nous copions ce que dit , à ce sujet , M. Bouvier.
« Mettez le tableau sur une table , et déposez > pour commencer , une pincée de colophane en poudre sur un des angles du tableau et sur l'une des places les moins importantes , et frottez-en , avec le bout des doigts , la partie que vous attaquezi
» Bientôt elle mettra W vetnift en poussière; cette place étant une fois entamée, l^ rest^ suivra de proche en proche , et la poussière même du vieux vernis vous ser> vira de véhicule , et v^s aidera h réduire en poussière tout le reste,
9 II ne faut pas vous servir d*autre agent que des doigts» pi^rce qu'ils ont b sensation de oe qu ils fent , et vous avertissent quand il faut s'arrêter.
j» .On doit s'furmer de patience > car ce travail est loug : il ne faut pas frotter trop long-tems de suite à la méaie place, de crainte de trop user et d'enlever de la peinture, surtout dans les chairs et dans les pwties où Ton présume qu'il y a des glatis. U vaut mieux oter d'abord le plus gros , kl nettoyer de tei^ ex\ tems la poussière , po«ir voir plus nettemwt ce que foB &it , miû& il ne faut rien xnouil- 1er; Top pireod Moe. barb^ de plwae» ou une paite de lièvre» pour éçarl<e^ cc^te pcwidre» et l'oui souffle dessus pour nettoyer ce qui w reste. Quand Umik le tableau est entamé , et qu'il est mat partout , on le nettoie avec plus de soin » mais tow)ours sans humecter ; et l'on recommence h user ce qui peut encore rester de vernis. Quand on s'aperçoit qu'une partie «e produit plu& dn poussière , Ton avance» en suivant de. proche en pro^o » et non pas par places isolées » jusqu'à ce qu'ooi ail la certitude d'avoir
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entièrement enlevé le vernis* On sent qu'en approchant, de la fin du frottage» il faut procéder avec encore plus de ménagement î mais, dans auctfn cas » il ne faut pas appuyer fortement les doigts sur la toile » tant pour ne pas y creuser des cavités , que pour ménager la peinture. L'on 's'at^ tache avec plus de soin à enlever complètement le vernis sur toutes les parties lumineuses et claires , et sur lesquelles la teinte enfumée cause le plus de dommage , comme aux^chairs, aux linges, aux ciels; etc. Il ne faut pourtant pas négliger les parties brunes » comme les fonds ou les ombres très-obseures de certains objets auxquels on attache moins d'importance. Les ombres des chairs demandent autant de soin que tout le reste » A en veut leur rendre leur première transparence , sans laquelle elles ne seraient plus eii harmonie avec' les lumières , et paraîtraient comme des taches noires. »
Passons h la manière d'enlever le vertAs en le détrempant par dissolution. L'essence de térébenthine et l'espritde -vin surtout , ou l'un et l'autre mêlés ensemble, ne manquent pas de dissoudre très-promptement les vernis ordinaires destinés à lustrer les peintures; mais- ces li*queurs sont bien mordanteii« et peuvelit , étant employées par une main novice , attaquer les couleurs légères qui composent la couche supérieure de certains tableaux : il faut donc user de ce m^yen avec beimcoup'de précautions; resprit*de-vin associé à l'essende, est- par-dessus toiit à redouter. On imbibe donc légèremeiii un petit nloreeau de coton cardé et on en frotte le vernis , qitti aussitôt se détache et se fixe sur le cotou' : on retourne , on replie celui-ci , et on nettoie à une auftre pkce. Cette premier!) opération ayant attendri ce qui^ reste do vernis, il faudra
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user de plus de ménagemens encore lo]fsqu*on s'occupera du second nettoiement. Enfin ce moyen est si actif, qu'on a cru devoir quelquefois n'employer que de Teau-de-yie.
Pour cela c on se procurera » dit encore M. Bouvier , de la bonne eau-de-vié de vin; on posera le tableau sur une table, et , avec un linge propre et fin ou du coton. Ton en humectera une partie du tableau pendant quelques instans sans le frotter; après une demi-minute environ » Ton frottera légèrement cette partie avec le linge, et Ton s'arrêtora à tems pour ne pas entamer la peinture, quand on verra que le vernis est enlevé» On ira ainsi progressivement de place en place » en avançant et en ayant soin de ne se servir du linge que là où il est encore propre , sans quoi Ton salirait la place qu'on vient de nettoyer. Quand on a ainsi nettoyé le tableau , on l'essuie légèrement; puis avec un nouveau linge fin et plus grand (qu*on trempe dans une tasse d'eau-de-vie tout-à-fait propre) , l'on frotte légèrement, et on lave entièrement la superficie , sans faisser séjourner l'humidité que le linge y a déposée* Dans toute cette opération il faut éviter d'attaquer les couleurs du tableau. »
J'ajouterai que le jaune d'œuf ayant la propriété de dissoudre les résines i on peut l'employer avec succès. A cet effet , on le laissera séjourner quelque tems sur le tableau , après l'avoir battu et mêlé avec une goutte d'eaude-vie , puis on l'enlèvera soit à l'eau Uède , soit même à l'aide de l'eau-de-vie.
NeltoUtneni des salissures quelconques , taches {Tan-ciens repeints , etc. — C'est avec raison qu'on a signalé les difficultés attachées à l'art de nettoyer les peintures et qu^on aconseillé aux propriétaires de beaux tableaux de les con-
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server plutôt sous leur crasse que de les confier à des nettoyeurs ignorans. En effet , la valeur d'un tableau qui n^esi pas nettoyé est toujours la même, malgré les sdissures qui le recouvrent; et les connaisseurs ne l'apprécient pas moins à sa juste valeur. Cette crasse même les prévient en faveur du dessous où ils sont sûrs de ne trouver aucune souillure.
Il est assez singulier que des gens étrangers à la peinture osent publier et propager des recettes pour nettoyer les tableaux. Les livres de secrets sont remplis de ces procédés» imaginés plutôt pour anéantir les couleurs que pour les faire revivre; l'un vous dit : prenez la moitié d'une pomme de rainette très-acide , et frottez-en le tableau ; un autre préfère l'oseille triturée » et avec ce mor^dant il veut qu'on récure l6 tableau comme s'il s'agissait d'une casserole en cuivre; un autre enfin vous fait prendre une moitié d'oignon : il y en a qui prescrivent l'urine mêlée avec de. la poudre d'alun ; enfin les cendres » la potasse, le savon noir soùt indiqués comme différens moyens d'atteindre le même but. Ils sont efficaces en effet dans certaines mains» pour effacer, anéantir les peintures» mais non pour les faire revivre.
D'autres recettes mal entendues sont ou inutiles ou ntii^ siblcs à la peinture; tel est le procédé suivant : «Prenez
> deux livres de graisse de rognons de bœuf» une once dé » terre jaune broyée à l'huile > une demi-livre de céruse » broyée à l'huile de noix; on fait fondre la graisse » et ori
> ajoute en même tems une livre d'huile de noix avec la 9 terre jaune et la céruse; on mélange bien le tout avec une » spatule » et on applique cette composition tiède derrière »le tableau; elle en fera revivre toutes les couleurs. »
7l4 PBOCÉDÉS llâTiRIBLS,
Lonque le labldail que Ton ya aeUoyer est bien «ar lûieiaent établi sur «ae toUe neuve, qu*il a été bien teadu , bien fq>lati', que sa surface extérieure est devenue trèsunie y et enfin que son vernîs a été enlevé » il £Mit procéder au nettoiement. On trouve quelquefois sur la peinture des vernis à huile, et sous ces vernis des vernis au blanc d*œuf, puis des frottis de couenne de lard, enfin des salissures de fumée de poussière entre ces couches; plus des salissures de mouche»» des (^aces repeintes à différentes époques , etc. £t comBoe il y a autant de différentes matières sales qu'il y a de différons tableaux , on conçoit quelle doit être la sagacité du réparateur, lorsqu^ii s*agit de discerner le caractère de ces couchea successives et diverses qui masquent.la peinture originale; et non^^eulement il faut savoir quel est le caractère de la couche étrangère que Tod^ attaque, mfiis aussi quels sont les i^ns les plus prbpres à la détruire , à l!eBlever, L'eau tiède , longuement apposée, amollit les gooatmes, les bkncs d'œuib et les salissures de fumée : feau alkalisée les amollit, les enlève mieux encore; Lesbuiles volatiiea, TespriU dc-vin , Teau-de-vie amollissent et enlèi^ent lea résines : le jaune d'œuf les amollit (\ussi; mais Pespritrde-viA surtout les dissout bien plus promptement. Ce qui résiste le plus » ce qui est tenace , rebelle , adhérant à la peinture originale , ce sont les vernis gras ou à huile-résine , ce sont aussi les! repei!nt&; et comme ces masses , plus ou moins encroûtées, sont seiUvent fixées sur des parties fort fines, fort minces du coloris du tableau , rien n'est si difficile que d'enlever ces matières sans attaquer ces finesses.
Un traité complet de l'art de nettoyer les peintures est pour ainsi dire impossible* Outre qu'il n'expliquerait )a-