‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 47 sur 104 · COULEURS HATÉRIELLES. LES ROUGES. S · texte numérisé non relu

COULEURS HATÉRIELLES. LES ROUGES. S

Retirez aussitôt la bassine et remuez avec une spatule. Le dépôt se fera rapidement et vous le ferez égoutter sur une toile serrée.

Autre procédé, — Faites bouillir» dans une bassine, six seaux d'eau de rivière. Au moment de Tébullition , mettez-y deux livres de belle cochenille en poudre fine. Après deux heures d'ébuUition , ajoutez trois onces de nitre pur , et bientôt après quatre onces de sel d'oseille. Laissez encore bouillir dix minutes , et ôtez la chaudière du feu. Laissez ensuite reposer quatre heures. Siphonnez alors la liqueur surnageante» et partagez-la dans plusieurs terrines. Laissez ces terrines sur une planche pendant trois semaines. Elles se couvrent de moisissure , qu'il faut enlever à l'aide d'une petite éponge fine fixée sur une tige flexible. Sillonnez ensuite l'eau» et vous trouverez le carmin fortement attaché au fond des terrines.

On lit ce qui suit » & l'article Carmin » dans l'Encyclopédie méthodique.

c L'auteur du Traité de la Peinture au pastel ( Paris » 1788) donne une manière de composer une espèce de carmin qui^ dit-il» peut être employée dans la peinture à huile. •

* Faites bouillir à petit feu » pendant une heure à peu près » une poignée d'écorce de bouleau; passez la liqueur an travers d'un linge; pulvérisez un gros de cocheniHe, et mettez-la dans le même vase. Après trois ou quatre bouillons » retirez-la et versez la décoction dans un plat de faïence » pour la séparer de la lie » à moins que vous ne préfériez de la passer au travers d'un tamis de -crin. Pour lors versez dans le plat » goutte à goutte » une certaine quantité de dissolution d'étain. Voici comment se

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iaît cette dissolution. Versez dans une carafle une once d'acide nitreux , et moitié moins d'aciile marin : ce mélange est ce qu'on nomme eau régale : ayez soin d'éditer qu'il ne vous eu tombe sur les doigts. Joignez-y^ s'ils sont très-fumans , un petit Terre d'eau de fontaine ou de rivière bien limpide. Faites dissoudre dans ce mélange del'étain» soit de Malaca, soit de Gornouailles , réduit en petits fragmens, ajoutée de l'étain par interyalles» jusqu'à ce que le dissolvant n'agisse plus. Alors, mettez la caraffe sur la cendre chaude , pour que l'eau régale achève de se saturer. La dissolution d'étain étant» comme on vient de le dire , versée dans le plat , la cochenille se rassemblera bientôt en petits flocons d'un rouge de sang« Laissez-la reposer quelques heures ^ elle se précipitera d'elle-mAme. L'eau restera jaune. On peut la jeter par inclinaison , et verser le précipité sur le papier lombard. Quelques momens après ^ il faut répandre, à plusieurs reprises, aur le papier, mais à côté du précipité, beaucoup d'eau chaude , pour le bien laver et le désaler entièrement. On donnerait à la fois plus de corps et plus de solidité au canhin, par cette manière de le préparer. Il résulte de quelques épreuves qu'on a faites , que le suc de l'écorce de bouleau , verte ou «èche , fixe la couleur des bois lie teinture , tels que le campêche et le fernambouc , toute fugitive qu'elle est : à plus forte raison peuton compter que celle de la cochenille, beaucoup moins altérable , aurait toute la consistance nécessaire.

» En effet , quelques gouttes de décoction de cochenille, pure, sur du papier, deviennent, en séchant, d'un violet terne et sombre : elles restent , sur le même pa-

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pier» d'un violet rougeâtre et net» avec Teau de bouleau.

» Quant à la chaux de Fétam, dissous par les acides, on sait qu'elle n'éprouye point de changement. C'est pour cela que je la substitue à la terre de Talun , beaucoup plus susceptible d'altération. S'il fallait d'ailleurs des autorités pour justifier cette préférence » je pourruis citer MM. Hellot, SchefTer, Macquer, Bergman > qui, depuis long-tems , ont indiqué Tétain pour les opérations de la teinture , au lieu de l'alun , principalement dans la teinture de cochenille.

» Je dois prévenir» au surplus , que quelquefois on ne réussit pas , et qu'il ne se fait pas de précipité; de sorte que l'eau ne passe pas au travers du filtre » et qu'au lieu d'être jaunâtre, elle reste couleur de sang. Il faut alors y joindre d'autre eau, chargée d'alkali fixe, pour opérer la séparation, ce qui même ne réussit pas toujours, lors, par exemple» que la dissolution d'étain qu'on emploie ne devient pas laiteuse par l'addition de l'eau pure. Dans la teinture , c'est tout le contraire : le teinturier manquera son opération , si la dissolution d'étain devient laiteuse avec de l'eau, parce que la chaux métallique ne pénétrera pas alors dans les pores de la substance , dont le tissu , qui doit recevoir la teinture, est composé. C'est une raison pour n'employer à cet usage qu'une dissolution d'étain fiiite par l'acide marin seul. Cet acide , avec le secours d'un feu très-léger, dissout fort bien l'étain. Je n'ai pas cru devoir omettre cette observation, quoiqu'étrangère ici , vu son importafice. La plupart des ouvriers ne lirentque des teintures médiocres des bois de Fernambouc, de Brésil et de Campiche, faute de connaître ce

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mordant qui leur donnerait des couleurs solides, en y joignant la décoction de l'écorce de bouleau, i

On trouve dans les Mémoires de l'Académie des Sciences y la manière suivante de faire le carmin, c Prenez cinq gros de cochenille.

» Trente-six grains de graines de chouan : c'est une semence dont on ne connaît pas encore la plante » et qui vient du Levant ; elle est d'un vert-jaunâtre , et d'une saveur légèrement aigrelette.

i Dix-huit grains d'écorce de roucbu , arbre cultivé dans toutes les tles de l'Amérique.

» Dix-huit grains d'alun de roche, i On pulvérise à part , dans un mortier de marbre ou de verre» chacune de ces substances; on fait bouillir dans un vaisseau d'étain bien net » deux pintes et demie d'eau de rivière ou de pluie , bien nette , bien pure » et même filtrée. Pendant que l'eau bout , on y jette le chouan « et on le laisse bouillir trois bouillons, en remuant continuellement avec une spatule de bois bien propre , et on passe promplement la liqueur à travers un liage blanc de lessive. On remet cette eau dans le vaisseau d'étain bien lavé, et on la met au feu. Quand elle commence à bouiU lir , on y met la cochenille , qu'on laisse bouillir trois bouillons : puis on y jette le roucou qu'on ne laisse bouillir qu'un bouillon. Enfin on jette l'alun , et on ôte en même tems le vaisseau de dessus le feu. On passe promptement , et sans expression , toute la liqueur dans un plat de faïence, ou de porcelaine, ou de verre bien net; puis on la laisse reposer pendant sept à huit jours. On verse alors doucement la liqueur qui surnage , et on laisse sécher les f%ccs au soleil ou dans une étuve , et quand elles

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soDi bien sèches , on les conserve dans des vases à- Tabrî <le la poussière.

• On remarquera que » dans un tems froid » on ne peut pas faire le carmin , car il ne se précipite pas au fond , et la liqueur devient comme une gelée et se corrompt.

• Ce qui reste dans le linge peut être remis au feu dans le même vale, avec de nouvelle eau, pour avoir, par la même opération , un second carmin ; mais iL sera moins beau et en plus petite quantité» On peut aussi en faire de la laque fine , en le mêlant avec la teinture de bourses d*écarlate. »

On a trouvé dans les papiers de M. Watelet » une autre recette pour faire le carmin. Il annonce qu'il l'a extraite d'un manuscrit de M. Sage , célèbre chimiste.

« On fait bouillir dans deux pintes et demie d'eau un demigros de chouan. Après l'espace de deux ou trois minutes d'ébullition, on passe la décoction. On la remet ensuite sur le feu. On jette dedans cinq gros de cochenille pulvérisée; après qu'elle a bouilli deux ou trois minutes , on y met un demi^iiros d'autour concassé. (L'autour est une écorcc légère» spongieuse , sans odeur , et d'une saveur insipide, que les marchands tirent du Levant par là voie de Marseille. Elle est assez semblable à la canelle, mais elle est plus pâle en dessus : en dedans» elle a la couleur de la noi;c muscade V avec des points brillans.) On laisse bouillir Tau leur à peu près le même tems que la cochenille , et l'on a soin de remuer avec une spatule de bois. Ensuite on retire la décoction du feu, on la passe à travers un linge très -fin. Le carmin tombe au fond; on. décante l'eau , et l'on* met sécher le sédiment au soleil. Cette couleur est peu siccative. On peut varier les tons ou nuances

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du carmin» suivant la proportion de cochenille qu*on voudra employer , ou par Taddition de la dissolution d'étain.

• L*auteur du Traité de miniature » dont la troisième édition est de Tannée 1678 (Paris» Ballard) , donne deux recettes pour feire le carmin.

Première recette. — 9 Faites trem^r, trois Ou quatre jours dans uû bocal de vinaigre blanc » une livre de bois de Brésil ou de Fernambouc, de couleur d'or» après Tavoir bien rompu dans un mortier. Faites-le bouillir une demiheure. Passez-le par un linge bien fort» et remettez4esur le feu. Ayez un autre petit pot dans lequel seront détrempés huit onces d'alun dans du vinaigre blanc, mettez cet alun détrempé dans l'autre liqueur » et le remuez avec une spatule. L'écume qui en sortira sera votre carmin : recueillez-la et la &ites sécher.

Seconde recette, — b Ayez trois chopinesd'eau de fontaine » qui n'ait pas passé par des canaux de plomb : versez-les dans un pot de terre vernissé : quand l'eau est près de bouillir , mettez-y une demi-once ou un quart d'once de chouan bien pulvérisé; puis laissez-la bouillir environ trois quarts d'heure» c'est-à-dire» jusqu'à ce que l'eau soit diminuée d'un quart Mais prenez garde que le feu soit de charbon ; après quoi » coulez cette eau par un linge dans un autre vase vernissé» et feites4a chauffer jusqu'à ce qu'elle commence à bouillir. Alors» ajoutez-y une once de cochenille» et un quart d^once de roucou» le tout mis en poudre à part; puis laites bouiUir cette matière jusqu'à la dimintition de la moitié» ou » pour mieux dire, jusqu'à ce qu'elle fasse ime écume noire et qu'elle soit bien rouge ; car à force de bouillir , elle devient colorée.

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Retirez-la du feu , et semez-y une demi-ODce d'alua de roche pulrérisé, ou de l'alun de Rome qui est rougeâtre et meilleur. Un demi-quavt d'heure après , passez-la par un linge dans un yase vernissé» ou bien distribuez la dans plusieurs petites écuelles de faïence, ou déterre yernissée, où vous la laisserez reposer pendant douze ou quinze jours. Vous verrez qu'il se fera une peau moisie au-dessus , qu'il faut ôter avec une éponge, et laisser la matière du fond exposée à l'air; et quand l'eau qui surnage sera évaporée, vous ferez bien sécher la matière qui reste au fond , et vous la broierez sur un marbre ou porphyre , et vous la passerez ensuite par un tamis très-fin.

B Remarquez que la dose de ces drogues n'est pas tellement déterminée à ce que j'ai dit, qu'on ne les puisse mettre à discrétion, suivant qu'on voudra que la couleur soit plus ou moins relevée , et tire plus ou moins sur le cramoisi. Si on veut faire le carmin plus rouge , on aacl plu» de roucou; si on le veut plus cramoisi, on met plus de cochenille: mais tout doit se pulvérisera part; le chouan doit bouillir le premier tout seul , et les autres drogues toutes ensemble comme dessus. >

Ecoutons encore Watin , au sujet de la fabrication du carmin de cochenille.

c On obtient le carmin de cochenille, dit-il, en teignant d'abord en rouge une quantité donnée de laine blanche , comme une livre, par exemple, avec huit onces de cochenille, deux livres d'alun, une demi-livi^e de sel de tartre purifié , et une demi-livre environ de son de froment. On fait bouillir ensemble ces diverses substances dans une chaudière étamée jusqu'à ce que la laine ait pris dans^ CQ bain une belle couleur rouge. Alors on réunil

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avec soin la laine ainsi teinte » et , pendant qu'elle est encore humide , on la trempe dans un bain de potasse filtrée et rendue caustique par la chaux.

» Dans cette opération , la potasse s'empare du principe colorant de la cochenille » et même d'une partie de l'alun combinée arec elle dans la première opération; on filtre la liqueur» puis l'on y verse graduellement une dissolution d'alun fondu dans une suffisante quantité d'eau ; la liqueur se trouble et il s'y &it alors un précipité rouge ; Ton continue cette opération jusqu'à ce qu'ayant jeté sur un filtre une petite quantité de la couleur déjà formée , la liqueur qui en sort ne puisse plus colorer de nouvelle dissolution d'alun. Dans ce cas , la couleur est £iite; et il ne reste plus qu'à la laver ayec de l'eau bien claire pour enlever les sels qu'elle pourrait contenir encore* »

Parlons maintenant de la laque de cochenille. On a donné divers noms aux laques rouges de cochenille. La laque de Venise doit son origine à cette yille ; la laque de Florence doit de même son origine à Florence : la laque plate provient d'Italie : la laque colombine tire son nom du mot colombin , qui signifie couleur de la goi^e des colombes: la laque carminée est supposée chargée de beaucoup de principes colorans rouges; c'est pour cela qu'on la regarde comme étant analogue au carmin : la laque violette est celle qui reçoit cette teinte par l'effet des bois de teinture » avec lesquels elle est préparée. Oo fabrique aujourd'hui toutes ces laques dans toute l'Europe.

Les substances propres à composer des laques rouges sont nombreuses : on emploie donc le bois de Fernambouc » de Brésil , de Santâl-rouge , de Rocou , de Saint-

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