COULEURS MATÉRIELLES. LES BRUNS
coup; ceux qui einpâtent » et forcent les tons par des noirs durs , s'en passent volontiers » et aiment à faire révoquer en doute sa fixité : d'autres , indifTérens sur Teffet que procure cette couleur forte et translucide» la délaissent par routine , ou ne l'emploient que dans certains cas , par glacis et pour ajouter de la force à certains tons de leurs tableaux.
II est évident que Tiziàno , Gioi^ione, Paul Véronese , etc. 9 employaient l'asphalte jusque dans les couleurs claires , ce qui procure des demi-teintes légères et magiques. Cependant» les Flamands s'en méfièrent; ils préférèrent une certaine laque brune alors en crédit; mais ces préférences ne furent jamab bien motivées. Hagedorns nous dit p par exemple , que l'asphalte embellissait les peintures de Manyocks , et qu'il altérait celles de Joseph Crespi, qui employait cette couleur pour les clairs* On sera d'accord , si , comme je viens de le dire, on ne choisit que celui qui aura été éprouvé à la lumière du soleil » et qui aura été mêlé d'un peu de brun de Prusse et d'un peu de noir d'ivoire.
Le bitume est une substance analogue à la houille , au charbon de terre » au jeai ; et s'il est vriai qu'il provient de végétaux réduits en état de bitume concret , il est vraisemblable qu'il doit y en avoir dont la teinte est plus ou moins fixe et solide. On en a trouvé dans le comté de Neufchâtel» en Suisse. M. Rey a fait, à Paris» des expériences sur les diverses variétés de bitume » et il en a distingué qui étaient extrêmement fixes» solides» et très-propres à être apprêtés pour la peinture.
Pour préparer l'asphalte » il convient de le liquéfier au feu » et d'y introduire de l'huile dans l'état chaud. On
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prend un petit pot vernissé , on le place sur un feu doux, et Fasphalte qu'il contient se fond peu à peu. On y ajoute un peu d'huile volatile d'aspic et de l'huile dessicative dite huile grasse; et comme cette couleur résineuse serait trop fluide , on y ajoute un peu de cire , pour la rendre moins coulante. On remue le tout et on évite l'ébullition. La présence de l'huile d'aspic est préférable à la présence de l'huile de térébenthine. Quant à la présence de la cire, elle n'est pas sans inconvéniens, et je pense que l'addition du brun de Prusse peut en dispenser. On devrait d'ailleurs préférer le spermaceti et ajouter un peu de cristal pilé.
Cette couleur est très^précieuse pour les coloristes , en ce qu'elle est diaphane et favorable aux glacis. Cependant 9 l'emploi du copal est préférable , en ce qu'il permet de (àîre usage de bruns et de noirs dont la fixité est éprouvée. (Voyez au chap. SgS la manière d'employer le copal avec l'huile.)
Brun de momies.
De nos jours» avant qu'on employât l'asphalte^ on imagina de recourir au brun des momies » et cet exemple avait été donné par les Egyptiens mêmes. Cette couleur , qui coûte fort cher en Europe, a eu peu de crédit. Quelques personnes se persuadèrent que la transparence de cette couleur étant due à la présence de l'asphalte , selon elles, il était inutile d'avoir recours à la momie, puisque l'asphalte est à notre disposition. D'autres croient , au contraire , que les Egyptiens n'usaient point d'asphalte pour leurs embaumemens, mais bien d'une autre résine. L'analyse d'une momie, faite à Londres , en 1763 , fit recon-