COULEURS MATÉBIELLES. — LES ROUGES
Marthe, de Gampéche; on emploie la racine d'orcanette, plante de la Provence et du Languedoc , la fleur de carthame, le kermès, qui est un gall-insecle qu'on trouve sur une petite espèce de chêne vert de Provence, la graine de kouan ou de chouan , le silvester, bois des Indes-Occidentales , le compegiana , le sumak , Tanotto , le millepertuis , l'orseille des Canaries , la toutesaine , et beaucoup d'autres graines ou plantes qu'il serait superflu de nommer ici.
Voici le procédé qu'indique l'auteur du Traité de miniature , pour faire la Jaque dite colombine.
c Prenez, dit-il , trois chopines de vinaigre distillé , du plus subtil , une livre du plus beau bois de Fernambouc, coupez -le par morceaux , et faites-le tremper dans ledit vinaigre pour le moins un mois ; s'il y trempe davantage, cela sera encore mieux. Faites bouillir le tout au bainmarie , trois ou quatre bouillons , puis laissez-le reposer un jour ou deux. Ensuite , vous préparez un quart d'alun en poudre que vous mettrez dans une terrine bien nette : vous passerez la liqueur à travers un linge , en la faisant couler sur l'alun , et vous la laisserez reposer un jour. Faites rëchauflêr le tout , jusqu'à ce que la liqueur frémisse , laissez-la reposer vingt-quatre heures , et mettez en poudre deux os de sèche, par-dessus lesquels vous verserez votre liqueur un peu chaude. Vous la remuerez avec un bâton , jusqu'à ce qu'elle s'amortisse ; ensuite vous la laisserez reposer vingt-quatre heures , et la passerez.
9 Laissez sécher le marc de la laque colombine , qui tombe au bas de la fiole où il y a des os de sèche ; broyez ce marc ; il n'y a point de laque fine qui soit si vive.
» L'auteur du Traité de la Peinture au pastel croit
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que ces laques seraient plus belles , et qu'elles auraient plus do solidité» si Ton remplaçait l'alun par la dissolution d'étain* Yoy. pag. 274 le moyen de faire cette dissolution; il offre en effet la recette suivante d*une laque par laquelle il supplée à la terre d'alun par la dissolution d'étain. c Mettez , dit-il , dans deux pintes d'eau , trois ou quatre petites branches de peuplier d'Italie ou de bouleau, coupés en très-petits fragmens. Tous les bois dont on yeut extraire la couleur doivent toujours être effilés ou bâchés. Que ces branches soient vertes ou sèches , il n'importe. Faites-les bouillir à petit feu près d'une heure. Décantez la décoction. Joignez-y de la racine de garance pulvérisée, à peu près une poignée; cette racine est la seule sur laquelle on puisse compter pour fournir une teinture solide. Faites-la bouillir deux ou trois minutes. Versez la liqueur au travers d'un linge dans un autre vase, et jelez-y de l'alkali , du tartre , gros comme un œuf. Remuez le mélange avec quelques tuyaux de plume. Versez dessus, goutte à goutte, assez de dissolution d'étain pour que l'eau commence à jaunir. Quelques momens après, filtrez à travers le papier lombard. Quand l'eau sera passée par le filtre , arrosez la fécule ou le précipité qui sera resté dessus, avec beaucoup d'eau tiède que vous laisserez passer de même au travers du filtre, afin de dissoudre et d'enlever tous les sels* La garance est de toutes les plantes connues dans nos climats celle qui donne le rouge le plus durable, et le suc du peuplier ne peut que l'assurer davantage. Celui de bouleau vaut encore mieux pour les couleurs rosacées.
9 On a remarqué que l'or et l'étain , mêlés ensemble , après avoir été dissous séparément par l'eau réçalc^ se
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précipitaient dans la décoction de garance en une belle et solide couleur rouge. Ce procédé , qui ne serait pas praticable dans la teinture , à cause du prix d*un pareil mordant, pourrait servir à composer une iaque bien supérieure au carmin pour la peinture à Thuite. Les murex et les buccins fourniraient des pourpres solides, si Ton pouvait s'en procurer une assez grande quantité pour en composer des laques,
> Les (a^ues composées avec Falun devraient être débarrassées de leur sel par le lavage. »
Comme la laque de garance est et sera long- tems préférée à la laque de cochenille , nous ne nous étendrons pas sur les procédés indiqués dans Kunkel , dans Leblond > ou dans d^autres auteurs plus modernes, qui ont traité de Tart de fabriquer la laque de cochenille. Terminons par indiquer, d'après Tîngry, les moyens de reconnaître si une laque est vraiment extraite de la cochenille.
Les réactifs , tels que le citron , le vinaigre , etc. , ne donnent point de résultats concluants , et leur eiFet varie selon la dorée de leur influence. Tingry a composé un tableau comparatif des eflets de certains réactifs sur certaines laques : il employa l'ammoniac caustique, le vinaigre , l'acide sulfurique , l'acide muriatique , et autres , et il observa les divers changemens que l'impression du moment on de plusieurs Semaines a opérés sur ces diverses substances : les unes deviennent jaunes , les autres canelles, d'autres vertes, etc. Ces acMes ont converti assez subitement la laque de garance en une couleur de rouille : sur d'autres , le premier contact développe la couleur rouge; mais deux ou trois jours apportent des altérations remarquables , etc. »
284 PROCÉDÉS MA.T^RIBLS.
— Des rouges jaunâtres. —
Les substances colorantes qui donnent le rouge élémentaire ne sont qu'en petit nombre , tandis qu'on possède un grand nombre de rouges jaunâtres , qui ne sont cependant pas des orangés : les ocres calcinées en offrent donc de toutes les nuances.
Les modernes ont laissé admettre beaucoup de noms peu significatifs au sujet des diverses espèces de rouges ; c'est ainsi qu'ils disent : brun-rouge » rouge de Prusse , d'Angleterre 9 de Perse; ils disent encore : le rouge indien » le rouge de Venise , le rouge-brun d'Espagne ^ le rouge de montagne » etc. Ces dénominations ne désignent ni la teinte, ni le lieu précis, ni la matière de ces rouges ; on doit donc convenir qu'une certaine barbarie domine encore ces classifications. Les naturalistes ont craint d'être mal compris par les peintres; les physiciens n'ont point connu l'optique véritable des couleurs; les peintres ne sortent pas du vocabulaire routinier des ateliers et des marchands de couleurs intéressés à maintenir cet imbroglio ; en sorte que les étymologistes ont encore beaucoup à faire au sujet de la véritable nomenclature des couleurs matérielles. Les mots rouge minéral ne désignent ni le fer , ni le plomb , ni le mercure : les termes vermillon , cinabre, orpin rouge, éthiops martial cal* ciné , colcotar , 0lc. , ne signifient rien de positif. On fabrique è Paris du vermillon dit de la Chine; on fabrique de la mine-orangé; enfin aujourd'hui on vend aux artistes beaucoup de couleurs que les uns appellent des mars » les autres des ocres , mais sans employer aucune dési-n