‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 53 sur 104 · COULEURS MATÉRIELLES. — LES BLEUS · texte numérisé non relu

COULEURS MATÉRIELLES. — LES BLEUS

Voyez 9 à ce sujet , le Journal des Arts» vol. xxi , et les numéros 3o2 , 3o3 et 3 13.

BUu de tafre.

La mine de cobalt » qui se trouve abondamment en Saxe y étant préparée» purgée » mêlée et grillée pendant long-tems avec de la silice» reçoit le nom. de safre* Si Ton veut préparer le safre pour les couleurs employées dans la verrerie et la porcelaine , il &ut prendre deux gros morceaux de zaffera ou safre , les mettre dans des vaisseaux de terre» et les tenir, pendant une [demi-journée» dans la chambre du fourneau : on les fera ensuite rougir au feu du fourneau; et après qu'on les en aura retirés'» il faudra les arroser avec du vinaigre très-fort. Lorsque ces morceaux seront refroidis et séchés» on les boDiera sur un porphyre» et on 4^5 é4ulcorera plusieurs fois avec de Teau chaude dans des vaisseaux de terre i^rnissés ; on laissera à chaque fois le safre se précipiter au fond; l'on décantera ensuite Teau tout doucement ; le safre restera au fond du vaisseau » et sera dégagé de toute saleté et des parties terrestres qui pourraient s'y trouver. La partie propre à la teinture demeurera au fond; on la séchera » et on la gardera dans des vaisseaux fermés pour en faire usage. Lorsque le safre aura été ainsi préparé » il colorera le verre beancoup mieux qu'il n'aurait fait auparavant.

Il y a des safretf de dijBTérens prix» suivant l'intensité et k beauté du bleu qu'ils fournissent : on les emploie dans les manufactures de faïence et de porcelaine pour peindre ces poteries en bleu » en y mêlant une quantité suffisante de fondant» pour que le feu» par lequel on cuit la poterie

OU sa couverte , soit assez fort pour bien vitrifier le safre qui est dessus.

Le bleu de safre est de toutes les couleurs qu'on puisse employer, en vitrification , la plus solide et la plus fixe; elle soutient le feu le plus violent sans s'altérer. (Extrait du Dictionnaire de l'Industrie. )

Bleu d'azur ou d'émaiL

Uni à la potasse et vitrifié , le safre produit de Tazur. Pour obtenir cette composition , prenez : safire, cent à cent cinquante parties ; quartz pulvérisé , trois cents parties ; potasse calcinée » cent quarante parties.

On fond ce mélange dans de grands creusets. Quand la vitrification est complète , ce qui ordinairement a lieu au bout de douze heures , on cueille le verre à la poche, et on le jette dans Teau froide pour le faire tressaillir.

On boccarde la matière, «t on la réduit en poudre fine dans des moulins formés de deux meules horizontales en grès très-dur. On transporte la matière dans un grand cuvier chargé de rpbinets à diverses «hauteurs; puis, en agitant la matière, et en la faisant couler par ces robinets, on obtient de l'azur de divers degrés de grosseur : on appelle mal^-propos émail des quatre feux, l'émail qui ofire ces quatre divers degrés de finesse.

C'est le plus fin qu'on emploie pour la peinture; le plus gros sert à saupoudrer le champ Aes tableaux d'enseigne.

L'azur ou bleu d'émail' est le produit des fabriques de Saxe et de Bohême : il y en a aussi une fabrique dans la vallée du Luchon , dans les Pyrénées.

GOULËVaS MATi^RlËLLKS. LES BLBUS. 343

Voici comment s'exprime , sur le bleu d'azur , l'auteur du Traité de la Peinture au pastel; (Paris, Defer de Maisonneuve, 1788). c L'azur est du verre en poudre que fournit le régule du cobalt , substance métallique particulière, qu'on a regardée long-tems comme une simple mine arsenicale , mais dont on tire un régule qui difiëre absolument de l'arsenic. Les fabriques de Saxe » d'où l'azur se tire , ne le mettent dans le commerce qu'avec beaucoup d*autre verre en poudre ou du sable fin. Quand on fond la chaux du cobalt , sans aucun mélange, (il &ut alors un feu de la plus grande violence) , elle produit un verre d'un bleu si profond , qu'il parait noir. On peul^Bussi tirer ce verre du safre : c'est la mine du cobalt calcinée; mais le safre est mêlé de beaucoup de sable ou de verre. On peut l'en séparer en mettant , par exemple » une once de safre sur une soucoupe. On enfonce la soucoupe dans l'eau d'un baquet; on l'y balance ; le safre s'échappe dans ce mouvement d'ondulation , et laisse le safre. Il peut fournir du régule de cobalt, au moyen d'un flux réductiil »

On trouve aussi de ce régule dans quelques boutiques de pharmacie ; il est fort cher. On sait que ce demi-métal , dissous dans l'acide nitreux avec un peu de sel de cuisine , sur la cendre chaude , forme une encre de sympathie singulière.

Bleu d'indigo*

L'indigo est extrait de l'écorce des branches, de la tige et des feuilles de l'anil^ plante qui croit au Brésil et dans les Indes orientales : on le vend en masse ou en

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très-beau bleu du bois de Brésil rouge de Fernambouc. On fait infuser ce bois dans de l'eau à une chaleur douce; on retire le bois; on fait évaporer la liqueur , en la tenant sur un bain de sable très-doux , l'espace de deux ou trois jours. La fécule desséchée » redissoute et mêlée avec de la gomme, donne une couleur d'un très-beau bleu : peutêtre que l'alun relèverait cette couleur. •

Toutes ces indications » bien qu'elles ne se rapportent pas à des couleurs très- soKdes , nous ont semblé devoir être de quelque utilité.

Bleu de smalt.

Le smalt est un verbe coloré par le safre; il est ordinairement si grossièrement pulvérisé» qu'il devient îm. possible de s'en servir en peinture » et sa dureté est telle, qu'il est fort difficile à broyer* C'est une couleur extrêmement brillante et durable; de manière que, lorsqu'on peut parvenir à lui donner un degré de finesse suffisant , on l'emploie avec avantage à la place de l'outremer. Le docteur Lewis a recommandé , comme pierre capable de broyer ^ette couleur, des plaques en porcelaine dite de Réaumur.

BUu de montagne.

Le bleu de montagne est un minéral ou pierre fossile bleue tirant un peu sur le vert d'eau. Elle ressemble assez au lapis-lazuli; mais avec cette différence qu'elle est plus tendre , plus légère et plus cassante , et que sa couleur ne résiste pas de même au feu. Lorsqu'on fait usage

COULBDAS MATjéRI£LLES. — LES BLEUS. 5^7

du bleu de montagne dans la peinturé , il est à craindre que^ par la suite, la couleur n'en devienne verdâtre. Cette pierre se trouve en France , en Italie , en Allemagne , et surtout dans le TjroL Elle se nomme en allemand bcrg- 6/att, et en latin lapis armcnus, ou cœruUum montanum. On dit que celle qui vient d'Orient ne perd point sa couleur dans le feu. Le bleu de montagne contient beaucoup de cuivre : celui qui est léger en fournit moins que celui qui est pesant ; le premier contient un peu de fer, suivant M. Cramer. On dit que l'on contrefait le bleu de montagne en Hollande, en faisant fondre du soufre et en y mêlant du verd-de-gris pulvérisé.

Cendre bleue.

On donne le nom de cendre bleue à une pierre bleue , tendre , grenelée , presque réduite en poudre , qu'on trouve dans des mines de cuivre /en Pologne» et dans un terrain particulier de l'Auvergne , nommé Puj-de-Mur : elle est d'une grande beauté , et fort en usage dans la détrempe, surtout pour les décorations de théâtre et pour les ciels.

La chimie , dit M. Bourgeois , compose aussi des cendres bleues , en mêlant ensemble trois parties de bon sable blanc cristallisé, bien séché au feu; deux parties de nitre , une partie de limaille de cuivre , une partie de sel commun décrépité , et un huitième 3e partie de sel amjQQioniao* On fai^ fondre le mélange dans. un creuset, on verse la mali^re dans l'eau froide , on la lave et on la tamise. L'eau étant décantée , on fait sécher la poudre bleue , qu'on réduit en poudre impalpable.

348 PROCÈDES ha.t£ri£ls«

— Des bleus-rougeâtres. —

Les bleus de lazulite et de cobalt offrent parfois une légère nuance de rouge» qui leur donne un caractère que les anciens ont appelé kyacinthus color. L'hyacinthe, plante bulbeuse et si odorante de nos jardins , fait souvent voir ce bleu azuré , légèrement teint de purpurin ; enfin , parmi les couleurs bleues teintoriales , il y en a beaucoup qui participent de ce léger mélange.

— Des bleus-jaunâtres. —

Plusieurs bleus tirés des minéraux, tels que les cendres bleues , le bleu de montagne , etc. , ont souvent un œil verdâtre , qui provient du cuivre dont elles sont composées. Le verd-de-gris n'a pas précisément cette nuance , puisqu'il appartient à la classe des verts ; cependant on rencontre souvent cette colorisation dans les produits chimiques provenant de ce métal; et c'est à cette teinte bleue-jaunâtre qu'on a donné le nom de pers , qui signifie couleur qui est entre le vert et le bleu.

DBS VEBTS.

Presque toutes les couleurs de matière homogène, donnant le vert pour la peinture, provi«tfinenl du cuivre; plusieurs sont pernicieuses. Cependant le vert naturel de la malachite , pierre assez rare , et le vert artificiel de

COULBUAS VAt£bIBLL£S. LES VEBTS. 349

cobalt, sont extrêmement solides et durables; quant aux couleurs végétales vertes , elles sont peu solides en général. Les peintres se servent donc ordinairement de deux couleurs matérielles pour composer leur vert : le bleu de Prusse et les ocres ; ou , s'ils ont besoin de produire de beaux verts, ils emploient , au lieu d'ocre, le jaune pur et brillant du chrome , qui cependant n'est pas très-solide , lorsqu'il est en état de mélange avec les autres couleurs. Us emploient aussi le jaune minéral , et depuis peu , le jaune indien , qui , comme nous l'avons dit , semble être une couleur très-fixe.

Les anciens étaient moins embarrassés que nousj en employant les oxides de cuivre, parce qu'il n'entraît point dans leur peinture de blanc de plomb , qui noircit , lorsqu'il est associé à l'oxide de cuivre; et comme ils n'usaient point d'huile pour leurs tableaux , il e% est ré suite que leurs peintures , au moins celles qui nous sont parvenues , foni voir des verts très-frais , suaves et trèsbien conservés.

De$ couleurs vertes des anciens.

Selon M. Ghaptal , il se trouvait parmi les couleurs antiques , qui furent soumises à son examen , une substance qui n'avait reçu aucune préparation de la main des hommes : elle consistait dans une argile verdâtre et savonneuse, telle que la nature nous la présente sur plusieurs points du globe ; cette couleur lui parut être analogue à celle qu'on connaît sous le nom de terre verte de Vérone.

Un fragment , détaché des bordures du plafond de ia

5£o PROCÉDÉS HATàniELS.

chambre appelée les Bains de Lîvie , et paraissant élre (le la nréme couleur que le fond de l'ouvrage , était d'un vert de met foncé. En examinant la matière colorante » sir Davy la trouva être soluble dans les acides avec effervescence; et lorsqu'elle fut précipitée de sa dissolution , et redissoute dans de Tammoniac» elle lui donna la teinte bleue produite par l'oxide de cuivre. Il 7 a , dit sir Davy , différentes teintes de vert employées dans les Bains de %tus , ainsi que sur les fragmens trouvés dans le monument de Gains Gestius. Dans le vase de couleurs mélangées , sir Davy en, trouva trois différentes variétés : Tune, qui approchait de Folive, c'était la terre verte comihune d^ Vérone; l'autre était d'un vert d'herbe pâle : elle avait l'apparence du carbonate de cuivre mêlé avec de la craie; et une troisième qui était d'un vert de mer» c'était line combinaison de cuivre mêlée ayec la fritte de cuivre bleue.

Tous les verts que sir Davy examina sur les murs des Bains de Titus étaient des combinaisons de cuivre. D'après le brillant prononcé d'un vert qu'il trouva dans une vigne , il soupçonna qu'il pouvait contenir de l'acide arsenieux» et avoir quelque analogie avec le vert de schéele; mais , en le soumettant à l'expérience » il ne donna aucune marque de cette substance , et se trouva être un pur carbonate de cuivre. Le verl de schéele (Tarsenite de û«ivre ) , et la combinaison muriatique insoluble de cuivre sont probablement , suivant sir Davy , plus inaltérables que les anciens verts.

Yitruje parle de la chrysocolle (^omme d'une substance native, que l'on trouve dans les mines de cuivre; et Pline parle de la chrysocolle artiricielie , faite avec de l'argile

COl'LEUBS MATÀB1BLL£S. LBS YBBTS. 3&1

qa'on trouve dans le voisinage des veines métalliques ; cette argile était probablement imprégnée de cuivre. Il y a tout Ueu de croire ^ suivant sir Davy , que la chrysocolle native était du carbonate de cuivre , et que la chrysocolle artificielle était de Targile imprégnée de sulfate de cuivre , et rendue verte par une teinture jaune.

Sir Davy pense que le nom chrysocolle dérive de la poudre verte dont se servaient les orfèvres , laquelle contenait 9 comme un de ses ingrédiens , du cari)onate de cuivre.

Parmi les substances trouvées dans les Bains de Titus, il y avait quelques masses d'un vert de couleur d*herbe. Sir Davy crut d'abord que c'étaient des échantillons dTe cbrysocolie native; mais il reconnut ensuite que c'était du carbonate de cuivre : il s'y trouvait des noyaux d'oxide rouge de cuivre ; en sorte que ; probablement ces substances avaient été des clous, de cuivre , ou de petites pièces de ce métal » dont on se sentait dans la construction des bâtimens » et qui avaient été convertis par l'action de l'air , ]^endant plusieurs siècles , en oxide et en carbonate.

Les anciens» d'après ce que dit Théophraste# connaissaient très-bien le veiH-de-gris. Yitruve en parle comme, d'une couleur; et probablement pliftieurs des anciens verts qui sont maintenant des carbonates de cuivre, furent originairement employés dans l'état d'acétite. *-

Les anciens avaient des verres d'un vert foncé trèsbeau ; sir Davy a trouvé qu'ils étaient colorés par l'oxidc de cuivre; mais il ne parait pas qu'ils se servissent de ces verres cftmme de couleurs , après les avoir pulvérisés.

Les verts de la Noce Aldobrandine sont tous de cuivre.

352 PROCâDÉS MATÉRIELS,

ainsi que sir Davy a reconnu que l'action de Facide muriatique sur eux le démontre.

Enfin les carbonates de cuivre » qui contiennent un oxide et un acide , ont très-peu changé*

Fert de malachite.

La malachite est une pierre verte • opaque , très-dure, et susceptible d'un très-beau poli. Si cette pierre n'était pas si rare , elle fournirait aux peintres un des plus beaux verts que Ton connaisse. Cette couleur est toute préparée par la nature. Cependant on peut en produire d'artificielle.

« La malachite se trouve dans les difiSSrens pays où il y a des mines de cuivre. Les plus belles nous viennent de Sibérie ; elles se trouvent d'ordinaire dans les cavités des mines de cuivre » en morceaux protubérances^ plus ou moins grands , plus ou moins compacts; elles prennent attachement comme le$ stalactites et les stalagmites ; on s'en aperçoit facilement , lorsqu'on les examine. La malachite tire son nom de sa couleur , qui ressemble à celle de la mauve» en grec malaehé. On en a long-tems distingué de quatre espèces : l'une verte et de couleur de mauve ; l'autre verte » mêlé» de veines blanches et de taches vertes; une autre d'un fond vert» mêlée de bleu; la quatrième approchant de la couleur de la turquoise.

9 On ne donne à présent ce nom qu'à une espèce de stalactite cuivreuse , d'un très-beau vert; elle est susceptible du poli» et » suivant le morceau et la coupe qu'on en fait » elle ofire des dessins variés et fort agréables , soit par des lignes disposées les unes sur les autres , et de dif-

GOVLEUBS llATiBI£LL£8» — LES VEBTS. 353

férentes nuances de vert y soit par des cercles de diverses grandeurs.

9 Pour faire de la malachite artificielle^ on peut employer le procédé suivant :

» Dissolvez du cuivre par l'alcali volatil, dégagé du sel ammoniac par le moyen de l'alcali fixe^ en laissant cette dissolution , qui est d'un beau bleu d'azur , exposée à l'air dans un vaisseau. L^alcali, décomposant la matière grasse , reste inhérent au cuivre , et lui' donne une couleur verte. Par l'évaporation insensible , on obtient des cristaux du plus beau vert, mais rassemblés confusément i c'est ce qu'on peut nommer malachite artificielle; elle a toutes les propriétés de la naturelle. » (Article extrait de l'Encyclopédie méthodique.)

On trouve aujourd'hui du vert de malachite chez plusieurs marchands de Paris. Il serait prudent de ne l'employer qu'après l'avoir éprouvé.

Vert de cobalt*

Le vert de cobalt est une couleur de nouvelle fabrication , et dont le mérite consiste dans son inaltérabilité et dans la facilité de se lier avec beaucoup d'autres couleurs.

Cette couleur résulte de la combinaison d'un sel de co-» balt avec un peu de fer et d'alumine. On peut voir dans ce produit quelque chose de fort analogue au bleu Thénard mélangé d'un oxide de fer jaune, qui le fait passer au vert. Le vert de cobalt est une couleur précieuse et fiixe qu'on peut employer sans crainte mênle dans les carnations.

354 PROCÉDAS MATÉRIELS.

Vert de scheele.

La belle couleur, connue sous le nom de vert de scheele, fut long-tems considérée comme un arsenite de cuÎTre; plus tard M. Thénard a annoncé que ce n'était que la combinaison du deutoxide d*arsenic et du deutoxide de cuirre; quoi qu'il en soit , voici la manière dont on le fabrique :

c On met sur le feu , dans une chaudière de cuivre , un kilogramme de vitriol bleu (sulfate de cuivre) , avec seize litres d'eau pure; la dissolution étant faite , on retire la chaudière du feu«

• D'une autre part, on fait fondre séparément, à l'aide de la chaleur, deux livres de potasse blanche , sèche , et onze onces d'arsenic blanc pulvérisé, dans six litres d'eau pure; quand tout est dissous , on filtre la liqueur au travers du linge, et on la reçoit dans un autre vaisseau.

• Sur la solution arsenicale on verse la solution de vitriol de cuivre encore chaude ; on observe d'en mettre peu à la fois, et on remue continuellement avec une spatule de bois; le mélange étant fait, on le laisse reposer pendant quelques heures : alors la couleur verte se précipite; on décante la liqueur claire ; on jette sur le résidu quelques pintes d'eau chaude, et on remue bien; on décante de nouveau la liqueur claire. Quand la couleur s'est déposée, on lave une ou deux fois avec de l'eau chaude, de la même manière ; on verse enfin le tout sur une toile , et quand l'eau est passée et l'humidité évaporée , on met la couleur en trochisques sur le papier gris , ei on la fait sécher à une douce chaleur. Les quantités indiquées doivent produire une livre six onces de belle couleur verte

COULBURS MATiaiELLSS. LES VERTS. 355

iPour que la teinte ne s'altère pas, il paraît qu'il faut la recueillir d'abord sur une toile et la comprimer fortement. M. Thénard pense que la couleur serait plus belle , si les lavages ne se faisaient qu'à froid, et qu'on fit prédominer la potasse.

> Le procédé décrit ci-dessus a été modifié par des &bricans de Vienne , et on a donné à leurs produits les noms de vert de Sckweinfurt et de vert de MiiU. Yoici le procédé tel qu'il a été décrit par le docteur Liebig :

1 Sur une partie de yert-de-gris dissous dans suffisante quantité de vinaigre pur , on rerse une solution aqueuse d'une partie d'oxide arsenical blanc ou oxide arsenieux. Le mélange produit un précipité vert sale , qu'on fait disparaître par l'addition de nouveau vinaigre^ Portée à l'ébuUition » la liqueur laisse déposer la couleur , au bout de quelque tems , sous forme de petit» cristaux grenus d'un vert de la plus grande beauté : il faut les laver et les faire sécher.

1 La couleur ainsi préparée, est l^èrement bleuâtre; pour en changer la teinte et la rapprocher de celle que le commerce demande, il suffit de chauffer à un feu modéré dix livres de la couleur avec une livre de potasse de commerce en dissolution dans l'eau : bientôt on voit la masse prendre une nuance plus foncée , et telle qu'on la désire. La liqueur alcaline qui reste après ce traitement peut encore servir pour préparer le vert de scheele. i

Le vert de chrome est encore une couleur très-solide ; on peut l'obtenir en calcinant le chromate de mercure ( combinaison de l'acide chromique avec le mercure, ) Cette couleur e&t peu connue des peintres.

556 PRocéDis hat£bi£Ls.

Terre verte.

c La terre verte, dit M. Pelouze, est / une substance naturelle» probablement une argile imprégnée d'oxidede cuivre. Elle est d'un vert bleuâtre » qui a beaucoup de la nuance dite vert de mer. Cette substance est âpre et rude; elle exige d'être long-tems broyée avant d'en faire usage. La couleur en est durable» mais pas très-brillante. C'est celte substance que Haiiy a désignée sous le nom de chlorite zographique. On en reconnaît de deux séries» savoir : terre verte commune, et terre verte de Vérone. Cette dernière est d'une teinte beaucoup plus belle; elle a beaucoup plus de corps que la terre verte commune » qui est assez pâle. Broyée à l'huile » elle devient d'une teinte vert foncé. »

Quelques personnes considèrent cette couleur comme étant le seul oxide de fer formé par la nature.

On a distingué par des noms diiTérens les diverses couleurs vertes naturelles provenant du cuivre , et l'on pourrait multiplier ces dénominations h l'infini » soit en les faisant dériver des pays qui les produisent » soit en les variant selon la diiTérence des teintes , ou selon l'espèce d'opération; aussi la cendre verte» le vert de montagne» qu'on Irouve dans les montagnes de Kernhaussen » en Hongrie» et qui participe beaucoup du bleu de montagne» dont nous avons parlé, et d'autres couleurs verdâtres métalliques, ont entr'elles une grande analogie, et ne semblent devoir intéresser que les fabricans de couleurs.

Puisque les peintres ont le vert de cobalt à leur disposition , la terre verte leur devient presqu'inutile.

COULEURS MATi;RIELL£S. — LES VERTS. SSy

Vert'de'gri$.

Le vert-de-gris est un oxide de cuivre que l'art produit en employant Tintermède du vinaigre. La nature le produit aussi, puisque Tair recouvre ce métal d'une espèce de rouille verte. Le vert-de-gris a toujours été regardé comme une couleur ennemie et destructrice de toutes les autres; aussi les peintres de tableaux la délaissent-ils. Cependant, on a cherché è purifier cette couleur » c'està-dire, à donner à l'oxide verdet un caractère salin , et à le dépouiller de toutes les impuretés qui accompagnent le travail du verdet ordinaire. Cette opération a lieu au moyen d'une nouvelle addition de vinaigre qui^ étant enébuUition, dissout l'oxide verdet, et produit des cristaux, que l'on nomme acétite de cuivre ou verdet cristallisé. Ce verdet cristallisé doit être pulvérisé, et dégagé ensuite de son eau de cristallisation par le soleil et les étuves; et alors il est plus propre à être employé dans la peinture à huile : il est bien au-dessus du verdet ordinaire pour l'éclat; aussi estil d'un prix plus élevé.

Les peintres peuvent tirer un grand parti de cette couleur, s'ils l'emploient seulement par glacis, sur des dessous, dont les tons seront calculés par l'expérience et par la connaissance des effets de cette couleur. Le jaune de Naples et le bleu de Prusse , ou plutôt le bleu minéral , sont excellens pour préparer, soit des draperies, soit tous autres objets qu'on a l'intention de glacer avec cette couleur. Ainsi , le travail gris-verdâtre du dessous étant bien sec , et les formes de l'objet étant bien rendues, et tous les détails achevés, on glacera de verdet broyé à l'huile de

358 PBOGÉDBS HAT^^IELS.

Un (cette huile étant plus préservatrice de cette influence de Tair sur les sels de la couleur). Au bout de six jours , reflet sera produit , et la teinte turquoise du rerdet sera changée en un vert harmonieux et superbe.

C'est » je crois » par ce procédé , que les peintres vénitiens ont obtenu ces beaux verts , qu'on ne peut reproduire aujourd'hui sans employer Jle même moyen.

f^ert de vessie*

Les végétaux ont fourni aussi à la peinture des couleurs vertes. Le vert, appelé assez improprement vert de vessie, parce qu'on est dans l'usage de le mettre dans des vessies» se fiiit arec le fruit d'un arbrisseau qu'on nomme noirprun ou bourg-épine. (La graine d'Avignon provient d'un arbuste du même genre , et qu'on nomme petit nerprun purgatiH) On cueille les baies du noirprun quand elles sont noires et bien mûres; on les met à la presse » od en exprime le suc » qui est visqueux et noir , qu'on laisse évaporer à petit feu, sans l'avoir fait dépurer; on y ajoute un peu d'alun de roche dissous dans l'eau , et de Teau de chaux. Cette couleur doit être en consistance de miel. On croit qu'elle a été connue des anciens.

La fleur de l'iris donne aussi un vert employé par quelques peintres. Yoici la manière de l'obtenir :

Prenez des fleurs de l'iris bleue ou bulbeuse ( iris bulbeuse de Linné); détachez-en les pétales, prenex -les et jetez le reste, ne prenez même que leur dessus, qui est satiné; &tez aussi la petite nervure houppée : pillez ces pétales dans un mortier en les arrosant d'un peu d'eau , dans laquelle vous aurez fait fondre une petite quantité

COULEURS HATÀRIELLES. — LES BBUNS. 3^9

de gomme arabique et d'alun; continuez à piler ces fleurs, ou plutôt , broyez-les sur un marbre, puis mettez cette espèce de pfite dans une toile forte , et exprimez-en le jus, que TOUS mettrez dans des coquilles, et que vous ferez sécher à Tombre.

Avec des fleurs de violettes ou avec des fleurs de pensées » on peut faire encore, et de la même manière , des verts assez agréables.

Le stramonium, Tacanthe, le tabac , le fenouil d'Espagne , Tarbre colorant de Virginie , etc. , donnent aussi d'assez beaux verts.

Terminons nos observations sur ce point par l'indication d'un Mémoire publié par M. Bizio, et intitulé Mémoria sopra una lacca verde, etc. ; Mémoire sur une laque verte tirée du café, avec quelques observations nouvelles sur la nature et la propriété de la matière colorante de cette semence. Venise, iSig; in-8^

L'auteur passe en revue les expériences faites sur le café par MM. Chennevix, Cadet, Payssé, Séguin, et surtout par Brugnatelli. M. Bizio , en répétant et en continuant les essais de ce dernier , est parvenu à obtenir du cafë une bonne laque verte. Quelques artistes ont assuré que cette nouvelle couleur a été employée avec beaucoup de succès dans la peinture.

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