‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 51 sur 104 · COULEURS MATERIELLES. LES BLEUS · texte numérisé non relu

COULEURS MATERIELLES. LES BLEUS

Plusieurs yiolets peuTent être donnés par les végétaux; et je crois devoir signaler entr'autres ta teinte assez durable et très-belle qu'on obtient d'une espèce de pétale violette très-petite, qu'on trouve au centre de la fleur de la carotle sauvage , plante ombeUifère qui , dans les terrains forts , prend un assez grand développement.

La plupart des violets pour la peinture se composent donc avec du rouge de garance et du bleu; on les ébauche souvent avec des ondes violets de fer.

DES BLEUS PURS OU éLÉMENTAlRES.

Nous avons déjà dit que le bleu de Prusse donnait le vrai bleu élémentaire plutdt que Toufremer» le cobalt, etc*; en effdt, le bleu de Prusse ne contient ni jaune ni rouge» tandis que l'outremer a un œil rougeétre» ainsi que le cobalt. D'autres matières Jileues offrent une légère teinte jaune; ces nuances délicates sont masquées, il est vrai » par l'énergie de ces belles couleurs azurées , mais elles n'en existent pas moins. La comparaison immédiate que l'on peut faire des unes et des autres , lorsqu'elles se trouvent éclaircies avec le blanc k un degré moyen , démontre k tous les yeux ces mélanges opposés au caractère élémentaire.

Des couleurs Ueues des aneiens.

Les bleus employés par les anciens sont, dit sir Davy, pfiles ou foncés, suivant qu'ils contiennent de grandes ou d^ petites quantités de carbonate de chaux; mais, quand ce

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carbonate de chaux est dissous par les acides , il offre le même corps de couleur , c'est-à-dire, une poudre bleue Irès-fine , semblable au plus beau bleu de smalt ou à de l'outreméir. Cette poudre est rude au toucher; elle ne perd point sa couleur étant chauffée jusqu'au rouge; àtine chaleur blanche, elle subit une demi-fusion, et ses particules s'agglutinent les unes avec les autres. Sir Dayy reconnut que cette couleur bleue n'était pas altérée par les acides ; cependant l'acide nitro-moriatique (eau régale) ayant long-tems bouilli sur elle , cet acide acquit une couleur jaune , et donna des preuves de la présence de l'oxîde de cuivre. Une certaine quantité de cette couleur fut fondue, pendant une demi-heure , avec deux fois son poids d'hydrate de potisse; la masse, qui était d'un bleu verdâtre, fut traitée par l'acide muriatique, en suivant la méthode employée pour l'analyse des pierres silicieuses; elle donna une quantité de silice égale à plus de Vs cl^ s<^ poids; la matière colorante fut aisément dissoute dans une dissolution d'ammoniac, à laquelle elle donna une couleur bleue brillante, d'où sir Davy conclut que c'était de l'oxide de cuivre. Le résidu donna une quantité considérable d'alumine , et une petite quantité de chaux.

La petite quantité de chaux trouvée dans cette substance ne paraissait pas à sir Davy suffisante pour expliquer sa fusibilité; on pouvait 4lonc s'attendre à trouver la présence d'un alcali fixe dans cette couleur; il en fit fondre une petite partie avec trois fois son poids d'acide boracique ; et traitant la masse avec de l'acide nitrique et dn carbonate d'ammoniac; puis , après cela , distillant dessus de l'acide sulfurique, il se procura du sulfate de soude, ce qui lui prouva, dit-il, que c'était une fritte

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faite par le moyen de la soude et colorée par. l'oxide de cuivre. Il y a tout lieu de croire, suivant sir Davy, que c'est là la couleur décrite par Tfaéophraste, laquelle avait été découverte par un roi d'Egypte» et dont la manufacture était , dit-on , établie anciennement à Alexandrie.

Pline parle d'autres bleus» qu'il appelle des espèces de sables (arenae) y et qu'on tirait des mines d'Egypte, de Scythie et de Chypre. Sir Davy regarde comme probable que ces bleus naturels étaient différentes préparations delapis-lazuli et des carbon|ites et arséniates bleus de cuivre.

Pline et Vitruve parlent du bleu indien : le premier dit qu'il était combusti|||e; c'était donc évidemment une espèce d'indigo.

Sir Davy examina plusieurs bleus dans les fragmens de peinture tirés des ruines des monumens de Gaîus-Gestus : c'est un indigo bleu foncé , approchant par sa couleur de celle de l'indigo; il y trouva un peu de carbone de cuivre , mais la base de cette couleur était la fritte décrite ci-dessus.

Les bleus de la Noce Âldobrandine, d'après le pouvoir qu'ils ont pour résister à l'action des acides et aux effets du feu, sont, à ce que croit sir Davy, des composés du bleu d'Alexandrie.

Dans une excavation faite à. Pompéia , en 1814» à laquelle sir Davy fut présent , on retira un petit pot qui contenait une couleur bleue pâle , ce n'était autre chose qu'un mélange de chaux et de fritte d'Alexandrie.

L'azur égyptien , dont la bonté est prouvée par une expérience de dix-huit cents ans^ peut être imité aisément et à bon marché. Sir Davy a trouvé que quinze parties en poids de carbonate de soude , vingt parties de cailloux

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silicieux; polvérisés, et trois parties de limaille de caivre, fortement chauflfées ensemble pendant deux heures, donnent une substance exactement de la même couleur, et presqu*aussi fusible; pulyérisée, elle produit un beau bleu de ciel foncé.

Le principe de la composition delà fritte alexandrienne, continue sir Davy, est parfait; savoir : celui d'incorporer la couleur dans une composition qui ressemble à de la pierre, de manière à prévenir le dégagement d'aucun fluide élastique , ou l'action décomposante des élémens. C'est une espèce de lapis-lazuli artificielle , dont la substance colorante est naturellement in)|érente à une pierre silicieuse fort dure.

Il est probable , suivant sir Davy , que l'on peut faire d'autres frittes colorées , et il vaudrait la peine d'essayer si le beau pourpre, obtenu par l'oxide d'or , ne pourrait pas être rendu utile pour la peinture , en l'incorporant dans un verre qui en serait fortement imprégné. L'expérience de dix-sept cents ans nous démontre que les meil* leures couleurs , après les frittes , sont des combinaisons métalliques, insolubles dans l'eau, et saturées d'oxigène ou de quelques matières acides.

Parmi les couleurs matérielles trouvées à Pompéia , et soumises à l'analyse par M. Ghaptal, il y en avait une qui était d'un beau bleu intense et nourri ; elle était en petits morceaux de même forme. L'extérieur de chaque fragment était d'un bleu plus pâle que l'intérieur , dont la couleur présentait plus d^éclat et de vivacité que les plus belles cendres bleues.

Les acides muriatique , nitrique et sulfurique font une légère effervescence avec cette couleur , qu'ils parais-

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sent aviver 9 même par une ébullition prolongée. L*acide muriatique oxigéné n*a pas d'action sur elle.

Celte couleur n'a donc > suivant M. Ghaptal , aucun rapport avec celle de Toutremer^que détruisent ces quatre acides» ainsi que l'ont observé MM. Clément et Desonnes«

L'ammoniac n'a pas d'action sur elle.

Exposée à la flamme du chalumeau , elle noircit et forme une fritte de couleur brune-rougeâtre , par l'action prolongée de la flamme.

Fondue au chalumeau avec le borax, elle donne un vert-bleu-verdAtre.

Traitée avec la potasse sur un support de platine , elle produit une fritte verdâtre qui passe au bruQ » et finit par prendre la couleur métallique du cuivre. Cette fritte se dissout en partie dans l'eau ; l'acide muriatique, versé dans cette dissolution, y forme un précipité abondant, floconneux , et la liqueur , décantée de dessus le premier précipité , en fournit encore une assez considérable avec l'oxalate d'ammoniac.

L'acide nitrique dissout avec effervescence le résida que l'alcali n'a pas pu dissoudre; la dissolution se colore en vert , l'ammoniac y forme un précipité qu'elle redissout lorsqu'on l'y verse en excès , et alors la dissolution devient bleue.

Cette couleur ^ dit M. Chaptal , parait donc être composée d'oxide de cuivre, de chaux et d'alumine; elle se rapproche des cendres bleues par la nature de ses principes ; mais elle en difi^re par ses propriétés chimiques. Elle parait être le résultat, non d'une précipitation , mais Teffet d'un commencement de vitrification , ou plutôt une véritable fritte*

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II parait , d'après cela , à M. Chaptai ^ que le procédé au moyen duquel les anciens obtenaient cette couleur est perdu pour nous; tout ce que nous pouvons sayoir, en consultant les Annales des arts , c'est que l'emploi de cette couleur remonte à des siècles bien antérieurs à celui qui a tu disparaître Pompéia sous un déluge de cendres. M. Descotils , ajoute M. Chaptai, a observé une couleur d'un bleu vif, éclatant et vitreux sur les peintures hiéroglyphiques d'un monument d'Egypte; et il s'est assuré que cette couleur était due au cuivre.

En partant, dit M. Chaptai, de la nature des principes constituans de cette couleur , notts ne pouvons la comparer qu'à la cendre bleue des modernes ; en la considérant sous le rapport de son utilité dans les arts, nous pouvons lui opposer avec avantage l'outremer et l'azur; surtout depuis que M. Thenard a fait connaître une préparation de ce dernier, qui permet de l'employer à l'huile. Mais la cendre bleue n'a ni l'éclat \ ni la solidité de la couleur des anciens; et l'azur et l'outremer sont d'un prix très-supérieur à celui d'une composition dont les trois élémens sont de peu de valeur. M. Chaptai pense donc qu'il serait bien intéressant de rechercher les procédés de fabrication de cette couleur bleue.

Le bleu de Prusse ou bleu de Berlin.

Cette substance précieuse est due au hasard , et a été découverte au commencement de ce siècle par un chimiste de Berlin ' qui , ayant jeté dans sa cour plusieurs

1 Cette décooverte, faîte en 1704 , est attribuée aux chimistes Diespach et Dippel.

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liqueurs de son laboratoire ^ s'aperçut avec surprise que quelques pavés étaient devenus d'un bleu magnifique : il recomposa ses liqueurs , et reconnut celle dont la propriété lui paraissait si singulière. Il s'appliqua à préparer de ce bleu pour la peinture , et en fit un secret qui, découvert par les chimistes, fut publié en 1724 dans les Transactions philosophiques.

t La préparation du bleu de Prusse, dît M. Formey,est une suite de procédés difficiles. On a plusieurs raison» de croireque ce bleu vientdu fer. On sait que les dissolutions de fer prennent dans l'eau une couleur bleue par la noix de galle. L'acier bien poli et échauffé à un feu modéré , prend une couleur bleue ; et il paraît , par cette expé^ rîence , que cette couleur vient d'une substance grasse que le feu élève à la surface du fer. On sait qu'il y a dana le fer une matière bitumineuse, qui n'est pas parfaitement unie avec les autres principes , ou qui y est en trop grande quantité.

• C'est ce bitume qui doit être la base du bleu que l'on veut faire : mais il est trop compacte; il faut le subtiliser; or les alkalis sont les dissolvans naturels des bitumes.

» Il y a apparence qu'on a essayé , pour faire le bleu de Prusse , plusieui^ huiles végétales , et que c'a été sans succès. On a aussi éprouvé les huiles animales; et le sang de bœuf calciné et réduit en poudre , a rempli l'attente : pour l'alcali , on a employé le plus puissant, qui est celui du tartre.

• Le bitume du fer est attaché à une terre métallique jaune; cette terre altérait la couleur bleue du bitume, quelque raréfié qu'il fût. On le transporte de dessus la

5oG PROCÉDAS MATÉRIELS.

terre jaune sur une terre blanche» qui est celle de Taiun» et alors la couleur bleue non-seulement n'est plus altérée par le fond qui la soutient , mais de sombre et trop foncée qu'elle était , elle devient plus claire et plus vive.

1 II faut observer que ce bitume qu'on veut avoir , on ne le cherche pas dans le fer en substance , mais dans du vitriol , où le fer est déjà très-divisé.

D II y a donc trois liqueurs nécessaires pour faire le bleu de Prusse: une lessive de sang de bœuf calciné avec le sel alcali; une dissolution de vitriol » et une dissolution d'alun.

9 De toutes ces opérations , il résulte une espèce de fécule d'une couleur de vert de montagne » et qui , par l'esprit de sel , devient dans l'instant d'une belle couleur bleue foncée ; et c'est-là le bleu de Prusse. •

9 M. Formey » dans l'article qu'on vient de lire , nous indique les causes du bleu de Prusse, plutôt que la manière de le faire. Il spécifie les substances qui le composent, sans nous en particulariser les doses, et nous instruire delà manipulation qu'elles exigent. L'auteur du Trattéde la Peinture au pastel nous instruit avec autant de clarté que de précision , de ce que ie secrétaire de l'Académie de Berlin nous laissait ignorer.

» On fait dessécher sur le feu du saag de bœuf » ou tout autre; on le réduit en poudre» on en mêle cinq ou six onces dans un creuset » avec autant de sel de tartre , ou même de potasse. On couvre le creuset seulement pour qu'il ne se remplisse pas de cendre. On fait rougir sur le feu, par degrés» la matière qu'il contient. Lorsqu'elle cesse de fumer » on la verse toute brûlante dans deux ou trois pintes d'eau chaude. On fait bouillir le tout à peu

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près jusqu'à la diminution de moitié; on filtre Teau dans un autre vase au travers d'un linge ; on fait bouillir le marc resté sur le filtre dans de nouvelle eau qu'on réunit ensuite à la première. Cette liqueur est la lessive prus-^ sienne : elle ne contient que de l'alcali chargé de la matière colorante. Pour en composer le bleu de Prusse ordinaire , on fait dissoudre dans de l'eau bouillante deux onces de vitriol vert, et trois ou quatre onces d'alun. Cette dissolution , versée par intervalles sur la lessive encore chaude, produit de l'effervescence. On agite le mélange , et l'on y verse le reste de la dissolution. Le fer contenu dans le vitriol, et la terre de l'alun, quittent leur acide , saisissent la matière colorante , et se précipitent avec elle en fécule verdâtre. On verse toute la composition sur un linge. Les sels dissous dans la liqueur, passent avec elle au travers de ce filtre; on recueille dans un vase la fécule restée sur le linge , on la délaie avec deux ou Ixois onces d'acide marin. Ce précipité devient sur le champ d'un bleu plus ou moins profond , suivant la quantité de l'alun. Quelques heures après, il faut l'arroser de beaucoup d'eau tiède pour la bien dessaler. » t On peut facilement , dît Tingry , purger la prussiate de fer de l'alumine , ou base argilleuse , qui provient de la décomposition de l'alun. On pulvérise le bleu, on le place dans une jatte avec de l'eau mêlée d'acide muriatique (acide marin). Il s'excite un mouvement d'effcrvescenceassez fort; lorsqu'il est apaisé, on verse une nouvelle portion d'acide. Si le mouvement n'a plus lieu, on se contente de donner une petite pointe d'acide. On abandonne le mélange pendant vingt-quatre heures. Après ce tems, on décante la partie claire; on lave le sédiment

3o8 PROCÉDÉS MATI&BIELS.

avec de l'eau bouillante; on verse le tout sur un filtre de papier; on jette sur le filtre un peu d*eau jusqu'à ce qu'elle en sorte insipide ; on fait alors sécher le bleu qui reste sur le filtre , et on le broie. Le prussiate de fer , ainsi préparé , peut être regardé comme sans mélange; s'il a perdu en quantité , il a gagné en intensité. »

Voici ce qu'on lit dans l'Art de fabriquer les couleurs, par M. Pelouze :

« Toutes les matières animales sont susceptibles de donner du bleu de Prusse par leur calcination avec les alcalis; mais aucune n'en peut autant fournir que le

sang.

f D'abord il faut &ire évaporer toute l'eau contenue dans le sang , ce qui est une opération assez longue et désagréable à cause de l'odeur fade et nauséabonde qui s'exhale. On se sert pour cela d'une chaudière en fonte de fer peu profonde. Il faut chauffer le plus rapidement possible, en agitant continuellement avec un ringard

en fer.

9 Ecrasez , émiettez le sang desséché et étalez-le sur de grandes tables pour l'exposer danseet état au soleil; puis on le met dans des tonneaux qui restent ouverts. Si on l'y plaçait au sortir de la chaudière , il se corromprait.

9 Faites dissoudre une partie de potasse dans une trèspetite quantité d'eau , et avec cette solution , arrosez dix parties de sang desséché, en y ajoutant environ un centième de battitures de fer pulvérisées. Mélangez exactement et versez dans un creuset de fonte; calcinez dans un fourneau ordinaire. Les dimensions du creuset peuvent varier. Il est bon d'en avoir de cylindriques , arron-

COULEURS MATiBIELLES. — L£S BLEUS. SoQ

dis par le fond , d'uD pied de diamètre environ sur seize pouces de profondeur.

» D*abord , le mélange se ramollira et brûlera avec flamme. Il s'affaissera ensuite peu à peu. Une majeure partie de la capacité du creuset restera vide. Remplissez de nouveau avec le même mélaoge de sang alcalisé. Remuez constamment avec une tige de fer, et maintenez le creuset toujours plein. Après cinq ou six heures de calcinalion» la vapeur ne s'enflammera plus et la matière vous paraîtra fortement charbonnée. Il faut maintenant . augmenter considérablement la chauffe pour faire éprouver au mélange une espèce de fusion ; elle s'attachera dans cet état à la tige en fer. Cette haute chaufie doit durer environ deux heures pour un creuset de la capacité dont nous avons parlé. Après quoi , retirez la matière du creuset à l'aide d'une cuiller ou poche en fer , et projetez dans une quantité d'eau froide à peu près du double du sang employé. Cette eau doit être contenue dans une chaudière de fonte , sous laquelle on fera eusuite du feu. Poussez jusqu'à l'ébuUition , puis filtrez la liqueur sur des carrés de toile un peu serrée. Le marc doit être repris et lessivé de nouveau. Les liqueurs filtrées étant réunies , distribuez-les dans de larges baquets peu profonds. Laissez ces liqueurs exposées à l'air pendant quinze jours au moins , pour qu'elles cessent d'être hydrosulfurées. Après ce tems, dissolvez , pour chaque partie de potasse employée , trois parties d'alun et une demipartie de sulfate de fer (couperose verte) que préalablement vous aurez fait bouillir avec une petite quantité d'acide nitrique (un gros d'acide nitrique par livre de couperose).

5 10 PXlOCàDÉS hat£iii£ls.

» Il ne faut faire le mélaDge des solutions de couperose et d*alun qu'au moment de s'en servir.

» Maintenant rersez peu à peu ce mélange dans la lessive de sang et passez en même tems avec beaucoup d'exactitude , à l'aide d'un long bâton. Vous obtiendrez un précipité abondant d'un bleu plus ou moins pur et foncé. Laissez déposer , siphonnez la liqueur claire. Lavez le précipité à plusieurs reprises» et jusqu'à ce que l'eau sorte parfaitement claire. Jetez alors le dépôt sur une toile. Secouez fréquemment le châssis afin d'exprimer l'eau. Quand la pâte sera bien égouttée » soumettez-la à la presse et divisez le gâteau que vous en aurez formé en petits carrés , que vous laisserez sécher à l'air libre sur des tablettes bien exactement abritées du soleil. En hiver on peut faire sécher à l'étuve, pourvu que la température n'excède pas vingt-cinq degrés centigrades.

» Le produit est environ de dix onces de bleu de Prusse par livre de potasse employée.

d Souvent , pour les peintures en détrempe , le bleu de Prusse est livré par le fabricant à l'état de pâte liquide.

* Les fabricans de couleurs » multipliant sans cesse les dénominations^ vendent, sous le nom de bleu minéral, un bleu de Prusse qui ne diil^re de tous les autres que par une proportion beaucoup plus grande d'alumine. »

Enfin , disons que le bleu de Prusse , ou prussiate de f(;r , est le résultat de la combinaison du fèr avec un acide d'une nature particulière , auquel on donne le nom d'acide prussique, et que son affinité avec ce métal est telle que les acides minéraux les plus forts ne peuvent pas l'en séparer.

On doit choisir !<• bleu de Prusse foncé en couleur ,

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brillant, et saos aucune teinte pourprée. Lorsque sa couleur est pâle ou yerdâtre , c'est un signe d'impureté. Ce n'est guère que lorsqu'il est mêlé avec du blanc que l'on peut en connaître parfaitement le caractère chromatique.

Terminons en recueillant ce qu'on lit dans l'édition de Watin , revue par M. Bourgeois.

» Le bleu de Prusse, quoiqu'inférieur aux couleurs d'outremer et de cobalt , sous le rapport de la fixité , ne laisse pas que d'aroir sur elles , à volume égal , l'avantage d'une bien plus grande quantité de principes colorans; quantité que nous avons trouvée , par l'expérience, être dans le rapport de dix à un environ. Malheureusement tous les alcalis attaquent le bleu de Prusse; c'est pourquoi , lorsqu'on le combine avec des couleurs qui en contiennent , Ton expose ce bleu à disparaître ou à changer en peu de tems.

» Quant à la fabrication du bleu de Prusse , voici l'un des procédés qu'on suit le plus ordinairement dans les arts.

9 On fait d'abord , à parties égales , un mélange de potasse du commerce et de charbon légèrement incinérés , provenant de matières animales desséchées, ( le sang, les rognures de cornes , sont les matières les plus propres à cet objet. ) L'on calcine ce mélange dans un creuset jusqu'au rouge; puis l'on délaie cette substance dans quinze à vingt fois son poids d'eau; on remue de tems en tems, pendant une heure, et jusqu'à ce que l'eau ait pu dissoudre cette mixtion. La liqueur étant filtrée , on y verse graduellement une solution faite de deux, de trois, et même de quatre parties d'alun et d'une partie de sul-

on PHOCiDÉS HATÉBIELS.

fate de fer (vitriol vert ) du commerce. L'od continue ts même opération jusqu'à ce que le précipité obscur qui se forme dans la liqueur soit devenu très-foacé, et qu'il ne s'en fasse plus de nouveau. Après quoi, on lave k grande eau, matin et soir; et, par une succession continue de ces lavages pendant vingt à vingt-cinq jours, te précipité passe successivement par dilTéreos degrés de brun verdâtre b un bleu très-foncé. Lorsque le bleu est entièrement formé, on te recueille sur une toile pour l'égoutter; puis, lorsqu'il est devenu en pâte assez solide, on le coupe par morceaux pour le faire sécher. ■

Bteu minéral.

„ * On peut , dît l'auteur du Traité de la Peinture au poitel, substituer à la cendre bleue, une préparation toute récente , et qui se rapproche beaucoup du ton de cette cendre. Il y a deux ou trois mois qu'un amateur , qui peint en miniature, m'en fît passer un petit fragment , qu'il tenait d'un peintre du Stadtbouder à la Haye. La couleur en était bleu-céleste et très-amie de l'œil; enGn le hasard m'en ûi découvrir, il y a quelques jours , chez un marchand de couleurs. Il me la présenta sous le nom do bleu minéral , et me dit qu'il la lirait de Hollande. La préparation dont il s'agit est une espèce de bleu de Prusse, mais dans laquelle on a fait entrer, avec très-peu de vilnol de mars, quelqu'autre chaux métallique et beaucoup d'alun : peut-être même n'y met-on pas de vitriol de Mars, l'acide marin du commerce contenant assez de soumis cette composition aux plus fortes vapeurs de soufre , en effervescence avec les acides miné-

CaULErBS MAT^BIELLBS. — LES BLBUS. Si 5

raux , sans qu'elle en ait reçu la moindre altération; d'où Ion peut conclure qu'elle tiendra bien dans la peinture en détrempe , au pastel et à l'huile.

» En employant dans la composition du bleu de Prusse ( voj. l'article bleu de Prusse) , de la dissolution de régule d'antimoine , produite par l'eau régale sur la cendre chaude , au lieu d'y employer le vitriol vert » on aura ce bleu céleste. Il sera du moins à très-peu près semblable , et parfaitement solide , après avoir été bien lavé. Ce n'est pas de la chaux d'antimoine, qui par elle-même est fort blanche y que proviendra la couleur bleue; c'est le fer contenu dans l'acide marin qui la fournira. Seulement la chaux d'antimoine adoucit , tempère la couleur trop intense du fer; elle ne donne point de bleu, quoique précipitée par la lessive prussienne» si l'on emploie l'acide marin de Glauber : c'est qu'il ne contient pas de fer comme l'acide marin du commerce. Celui-ci , mêlé seul avec la lessive prussienne , devient d'un bleu profond. J'ai de même essayé la dissolution d'étain , celle de bismuth , celle de zinc : toutes , avec le même acide , ont produit un bleu naissant; mais celle du régule d'antimoine m'a paru réussir le mieux. Je n'ai point essayé celle du régule de cobalt.

B Au reste , j'ai vu des bleus de Prusse d'une couleur très-pâle; mais ils étaient loin de ressembler au bleu céleste que je viens d'indiquer : ils avaient le ton sombre et violâtre qu'aurait le bleu de Prusse ordinaire, mêlé de beaucoup de craie ou de céruse.

Le bleu minéral n'est donc qu'une modification particulière du bleu de Prusse; car, soumis aux mêmes réactifs , il amène précisément les mêmes résultats bien qu'il

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contienne une plus grande quantité de terre d'alun. Le bleu minéral est néanmoins encore très-riche en principes colorans ; aussi est-il employé de même que le bleu de Prusse.

Bleu d'outremer ou de lazulite.

L'outremer est extrait d'une pierre nommée lapislazuli; on l'appelle aussi lazulite. Cette pierre, qui est d'une forte couleur bleue » se trouve en Perse» en Chine et dans le royaume de Golconde; elle devient de plus en plus rare » parce qu'on a épuisé les morceaux qui provenaient des débris antiques trouvés dans les fouilles. Les Romains avaient , conoune on sait , rendu cette pierre fort commune en Italie : autrefois on vendait cette couleur deux cents francs l'once ; aujourd'hui , qu'un plus grand nombre de personnes s'occupent de l'extraire , on la vend deux cent quarante francs environ. L'outremer de Rome, première qualité » coûte vingt piastres , ou cent six francs l'once. Si on l'achète en d'autres pays, il coûte plus cher, et souvent il est mélangé avec d'autres bleus, tels que le smalt ou cobalt, la cendre bleue, le bleu d'Espagne, et même le bleu de Prusse.

Le gouvernement français avait proposé un prix de six mille francs , pour celui qui inventerait une couleur capable de remplacer celle de l'outremer; ce prix vient d'être remporté par M. Guimet , dont le bleu offre en effet tous les caractères du bleu de lazulite. Le prix de cette nouvelle couleur, inaltérable au feu ou à l'air, est de vingt-cinq francs l'once.

Il y aurait un grand nombre d'observations à faire au

COULEURS MATâBIËLLES. ^^ LES BLEUS. 3lO

sujet de la fixité de la couleur de l'outremer , et de la qualité précieuse que semble posséder celte matière colorante» qui est de conserver ou de rendre fixes ellesmêmes les couleurs avec lesquelles on la mélange; mais de semblables observations ne seraient instructives qu'autant qu'elles seraient soutenues par des raisonnemens et des exemples exclusivement tirés d'opérations chimiques. Nous nous contenterons donc de constater , comme un fait certain » que les carnations dans lesquelles les peintres ont employé l'outremer se sont beaucoup mieux conservées que celles où cette couleur n'existe pas; je veux dire que le vermillon , le blanc de plomb de ces carnations ont subi peu d'altérations , tandis que ces mêmes matières se sont flétries dans les peintures à huile où d'autres bleus ont été employés. La présence du bleu de Prusse n'a pas pu seule occasionner cette altération des blancs » des rouges, des gris, sur tant de tableaux flétris et abaissés; ces mêmes couleurs devaient changer par l'eflet seul de l'huile et sans l'influence du bleu de Prusse; car il n'est pas prouvé que les carnations des peintres , qui rejettent ce bleu pour n'employer, par exemple, que le noir bleuâtre et nullement altérable de noyaux de pêche, soient restées plus fraîches que celles où il est entré du bleu de Prusse, pour en composer les tons gris et frais.

On est donc tenté de croire que la présence de l'outremer dans ces tableaux a préservé les autres couleurs avec lesqueUes il a été mélangé; en sorte qu'il paraîtrait important de reconnaître en quoi consiste cette propriété conservatrice. Si ce qu'on appelle la cendre d'outremer a autant que le bel outremer lui-même celte propriété conservatrice, celle-ci ne résiderait donc pas dans la couleur bleue

Ol6 PROCiDÈS MATÊBIfiLS.

proprement dite , mais aussi dans ce que les ehimistes ont appelé le rocher gris du lazulite, dégagé en grande partie de sa couleur. Le silence des chimistes sur ce point ferait croire qu'ils n'aperçoivent ou ne reconnaissent point cette propriété conserratrice dans Toutremer» et qu'ils pensent que le ravage du tems, sur les carnations des tableaux » provient de la présence du bleu de Prusse dans les peintures. Cette question ne leur a jamais été probablement soumise directement. Ayant imaginé que Tinlerposition des molécules vitreuses du lazulite contribuait peut-être à cet effet conservateur , j'ai essayé l'emploi du cristal pulvérisé mêlé avec les couleurs; mais je n'ai obtenu de ce moyen aucun résultat satisfaisant.

Quelques observateurs ont cherché à désabuser les peintres sur les avantages prétendus de 'cette couleur outremer, qui ne subit jamais l'altération générale et chromatique de tout le tableau , et dont la présence dans l'état pur et primitif produit nécessairement une discordance optique , et rend , par opposition , sales et flétries toutes les autres teintes. Cette observation n'est pas sans fondement; aussi , par exemple, ne doit-on jamais conseiller d'exécuter une draperie avec cette couleur inaltérable. Mais s'il s'agit des carnations » s'il s'agit des ciels » l'exclusion de l'outremer serait le résultat d'une ridicule prévention : au reste , on cite des tableaux dans lesquels on a prodigué l'outremer » et qui n'en sont pas plus frais pour cela. Descamps nomme une confrérie des Pays-Bas , qui paya seize cents florins de Brabant pour l'outremer employé dans six tableaux peints par Van Loon. Ce moyen n'empêcha pas , dit Descamps , ces tableaux de se gâter. On sait , au reste > qu'il est facile de faire prendre

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pour du véritable outremer de Toutromer falsifié , aux peintres qui ignorent le moyen de constater la qualité de cette couleur.

Procédés pour extraire la couleur bleue du lazulite, — « Voici , dit Watin ( édit. de M. Ch. Bourgeois ) , le procédé qu'on suit pour extraire la couleur de Toutremer. Après avoir choisi le lazulite le plus riche en principe colorant, on le fait rougir à plusieurs reprises, en le jetant chaque fois dans de l'eau fraîche , pour atténuer Taggrégation de ses parties. Ensuite, on le broie à l'eau pour en former des trochisques que l'on fait sécher h une douce chaleur. Dans cet état , on le mêle intimement , avec le double de son poids -, d'un mastic formé d*huile de lin , de cire jaune , de colophane et de poix-résine , de chacune une livre , et de deux onces de mastic blanc, le tout bouilli à un feu doux , pendant une heure , et passé ensuite à travers un linge. On enveloppe le mélange de lazulite et de mastic dans un morceau de toile neuve, pour en former un nouet que l'on trempe dans une quantité suf&sanle d'eau claire et chaude dans laquelle on pétrit ce nouet avec la main , ou avec des spatules de bois, pour en faire sortir la couleur. La première eau est quelquefois sale ; alors on la change et l'on continue de pétrir le nouet jusqu'à ce que l'eau se soit teinte de la plus grande partie de la couleur du lazulite. Pour obtenir des outremers de diiférentes qualités, on divise l'opération en plusieurs , en se réglant , pour les nuances de chacune d'elles , sur la richesse du lazulite.

f Enfin, on laisse déposer ces difl'érens bleus, qui n'exigent alors d'autre opération que de les broyer finement, et avec beaucoup de propreté , avant de les faire sécher.

5l8 PROCÉDÉS MATÉRIELS.

Indiquons maintenant le procédé publié par M. Peloazc pour extraire la couleur du lazulite.

« Concassez la pierre dans un mortier de fonte. Faites en sorte, après cela, d'en séparer, à l'aide de ciseaux en acier, les parties non colorées , adhérentes au vrai lazulite; chauffez jusqu'au rouge le lazulite trié, et jetez*le tout chaud dans l'eau froide , pour l'étonner et le rendre friable. Réduisez-le ensuite en poudre impalpable. On ne saurait pousser ensuite trop loin la porphirisation du lazulite , puisque c'est de la ténacité des molécules que dépend tous le succès de l'opération. Le broyage k l'eau dans un moulfn convenablement approprié à cet usage, serait le meilleur moyen.

1 Faites sécher la pâte impure de lazulite ainsi obtenue, pour en extraire ensuite l'outremer fin; composez le mastic dont suit le dosage : Pour cent parties de lazulite pulvérisé , prenez résine ordinaire quarante parties , cire blanche vingt, huile de lin vingt-cinq, poix de Bourgogne quinze. Faites fondre et incorporez dedans, par petites parties, le lazulite pulvérisé, en remuant sans cesse. Versez ensuite le mélange fondu dans un vase plein d'eaa froide. Servez-vous de deux spatules pour diviser d'abord la masse résineuse , et ensuite , avec les mains , vous la pétrirez en boules commodément maniables.

» Laissez les boules dans l'eau pendant quinze jours. L'outremer s'en séparera mieux. Au bout de ce tems , malaxez les boules dans l'eau froide. Celle-ci se colorera en bleu. Si cette coloration est très-lente , tiédissez l'eau, ou même chauffez-la jusqu'à 60* centigrades. Quand le liquide sera d'un bleu très-foncé, transportez les boules dans un autre vase^ et répétez la même opération. Con-

COULEtBS MATiRIELLRS. — LES BLEUS. 5ig

iinuez enfin ces changemens de vases jusqu'à ce que Teau ne se colore plus que très-faiblement.

» Il faut toujours fractionner les produits , si Ton veut obtenir des qualités distinctes d'outremer. Le premier lavage donne le plus beau » le plus vif. Assez ordinairement, on partage ainsi en trois le produit total.

* Laissez déposer la couleur. On décante l'eau; on re« nouvelle, et on recommence la décantation, et cela à plusieurs reprises. On fait sécher les dépots et on en sépare tout ce qui peut y adhérer de résineux , au moyen de deux lavages successifs à l'esprit-de-vin.

» Des lavages subséquens produisent encore un bleu très-pâle , connu dans le commerce sous le nom de cendres d'outremer. »

Un grand nombre de livres parlent de la manière d'extraire l'outremer : il ne nous a pas paru nécessaire de recueillir toutes ces indications. Nous nous contenterons d'extraire ici ce qu'on lit dans l'Encyclopédie, au mot Outremer ; puis nous emprunterons à M. Bouvier ce qu'il a communiqué sur cette question.

« La base de cette couleur bleue est le lapis-lazuli , pierre précieuse ; c'est ce qui la rend fort chère , indépendamment des opérations nécessaires pour en tirer le bleu qui ne laissent pas d*étre longues et pénibles.

» Pour connaître si le lapis-lazuli, dont on veut tirer la couleur , est d'une bonne qualité , et propre à donner un beau bleu , il faut en mettre des morceaux sur des charbons ardens et les y faire rougir. S'ils ne se cassent point par la calcinalion , et si aprè* les avoir bien laissé refroidir , ils ne perdent rien de l'éclat dé leur couleur , c'est une preuve de leur bonté. On peut encore les éprou-

320 PROCÉDÉS mat£bibls.

Ter d'une ouire façon : c'est en faisant rougir des mor* ceaux de lapis sur une plaque de fer , et les jetant ensuite tout rouges dans du vinaigre blanc très-fort. Si la pierre est d'une bonne espèce , cette opération ne lui fera rien perdre de sa couleur. Après s'être assuré de la bonté du lapis» Toici comme il faut le préparer pour en tirer le bleu d'outremer. On le &it rougir plusieurs fois , et on l'éteint chaque fois dans l'eau» ou dans du fort vinaigre; ce qui vaut encore mieux. Plus on réitère cette opération , plus il est facile de le réduire en poudre. Cela fait , on commence par piler les morceaux de lapis : on les broie sur un porphyre , en les humectant avec de l'eau , du vinaigre ou de l'esprit-de-vin ; on continue à broyer, jusqu'à ce que tout soit réduit en une poudre impalpable ; car cela est très-essentiel : on fiiit sécher ensuite cette poudre après l'avoir lavée dans l'eau» et on la met à l'abri de la poussière pour en faire l'usage qu'on va dire. < On fait une pâte avec une livre d'huile de lin bien pure ; de cire jaune , de colophane » et de poix-résine » de chacune une livre; de mastic blanc» deux onces. On fait chauffer doucement l'huile de lin ; on y mêle les autres matières » en remuant le mélange qu*on fait bouillir pendant une demi-heure ; après quoi » on passe ce mélange à travers un linge » et on le laisse refroidir. Sur huit onces de cette pâte» on mettra quatre onces de la poudre de lapis-lazuli indiquée ci-dessus. On pétrira long-tems et avec soin cette masse. Quand la poudre y sera bien incorporée » on versera de l'eau chaude pardessus , et on la pétrira de nouveau dans cette eau , qui se chargera d'une couleur bleue : on la laissera reposer quelques jours» jusqu'à ce que la couleur soit tombée

COULEURS VATI&RIELLES. — LES BLEUS. 321

au fond du vase : ensuite on décantera i'eau , on laissera sécher la poudre » et on aura obtenu du bleu d'outremer.

1 II y a bien des manières défaire la pâte dont nous venons de parler : mais nous nous contenterons d'indiquer encore celle-ci. Poix-résine» térébenthine, cire-vierge» et mastic, de chacun six onces : encens, et huile de lin, deux onçfos , qu'on fera fondre dans un plat vernissé. Le reste , comme dans l'opération précédente.

1 Runchel dit avoir ' pratiqué avec succès la méthode suivante pour faire le bleu d'outremer.

» Après avoir cassé le lapis-lazuli en petits morceaux de la grosseur d'un pois, on le fait calciner, et on l'éteint à plusieurs reprises dans du vinaigre distillé. Ensuite on le réduit en uoe poudre extrêmement déliée ; on prend de la cire-vierge et de la colophane , chacune de ces substances en quantité égale , et faisant ensemble le même poids que le lapis réduit en poudre. On les fait fondre dans une poêle ou plat de terre vernissée; on y jette peu à peu la poudre, en remuant et mêlant avec soin les matières. On mêle le mélange lûnsi fondu dans de l'eau claire , ei on l'y laisse pendant huit jours. Au bout do ce tems , on remplit de grands vases de terre , d'eau aussi chaude que la main puisse la souffrir : on prend un linge bien propre , on pétrit la masse , et lorsque cette première eau sera bien colorée , on retirera Ja masse pour la mettre dans de nouvelle eau chaude : on procédera de la même façon jusqu'à ce que toute la couleur soit exprimée. C'est cependant la couleur qui s'est déchargée dans la première eau, qui est la plus précieuse. On laisse ensuite reposer l'eau colorée pendant trois ou

quatre jours , au bout desquels on voit que la couleur s'est précipitée au fond du vase. Une même masse fournit trois ou quatre sortes de bleu d'outremer; mais on n'en retire que fort peu de la plus belle.

» Il y a encore bien des manières de tirer le bleu d'outremer : mais, comme leur différence ne consiste que dans la pâte à laquelle on mêle le lapis pulvérisé , on a cru inutile d'en dire davantage. On reconnaît si le bleu d'outremer a été falsifié» non-seulement au poids, qui est moindre que celui du véritable ; mais encore parce qu'il perd sa couleur au feu. (Le baron d'Holbach , dans Tancienne Encyclopédie.) »

Voici un nouveau procédé , plus simple et plus expéditif que tous les anciens, selon M. Bouvier, pour extraire l'outremer du lapis-lazuii.

c Ce procédé n'a été découvert que depuis peu d'années par un de mes amis , M. Tœpffer , de Genève , célèbre paysagiste : il lui a parfaitement réussi, ainsi qu'à moi et à plusieurs de nos amis. C'est de son consentement que je le publie.

9 Plus le lapis est chargé de parties colorées en bleu, plus on en tire d'outremer : il est donc avantageux de se procurer du lapis aussi bleu que possible; car les frais de trituration et de départ sont les mêmes pour un lapis pauvre en couleur , que pour celui qui en est beaucoup chargé.

9 II est vrai que ce dernier est plus rare et par conséquent plus cher que l'autre; malgré cela, il y a encore de l'économie à s'en procurer.

» Celui qu'on tire des mines du nord de la Russie est à meilleur uiarché que celui qui nous vient d'Orient par

G0ULEUB8 MATÉaiBLLES. — LES BL£US. OsS

l'Italie» parce que son importance y est moins connue : il est tout aussi bon.

Opération préliminaire* » Vous concassez à grands coups de marteau votre lapis , jusqu'à ce que les plus gros morceaux ne dépassent plus le yplume d'un œuf : plus les éclats sont petits, mieux cela vaut.

• Ayez un ou plusieurs creusets ; faites rougir votre lapis à blanc , à feu découvert; jetez-le rouge-blanc dans de l'eau, oi^ , ce qui vaut encore mieux , dans du vinaigre blanc distillé, en sorte qu'il en soit entièrement submergé.

9 Vous répéterez cette, opération trois ou quatre fois de suite , jusqu'à ce que le rocher soit devenu assez friable pour se briser sous le marteau sans trop de difficulté. Cette calcination procure le double avantage de rendre le lapis plus friable , de brûler et de faire évaporer presque toutes les pyrites et autres parties sulfureuses qu'il contient.

B Vous séparez avec un petit marteau tranchant les morceaux qui n'ont que très-peu ou point de veines bleues, afin de vous éviter les frais de faire broyer ce qui n'en vaut pas la peine.

9 Vous concasserez et pilerez les morceaux de choix dans un grand mortier de Sat ou d'acier , avec un pilon du même métal, sinon, dans un mortier de pierre. Ne vous servez pas de mortiers de fonte ou de cuivre; ils salissent el altèrent sensiblement la couleur.

> Vous aurez soin de couvrir d'un linge ou d'une peau le mortier , après avoir passé le pilon dessous , et vous la laisserez assez lâche pour vous permettre le mouvement aisé du pilon par dessous. On doit tenir le pilon avec

024 PnOCÉD^S MATÉRIELS.

le haut de Tenveloppe, et ceindre le mortier par une ligature y sans quoi les éclats du lapis se répandraient en dehors. II ne faut pas mettre trop de lapis dans le mortier.

1 Quand tout le lapis sera pulvérisé , vous le tamiserez de façon à ce qu'il n'y ait plus de particules plus grosses que du sable ordinaire , et vous repilerez tous les morceaux plus considérables» jusqu'à ce qu'ils passent en poudre à travers le tamis de crin.

1 Vous broierez le lapis mis en poudre dans de l'eau distillée , par petites portions d'environ une demi-once à la fois , et moins encore , si votre pierre ou votre glace n'est que d'une petite dimension. Quand vous l'aurez broyé en totalité et réduit en poudre impalpable ( car il importe beaucoup de lui donner le dernier degré de ténuité ) y vous triturerez encore cette poudre , pmir faire évaporer la surabondance de l'eau , et vous la relèverez ensuite quand elle sera épaissie à peu près au degré d'une forte colle d'amidon; puis vous la ferez sécher en trochisques , comme on l'a indiqué.

» Quand ces trochisques ou petits tas de couleurs seront complètement secs , (ce qui aura lieu le lendemain , si vous avez hâté la dessicatton par* le soleil ou par un feu très-doux) , vous les reporterez par huit ou dix à la fois sur la pierre à broyer , et avec la molette vous les écra serez et les réduirer en poudre très -fine et très-égale; mais il ne faut pas faire aller et venir la molette; il ne fiiut qu'écraser les trochisques.

» Toute votre poudre de lapis étant ainsi préparée , vous la mettrez dans une balance bien nette , et vous mettrez dans l'autre bassin de la balance le même poids

COULBVBS MATiRlBLLES. — LES BLEUS. 3e5

de pur suif de chèvre : le suif ordinaire ne pourrait le remplacer.

• Vous ferez fondre ce suif dans une jarre vernissée qui n*ait jamais servi. Quand il sera totalement fondu , vous le transporterez sur un fipu beaucoup plus tempéré , seulement pour le maintenir liquide , et vous y verserez peu à peu votre poudre, de lapis , en ayant soin de ne la répandre que par petites parties , et en ayant soin aussi d*agiter en même-tems toute la masse liquide avec un tuyau de terre de pipe ou un petit bâton bien net et sans écorce.

» Il est essentiel que le.lapis se mêle également dans le suif; c'est pourquoi , on recommande de le remuer constamment » et de ne répandre la poudre bleue que peu à peu et d'une manière égale et uniforme , en promeflimt la main qui la verse sur toute la superficie liquide.

> La poudre étant tout entière dans le suif , vous retirez peu à peu du feu la jarre qui le contient , piais sans cesser de remuer avec le bâton et d'agiter tout le mélange; sans quoiy la poudra se précipiterait au fond du vase, ce qui ferait manquer l'opération ; mais lorsque le suif a pris assez de consistance ppur empêcher la précipitation , vous .cesserez d'agiter » et vous laisserez le tout se figer et se rafroidir complètement.

> Si vous faites cette opération dans une saison froide, il ne sera pas inutile d'ajouter au suif un vingtième de graisse moUe ou blanc de lard ; $\, au contraire , vous la faites par un tems très-chaud , vous mêlerez un vingtième de colophane ou poix-résine transparente et en poudre dans la masse du suif» afin de lui donner plus de cousis-

SaG PROCÉDAS MATtRIBLi.

tance; el dans l'un et Tautre oas, vous fendrez ensemble le tout.

» Le blanc de lard attendrit un peu le suif ea hiver , ce qui permet à routremer , quand on fait le lavage dont on va parler » d'être entraîné par l'eau , avec laquelle il parait qu'il a plus d'affinité qu'avec le snif.

» En été y on est obligé de donner plus de consislance au suif y quoique celui de chèvre soit le plus dur de liras; sans cela il abandontierait trop vite non- seulement l'outremer y mais aussi la poudre inutile et malfaisante du rocher » qui ne contient point de bleu : c'est pour cela qu'il faut ajouter un peu de résine. Les parties du rocher qui ne contiennent point de c6 bleu qu'on appelle outremer i paraissent avoir beaucoup plus d'affinité av«e le suif que n'en ont les pÀrties colorées en bleil; en sorte qu^au lavage, comme nous le dirons tout à l'heure, le^leu quittera le suif pour s'unir à l'eau » tandis que le suif retiendra toutes les particules du rocher ordinaire.

» Votre sbif refroidi , vous l'enlevez entièrement du vase , et vous en &ites une masse , que' vous pétrissez et repétrissez à plusieurs reprise^ dans les rnams ou arec un rouleau de bois lisse » comme on ferait d'une pftte à faire des gâteaux. Vous pétrissez sans relâche i durant une demi-heure » sur un corps dur et uni > comme du marbre, une glace, etc., aCn de ne point salir la*éOuleur, et aussi pour n'en point perdre; ctfr il faut pouvoir l'étendre souvent sous le rouleau et la relever aisément avec un couteau à couleur. Gela fait , rassemblez toute la pâte avec soin, et formez-en une boule on une masse, que. vous laisserez reposer quinze jours en été , et seulement six ou huit jours en hiver , s'il fait froid.

COULEURS MATÉRIfitLES. — LES BLEUS. 387

Opération du départ ou du lavage* » Au bout du tems prescrit, ayez deux cuyettes de terre de pipe ou de faïence bien nettes , et remplissez-les d'eau jusqu'aux deux tiers. Si le tems est très-froid , prenez de Teau passablement chaude; mais qu'elle ne soit que tiède» s'il ne fait pas trèa-froid , et ne tous serrez que d'eau fraîche en élé. Ceci est essentiel. L'eau froide , en hiver » ne ferait pas sortir routremer, et l'eau chaude, en été, agirait en sens contraire , et il se mêlerait beaucoup de rocher à votre outremer.

t Vos deux bassins d'eau posés sur une table , prenez dans vos SMÛiis, gros comme une petite noix , de la pâte de suif et de lapis et, (opérant les bras nus, pour avoir plus d'aisance) lavec-vons les mains avec cette pâle, comme vous le feriez avec de la pâte d'amande, et plongez-les souvent dans l'eau , toujours en les tournant et retournant Tune contre l'autre , comme on le fait en se lavant : bientôt vous verrez l'eau se saturer du plus beau bleu d'azur. Continuez sans relâche et avec patience, car l'opération est longue et désagréable.

t Quand vous vous apercevrez que la couleur bleue ne sort plus de vos mains ni si chargée ni si abondmite , ce qui a lieu ordinairement au bout de huit à dix minutes , aband<mn6Z la première cuvette et mettez-vous au-dessus delà seconde, dont l'eau sera à la même température; continuez à y frotter et y plonger vos mains alternativement, et ne cessez que lorsque vous n'en voyez plus sortir assez de bleu pour qu'un plus long travail en vaille la peine.

» Alors vous ratisserez les doigts et les mains avec un couteau, pour vous débarrasser de cette pâte grisâtre

3a8 PROCÉDAS MATJ&BIBLS.

OU noirâtre , qai n'est plus bonne à rien ; vous en reprendrez de la nouvelle y et vous vous en laverez les j mains comme la première fois» et ainsi de suite, en ayant soin de tenir toujours l'eau à la même température.

» La première cuvette où vous aurez commencé le lavage, vous donnera l'outremer le plus pur et le plus intense; celui de la seconde sera inférieur, quoiqu'eucore d'une belle et bonne qualité.

» Si votre intention est de classer un plus grand nombre de qualités d'outremer , vous vous laverez successivement dans quatre ou six cuvettes différentes : la dernière ne vous donnera plus que de la cendre d'outremer. De cette manière, vous aurez une succession de nuances ou de qualités toujours décroissantes : la première est toujours la plus belle et la plus précieuse.

9 Quant à moi , je ne fais aucun cas de cette échelle de nuances ; elle convient aux marchands de couleurs. Ils en tirent un meilleur parti pour la vente, attendu que les prix sont plus ou moins élevés» en proportj|»n de la pureté et de l'intensité du bleu.

» ie-me borne à deux ou trois qualités au plus, et je rejette tout-à-feit ce qu'on appelle la cendre d'outremer; ce n'est plus que du rocher d'un blanc un peu bleuâtre , et pour obtenir cette légère teinte bleue, il suffit d'un atome de bel outremer pur , mélangé avec du bon blanc : la teinte sera même plus pure et meilleure , attendu que le rocher blanchâtre de la cendre c'est point un bon blanc» Aussi la cendre s'allère-t-elle assez promptement; elle devient d'un roux verdâtre , employée à l'huile , et elle n'a point de corps.

COULBUBS MATÊBIELLES. — - LB8 BLBUS. 3sc^

• Si vou» VOUS apercerez que votre bien s'échappe trop facilement au lavage , ce qui doit faire soupçonner qu'il passe aussi du rocher en même tems » il ne faut pas hésiter à refondre toute la masse , en y ajoutant un peu de poudre de résine , comme on l'a indiqué plus haut , et en observant toujours toutes les précautions indiquées pages 3s5 et 3s6. N'ajoutez la résine qu'imperceptiblement, et extrêmement peu à la fois; sans cette précaution 9 votre outremer resterait enfermé dans les portions de la pâte qui contiendraient plus de résine que les autres , et il deviendrait fort difficile de l'en dégager : il faudrait, en ce cas, refondre de nouveau la pâte, et rajouter du suif y ce qui dérange la proportion du poids du suif à celui du lapis.

• Si vous trouviez» au contraire, qu'en hiver, et par un froid vif, le bleu eût trop de difficulté à se séparer de la pâte, ce serait le cas, outre la ressource de l'eau chaude, d'ajouter un peu de blanc de lard , en refondant la pâte, afin d'attendrir le suif; mais il faut aussi ne le mêler que par très-petites gouttes à la fois , et n'en mettre que fort peu.

» N'essayez pas de garder la pâte pour n'en faire le lavage qu'en une saison plus chaude : vous risqueriez de ne plus en pouvoir extraire l'outremer. Gela est arrivé à l'un d« mes collègues. Il parait que , quand le lapis aéjourne trop long- tems dans ce corps gras , ce dernier lé Saisit si fortement qu'il ne peut plus s'en dégager.

> La méthode que je viens d'indiquer pour faire l'outremer ^ quoiqu'assez longue et ennuyeuse , l'est cependant moins que le procédé généralement connu : d'ailleurs on peut faire un sacrifice de tems et de peine pour obtenir

33o PROCÉDÉS HATÉRIELS.

très-pure et à meilleur compte une couleur précieuse que les marchands Tendent trèsKdier , sans qu'on puisse compter toujours sur sa pureté.

• Quand la pâte est épuisée, et qu'il n'en sort plus d'outremer que ce qu'on appelle la cendre, tous êtes sûr d'en avoir extrait tout ce qu'on en pouvait tirer : le reste de la pfite ne contient plus que le «utf et la partie du lapis , qui ne renferme point de bleu.

B J'ai observé , ainsi que mes amis , qu'il est bon de changer d'eau souvent pour s'y laver les mains. Il paratt que l'eau propre , n'ayant encore aucune particule de graisse , dégage beaucoup mieux l'outremer, que quand elle a déjà servi huit ou dix minutes. On aura donc plusieurs cuvettes avec de l'eau à la température convenable , dont on se servira successivement , et à mesure qu'on abandonnera les précédentes , comme étant déjà trop grasses pour Êiciliter l'extraction du bleu par le lavage. On laissera les premières cuvettes tranquilles pendant quelques heures , afin de laisser le tems à l'outremer de se précipiter au fond des vases; puis, quand on verra que la précipitation a eu lieu , on versera la plus grande partie de l'eau claire dans un vase quelconque , comme n'étant plus Ixoioe à rien; mais on le fera avec assez d'adresse et de précaution, pour éviter d'entratner le bleu déposé au fond et contre les parois des vases. L'on versera alors tout ce qui restera d'eau et de bleu dans ces diverses cuvettes , dans une autre grande cuvette unique, destinée à recevoir tous les dépôts chargés de bleu; mais on les y transvasera à travers un tamis de soie , afin que toutes les particules de graisse et les autres malpropretés s'arrêtent sur le tamis , qui ne laissera passer que l'eau

COULEURS MA.TJ&AIELLE8. — LBS BLEUS. 33 1

chargée d'outremer. On aura soin , avant do transvaser , d'agiter le dépdt avop l'eau restante , pour entraîner toute la partie bleue sur le tamis^ ce qui doit être fait promptement » afin que la masse liquide entraine l'outremer avec elle à travers le tamis.

■ Tous les dépôts d'outremer étant rassemblés dans une seule et même cuvette a^ec une quantité d'eau convenable , on la laisse reposer pendant vingt-quatre heures » plus ou moins, jusqu'à ce que tout le bleu soit précipité et que l'eau aoit parfaitement limpide; alors vous décanterez cette eau de la manière suivante.

Manière de décanter ou de vider Ceau sans emporter la couleur, t Vous aouleveres; trèsnlouoement la grande cuvette , en l'inclinant sans aucune secousse; car si l'eau se mêlait de nouveau avec le bleu» cela vous imposerait l'obligation de la laisser reposer de nouveau.

1 Vou» TOUS y prendrez donc avec assez de précaution pour éviter de mettre le dépôt* en mouvement, et vous décanterez l'eau également et lentement , jusqu'à ce que vous voyiez que vous êtes sur le point d'entraîner de la couleur : alors reposez doucement le vase, et laissez-le tranquille jusqu'à ce que la couleur se soit de nouveau complètement précipitée.

9 II jBsit bon de placer sous le vase que vous tenez actuelleitoit , un appui qui l'oblige à conserver le dernier degré d'inclinaison que vous lui voulez doimei^ : on risque beaucoup moins , par ce moyen , d'en détacher le dépôt. Quand tout sera bien reposé , vous prendrez une petite seringue d'ivoire ou* d'étain , et vous aspirerez doucement et peu à peu l'eau qui reste. Vous vous arrêtez, dès qu'on aspirant l'eau, vous voyez que la couleur elle-

532 raoCÈD&fl H/LT^RIELS.

même est sur le point d'entrer dans la seringue : tous cessez alors , et tous ferez évaporer le restant de l'humidite en plaçant le vase sur un poêle chaud ou sur des cendres chaudes , à l'abri de la poussière.

» Quand toute la couleur restera à sec » vous Tenlèyerez propreittent en la ratissant partout avec un morceau de corne très-mince , souple , et <Jte la grandeur d'une carte à jouer, tel que vos doigts puissent lui imprimer la courbe nécessaire pour nettoyer les parois du vase intérieurement : il &ut que cet instrument soit tranchant du coté qui ratisse la couleur^

» Vous rassemblerez et recueillerez cette pondre, et la conserverez dans une boite bien propre , ou au moins dans un papier fin et bien lisse , jusqu'à ce que vous dissiez la dernière opération. Voici en quoi consiste cette autre manipulation.

Dernière opération, t Quand tout l'outremer est réduit en poudre bien sèche, tel qu'on l'a indiqué ci- dessus, et qu'on l'a soigneusement recueilli , il reste encore une courte opération à faire pour dégraisser la couleur et la rendre parfaite.

B Mettez chaque qualité d'outremer dans un creuset séparé, entourez le tout de charbons ardens, et £siites , h feu découvert, rougir à blanc, jusqu'à ce que la couleur ellemême soit aussi ardente que le feu; et afin qu'elle se cal* cine également , ayez un petit faisceau composé de huit ou douze aiguilles d'acier à tricoter , et remuez de tems en tems la poudre dans les creusets, pendant qu'ils sont au feu. On aura soin de lier ce faisceau avec du fil-de4er très-menu , et l'on écartera une des extrémités de ces aiguilles, de manière qu'elles puissent prendre la forme d'un

COULECBS MATÊIUBLLES. — LES BLEUS. 5*53

balai \ Vous verrez bientôt s'élever de chaque creuset une légère fumée » qui prouvera que la poudre n'était pas bien dégraissée. Vous ne retirerez les creusets du ieu que lorsque vous ne verrez plu s paraître aucune fuméç.

s Retirez vos creusets» en prenant garde de. les renverser. Lorsqu'ils «eront refroidis » vous en essuierez avec soin le dehors où il peut y ^voir de la cendre , et ensuite vous verserez la couleur dans autant d'assiettes nettes et neuves que vous avez de différentes qualités d'outremer.

> Quand la couleur est complètement refroidie, et avant qu'il puisse s'y mêler de la poussière , vous la recueillez , et la mettez dans autant de flacons qu'il y a de qualités différentes; vous numérotez les flacons; vous les bouchez , et votre outremer est prêt à être employé dans tous les genres de peinture , soit à l'eau gommée , soit à l'huile , sans avoir besoin d'être rebroyé.

Autre procédé pour extraire l* outremer de la pâte de suif, c Le même M. Tœpffer , dont j'ai parlé , a essayé divers moyens d'extraire l'outremer de la pâte ; en voici un qu'il m'a dit lui avoir réussi : il jette sa pâte , en morceaux de la grosseur d'une noisette, dans une grande jarre de terre vernissée, qu'il remplit à moitié d'eau, laquelle doit être , comme nous l'avons dit, ou chaude, ou froide » selon la température de la saison actuelle : il faut que la pâte soit submergée , et qu'il y ait aa moins un pouce d'eau par-dessus.

• Il prend ensuite un de ces petits balais de bois dé-

1 II ne faut pas laisser long-tems ce balai d'acier dans les crensets , mais l'en retirer avant qu'il ne devienne rouge ^ sans quoi l'on ternirait un peu la couleur par les dé jets de l'acier.

pouillés d*écorcey dont on fait usage pour battre les œufs, et il fouette l'eau et la pâte assez rÎTement , jusqu'à ce que l'eau soit visiblement bien saturée de bleu.

» II passe cette eau à travers un tamis de soie , placé au-dessus d'une autre grande jarre pareille à la première ; il reprend les morceaux de pâte restés sur le tamis , et recommence à battre et fouetter comme auparavant avec de la nouvelle eau , et ainsi de suite , jusqu'à ce qu'il ne sorte plus de bleu. »

Si cette méthode est aussi expéditive que la première, et si elle extrait autant d'outremer de la pâte, elle aurait l'avantage d'être d'une exécution moins pénible et plus propre; mais je n'en ai pas fait l'expérience» non plus que de la méthode suivante , que le même ami m'a dit avoir employée avec succès.

Lessive de potasse pour extraire l* outremer, t Les préparatifs dont j'ai parlé plus haut pour composer la pâte sont les mêmes pour ces diverses méthodes ; il ne s'agit ici que de moyens différons de (aire sortir l'outremer et le dégager plus ou moins facilement de la masse pâteuse.

• Déchirez votre pâte en morceaux» comme dans la méthode précédente » et versez dessus une lessive de potasse passablement forte » chaude» froide ou tièdo» selon la saison; laissez le tout tranquille» et ne le remuez que d'heure en heure.

» Au bout de quelques jours» la masse entière d'eau et de couleur deviendra sale et trouble : pompez » avec une petite seringue» les eaux boueuses et le limon; mais pompez doucement» de crainte d'aspirer l'outremer. Rejetez toutes les eaux boueuses qu'aura enlevées la seringue» et

COULEURS HATiRIfiLLBS. — LES BLEUS. 335

continuez à faire d'heure en heure cette opération » jusqu'à ce qu'il ne se reforme plus d'eaux troubles , et que vous trouviez le dépôt d'outremer pur au fond du vase.

I Lavez et relavez plusieurs fois le dépôt avec de l'eau pure et froide, jusqu'à ce que l'eau en sorte parfaitement limpide , et qu'en la portant avec le doigt sur la langue» vous n'y trouviez aucun goût; et vous aurez alors une seule et même qualité d'outremer d'une fort bonne qualité. Vous ferez ensuite tout ce qui a été indiqué plus haut pour décanter , sécher et calciner le bleu , et l'opération sera terminée : mais, de cette manière, l'on ne peut faire qu'une seule qualité d'outremer.

» Il est probable que, dans cette opération, la potasse réduit le suif à l'état de savon , et dissout ou tient en suspension les parties siliceuses, laissant à nu l'outremer. Suivant M. Tœpffer , ce procédé , toutes choses égales d'ailleurs, est celui qui fournit le plus d'outremer. Si une expérience constante lui assure cet avantage , on ne peut douter qu'il ne soit à tous égards préférable aux deux premiers.

II n'est pas nécessaire de rappeler ici que , pour cette dernière méthode comme pour les précédentes , la préparation du lapis et de la pâte doit être la ipôme , ainsi que l'opération dernière , qui est de calciner l'outremer en poudre avant de l'enfermer dans des flacons. »

Cendre dC outremer^ — L'extrait le moins coloré du lazulite, celui qui s'obtient par un dernier lavage, et qu'on emploie concurremment avec celui qu'on extrait des parties de la gangue, qui avoisinent le lazulite; cet extrait j dis-je , a été nommé par les marchands cendre d*outremer : cette expression n'a rien de significatif.

556 PROCÉDAS MATiBIELS.

En général , on a imaginé par. spéculation de distinguer et de multiplier les degrés de beauté de l'outremer; mais il est évident que le plus beau est toujours celui qui coûte le plus cher. A Rome, Toutremer inférieur se vend vingt-cinq francs; il n'y a pas du tout d'économie à le préférer : en effet , le n^ premier foisonne en raison du prix qu'on le paye.

Il resterait à savoir si c'est la partie colorante du lazulite qui seule est conservatrice des couleurs qu'on lui associe ; car si la cendre d'outremer, quoique décolorée, contribue à cette conservation , il serait avantageux d'en employer beaucoup. Nous avons proposé plus haut quelques questions sur ce point.

Sophistication. Voici le moyen que donne H. Bouvier, pour reconnaître la fiilsification de l'outremer.

c Munissez-vous , dit-il , d'une petite fiole d*cau-forte ou d'acide nitrique, et d'un petit morceau de verre de vitre ; prenez un échantillon d'outremer gros comme un petit pois, mettez-le en un petit tas sur le morceau de vitre, et versez dessus une goutte d'acide; attendez quelques minutes : si l'outremer est le résultat du pur lapis, il n'y aura aucune effervescence; et la couleur se réduira bientôt en cendre grisâtre sans mélange; si, au contraire, une partie du petit tas laisse voir des particules bleu foncé, à coup sûr il y a mélange ou de cobalt ou de bleu de Prusse , ces deux substances ne se dissolvant pas dans l'eau-forte.

» Si l'échantillon fait effervescence et bouillonne sous l'acide , et que la dissolution présente à l'œil des traces roussfitres et jaunâtres , il y a mélange de bleus tirés du cuivre , comme la cendre bleue et le bleu d'Anvers , et

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