PEINTURE EN MINIATURE
qui s'exécutent aujourd'hui sur ivoire pour les portraits : ces lavis miniatures s'appelaient jadis peintures à l'épargne 9 parce qu'on épargnait pour les clairs le fond blanc. Cependant on ne peut s'empêcher d'attribuer à ees productions délicates » florentines ou romaines, le nom de miniatures.
Millin , dans son Dictionnaire des Beaux- Arts , article Miniature 9 parle du luxe bibliographique qui, dans le siècle d'Auguste y était remarquable par les ornemens miniatures des manuscrits. Cette méthode de remplir les livres d'omemens , de ligures emblématiques et même de portraits , est, dit-il , fort ancienne; et il cite à ce sujet l'ouvrage bibliographique de 'Varron» auquel étaient joints les portraits des sept cents illustres romains dont il avait écrit la vie.
Les bibliographes , a joute-t-il , ont grand soin de décrire les vignettes significatives des manuscrits : Demurr , LambéciuSy Mont&ucon, l'abbé Rive, etc. , en ont fait graver plusieurs.
1 Les bibliothèques les plus riches dans ce genre de eu* riosité sont , au dire de cq savant , la bibliothèque du Vatican , celle de Vienne, celle de Paris ; la bibliothèque Cottoniène de Londres, et celle de Saint-Marc , à Venise. On trouve encore dans d'autres bibliothèques quelques objets intéressans en ce genre. La Société des antiquaires de Londres a fait graver deux cent cinquante figures prises d'un manuscrit curieux de la Genèse. Lambécius en a fait graver plusieurs dans son Catalogue de la bibliothèque de Vienne. Les figures jointes au Virgile du Vatican, dans le iv"* siècle , époque à laquelle les arts étaient entièrement négligés , expliquent diflférens passages de ce
462 PROCÉDÉS HA^TéniELS.
poète* Les yignettes du manuscrit de TEvangile de saint Guthbert » faites par saint Ethewald , jettent du jour sur plusieurs points relatifs à l'histoire des arts en Angleterre. Ce mamiscrit est conservé dans la bibliothèque Gottonièné: La paraphrase poétique de la Genèse» écrite par Gœdmon, dans le xi* siècle , nous montre les instrumens et les différens ustensiles des Anglo-Saxons ; on la Toit dans la même bibliothèque. Le manuscrit de Térence nous représente les masques et les habits de théâtre conformément à ridée qu'on en avait au xii* siècle. Les vignettes qui accompagnent l'Histoire de Richard II (bibliothèque Harléiène» n** iSig.) nous indique les différentes coutumes relatives à l'art de la guerre , au commencement du XV* siècle. Strutt en a tiré un grand parti dans ses différens Traités d'antiquités. On peut en dire autant du manuscrit de Froissard , de la Bibliothèque royale de France. Quant à notre histoire et à celle de l'Angleterre , cette même bibliothèque possède plusieurs chefs-d'œuvre en ce genre. Le manuscrit le plus curieux pour l'histoire de l'art , est le Livre d'heures d'Anne de Bretagne , sur lequel on voit sur la marge , à chaque page , une plante différente» avec l'insecte qui s'en nourrit» et outre cela, plusieurs peintures isolées, qui représentent les mystères de la Passion » la vie de sainte Anne , et les travaux des douze mois de l'année.
» Un des plus célèbres miniaturistes anciens est Giulîo Glovio» surnommé Macedo» né en 1498 à Grisone» en Esclavonie; son principal ouvrage est un Bréviaire que l'on conserve dans le cabinet du roi de Naples. Il l'exé* cuta en i546» pour le cardinal Alexandre Farnèse; Vasari en fait grand cas» surtout à cause de quelques figures
PEINTURE EN MINIATUAE. 4^5
travaillées dans la manière de Michel* Ange, et à cause des bordures de grotesques très bien exécutées. Albert Durer a exécuté quelques gravures diaprés les miniatures de ce maître. Clovio mourut à Rome en iSyS. Dans le cabinet du duc de Parme , on voyait encore un très-beau Missel enrichi de ses peintures.
i Parmi les autres peintres de miniatures, on peut citer Oderico da Gobbio, en i^3o; D. Lorenzo» en i4io; Attavante et Fra Bernardo, en i4âo; Franc. Giov. Angel, da Fiesole, mort en i45â; Gherardo, mort en 1470; Bart. délia Gatta, Abati di S. Clémente» en 1490; Girol. Ficino, en i55o; AnneSegers» en i55o; Jean Mielich, mort en iSya; Jean-Baptiste Anticone et Annuptio Gallizi , en 1690; André di Yito , 1610; Isaac Oliver , mort en 1617; Giov. Cerv«, mort en 1620; Fil. de Lianno, mort en iGsS; Jacques Ligozio» mort en 1627; Scorza, mort en i65i ; François et Michel da Gastello» en i636; Jean-Bkptiste GastuUi» mort en 1657; Jean-Guillaume Bauer; Sig. Laire» mort en 1640; Jacq. Stella , mort en 1647; Louis du Guerrier » mort en 1659; Phil. Fruitiers» mort en 1660; Pierre Oliver, mort en 1660; Balth. Gerbier» mort en 1661; Bon. Bisi, surnommé PadrePittorino» mort en 1662 ; Jean-Baptiste Borgonzone, mort en 1662; Giovanna Garzoni» morte en 1670; Nie. Gassner et Jean-Baptiste Yan-Duinen , vers la même époque; Samuel Gooper» mort en 1672; Jacques Bailly, mort en 1679; Aubriet et Alemans de Bruxelles, morts en 1700; Jos. Werner, mort en 1710; Elisabeth-Sophie Cheron, morte en 1711; Giovanna -Maria Glementina, vers Tan 1720; Jacques-Philippe Ferrand, mort en 1733; Klingstet, mort en 1734; Manzoni , en 1739; Giuseppe
464 PBOCÉDiS MATéfiIBLS.
di Liguoro » Félicitas Sartori et Maria-Felicia Tibaldi , vers 1740; Jacq. Ghret. Leblond, mort ea 1741; Jacq. Ant. Arlaud, mort en 174^; MaroUes» mort ea 1750; , Rosalba Garriera , mort en 1757; Ismael Mengs, mort en 1764; Melendez et Jean-Bapt. Massa, à la même époque; Baudouin 9 Gustave-André Wolfgang, Martin de Meytens, morts en 1770; Jean-Etienne Liotard » mort en 1776; Ant.-Fréd. Kœnig, mort eni 787; Dan. Ghodowiecky , Fùger , Nixon , Shelly. »
Depuis Theureuse révolution qu'a subie la peinture , à la fin du siècle dernier ^ on a vu , à Paris et à Londres , de très-habiles miniaturistes. Je ne puis m*empêcher, malgré la résolution que j'ai prise, de ne point citer d'artistes vivans p de mentionner ici les belles productions en miniature d'Isabey , de l'école de David. La force du modelé y est jointe au fini le plus vrai; la vie et ses expressions résultent dans ces ouvrages de la justesse de représentation ; un caractère de grandeur ressort au milieu de ces productions si délicates; son mécanisme approprié au but qu'il se proposait est admiré de tous les praticiens. Enfin les plus belles miniatures de cet artiste justement célèbre réunissent ce que la manière anglaise a de lai^e, de facile et d'énergique, àla finesse, le charme et le fini, qui furent toujours le caractère des miniaturistes français.
La miniature, ainsi appelée généralement parlant, peut être exécutée sur toutes sortes de subjectiles blancs et unis , sur toutes sortes de substances. Parlons d'abord du vélin.
Le vélin. — Le vélin d Angleterre et de Picardie est préférable ^ pour la peinture , à celui de Flandre et de Normandie. Le vélin d'Angleterre est très«doux et assez
PEIIVTVRE EN MINIATURE. ^65
blanc; celui de Picardie Test encore dayantage. Quelques personnes croient que le meilleur vélin provient des peaux de veaux morts-nés. Les peintres exigent que le vélin soit de la plus grande blancheur, qu'il ne soit ni gras, ni frotté de chaux , et qu'il ne s'y trouve pas de petites taches , ni de ces veines claires qui s'y rencontrent si souvent. Il doit être bien collé et n'être point spongieux. Si Ton applique le bout de la langue sur l'un des coins , l'endroit mouillé doit être quelque temsii se àécher : s'il se sèche au contraire trës-promptement, il boit et doit être rejeté. On ne peint plus guère aujourd'hui sur le vélin , à moins qu'on ne traite des sujets assez étendus pour qu'on ne puisse trouver d'assez grandes tablettes d'ivoire. Quel que soit l'art avec lequel on puisse opérer sur le vélin , le travail qui en résulte n'a jamais beaucoup d'agrément. Le vélin ou le papier , humecté par la couleur > ne manquerait pas de se gripper : il faut donc qu'ils soient bien solidement tendus. On prend une petite planche , ou une plaque de cuivre » ou un fort carton de la grandeur du sujet qu'on veut peindre. On humecte légèrement le vélin ou le papier par derrière avec de l'eau bien nette; et on le colle seulement par les bords à la planche de bois ou de cuivre , ou au carton : les bords doivent être repliés en dessous au derrière de la planche; et entre la planche et le vélin» on met un papier blanc« En collant , il faut tirer le vélin ou le papier, pour qu'ils soient bien étendus. On prendra garde que la colle ne soit que sur les bords; s'il s'en attachait à la partie du vélin qui se trouve au revers de la peinture» elle pourrait y causer quelque grimace , et l'empêcherait d'ailleurs de l'enlever à volonté de dessus la planche. Les grandes plaques d'ivoire que
466 PBOGÉDis M^TiRIELS.
Ton se procure aujourd'hui ont fait presque renoncer à l'usage du vélin , qui a cependant ses ayantages.
I^ papier. — Quant au papier, on peut essayer de le polir et d'en faire disparaître le grain à l'aide de la dent de loup ; ou bien » on peut le préparer en le couvrant d'une ou deux légères couches de blanc très-fin à la colle, poncées et polies.
La toile. — On peut peLiure eucore sur toile préparée à colle; nous avons donné la manière de &ire cette préparation.
Le bois. — Si on emploie le bois , il devra recevoir aussi le même apprêt que nous avons déjà indiqué. Seulement le poli en doit être plus parfait, puisqu'il s'agit d'y exécuter des miniatures.
On peut peindre encore en miniature sur marbre, sur albâtre , en usant de certaines préparations. On peut même peindre en miniature sur des coquilles d'œufs. Ce subjectile , indépendamment des préparations dont nous venons de parler, en exige une autre; c'est qn'il fiiut les amollir pour les redresser. Leur fragilité semble suffire pour les faire rejeter : cependant si elles l'emportaient h d'autres égards sur les autres fonds ^ elles recevraient assez de solidité de la glace qui les couvrirait , et de la plaque de métal sur laquelle elles pourroient être appliquées. Enfin on a peint en miniature sur ces feuilles qu'on nomme tablettes , et qui servent à écrire avec une aiguille d'or et d'argent, les choses dont on veut se souvenir. Ces feuilles se préparent avec dés couches de blanc très-fin. Cependant on peut dire que les substances sur lesquelles peignent les miniaturistes , se bornent généralement au vélin et à l'ivoire.
PEIRTUBB BN ItlNIATURE. 4^7
Nous allons emprunter plusieurs articles au Manuel de M. G. Viguier. Nous les indiquerons par des guillemets.
Vivoirc, -^ c II convient de choisir Tivoire qui est d'une teinte bleuâtre» et que Ton appelle ivoire verl; il est , dit-on » moins »ujet à jaunir que les autres. Il faut l'exposer verticalement au jour , pour voir au travers si la plaque ne contient pas quelques taches » des trous et des veines en forme de rubans, qui produiraient» par la suite » des effets très-désagréables dans les carnations et les parties claires qu'ellcis pourraient traverser.
i II est utile de savoir remédier à certains défauts» qui peuvent se trouver dans les ivoires préparés du commerce. On pourra employer partiellement , à cet effet » les divers
moyens que nous allons donner ici pour la préparation de
11" • ivoire.
• Grattez d'abord l'ivoire avec un verre ou avec un grattoir fiibriqué à cet effet » ou simplement avec un rasoir bien tranchant» et qui n'ait pas la moindre brèche (parce qu'elle ferait des sillons qu'il serait ensuite difficile de faire disparattre) » en tout sens» c'est-à-dire» d'angle à angle » et de milieu en milieu , afin que la surface soit avivée en entier; puis » avec un bouchon ou boule de papier bien collé » promenez circulairement sur cette surface» une certaine quantité de pierre-ponce pulvérisée très-fine et même tamisée; quand toute la plaque sera mate et que vous la jugerez assez poncée » balayez alors cette poudre avec un petit blaireau ou avec le plus gros et le plus sec de vos pinceaux» votre ivoire sera prêta recevoir la couleur » et dès-lors vous devez éviter rigoureusement que les doigts ne touchent à sa sur&ce» qui pourrait se graisser et laisserait couler la couleur sans la retenir.
» Si ce petit désagrémeat arrivait , on pourrait y remédier en ponçant de nouveau Tendroit touché , avec une petite pierre-ponce taillée en forme d'estompé, ou même
avec le grattoir.
» Dans la préparation de l'ivoire, quelques artistes emploient Tos de sèche au lieu de poudre de pierre-ponce , mais alors il faut avoir soin qu'il n'y reste pas la moindre parcelle écailleuse , qui couperait et rayerait impitoyablement l'ivoire.
» On se bornait autrefois , pour préparer l'ivoire , à le laver d'un colon imbibé de vinaigre blanc , d'alun ou même d'eau salée ou alcaline ; mais ces procédés imparjEaits pouvaient nuire aux couleurs.
» Avant que de fixer l'ivoire sur son pupitre ou sur un carton , il faut le doubler d'un morceau de papier bien blanc , de même dimension , au moyen d'une colle légère d'amidon bien nette et bien blanche , et en le meltant en presse sous quelque objet plat et pesant , afin qu'il ne gauchisse pas ; on le fixe ensuite pour le travail sur un carton , et sur un pupitre , à l'aide de camions ou petites épingles.
» On peut insérer entre l'ivoire et le papier blanc, une feuille très-mince d'argent ou un paillon, maisll s'altère, finit par noircir par places , et produit alors des taches artificielles au lieu de donner un éclat général et de la vigueur aux carnations ou aux étofies légères sous lesquelles on l'insinue.
» On ne saurait désigner la dimension des feuilles d'ivoire du commerce; elle Tarie ordinairement depuis un pouce jusqu'à dix; on en a vu même de douze sur dix- huit pouces , à l'exposition des produits de l'industrie à Paris.
PKINTCAE EN MIKIATUBE. /^Gq
» Mais quelle qu'elle soit ^ , choisissez de préférence la plaque qui aura le moins d'épaisseur» car sa transparence suit nécessairement une progression inyerse. Plus l'ivoire est mince , moins il tend au jaune , plus il est influencé parle papier blanc ou paillon posé dessous , dont l'éclat ou la blancheur traversent plus facilement.
» Quand vous arrondissez votre ivoire , prenez toujours garde à ce que la pointe des ciseaux soit concentrique au milieu de la plaque « sans quoi vous risqueriez de la faire fendre ou éclater en travers. Au surplus , on pourrait ne s'occuper de cette opération que lorsque le porr trait serait entièrement terminé , ou en confier le soin à une personne adroite et munie d'outils nécessaires.
» Pour s'épargner, à chaque portrait, la peine de tracée mathématiquement au compas un ovale, quelques artistes ont l'attention de se procurer une ou plusieurs petites glaces de cette forme , qui leur sert à tracer le contour ovale de leurs portraits.
Voyez ce que nous avons dit , vol. vi , pag. 217, sur le moyen de tracer une ellipse modifiée à. volonté.
» Cette teinte jaunâtre que porte l'ivoire , peut diminuer, si, pendant la belle saison, on l'expose au soleil, en le préservant de la pluie; ou à la chaleur du feu en hiver , en le retournant dès qu'il se gauchit de côté ou d'autre. Cette opération trop prolongée pourrait lui donner trop de mat, et le rendre tout à fait terne, et l'on doit la suspendre à tems, pour ne pas lui enlever la transparence , qui est une si grande ressource dans le travail.
' Ces grands ivoires ge troureat chez M. Delcamp , tabletier , rue de GrenéUt ,n* 4 ; et chez MM. Hindermeycr , rue de Gharenton , n» aa.
470 P&OGÉDis MATERIELS.
Au surplus, ee n'est qu'après un certain nombre de teintes ou de travaux successifs , qu'on verra s'afiaîblir cette tendance que l'ivoîre conserve au ton jaunâtre, i
Voici d'autres indications sur le blanchiment de l'ivoire; on les trouve dans le Dictionnaire de l'Industrie.
On sait que la manière ordinaire de blanchir l'ivoire sale » est de l'exposer à la rosée du mois de mai ; mais cette opération qui n'a pour elle que la simplicité « est sujette à bien des inconvéniens. Elle demande un assez long t^ns, et quelquefois même plusieurs années de suite» la rosée n'étant pas tous les ans abondante dans le mois de mai; de plus elle ne pénètre pas exactement dans tons les replis et dans toutes les moulures ^e l'ivoire : elle n'enlève point le jaune de la fumée qui s'y est incorporée : enfin le soleil qui frappe l'ivoire après une grande rosée , peut j causer des gerçures , et augmente infailliblement celles qui s'y trouvent.
Le procédé que l'on indique ici n'a pas tous Ces inconvéniens, il rappelle l'ivoire à sa blancheur naturelle» et l'opération ne demande pas plus de cinq ou six heures. On prend un petit cuvier proportionné à la grandeur des pièces, d'ivoire que l'on veut blanchir, au fond duquel doit être un trou que l'on bouche avec de la paille» comme dans les cuviers ordinaires; on met dans ce cuvier un morceau de pierre à chaux vive , et ensuite environ un quarteron de cendres de brandevinier; c*est l'espèce de tartre qui se forme au fond des alembics ou chaudières dans lesquelles on distille de l'eau-de-vie; on place ensuite dans ce cuvier des bâtons en croix » au-dessus de la pierre à chaux » sur lesquels on place les morceaux d'ivoire que l'on veut blanchir; car s'ils touchaient
PBINTUIIB EN MINIATURE. 4/1
à la chaux rive, elle les ferait infailliblement lever par écailles. On verse ensuite de l'eau sur la chaux , froide d'abord » ensuite tiède, puis enfin bouillante; opération qu'on répète plusieurs fois. La vapeur qui s'élève de la chaux lorsqu'elle s'éteint pénètre l'ivoiiie jusque dans ses plus petjts replis, traverse ses pores et en détache la crasse la plus enracinée; aussi doit- on avoir grand soin de tenir le envier couvert pour empêcher les vapeurs 4^ s'échap^ per. On reprend la même eau qui s'est écoulée par le bas du cuTier;'on la rejette de nouveau sur l'ivoire, car cette eau de chaux étant alors éteinte peut baigner l'ivoire qui, au bout de cinq ou six heures , est disposé à devenir de la plus grande blancheur. On a alors une terrine pleine d'eau fraîche, et une vergette un peu rude, avec laquelle OQ brosse l'ivoire « en le trempant de tems en tems dans l'eau; alors l'ivoire devient du plus blanc dont il soit susceptible.
Gomme il y a des plaques d'ivoire qui se courbent et se recoquillent, il serait bon d'avoir un moyen de les redresser sans risque de les briser. Le môme dictionnaire, que nous venons de citer, indique comme moyen d'amollir l'ivoire, de le tremper dans la moutarde, et de l'y laisser plus ou moins long-tems , sdion l'épaisseur de la pièce. La teinte jaune qui en résulterait serait facile à détruire, en exposant l'ivoire à la lumière.
Eau gammée. — c La proportion usuelle est d'un huitième de colle de Flandre , la plus blanche, sur sept hi\itièmes dégomme arabique, aussi de premier choix. Il faut préparer à-la-fois une certaine quantité d'eau gommée et la tenir enfermée dans une fiole de verre blanc bien bouchée. Pour l'emploi on en versera dans un godet et l'oq
47 s PROCÉDÉS HATiAI£LS.
n*y puisera, ni avec le bout du doigt ni avec un pinceau ; c'est avec un tube de verre ou un tuyau de plume qu'il faut en mettre dans le godet où Ton veut délayer une couleur , ou faire un mélange gouacheux.
9 Au lieu de colle de Flandre , d'autres artistes mettent un quart de sucre-candi sur trois quarts de gomme.
» Mais si Ton emploie cette dernière eau gommée , on aura soin , dans Télé ou l'automne p de tenir l'ouvrage , dès qu'on cessera d'y travailler , bien enfermé , de manière que les mouches , attirées par le sucre-candi , ne puissent parvenir jusqu'à lui.
» On peut 9 dit-on ^ parer à cet inconvénient au moyen d'un peu d'eau infusée de coloquinte.
» Le gommage d'une couleur doit être proportionné à la nature ou à l'emploi de cette couleur; ainsi les couleurs telles que la laque» les ocres jaunes et le vermillon exigent moins de gomme.
» Les couleurs telles que la terre de Sienne» Focre de rue » le brun-rouge , le bistre » l'outremer demandent au contraire plus de gomme et souvent un second broiement; les ombres auxquelles les terres servent de préférence » n'en acquièrent que plus de vigueur et de transparence p et l'emploi a moins de diflBcultés.
» On ne gomme jamais ni le vert d'iris ni la gommegutte; ces couleurs portent leur gomme et souvent même avec excès.
» En général » toute couleur qui » étant sèche » n'offre pas un luisant trop dur, ou ne tend pas à se déliter» ou
qui » frottée avec le doigt » n'y adhère et n'y déteint pas »
est assez gommée. Dans le premier cas , elle s'enlèverait
bientôt par écailles ou feuillets; dans le second, elle
PEINTUBfi £N HINIATUR£. .47^
se détacherait partiellement, ou elle ne retiendrait pas les couleurs qu'on lui superpose. \
» Enfin, l'excès de gomme, même dans les endroits les plus obscurs de l'ouvrage , produit un effet dur et sec , que l'élève doit éviter lorsqu'il charge plus ou moins son pinceau d'eau gommée avant de prendre la couleur sur sa palette. Le luisant et l'épaisseur qui en résultent nuisent à l'harmonie , même sous la glace qui servira de vernis au portrait, i
Palettes. — a Les palettes peuvent être de diverses matières » mais on emploie préférablement celles d'ivoire ou celles de verre , que l'on adapte sur une semelle de carton ou de bois pour parer à leur fragilité , après en avoir peint le dessous d'une couche de blanc de plomb à l'huile. Les premières ont surtout l'avantage d'offrir, dans le mélange d'ébauche, les mêmes tons exactement que l'on aura sur l'ivoire à peindre. Leur grandeur et leur forme varient; il y en a de rondes, d'ovales, etc.
• Depuis quelques années , on a remplacé les palettes en faïence et celles en terre de pipe par des palettes en biscuit de porcelaine.
» Les palettes ont en général ou la forme des palettes d'huile, bien qu'on ne les tienne pas à la main et que cette façon soit de pur agrément , ou la forme ovale ou carrée : leur dimension varie ordinairement de six à neuf pouces dans le plus grand sens.
» Il y a des palettes de biscuit entièrement planes , et d'autres où l'on a ménagé, à la surface , des creux ronds propres à recevoir les cokn^rs. Au centre de l'ovale décrit par ces creux , on peut placer l'amas de blanc.
» La miniature, c'est-à-dire, le travail des chairs (safis;
474 PROGBDÉS MATiaiBLS.
gouache), exige ordinairement deux palettes : l'une bien gommée pour Tébauche » et Tautre qui l'est moins et qui offre des couleurs plus maniables au fini.
» Chaque professeur, ou , pour mieux dire, chaque artiste charge ou fait charger sa palette selon sa méthode particulière.
» Quelques miniaturistes , à l'exemple d'Isabey , font charger de couleurs de petites plaques carrées d'iyoire. Ces plaques remplacent alors les palettes. Nous serions fortement tentés de les conseiller , à cause de la commodité à les charger isolément de nouveau, lorsqu'une d'elles n'a plus de couleurs.»
Couleurs» — Le très-grand nombre de couleurs qui figure sur la palette de nos miniaturistes y a été introduit plutôt par routine que par nécessité. Nous ayons suffisamment démontré que , lorsqu'on possède les trois couleurs matérielles primaires ou élémentaires , on peut posséder toutes les teintes , si l'on y ajoute les tons obscurs , pt si l'on y ménage pour les tons clairs le blanc de l'iyoire. Je n'en dirai pas davantage à ce sujet , et je vais exposer U série des couleurs matérielles qu'emploient nos miniaturistes d'aujourd'hui. Ces couleurs sont : — Le blanc de crems \ — Le jaune indien, le jaune de Naples, l'ocre jaune, l'ocre de ru ou l'ocre de Wolffenbuttel , ou , si l'on veut , les ocres artificiels appelés jaunes-mars. — Le précipité rouge- violet, l'orangé-mars, la terre de Sienne brûlée. — Les laques de garance , le carmin de
' Il est curieaz , dit M« Gonstaat ^'^îer , de Un lea détûb de la fabrication du blanc de plomb , dont les produits ont subi des peifec* tionnemens, dans l'ouvrage De rê arehiiectcnicâ , que Gassiodore écrivait vers 540.
PBINTUBB BR MINIATUBB. 4?^
garance , la laque de cochenille» le carmin de cochenille » le vennillon de Hollande , de la Chine » le rouge-mars ou Focre rouge. — Le YÎolet-mars, le violet de Gassius. — • L'outremer, le bleu de cobalt» l'indigo» le bleu de Prusse.
— Le vert de cobalt » le vert minéral » le yert de yessie.
— Les bruns de fer, la terre de Sienne naturelle» la terre de Cassel » la laque brune de garance» l'encre de la Chine» le bistre » le noir d'ivoire » le noir de bougie \
ff Nous recommandons comme un conseil important de ne pas charger les couleurs destinées à la gouache au revers de la palette des chairs. Il est rare que » dans la transition des travaux de carnations à ceux des accessoires» on ne soit pas arrêté souvent par la crainte de mêler entr'elles les couleurs humectées» en retournant sa palette. On attend qu'elles aient séché; l'observation fiiite et la correction à efTectuér s'oublient» et le défaut subsiste» parce que le travail s'est trouvé suspendu. Il vaut beaucoup mieux les charger sur une seconde plaque d'ivoire. On peut alors » selon le besoin » recourir facilement et même à la fois » à l'une ou l'autre de cei palettes.
Pinceaux* — • > On n'emploie que des pinceaux faits de queoe de martre ou de petit gris,
» Les pinceaux de martre servent principalement pour les fonds; il» offrent l'avantage de conserver plus longr
' On propote, dadt l'aDciena» Encyclopédie» an noir préférable à celui d'ivoire , qui a moins de corps » et qui est aussi léger que l'encre de la Chine. Il se fait avec l'amande de la noix d'acajou. 'On ûte la pellicule qui couTre cette noix : on calcine ensuite l'amande an feu , et on l'éteint aunitôt dans un linge mouillé d'ean-ds-vle on de vinaigre. D'ailleurs on prépare cette couleur comme le bistre ; il faut avoir soii^ de la broyer k plniieura reprises» et de la laisser sécher chaque fols. ^
476 PROCÉDÉS HATÉRIBLS.
tems en état liquide la couleur , et donnent par conséquent plus de loisir pour gouacher. A cet effet, on les choisit carrés et applatis du bout. De très-petits serviront aussi pour finir.
» Les pinceaux de petit-gris servent pour le travail des chairs y pour les étoffes et le fini des fonds, ou» pour mieux dire , on pourrait les employer uniquement. Il faut donc les choisir avec le plus grand soin.
9 II ne suffit pas de leur voir bien former la pointe chez les marchands : ne balancez pas à faire usage du verre d'eau destiné à cet essai ; trempez-y le pinceau que vous voulez éprouver et roulez -le sur l'index; si, après avoir été désunis et déployés par cette opération , Tous les poils reviennent sur eux-mêmes , en ne formant qu'une pointe bien conique, qu'aucun d'eux ne dépasse isolément, il est bon; mais pour peu qu'une mèche de poils dépasse ou s'éloigne , il faut le rejeter.
» C'est du bon choix des pinceaux que dépendent la facilité, l'égalité, la franchise du travail et l'agrément de l'exécution. Il en est d*un mauvais pinceau comme d'une plume mal taillée entre les mains d'un habile écrivain : la hardiesse des traits , le coup-d'œil général de l'écriture décèleront son talent et sa hardiesse , mais en même tems , les traits éraillés , les déliés épais ou grossiers attesteront le mauvais état de la plume qu'il employait. vEncore l'écrivain peut-il avoir la ressource de rendre meilleure sa plume, le miniaturiste ne peut guère améliorer un mauvais pinceau.
» Il devra donc , avant que ses pinceaux commencent à s'user d'une manière trop sensible , les mettre de côté , pu les garder pour des travaux préparatoires seulement
PEIRTUBE EN MIRUTVBB. 4??
tels que le frottis de l*ébauc&e» les dessous des fonds, etc. Cette réforme doit s'opérer dès qu'ils n'offrent plus une pointe assez fine pour le haché des chairs ou des linges légers , en un mot , pour tous les travaux qui exigent de la propreté et du précieux.
• S'il n'y avait cependant qu'un poil qui dépassât la pointe du pinceau , on pourrait le raccourcir en passant rapidement le pinceau au travers de la flamme d'une bou< gie : ce procédé réussit plus par hasard encore que par adresse. On doit passer le pinceau au travers de la flamme d'abord par l'extrémité inférieure de la hampe en retirant de cette extrémité jusqu'à la pointe.
» Gardez-vous de jamais retoucher vos pinceaux avec un canif ou avec des ciseaux; la fleur du poil en serait infailliblement enlevée.
» L'habitude où l'on est généralement d'essayer les teintes, sur un garde-main, fait ordinairement de papier très-coUé , ne contribue pas peu à détériorer aussi les pinceaux^ ce frottement répété souvent sur la surfiatce soyeuse ou grenue du papier , enlève tôt ou tar|^ la fine fleur du poil , et a de plus l'inconvénient de déposer sur le papier la portion la plus franche de la couleur.
» Pendant le travail, et surtout dans le fini, ne craignez pas , pour maintenir vos pinceaux en bon état et leur bien faire faire la pointe , de les rouler ou glisser entre vos lèvres. Ils ne contiennent jamais assez de couleur , fût-ce même des plus nuisibles , comme l'orpin ou la gomme -gutte , pour en redouter les propriétés dangereuses ; et quant aux couleurs minérales , la gomme a trop modifié leur action , pour qu'elles puissent attaquer les dents ou l'estomac.
478 PAOGÉDiS MATÉRIELS.
» Ud accident assez fréquent et par suite duquel les dieilleurs pinceaux deviennent tout à coup inutiles » est celui de la fente du tuyau de plume , soit que la hampe le fasse éclater » soit par toute autre cause; il faut, aussitôt qu'on s'en aperçoit , faire une double entaille en x » avec un canif bien coupant , à Textrémité inférieure de la fente , qui dès-lors se trouve arrêtée.
» Pour prémunir les pinceaux des attaques des vers ou autres insectes qui les dévorent souvent jusqu'à la plume, quelques artistes mettent du camphre dans la botte ou case qui les renferme ; mais comme son odeur ne tarde pas à s'évaporer, il faut la renouveler fréquemment. D'autres pensent qu'il faut éviter tout rapprochement immédiat des odeurs fortes et pénétrantes , aussi nuisibles à la miniature que les rayons du soleil.
1 Les hampes des pinceaux peuvent être de baleine , d'ébène , d'ivoire ou de bois dur. Celles en pointes de hérisson supposent plus de luxe et ont cet avantage que plus grosses dans le milieu , cette partie seule reçoit le froissempntqui s'exerce sur les pinceaux eux-mêmes, formant partie saillante , lorsque leurs hampes ne sont que légèrement amincies aux extrémités , et tend  les détériorer.
» Quelques miniaturistes portent l'attention jusqu'à colorer en totalité ou seulement d'un cercle ( à l'huile ) les hampes de leurs pinceaux , selon la couleur à laquelle ils les destinent, afin de ne pas s'en servir pour une autre; mais on peut faire des ouvrages très-beaux et d'une grande pureté sans se soumettre à cette servitude , à ce changement perpétuel de pinceaux. La perte de tems , et le tâtonnement que nécessite chacun d'eux successivement ,
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sont loin de compenser ravankage qu*il y a à n'employer pour tout Fouvrage que deux ou trois pinceaux auxquels la main s'habitue insensiblement.
9 Nous sommes entrés dans beaucoup, de détails sur les pinceaux , parce que , nous le répétons , leur choix , leur bonne qualité et leur conservation » sont de la plus grande importance en miniature.
Le grattoir, — « Quoique l'usage du grattoir ne soit pas encore généralement adopté, nous avons dû en parler ici , afin que l'élève fasse un choix entre son emploi et les procédés plus longs et plus incertains, par lesquels on le remplace dans quelques cas.
> Ce grattoir » d'une forme plus allongée que ceux de bureau , qui sont ordinairement en cœur , doit avoir la pointe moins arrondie , très- mince et très-coupante.
9 Quelque soin qu'on apporte dans le pointillé , dans le haché d'une teinte , il est rare que la couleur ne s'agglomère pas en quelques endroits et n'y forme pas des points éminens , qui grossissent sensiblement en continuant le travail. Ce sont ces points , ces petites masses de couleur causées parla coïncidence du pointillé, le croisement des hachures ou l'excès de gomme , qu'on amoindrit, qu'on enlève même avec le grattoir. Mais il faut beaucoup de dextérité pour s'en servir dans les parties fines et détaillées , comme les yeux , la bouche et les mains , et cependant le grattoir est plus Ëicile à manier que le pinceau dont nous allons parler. L'expérience apprendra combien il est utile dans les demi-teintes , qu'on peut éclaircir en enlevant , avec son aide , les points les plus foncés , ou foncer en enlevant les points trop clairs. » Mais pour être bien secondé dans ces opérations , qui
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exigent de l'adresse » le grattoir sera d'un coupant très- Tif. Il faut l'aiguiser fréquemment sur la pierre; sans cette précaution , il materait , il polirait les points faisant épaisseur» au lieu de les effleurer, de les- amoindrir , ou de les enloTer, selon la nécessité. Il est bon d'avoir plusieurs grattoirs , et afin de ne pas recourir sans cesse au coutelier» nous conseillons à l'élève de se munir d'une petite pierre à huile « blanche» ou mieux encore» d'un cuir à rasoir» qu'il saupoudrera de tems à autre» d'émeril pulvérisé.
» Avant de vouloir modifier ou enlever la couleur avec le grattoir, il faut attendre qu'elle soit parfaitement sèche.
» Les procédés du grattoir se remplacent par une opération dont la routine seule prolonge la durée : elle consiste h mouiller d'eau pure , bien précisément » le point ou la tache qu'on veut enlever ou modifier» et quand on la croit bien imbibée , de la happer avec un autre pinceau peu humide. On peut juger combien cette opération offre de difficultés et de chances dans des parties fines et délicates» oh le point trop imbibé peut s'enlever en attirant avec lui ses alentours » etc.
f La première manière » de beaucoup préférable » est celle que nous conseillons d'adopter dès les premiers essais.
— Ùachurts. c Le faire par hachures devient d'un usage plus général; c'est vraiment celui des artistes auxquels sa manutention rappelle le plus l'exécution du dessin au crayon » et le brossage de l'huile. Avec de la hardiesse on acquiert bientôt » dans le haché » de la dextérité et du moelleux.
» La dimension , l'inclinaison » le croisement des ha-
PBJNTUAB EN MINIATURE. /^ii
chures ou leur parallélisme, yarient selon les objets qu'on représente. Ou elles forment des lozanges plus ou moins allongés , ou elles sont repiquées à Tune de leurs extrémités selon TétofFe qu'on ?eut peindre. Ce faire est plus expéditif y plus dans les principes de l'art , même que le pointillé f dont il n'offre pas la monotonie et les autres désagrémens. On peut en varier le travail à l'infini , par la combinaison multipliée et diverse des hachures , par leur développei]^ent plus ou moins grand; enfin , il offre une infinité de ressources et de partis, que la minime étendue d'un point rond ou régulier » et par conséquent peu susceptible d'expression , ne saurait compenser,
1 Quelque faire que l'on adopte , selon les circonstances et les objets , on doit s'habituer à n'humecter la couleur qu'autant que cela est indispensable poor pouvoir peindre. On doit éviter de la noyer , c'est-à-dire , d'em* ployer trop d'eau , manière vicieuse qui force d'abord à déposer sur le garde-main ce que le pinceau contient de trop liquide 9 et par conséquent la partie la plus fine du ton; et ensuite, qui expose à faire goutte sur l'ivoire, inconvénient qui nécessite de la patience , car on ne peut le réparer qu'après avoir enlevé cette goutte au pinceau ou au grattoir , quand elle est parfaitement sèche.
9 On doit aussi , dans l'un et l'autre faire , éviter de travailler long-tems à la même place , et d'y revenir avant que les hachures de dessous ou le pointillé précédent , ne soient parfaitement secs; on risquerait de les détremper , et aa lieu d'ajouter il un ton déjà placé , on finirait par les enlever; inconvient majeur à éviter.
1 Si le croisement multiplié des hachures et l'accumulation de quelques points, viennent à former de petites
48s PROCÈDES MiLTÉRIELS.
épaisseurs , il faut , dès qu'elles sont sensibles , les enlever au grattoir, car elles acquerraient de la grosseur de plus en plus, si l'on continuait à travailler sans les effleurer ou les enlever avec cet instrument , bien tranchant, i
— Draperie*. Ceux qui ont voulu expliquer par quels procédés-pratiques ou chromatiques on représente les étoffes , les gazes , les fourures , etc. , ont parlé dans le désort , quand ils se sont adressés h des élèves étrangers aux règles de la peinture , ou au moins aux règles de la représentation. Quant aux élèves bien instruits dans cet art de représenter, ces explications détaillées leur ont été de peu d'utilité , chaque artiste ayant son procédé particulier.
« La plupart dés draperies j dit M. C. Yiguier , s'exécutent à gouache : les taffetas, le satin et quelques étoffes légères sont seules exceptées. Le travail de miniature serait beaucoup plus long , aussi peut-on dire qu'il a cessé d'être usité depuis quelques années pour les draperies. On a vu cependant quelques artistes les préparer par des teintes d'aquarelle , et réserver le blanc pour les plis lumineux seulement. »
— Les fonds à gouache, « La teinte du fond étant composée d'une ou plusieurs couleurs modifiées de blanc et étendues modérément d'eau gommée , et la même teinte étendue de plus de blanc étant placée dans deux godets séparés , il faut prendre un gros pinceau de martre carré bien fourni et formant une pointe plate; trempex-le dans la teinte en l'y plongeant et l'y agitant de manière qu'elle ne se soit pas décomposée par l'effet du repos ; lavez l'ivoire, pas trop épais , mais rapidement et par méplats de gauche à droite, comme les peintres d'histoire ou de paysage ont coutume de brosser à l'huile ; ou par ha-
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chures , inclinées de droite à gauche et parallèles dans chaque couche » manière qui se rapproche plus du maniement du crayon. L'un et Tautre faire est bon; c'est à celui pour lequel on a le plus de facilité qu'il faut se fixer. En approchant du clair vous transportes dans le godet de votre teinte un peu de celle plus claire que vous avex préparée à part.
• Mais il est rare , il est même impossible que Ces deux premières teintes aient un degré de consistance suffisant pour l'ombre du fond ^ et vous serez forcé d'y revenir plusieurs fois; alors il est bon de ne pas faire suivre au haché précisément la même direction que pour le premier; il faudra , à cet effet » tourner insensiblement , de la main gauche, Tivoirev pendant qu'on hachera la seconde teinte, et l'on agira de même pour toutes celles qu'on superposera. L'enchaînement des hachures dans ce genrd* de travail produit un coup-d'œil moelleux et gras; exécuté avec franchise et liberté , il déguise la peine qu'on a prise pour le rendre partout très-uni à l'aide du grattoir. » J'ajouterai que s'il était heurté il ne semblerait pas fuyant.
» Comme le grand art pour faire un fond est de le composer d'une teinte ou plutôt d'un mélange de teintes , qui forment , par leur ensemble et leur juxta-position , un champ dont la couleur harmonieuse ne puisse pas se définir par le nom, d'une des couleurs primitives de la palette » il faut , au lieu de se borner à l'éclaircir à l'aide du blanc , composer dans des godets séparés , ou simplement sur sa palette de gouache , quelques demi-teintes verdâtres, jaunâtres, rougefltres, bleuâtres ou brunâtres , qu'on allie de blanc peu gommé, pour les étendre par places, dans la couche générale donnée au fond, lors-
^6^ FROCàDis HAT^BIELS.
qu'elle est prête à être sèche, et qu'il lui reste assez d'humidité pour que ces Dourelles teintes puissent s'y poser , et pas trop pour que le fond s'enlève au bout du pinceau qui devrait les y placer.
» Le même inconvénient se renouvelle chaque fois que le pinceau repasse sur un endroit frais. Il faut donc apporter toute son attention à ne pas refaire une hachure par deux coups , le second emporterait le premier; et si l'ivoire perce encore au travers d'une hachure » il ne £siut la retoucher et remonter de ton que lorsqu'elle est parfaitement sèche.
9 Quand il s'agit d'éclairer un fond , préférez toujours pour en alléger la teinte un mélange gouacheux d'ocre plutôt que de blanc , car il a moins de transparence et surtout moins de chaleur , et il tend toujours à plâtrer. L'ocre et la terre de Sienne donnent plus d'harmonie; le jaune de Naples est aussi de quelque ressource pour éclaircir dans les fonds verdâtres; on le glace d'eau colorée quand il est sec.
1 Ces fonds gouaches peuvent être couchés jusqu'au bord de la silhouette que forme la tête; il faut surtout bien respecter le contour des chairs qui tranchent sur le fond ; cette précaution gênante devient inutile autour des habillemenSy sur lesquels quelques hachures , en se prolongeant , ne font point un mal irréparable , puisqu'à leur tour ces étoffes seront gouachées; mais il faut les respecter autant que le profil des carnations , si ces étoffes légères ne doivent pas être faites à la gouache. La même observation s'applique aux cheveux.
1 C'est au bord des contours des carnations (qu'ils suivent à l'aide d'un pinceau de petit-gris ) que quelques
PEINTURE EPr MIXUTURE. 483
artistes commencent leurs fonds gouaches; d'autres, au contraire , ne les entourent que lorsque le i^ste du fond est couché.
9 C'est principalement dans le travail des fonds que l'emploi du grattoir est indispensable , surtout dans les premiers tems; il servira à diminuer les épaisseurs qui peuvent s'y être formées par le croisement des hachures ou les parties grenues de gomme et de couleur , et à les repiquer en clair ou en ombre, suivant qu'on pointillera la partie obscure ou lumineuse.
» Si , malgré toute votre attention à placer les demi-tons les plus argentins ou les plus harmonieux è l'entour de la tête , elle se détachait sèchement sur le fond » composez un nouveau mélange ou plutôt un glacis gouacheux » de blanc, de noir de bougie et d'une pointe de laque ou d'ocre, suivant la carnation; et le fond étant bien sec, vous pocherez irrégulièrement , mais avec légèreté , les parties du fond qui environnent la tête et sur laquelle elle fait silhouette.
— Les fonds sans gouache, c D'habiles miniaturistes » et notamment des peintres anglais , se sont absolument interdit l'usage de la gouache pour les fonds , et même pour toutes les étoffes et les accessoires de leurs portraits. Les exemples de cette méthode , surtout pour les premiers, se multiplient chaque jour, de manière h faire présumer que ce procédé, qui exige, il est vrai , beaucoup plus de tems et de talent , et qui offre moins d'agrément dans le travail , moins de ressource et de célérité , pourrait néanmoins prévaloir un jour.
» La réforme du blanc et du mélange aqueux deux à deux ou même de plusieurs couleurs entre elles , et cellp
486 PROCÉDÉS MATJSRIBLS.
des mélanges gouacheux , ne s*opèreroiit sans doute pas très-prochainement » parce que la gouache offre beaucoup plus de célérité , de facilité et une variété infinie des tons et des teintes qu'on n'obtient , au moyen de la miniature ou de l'aquarelle, que par de nombrenx hachés progressif de couleurs superposées isolément les unes des autres. Or l'effet de ces hachures superposées est plus ou moins conjectural , et on ne peut obtenir par son moyen assez de vigueur et de corps , pour empêcher toute influence de la part de l'ivoire (dont le ton jaunâtre par la suite tend toujours à percer au travers des couleurs ) ,h moins qu'on ne multiplie ces travaux hachés , qu'il est très-difficile d'unir suffisamment.
1 Une méthode bien préférable et qui finira sans doute, grâce à l'influence des meilleurs artistes , par compenser l'autre , est celle d'ébaucher les fonds comme les carnations, sans mélange de blanc, ou même de combiner entre elles les couleurs comme à l'aquarelle , et de les mélanger avec l'eau gommée, mais toujours sans le secours du blanc, pour préparer les tons les plus vigoureux de son fond.
» On prépare , à cet effet , dans autant de godets séparés , quelques teintes aqueuses composées d'ocre et de terre de Sienne, pour celles qui sont plus claires; de terre de Sienne brûlée et de mars bistre ou de précipité; de laque et de brun mars pour celles qui sont d'un brun chaud; ou bien de bleu et de terre de Cassel, d'outremer , de laque et de noir de bougie , pour celles qui sont bleuâtres ou verdâtres , en mettant de l'indigo de préférence à l'outremer avec de l'ocre ou de la terre de Sienne; ou grisâtres : noir et précipité, ou d'un ton mys-
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térieux grisfttre-roussâtre : ocre de rue, terre de Cologne et indigo.
• Munissez-yous d'un fort pinceau» trempez-en la pointe dans celui de ces mélanges qui fera mieux opposition avec la partie ombrée des cheveux » ensuite dans celui qui fera mieux ressortir leur partie éclairée; agissez de même pour le profil de la carnation et pour les étoffes , sans vous occuper de nettoyer ou d'essuyer votre pinceau en changeant de mélange» ni vous mettre en peine de fondre les plaques que ces mélanges hachés ou lavés les uns auprès des autres , ne manqueront pas de former.
• Vous pourrez , comme nous l'avons déjà dit » suivre les carnations qui se profilent sur le fond ainsi que les boucles de cheveux ou les étoffes qui ne doivent pas être gouachées , avec un petit pinceau qui vous perchette d'en découper exactement les contours sans bavocker dessus » inconvénient qui n'est réparable qu'au grattoir ou au moyen de la gouache , et qu'il vaut mieux éviter par un peu plus de précaution.
1 Pour réparer les coutures que forment ces teintes séparées» appliquées à la manière de l'aquarelle» on peut unir au moyen du même procédé en hachant ces s4pa* rations d'un ton mixte» c'est-à-dire» qui tienne de l'une et de l'autre » et qu'on prend dans les mélanges formés déjà préparés» auxquels on ajoute la couleur qui favorise la transition : du jaune pour passer des tons rouges aux tons bruns ou aux tons verdâtres; du noir» pour passer des tons gris aux tons bleus » etc.
> D'autres miniaturistes se bornent à composer une teinte générale gouacheuse qu'ils allègept de blanc ou mieux d'ocre dans la partie lumineuse du fond; et à laver
488 PEOCÉDÉS HAT^RIELS.
OU travailler y par hachures larges, courtes et serrées, sur tout le fond qu'ils harmouisent assez rapidement; mais cette teinte doit être peu épaisse et produire l'effet d'une eau légèrement colorée de couleurs opaques , qui aient cependant quelque consistance, telles que le blanc, l'ocre ou le jaune de Naples.
Les fonds mixtes. -— » Le travail de la gouache et celui de la miniature , si différons quant à l'état des couleurs ,
doivent nécessairement produire un contact plus sensible que celui de la miniature avec l'aquarelle. Il faut donc tout le talent, toute l'habileté d'un maître consommé dans cet art, pour employer simultanément la gouache et la miniature dans un ouvrage d'aussi petite dimension que ceux que traite cette dernière; le contact et la limite sont d'autant plus difficiles à dissimuler et à cacher, que les couleurs maniées différemment, produisent aussi deux aspects différons. Cependant on les emploie simultanément, mais la plupart du tems pour des objets séparés; ainsi Ton peint les carnations entièrement en miniature et les draperies se gouachent presque toujours.
» II n'y a que peu d'artistes qui aient réussi à cumuler l'ufte et l'autre dans le même fond.
> Au lieu d'étendre le mélange gouacheux ou teinte de fond jusqu'au bord de la tête , on anrête le haché à une distance plus ou moins grande et d'une manière irrégulière autour du portrait, de sorte, cependant, qu'il n'en résulte pas une espèce d'auréole bien ronde. Cet espace reçoit un travail semblable à celui des carnations, ou même un travail d'aquarelle qu'on glace sur le fond déjà couché , en le modifiant avec les couleurs ou les diverses teintes que nous avons indiquées plus haut, approchées
PEINTURE EN HINIATURE. 4^9
alors jusqu'au tour de la tête , sur l'espace réservé de l'îvoîre.
» Cette méthode y la plus incompréhensible au coup d'œil, et par conséquent la plus parfaite, puisqu'elle offre le plus de vague , qualité nécessaire au travail d'un fond uni , est aussi la plus difficile , et nous ne Favons indiquée en dernier lieu que pour faire sentir à l'élève que ce n'est aussi qu'après beaucoup de pratique et de main qu'il pourra la tenter. »
Malgré tout le charme qui résulte , pour les ouvrages surtout de très-petite dimension » du procédé de miniature è gomme , par lavis , hachures et pointillé , tel enfin qu'il se pratique aujourd'hui , je persiste à dire qu'on peut exécuter d'une autre manière des miniatures remarquables , par leur fini , leur vivacité et leur durée. Cette manière est la manière encaustique. Les artistes qui auront fait des essais selon la méthode qui a été indiquée au vol. viii* de ce Traité, reconnaîtront la vérité de cette assertion.
Terminons par l'indication d'un moyen fort ingénieux, pour répéter fréquemment le même portrait en miniature, tel que celui d'un souverain, d'un personnage célèbre, etc. Faites graver aux points le portrait-type trèsressemblant: collez une épreuve de ce portrait- type sous votre ivoire , et exécutez votre ouvrage , en vous servant de ce dessous transparent, que vous pourrez même enluminer en rouge , et selon la carnation de l'original. En cachant la planche et les épreuves , personne ne se doutera du moyen abréviateur et certain que vous aurez employé.
490 PaOGÈDis MATÈAlBLâ.