‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 5 sur 104 · PEINTURE A HUILE. OBSBRTAT. TECHNIQUES · texte numérisé non relu

PEINTURE A HUILE. OBSBRTAT. TECHNIQUES

Enfin , pour yérifier et connaître les degrés de changemens qu'éprouvent les couleurs» il faut rassembler méthodiquement des échantillons et multiplier ceux de la même espèce , les exposant chacun sous des influences diverses; puis il faut lès comparer entr'eux. La' mémoire du sens de la vue ne suffit point dans ce cas , nos sensations nous trompent , et il ne peut y avoir que les comparaisons immédiates , ou , pour mieux dire » les mesures géométriques qui nous fassent connaître la vérité.

Récapitulons maintenant les conditions essentielles à une peinture matérielle parfaite. La première de ces 'conditions c'est que les couleurs du tableau soient inaltérables. Certes» l'invention des couleurs vitreuses par fondues et émaillées au feu» invention presqu'^aussi ancienne que les sociétés , rempljjjfeette condition. Rien n'altère de semblables couleurs ;* mais les peintres ont préféré Fencaustique ordinaire , parce que celle-ci oblige à moins de précautions et de gêne; d'ailleurs on sait que les Grecs parvinrent à rendre cette peinture encaustique inaltérable. Après la condition de solidité vient celle de l'éclat et de la beauté des teintes» puis la condition d'intensité lumineuse» et la nécessité des tons forts » élevés et profonds: la diaphanéité ou transparence matérielle en certaines parties est indispensable» et de là peut-être résulte encore la préférence que tes anciens donnèrent à l'encaustique sur la peinture eh émail. De plus» les couleurs doivent permettre une touche variée et bon une touche uniforme; enfin une peinture doit être facile à épousseter» à nettoyer et à réparer. Or est - ce bien cette peinture-là que nous a procurée Jean Van-Eyck; et doiton » en employant inconsidérément l'huile dans les cou-

34 PROCéDis MATÉBIELS.

leurs , espérer d'atteindre h la beauté « à la pureté , à la solidité ou fixité chromatique? Non; ce procédé si vanté ne nous cause le plus souvent que des regrets : en effet cette nouvelle pratique a souillé la virginité du coloris. Malgré les vues très-louables de Van-Eyck» ce peintre n'avait point prévu que des successeurs routiniers et inhabiles prodigueraient sans soins et inconsidérément cette huile trompeuse qui corrompt les peintures; il n'avait point pressenti non plus les ravages que les années accumulent sur les matièfes détrempées avec Thuile* A qui appartenait-il donc de rejeter ce moyen fallacieux qui séduisit les écoles du xv* siècle , si ce n'est aux artistes qui ont gémi depuis en apercevant ces mêmes ravages ? II faut des siècles pour triompher des coutumes aveugles et pour faire triomphai- la raison : cela est vrai; mais cette marche lente des choses n'ôte rien à la force et à l'évidence de la vérité.

Van-Eyck employa l'huile pour donner plus d'intensité, de force et de diaphanéité à ses couleurs* Il les rendit dessicatives par des moyens métalliques dont les effets destructeurs lui échappèrent. Il ignora qoe ce gluten ne pourrait véritablement se cristalliser, c'est-à-dire devenir fixe et concret qu'après plusieurs années; maîa, d'un autre coté , il eut l'avantage de peindre, suivant l'usage de son tems, sur des fonds préparés en détrempe et quelquefois recouverts d'ube feuille d'ar« Il peignit aussi par lavisi o*est-à-dire, légèrement et avec soin et propreté* On a long-tems peint, depuis Yan-Eyok, sur détrem^ ou sur une préparation à l'oeuf; et, tant que ce dessous a été usité , la peinture conserva sa fraîcheur dans les parties peu chargées d'huile. Nos musées oiDrent des ta-

PJSINTUBB A HUILE. — OBSERVAT. TECHNIQUES. 35

bleauxde Perrugino» de Gonegliano, etc.» très-pea altérés. Mais depuis Fempk)! de l» toihd cottittie subjectiie , et depuis qu'on a eir le désir de rpafiaporter le9 tableaux en les roulant, il a fii'llu exigei^ des fénds souples et chargés de beaucoup d'huile; alors le ratage que les* eémleurs éprouvèrent sur ces préparations ftil iâcafehlabk^. Les peintres, devenus insoucians sur ce point par Teffet de rhabttorde , hrîssèrent hs soi» des préparations efr des précautions chimiques atfx Éiarchand? de cottièurs ; enfin on voit tous les jours des jeunes artistes qui» sous les yeux de leurs maîtres, font preuve d'une ignorance pratique tout-à-fait affligeante; mais ris s'en affligent peu parce que, sous leur peinceau, la nouveauté et Pédat des teintes les mettent hors de tout pressentiment. Enfin, si un grand nombi:^ d'ouvrages du siècle dernier offrent un aspect tout-à-fait rebutant , qui les ferait prendre pour des tableaux exécutés il y a trois ou quatre siècles, si leur style ne dénotait pas la nouveauté de leur époque; il se rencontre des tableaux exécutés à huile vers le tems de VanhEyck , lèïfqaèi» sont encore parés d'une j^oftiésse qui surprend les personnes ptû insfrcrites de ces causes toutes physiques. Ainsi nous n'avons rien de mieux à faire dans cet éîùt de ehovtis qu% repreinferé l'art de plu» loin^, et qu'à iPemonter am soâtce9 fraîches y et v^insent pure» de la bdle anfiqmté, ou à n'user qu'atec bêau^up de retenue âe cette peinture à huile , éi gênante eti si' iacei^taine po«r les artisles qui font des taUeauK ,- si tromf euse po«r eeut qM les aehèteiat*

Il n'y tf donc que èè9 ignoran», de fiitix connaisseurs, oit dies amateurs vaniteux et de mauvaise foi qui' prissent estimer Kobscarilé moaofone et dîseordaiile db tant de

3G PBOCÉDis MiLTÊBIELS*

tableaux, alosi que la docte fumée qui, selon eux, attire le respect ; et c*est sûrement au parti pris de déprécier les anciens en faveur des modernes qu'il faut attribuer Tidée fausse de ces vers recueillis par Féiibien. Il s'agit du tems qui, selon cet écrivain , copiste de Perrault , ajoute au tableau mille grâces nouvelles que lui seul peut lui donner.

Il les rendait plus beaux en les rendant plus sombres , Leur donnait ce teint brun qui les fait respecter, Et qu'un pinceau mortel ne saurait imiter.

On ne s'attendait guère à entendre la poésie vanter le teint noir de sa sœur.

Page 1