NETTOIEMBNT ET RÉPARATION DES PEINTURES. 70I
en faisant soutenir les coins du tableau. Par ce moyen , on fait échapper Tair qui pourrait rester entre les deux toiles » et y causer ce qu'on appelle des cloches.
Le tableau étant ainsi entoilé , on le pose sur une table bien unie , du côté de la peinture » et on frotte très-rudement le derrière de la toile neuve avec un lissoir. C'est un instrument de verre , ou même de fer bien poli , avec lequel on lisse le linge , le papier , les étoffes , etc. Quelques personnes ajoutent à ces procédés celui de passer un fer chaud sur le tableau , en opposant , par derrière , une planche pour résister à cette pression. La colle échauffée à l'aide de ce fer devient plus liquide , elle pénètre , du côté du tableau y la vieille toile» et fixe d'autant plus la peinture; tandis que, du côté de la toile neilve, la colle excédente sort à travers le. tissu , en sorte qu'il n'en reste partout qu'une épaisseur égale. Il faut avoir l'attention de ne pas employer le fer trop chaud, çt de ne frotter le tableau qu'en interposant, entre lui et le fer, quelques feuilles de papier , car celle qui est sur la peinture ne serait pas suffisante.
Quand on juge que le tableau entoilé est bien sec , on humecte avec une éponge imbibée d'un peu d'eau tiède le papier blanc collé sur la peinture. Il s'enlève aisément , ainsi que l'empois qui l'attachait sur le tableau : il reste à le nettoyer, et souvent à le restaurer.
' Enlevage. — Il faut commencer par détacher le tableau de son châssis , et l'attacher ensuite sur une table extrêmement unie, le côté de la peinture en dessus, ayant soin que la toile soit bien tendue , et ne fasse aucun pli. Après cette préparation , vous donnerez sur tout votre tableau une couche de colle à entoiler , sur laquelle vous
^OS PROGÉDis MÂTiniELS.
appliquerez à mesure des feuilles de grand papier blanc , le plus fort que tous pourrez trouyer; et vous aurex soin ^ avec une molette à broyer les couleurs , de bien presser et étendre TOtre papier» afin qu^il ne fasse aucun pli, et que partout il s'attache très-également k la peinture. Laissez sécber le tout : après quoi tous déclouerez le tableau » et le retournerez , la peinture en dessous et la toile en dessus, sans l'attacher; pour lors tous aurez une éponge, que TOUS mouillerez dans de l'eau tiède, avec laquelle tous imbiberez petit à petit toute la toile , essayant de tems en tems sur les bords , si elle ne commence pas à s'enlever et à quitter la peinture. Alors vous détacherez avec soin et tout doucement un coin de la toile que vous roulerez , et continuant ainsi de la pousser avec les deux mains et de la rouler , vous la détacherez successivement toute entière. Ensuite, avec votre éponge et de l'eau, vous laverez bien le derrière de la peinture , jusqu'à ce que toute l'aucienne colle, ou à peu près , en soit enlevée ; vous aurez soin , dans cette opération , que cette éponge ne soit jamais trop remplie d'eau, parce qu'il pourrait en couler par dessous la peinture , ce qui détacherait la colle qui tient le papier que vous avez mis d'abord. Tout cela soigneusement exécuté , vous donnerez sur l'envers de votre peinture ainsi bien nettoyée, une couche de votre colle à entoiler; et vous y étendrez sur-le-champ une toile neuve, que vous aurez soin de laisser plus grande qu'il ne faut , afin de pouvoir la clouer par les bords , pour retendre de façon qu'elle ne fasse aucun pli; après quoi vous presserez légèrement avec votre molette en frottant, pour faire prendre la toile également partout , et vous la laisserez sécher; ensuite vous donnerez par-dessus la toile
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une seconde couche de colle par partie et petit h petit , ayant soîd» à mesure que vous coucherez une partie» de la frotter et de l'étendre ayec tolre molette , pour faire entrer la colle dans la toile , et même dans la peinture , et pour écraser les fils de la toile; le tableau étaat sec» vous le détacherez de dessus la table» et le redouerez aur son châssis : après quoi » avec une éponge et de Teau tiède » vous imbiberez bien vos papiers pour les ôter. Lorsqu'ils seront ôtés » vous laverez pour enlever toute la colle et nettoyer toute la peinture.
Moyen dû trmtuparter sur ioiU tânô peinlMre eœéeutée sur bois. On n'ignore pas que les panneaux destinés à recevoir un sujet peint » ont été d'abord imprimés de plusieurs couches de blanc k colle.» et que» par conséquent» ce sont ces cMches de détrempe qui tiennent collée la peinture au panneau. Si donc on fixe sur la peinture à l'huile une toile avec une forte colle » et qu'ensuite on parvienne à humecter un petit coin de la détrempe qui est sous cette peinture » on enlèvera une petite partie du tableau que l'on roulera; on pourra s'aider aussi d'un instrument à lame mince et tranchante : on continuera d'humecter successivement la détrempe et de rouler la partie du tableau qui s'en sera détachée» jusqu'à ce qu'enfin » et après un long travail » <m ait détaché toute la peinture de dessus la planche. Il ne s'agira plus que d'en coller le rev^^s sur une toile neuve » avec de la coUe trèsforte ou du marouffle » et l'on décollera ensuite la toife qui en couvre la surfece.
Yoici un extrait du rapport qui a été fait sur la restauration exécutée à Parts » par M. Uacqutns » du tableau de la Vierge de Foligno , peint par Raphaël.
i ..« 11 fallait d'abord rendre la surface plane :
pour y parvenir, on a collé une gaze sur la peinture « et on a retourné le tableau; après cela, on a pratiqué dans l'épaisseur du bois de petites tranchées à quelque distance les unes des autres » et prolongées dépuis l'extrémité supérieure du ceintre , jusqu'à l'endroit où le fond du bois présentait une surface pins droite; on a introduit dans ces tranchées des petits coins de bois ; on a couvert ensuite toute la surface avec des linges mouillés qu'on a eu soin de renouveler ; l'action des coins qui se gonQaient par l'humidité» contre le bois «ramolli , a obligé celui-ci à reprendre sa première forme : les deux bords de la fente dont on a parlé se sont rapprochés; l'artiste y a introduit de la colle forte , pour réunir les deux parties séparées ; il a fait appliquer des barres de chêne en travers , pour maintenir le tableau^ pendant la dessication» dans la forme qu'il venait de prendre.
• La dessication étant opérée lentement , Tartiste a appliqué une seconde gaze sur la première , puis successivement deux papiers gris spongieux.
» Cette préparation , qu'on appelle cartonnage , étant sèche , il a renversé le tableau sur une table » sur laquelle il l'a assujetti avec soin ; il a ensuite procédé à la séparation du bois Sur lequel était fixée la peinture.
» La première opération a été exécutée au moyen Je deux scies dont l'une agissait perpendiculairement et l'autre horizontalement ; le travail des scies terminé , le fond de bois s'est trouvé réduit à o^'oio d'épaisseur; l'artiste s'est servi alors d'un rabot d'une forme convexe sur la largeur; il le faisait marcher obliquement sur le bois « afin de n'enlever que des copeaux très*courts> et d'éviter
NETTOIEMENT ET BiPARATION DBS PBINTURESir JoS
le fil du bois; il a réduit par ce moyen le bois il 0^002 d'épaisseur ; il a pris ensuite un rabot plat h fer dentelé , dont l'effet est à peu près celui d'une râpe qui réduit le bois en poussière; il est parvenu par là h n'en laisser que l'épaisseur d'une feuille de papier.
» Dans cet état , le bois a été successivement mouillé avec de Teau pure par petits compartime4is , ce qui le disposait h se détachei^; alors l'artiste le séparait avec la pointe arrondie d'une lame de couteau»
» Le tableau, ainsi dépouillé de tout le bois, a présenté à l'œil tous les symptômes de sa dégradation. Il avait été restauré anciennement; et pour rappliquer les parties qui menaçaient de tomber » on avait introduit des huiles et des vernis; mais ces ingrédiens^ passant par les inter^ valles que laissaient les parties^ de la peinture réduites en coquines , s'étaient étendus dans l'impression à colle sur laquelle reposait la peinture» et avaient rendu la véritable restauration plus difficile, sans produire l'effet avantageux qu'on en avait attendu.
» Le même procédé n'a pu servir à séparer les parties de l'impression qui avaient été ainsi durcies par les vernis , et celles où la colle était restée sans mélange : les premières ont dû être bumeetées pendant quelque tems par petits compartimens^; lorsqu'elles étaient assez ramollies , l'artiste les séparait avec la lame de couteau ; les * autres ont été plus facilement séparées , en les bumectant avec une flanelle , et en les frottant légèrement. Il n'a fallu rien moins que l'adresse et la patience de M. Hacquins , pour ne laisser rien d'étranger au travail du peintre ; enfin l'ébauche de Raphaël a été découverte entièrement et laissée intacte,
TOHE iXr 4s
7o6 FHOCiDÉS HATÀRI£LS.
» Pout rendn» un p«u de souplesse à la peinturé trop desséchée y elle a été firottée partout avec de la carde de cotou imbibée d'huile » et essuyée fvec de la rieilte mousseline; ensuite, de la cénise broyée à l'huile a été substituée h l'impression àJa colle, et fixée par le moyen d'une brosse douce.
» Apr^ trois: mois de dessication ^ une gaze a été coUée sur l'impression à l'huile» et sur celle-ci une toile fine.
» Lorsque cette toile a été sèche , le tableau a été détaché de dçssMS l|i table, et retourné, pour en ôter à l'aide de l'flau , le cartonnage. Cette opération faite , on. a procédé à faire disparaître les inégalités de la surface qui provenaieot du reooquillement de ses parties : pour cela , l'artiste 4 appliqué successivement sur les inégalités, de la coUfi de farine délayée; puis, ayant mis un papier gras sur la partie humectée , il a appuyé un fer échaufl% sur les r^0quiUages » .qui se sont aplanis : mais ce n'est qu'après avoir employé les indices les moins trompeurs pour s'assurer du degré de' chaleur convenable , qu'on s'est permis d'approcher le fer de la peinture.
» Nous avons vu qu'on avait fixé la peinture débarrassée de son impression à la collé et de toute substance étrangère , sur une impression à ThuSe , et qu'on avait rendu une forme plaiie aux parties reaooquiUées de la surface ; fe chef-d'tBuvre devait encore être appliqué solidement sur un nouveau fond. Pour oela , il a fallu le car^ tpnner de nouveau» le dégager de la gaze provisoire qui avait été mise sur l'impression , ajouter une nouvelle couche d*oxido de plomb et d'huile , y appliquer une gaae rendue très-souple , et sur celle-ici , également enduite de la préparation de plomb, une toile écnie> tissée tout