‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 68 sur 104 · DE LA PEINTURE A L*AQUARELLE OU AU LAVIS · texte numérisé non relu

DE LA PEINTURE A L*AQUARELLE OU AU LAVIS

JL'aquaeblle est une espèce de peinture sans empâtement; elle s'exécute à Teau très*peu gommée » et chaînée de couleurs légères et très-transparentes ; c'est pour cela qu'on l'appelle aussi lavis , parce qu'on délave , pour ainsi dire, toutes ces couleurs , et qu'on les étend d'eau; en sorte que cette eau n'est que teinte. Les Italiens l'ont appelée aqua tinta ou eau teinte; ils l'ont appelée aussi aquarella , d'où est venu le mot français aquarelle : les Anglais disent water cotars , couleurs à l'eau*

Il y a cela de différent entre l'aquarelle et l'enluminure, que celle-ci n'est qu'une teinture variée superposée sur des estampes , tandis que l'aquarelle est apposée sur le papier nu , et que le dessin et les effets sont l'ouvrage d'une seule main. Les enlumineurs sont des espèces d'ouvriers qui suivent un patron; les aquarellistes sont des peintres inventeurs qui ont pour moyen matériel des couleurs transparentes délayées à l'eau. Il est à croire que l'expression enluminure vient du mot alun , parce qne les imagers qui colorent les estampes les frottent d'abord d'une certaine eau de colle et d'alun « pour empêcher rimbibitjpn qui aurait lieu sur les papiers d'imprimeur non collés. Les peintres en lavis n'usent pas du même procédé , parce qu'ils emploient des papiers collés et fabriqués pour leur genre de peinture.

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Beaucoup de peintres ont exécuté à l'aquarelle leurs esquisses ou leurs croquis : ils les ont exécutés quelque-» fois avec la couleur monochrome de Tencre de Chine, du bistre , ou de la seppia ; quelquefois avec les diverses teintes ou nuances aquarelles. La netteté de ce travail, fait avec des couleurs aussi fluides, aussi légères, plaît quelquefois. Mais les coloristes habiles sont seuls capables d'en tîrer un heureux parti. Sous la main des mauvais peintres, étrangers à la perspective des teintes , ce genre de peinture est toujours factice , aride et froid«( Aujourd'hui on recherche l'aquarelle pour deux raisons : la première , c'est que l'on aime beaucoup le petit, le délicat, le léger, le badiné; le second, c'est que la peinture à huile en petit est loin de la fraîcheur et de la gaité de l'aquarelle. Outre cela , l'outil ou le métier est bien plus apparent dans ce genre que dans d'autres, et les petits connaisseurs sont de grands juges en ce genre de peinture, dans lequel c'est la main qui , presque toujours, joue le principal rôle.

Puisque chez nous la mode règne et prédomine dans les arts , il est bien naturel qu'elle prédomine dans les procédés. Il y a soixante ans , le pastel était de mode. Tous nos papas figuraient sous glace en habit de velours noir, veste d'or à ramages; aujoui*d'hui les portraits de nos jolis-cœurs, de nos élégantes sont suspendus à la cheminée, dans un petit cadre très-large, bien doré, et plus ou moins romantique; leurs boucles, leurs touffes de cheveux, leurs gazes bouillonnées et colorées, leur air penché , leur afféterie de bon ton , tout cela est peint joliment à l'aquarelle souvent sans fond , et le tout allant se perdre aux alentours sur le papier , comme un soufle. Enfin le lavis , noble expédient d'autrefois , employé sans

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prétention par le génie des Raphaël , des Poussin , des Claude Lorrain , etc. , est devenu le métier principal , le moyen d'adresse de nos maîtres A^album, de nos donneurs de bon goût.

Par la critique que j'ose iaire ici , je ne prétends pas insinuer que la peinture aquarelle ne soit point un moyen précieux > ni que ce procédé , auquel se livrent tant de personnes du sexe , soit indigne des jolies mains qui le pratiquent à Londres surtout et à Paris; mais je répéterai ce que j'ai cru devoir dire au sujet de la miniature , c'est que , pour produire de bonnes choses par ce procédé , il ne suffit pas d'avoir de la main et de l'adresse de singerie, mais il faut encore bien connaître les règles positives de la peinture.

Les couleurs à l'aquarelle ne sont pas plus sujettes à s'évanouir que les couleurs des autres peintures , lorsque ces couleurs sont d'un bon choix. On voit tous les jours des fleurs p des insectes qui , représentés anciennement par ce procédé y offrent encore aujourd'hui les nuances les plus vives , soit de l'outremer » soit de la garance.

Il est à remarquer que les peintres de l'antiquité employaient beaucoup les couleurs par lavis ou teintures , afin d'obtenir la transparence propre à exprimer les ombres et les fuyans. Quant à la fixité de ces couleurs antiques par lavis , nous allons en parler en rappelant la fixité de la teinture de leurs étoffes.

Plusieurs peintres ont excellé de nos jours dans le genre de l'aquarelle. On a vu exposés à Paris des fleurs admirables , des oiseaux superbes représentés par ce procédé avec le plus grand éclat de couleurs. Plusieurs aquarellistes ont acquis une célébrité européenne Irès-méritéc ;

PEINTURE A l'aquarelle. ^Qd

je m'abstiens de les nommer ici. Enfin on a vu à Rome , au commencement de ce siècle , un peintre napolitain qui exécuta au lavis des portraits bustes grands comme nature, et qui sut leur donner une force, une vie, une chaleur tellement remarquable qu'en leur opposant des chefs-d'œuvre des célèbres portraitistes flamands ou hollandais , ceux-ci paraissaient sortir de la cendre ; mais un grand savoir , une grande patience pouvaient seuls produire de tels résultats. -

Voici ce qu'on lit dans l'ouvrage remarquable de M. E. Martin (Elémens de chimie appliquée aux manufactures» aux arts et à l'agriculture. Paris , 182g; 2 vol. Chez Âudin, quai des Augustins» n^ 25. )

c L'art de la teinture appartient aux premières périodes de l'histoire , et Ton ne peut douter qu'il n'eût fait les plus grands progrès dès les tems les plus reculés. Homère nous parle de ses héros comme parés de robes de pourpre et de tissus imprimés; et il est certain que , dès celte époque, les peuples de l'Egypte, de la Perse et de la Syrie avaient porté l'art de la teinture à un degré de perfection que nous avons lieu de croire ne pas avoir été surpassé , ou même atteint de nos jours , sous le rapport de l'éclat et de la solidité des couleurs. Nulle part on ne voit les anciens auteurs se plaindre de la fugacité des nuances que l'on savait communiquer aux tissus; et l'on rencontre à cet égard , au contraire , des témoignages irrécusables , qui prouvent combien peu ces nuances ékiient altérables. On trouva , dit Plutarque , dans les trésors de Darius , après sa défaite par Alexandre, des étoiTes teintes en pourpre d'un prix infini , et qui avaient le même éclat que le premier jour , quoique plusieurs fussent déjà fa-

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briquées depuis deux cents ans. Les Phéniciens , qui se livrèrent avec tant de succès au commerce et aux arts de luxe » répandirent en Europe la connaissance de différent procédés de teinture , et la supériorité qu'ils conservèrent dans cet art ne fut jamais contestée. Ils attachaient une telle importance à l'éclat et à la vivacité des couleurs , qu'ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que les. vases d'étain étaient plus propres que ceux de cuivre à la préparation des bains de teinture , et ils tiraient de l'Angleterre une grande quantité d'étain fin , dont une partie servait à confectionner leurs chaudières. Cette précaution de leur part prouve que les mordans qu'ils employaient étaient purs ; car , sans cela , ils n'auraient jamais remarqué l'altération légère qu'apporte dans les nuances qu'on doit obtenir l'usage des vaisseaux d'airain ou de cuivre.

Il est fâcheux que les écrivains romains , à qui seuls nous pouvons emprunter quelque lumière sur l'antiquité, aient dédaigné d'entrer dans aucun détail sur les arts industriels qu'ils appelaient arts servileê; leurs leçons eussent épargné des tâtonnemens infinis aux modernes dont les opinions sont opposées > sous le rapport de l'estime accordée aux arts , à celles du peuple romain qui n'estimait comme digne de lui , sous la république , que l'agriculture 9 maintien de sa liberté politique , et les armes. Nous sommes réduits , quand nous parlons des arts chez les anciens peuples , à nous en tenir à quelques faits isolés qui se trouvent par hasard consignés dans les ouvrages de leurs écrivains. Pline » qui déclare en termes exprès qu'il n'entrera dans aucun détail sur la teinture » parce que c'est un art abandonné aux esclaves , nous apprend cependant en termes précis combien l'art de teindre était

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exercé avec perfection en Egypte. 11 est curieux , dit-il , de voir chez ce peuple des étoffes blanches» après avoir été recouvertes de substances incolores , prendre dans le même bain de teinture les nuances les plus variées» qui ne reçoivent aucune altération de l'air. Ces expressions sont une déclaration incontestable que l'art d'imprimer les tissus était connu des Egyptiens. Ces peuples appliquaient surtout leurs préparations sur les étoffes de coton qui étaient fort recherchées à Rome » et qui avaient » à ce qu'il parait » cette finesse et cette perfection de tissu que l'on ne retrouve que dans les produits des Indes; mais les Égyptiens n'étaient pas les seuls qui connussent l'art d'imprimer Itfs tissus. Des peuples, qui pouvaient passer pour barbares auprès d'eux , le connaissaient aussi dès les tems les plus reculés, et on en trouve la preuve dans un passage d'Hérodote , qui assure que les habitans du Caucase imprimaient sur leurs vêtemens des figures de différens animaux , à l'aide de divers mordans , et que les couleurs qu'ils appliquaient de cette manière duraient autant que l'étoffe.

Dans les contrées de l'Inde, l'art de la teinture était» du tems des Romains » au même point de perfection où il est encore aujourd'hui ; mais en Perse , on peut dire qu'il a décliné » depuis cette époque , par suite des dévastations des barbares qui ont désolé- ces contrées» et de rétablissement du mahométisme. Les conquêtes d'Alexandre et la formation des empires macédoniens en Asie» firent connaître aux Grecs , qui jusque là ne s'étaient occupés que de beaux arts et de liberté» les arts de luxe qui avaient énervé les peuples qu'ils nommaient barbares»* et c'est alors que l'art de la teinture fut cultivé avec quel-

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que succès dans la Grèce. C'est de là qu'il fut transporté à Rome deux cents ans après; et les Romains l'introduisirent vers la même époque dans la plupart des autres contrées. Cependant la supériorité dans les pratiques de la teinture resta toujours aux Orientaux, et la pourpre de Tyr , de Perse , ou des Indes l'emporta jusqu'à la fin sur la pourpre delà Laconie qui, en comparaison , était sans éclat.

t •• Quand on pense que» ilya un demisiècle» personne» ni en France» ni en Angleterre » ne savait teindre le rouge des Indes » et que » dans ce tems , l'art de l'impression n'était encore que fort grossièrement pratiqué» on appréciera les assertions prématurées de ceux qui dépréciaient l'antiquité pour exalter leur propre science » et qui ne songeaient pas qu'en Orient » depuis plus de trois mille ans » on imprimait les tissus avec la même perfection qu'aujourd'hui dans l'Inde» et qu'on savait obtenir des nuances dont l'inaltérabilité et l'éclat font le désespoir de tous ceux qui s'occupent de teinture aujourd'hui. Ce qui fait en ce moment la supériorité de nos produits sur ceux des Indiens» ce n'est ni la grande perfection des tissus » ni l'éclat » ni la solidité des couleurs » c'est la célérité avec laquelle nous travaillons » et que nous devons à la mécanique » et à la beauté des dessins » à la distribution desquels préside ce goût exquis dont nous avons hérité des Grecs; goût précieux qui naquit et se perfectionna au plus haut degré chez ce peuple admirable sous tant de rapports» et le distingua de tous les autres peuples du monde.

9 Mais pour en revenir aux connaissances des anciens en teinture » nous allons rapporter succinctement quel-

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qaes opinions qui feront voir à quel point on a décidé sans connaissance de cause dans cette affaire , et combien des hommes, très-savans du reste, ont présenté d'assertions ridicules sur cette matière. M. de Jussieu » ayant fait un voyage en Amérique, il y a un siècle environ^ remarqua que certaines peuplades de cette contrée teignaient en rouge leurs vêtemens de coton , avec le suc qu'ils exprimaient d'un coquillage. Ce sarant n'hésita pas à conclure de là que ces sauvages connaissaient le secret de la pourpre antique , et que les anciens avaient àd ne jamais teindre en cette couleur que des tissus de coton ; opinion qu'il est ridicule de mettre en avant, puisqu'elle est contraire au témoignage unanime des anciens auteurs qui ont parlé de leur pourpre. Un autre savant , celui-là était un Anglais, imagina que les Phéniciens employaient comme nous la cochenille pour teindre le pourpre; mais que, dans la vue de dérouter leurs imitateurs, ils avaient feint d'employer un coquillage pour cette teinture , et, de cette manière , avaient entretenu dans l'erreur tous les peuples de l'antiquité. Il serait curieux de savoir com- . ment ce savant Anglais a pu être désabusé le premier, et dans quel manuscrit il a trouvé l'explication d'une ruse dont Aristote j Pline et Plutarque avaient été la dupe dans des siècles et dans des pays différons. Du reste, il faut convenir que les anciens connaissaient la cochenille , et que les Orientaux en tiraient une grande quantité de l'Inde; et l'on ne peut en douter, lorsqu'on lit la description que Ctésias et QEIien font de cet insecte et de la plante qui le nourrit. Ce qui a pu engager Bertholet à comparer la pourpre des anciens à nos couleurs rouges ternes , c'est que différons chimistes , ses contemporains ou ses devan-

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ciers , avaient obtenu des mêmes coquillages connus des anciens différentes nuances de rouge sans vivacité. Fallaitil croire pour cela que ces savans avaient trouvé le secret de la pourpre? Il appartenait à un chimiste, qui a enrichi l'art de la teinture de tant d'ohservations importantes» de remarquer que les substances tinctoriales ne produisent des nuances vives et durables que lorsqu'on les traite de la manière la plus convenable , et qu'on les applique avec leur mordant approprié; et qu'ainsi il est tout aussi ridicule de prétendre avoir découvert la pourpre , parce qu'on obtient une couleur rouge avec des buccins » qu'il le serait de dire qu'on sait teindre en écarlate , ou en rouge des Indes» lorsqu'on produit avec la cochenille un rouge sur laine» ou qu'on colore le coton en rouge avec la garance. > Nous ajouterons à ces détails sur l'art de la teinture chez les peuples de l'antiquité» que cet art, oublié totalement en Europe depuis l'invasion des barbares » repassa en Italie» aujtxn* et xm* siècles» par suite des relations commerciales que Venise et Gênes établirent avec l'Orient. Au XVI* siècle» cet art commença à s'introduire en France 1 mais il ne fut pratiqué avec succès que dans le courant du xvn* » oii le gouvernement liii accorda une protection particulière. Dans le xviii*, de savans chimistes s'appliquèrent à débrouiller les théories de cet art; mais il ne commença à se perfectionner véritablement en Europe qu'après la révolution qui s'opéra dans la chimie à la fin du siècle dernier. C'est vers cette époque que l'on s'efforça plus que jamais de porter » dans l'appréciation des recettes de la teinture » toutes les lumières que pouvait fournir la chimie» et que l'art d'imprimer les toiles reçut» en peu d'années» les perfectionnemens les plus imporlans.

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Cependant tes circonstances qui peuvent se rencontrer dans la teinture sont si rariées , les matières colorantes en si grand nombre » et les sujets à teindre si différens de nature , que les théories présentées pour lier les faits sont restées jusqu'à ce jour incomplètes. »

Nous allons dire quelque chose maintenant sur le technique de la peinture à Taquarelle; mais d'après ce que nous avons recueilli sur la peinture en miniatftre il reste peu d'explications à communiquer concernant le lavis* Voici ce qu'indiquent presque tous les livres à ce sujet.

Le trait ayant été arrêté sur le papier, on prend aved le pinceau beaucoup de couleur bien délayée, pour établir les grandes masses , tout à plat , sans s'occuper des détails. Pour parvenir aux demi-teintes légères , on trempe le pinceau dans l'ëàu , sans reprendre de couleur, et l'on étend , en approchant des lumières , la masse déjà établie, jusqu'à ce qu'elle s'accorde doucement avec le blanc du papier : on sent bien qu'il faut opérer promptement , pour ne pas laisser à la couleur le tems de sécher. Ce lavage grippe le papier : il faut donc, avant d'y procéder , surtout quand on veut faire un dessin fini et agréable , tendre le papier sur une plaùche , en le collant sur les bords.

Quand les masses sont établies, on passe aux détails. On tient à côté de soi un morceau de papier blanc , sur lequel on essaie ses teintes avant de les porter sur le dessin. On adoucit et l'on fond les teintes en prenant dans le pinceau de l'eau sans couleur; on finit par frapper les touches. Quelquefois on fait des touches à la plume.

On peut suivre une manière inverse de celle que nous venons de proposer , c*est^-dire , établir d'abord les dé-

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tails , et glacer ensuite les masses par-dessus : ce procédé donne plus de brillant et de transparence au dessin.

La manière de se corriger , dans ce genre de dessin , est assez diiBcile : elle consiste à passer une éponge mouillée sur ce qu'on a fait; ce qui affaiblit tout rouvrage» et rend maître de faire des changemens à l'effet; mais cette opération gâte le papier et nuit à la propreté du travail : le papier Éeriendra même spongieux» si l'on ne se sert pas d'eau alunée. D'ailleurs on ne peut changer le trait , et les formes restent telles qu'elles ont été d'abord établies : tout ce que l'on peut Êiire, c'est d'en perdre quelques-uns dans les ombres , et de dissimuler au moins les défauts qu'on ne peut détruire. Mais on peut , tant que l'on veut p retoucher son dessin , en étendre » en renforcer les masses d'ombres, et en donnant aux touches plus de TÎgueur» en rendre l'effet plus fier et plus piquant : aussi voit-on des dessins ébauchés au lavis « et terminés à la plume ou au crayon. Tous les procédés sont bons , quand on s'en sert avec habileté.

Le dessin au lavis est prompt et expéditif , et les ouvrages faits dans ce genre sont fixés au même instant où ils sont secs ; ils ne craignent pas le frottement comme les dessins au crayon relevés de blanc.

^Papier. — L'espèce et la qualité du papier sont d'anc grande importance dans ce genre de peinture : aujourd'hui c'est le papier connu sous le nom de Wathmann , qui est employé le plus généralement. (Voyez ce qui sera dit au chapitre 610 sur ce point.) On est dans l'usage , lorsqu'on tend le papier soit sur la planchette, soit sur le stiratore , d'imbiber par derrière la feuille avec une eau légère d'amidon.

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Pinceaux. — On doit , dans ce geare de peinture , se servir plutôt de gros qae de petits pinceaux pour les fonds : on fera bien de les choisir carrés ; et pour les carnations et les objets délicats» on les prend do petit- gris. Il faut, après qu*on a fini, les bien laver et les tenir toujours nets.

Vùutrenur. — Il faut n'employer que l'outremer broyé très -fin 9 et le mêler dans de Feau un peu gommée » à laquelle on ajoute une pointe de sucre candi.

Venere de Chine. — Lorsqu'on casse de la bonne encre de Chine, elle doit faire voir une surface d'un beau noir luisant. Desséchée après qu'on l'a délayée dans le godet , elle doit offrir une superficie brillante et comme cuivrée; enfin sa pâte doit être homogène et excessivement fine. La composition de la véritable encre de Chine n'est pas encore connue : ce que nous savons se réduit à ce que nous apprend le père Duhalde, qui assure que Ton prépare l'encre de Chine de la manière suivante : On met ensemble, dans de l'eau, dit- il, les plantes //<>Atan^ et Kangsung , des gousses d*un arbrisseau nommé Tchu hia; les Chinois y ajoutent un peu de musc. Quelques personnes croient que cette encre se compose en Chine avec le noir d'une espèce de pêche. On imite plus ou moins bien en Europe l'encre de Chine : de la gélatine préparée d'une certaine façon , et du noir de fumée composent cette imitation. Le Dictionnaire d'industrie , au mot Encre , indique le noir du charbon provenant des noyaux d'abricots ^ comme donnant ^me encre auss} bonne que l'encre de Chine : il' faut mêler ce noir avec de la gomme.

Le bistre^ — Le bistre est une couleur qui est &ito avec h suie : celle qui provient de la combustion de la

5o8 P&OCÉDis HATÉai£L6.

houille est la meiUeure; il ne s'agît qae de broyer oelte suie à Teau , de faire bouillir et de décanter eelte eau* tJn boD bistre tout fait est la liqueur qui découle des tuyaux de poêle : le bistre porte avec liii un gluteo , et on n*y ajoute point de gomme.

Le noir de chieorée, — Cb fait un beau noir roussfttre pour l'aquarelle avec la chicorée » en prenant une certaine quantité de racine de chicorée brûlée et en poudre, ^mblableàcelle qu*on emploiequelquefoispour mêler avec le café. Faites bouillir cette poudre dans un litre d'eau , pendant quatre heures consécutives : passez ensuite le tout dans un linge fin et blanc , et faites évaporer la liqueur au bain-marie , le résidu sera la couleur cherchée. Vous ferez sécher cette couleur , à l'ombre , dans un vase vernissé y et vous la préserverez de la trop grande chaleur ou de l'humidité.

Seppia. — «La seppîa, dit M. G* Yiguier» provient de la liqueur noirâtre contenue dans la vessie d'un poisson » qu'en France on nomme aeiche ou sèche, en latin, sepù^, et en italien » seppia. Cet animal est de la classe des mollusques , ainsi que le calmar ou cornet > qui lui ressemble beaucoup, çt qui> comme lui, possède également la même liqueur noire.

9 Lorsque cesajEumaux se sentent poursuivis par un ennemi quelconque, ils lâchent la liqueur que contient une vessie qu'ils ont a^ji hoç, troublent toute l'eau qui les environne, et parviennent^ par ce moyen, à se soustraire au danger qui les menace. On en trouve beaucoup dans la Méditerranée , dans la mer Adriatique , dans l'Océan Atlantique et dans le canal de la Manche. > On fait sécher au soleil la vessie de ce poisson, remplie

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de sa tiqoeur, et avec hh grand nombre de oe» yemes, on forme des espèces de grappes» qu'on vend aux fiabricans de owleurs*

» G'e»i ordinairement tpràs une tempête et après le reflux dans les grandes marées , qu'on trouve » sur la plage, une grande quantité de ces poissons ou de leurs os*

• Pour préparer la couleur contenue dans la vessie» on commence par briser un grand nombre de ces vessies, et on met la couleur sèche qu'elles contiennent à trem* per dans un vase verni» rempli d'eau pure et bouillante : on délaie bien cette couleur , et on a soin de la remuer cinq ou six fois et de la laisser reposer ensuite.

• On décante l'eau k quatre reprises difiérentes , et les sédimens qu'elle laisse servent aux tablettes fines. Le surplus sert pour la couleur de seconde qualité.

9 Quand les difiKrens sédimens sent bien secs , an les broie chacun à part sur un porphyre, en y mêlant de l'eau de gomme arabique avec une légère partie de sucre candi» et on la ramasse avec un couteau de corne ou d'ivoire , pour la mettre dans des formes et en faire des tablettes.

> Quelques fabricans de couleurs y mêlent ou du bistre» ou de la terre de Gassel ou de la laque de garance. La plue pure est la meilleqre.

-1 Les os de sèche servent aux orfèvres pour dépolir les métaux. En calcinant ces os» et en les réduisant en poudre fine et bien tamisée» on se procure à peu de frais un excellent moyen de dépolir les ivoires » pour y peindre la miniature. On s'en sert aussi en aquareUe pour enlever des blancs : c'est ce qu'4m nomme os de sèehe porphy* risé. >

Noir de bougie. ^— Pour faire le noir de bougie , ayez

5o4 PROCÉDÉS HATÉBIBLS.

un vase de porcelaine, que vous suspendrez renrersé» par un moyen quelconque ^ au-dessus de la flamme d'une bougie de cire pure. Au bout d*un quart d'heure , quand la fumée aura formé du noir en quantité suffisante, dans ce ?ase que vous baisserez à mesure que la bougie se consume, éteignez la bougie et laissez refiroidir le vase. Alors» arec un pinceau sec » vous réunirez tout votre noir de bougie , et avec de l'eau de gomme arabique» mêlée d*un peu de sucre candi» vous délaierez ce noir arec un vieux pinceau » que vous laverez ensuite » et que vous garderez pour cet usage; plus cette couleur sera mêlée» plus elle sera foncée.

Je crois devoir répéter Ici que l'emploi des trois couleurs élémentaires qu'on peut se procurer avec le jaune indien » le rouge de garance et le bleu de lazulite » épargnerait bien des soins» et diminuerait le nombre infini des couleurs matérielles que les aquarellistes étalent sur leur palette; ib y trouveraient de plus l'avantage d'avoir fixes et durables toutes les teintes qui résulteraient de ces trois couleurs génératrices et solides; ils auraient aussi, par le mélange de ces trois couleurs , celte teinte neutre qu'on appelle aujourd'hui teinte neutre de Newman» et qui sert à achromatiser les couleurs » pour produire» comme par glacis» soit les ombres» soit les ombrages» soit les obliquités.

FUI dô bœufi — Quant au fiel de bœuf employé à l'aquarelle» 'A provient du fiel extrait des anguilles» et desséché à l'air. Lorsqu'on veut s'en servir » on le détrempe dans un peu d'eau-de-vie » et on le mêle avec la couleur dont il augmente l'énergie et le ton.

On appelle encore pierre de fiel une pieri*e qui se trouve

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dans la vésicule du fiel des bœufs et autres aotmaux ruminans. Ces pierres sont de différentes grosseurs et plus ou moins arrondies. Broyées sur le porphyre , elles donnent un beau jaune franc qui s'emploie dans la miniature et à la détrempe; on pourrait les préparer pour la peinture à huile. La bile même des animaux ruminans , après avoir été desséchée , peut être employée à fiiire une couleur jaune.

Voyez , sur la manière de conserver le fiel de bœuf pour les peintres 9 la Bibliothèque britannique, janvier 181 8 9 n* 585. — Les Annales des Arts indiquent le fiel de bœuf décoloré à l'usage de la peinture » vol. n* i65, pag. S7O9 mars 181 5.

Parmi les auteurs qui ont écrit sur la peinture k l'aquarelle ou au layis, on peut citer A. Bosse, Buchotte, Gauthier (Emmanuel) 9 Goérée, Kratzeinfteins , Lanselles^ Lefébure de Saint- Alphonse» Mansion » Mayol, Melignan, Salmon » Smith. Les ouvrages de ces auteurs ont été cités au Catalogue, vol. i"". Voyez aussi, dans ce même Catalogue, les ouvrages indiqués sous les n^ s8, 4^, i55, s59. Nous avons déjà signalé le Manuel du peintre au lavtê et à C aquarelle 9 par M. Langlois de Longueville; Paris i8fi8. Quant au traité que vient de publier récemment M. Duménil , nous n'avons pas été à tems pour lo consulter.

5o6 PROCiDBS BATiUlfiLS.

GHAWTRE 600.

DE LA PfiUtTUEE AU PASTEL.

JL A8TEL Tient du mot italien pastcllo (petits rouleaux de pite ) t parce q^e cette peioture s'ex^ute arec des rouleaux ou crayoD^ l^endre^ de difenses couleurs, qu*oo frotte sur un papier teqda » qui bappe et retient cette couleur sèche et w poudre.

Il est assez inutile de rechercher Tprigipe de cette espèce de procédé matériel de peiotiire; cAr l'idée en est venue certaipement dcuas tous les lems aux desAÎnateurs-peintrès» Jiorç^u'îk employaient des crayons assez tendres pouiP $tre étendus et feomme fondus sou» le doigt ou sous l'estompe. Les AUemands prétendent cependant que ce fut Alex» Thkdequi* Tan 1 685 , en fut rinrenteur. D'autres attribuent cette inireniion ^ M"' Heid • oée k Dantcick eo i68$» et morte en ij^h

Vers le milieu du xvui*' siècle , la peinture en pastel était fort en vogue* Cette vogue a fini avec ce même siècle. Alors il était tellement de mode de (se faire peindre en pastel , qu'il n'y avait guère en France de provincial un peu aisé qui ne rapportât de son voyage à Paris son portrait ou celui de son épouse, exécuté en ovale pour vingtquatre livres » tout emborduré avec la glace , et quelquefois très-ressemblant , bien qu*nne ou deux séances eussent suffi au peintre. Les petites villes , les villages furent traversés par des peintres en pastels. On voit encore dans

PBINTVBB AU PASTEL. Soy

les auberges de France de ces tableaux représentant certaines faces burlesques, qui semblent les unes moisiespar reifet du papier bleu abandonné par le pastel , les autres balafrées , parce qu'elles ont reçu le coup de baki de la serrante soigneuse , lorsque la glace du portrait se trpit* vait brisée.

Qu'on ne pense pas , en apercevant de ces pitoyables pastels brouillés à figure bumaine, que ce procédé de peinture soit incapable de produire de savantes , de vives imitations; il s'ep faut de tout; et les têtes vivantes de Latour , leij carnations tendres et fines de Rosalba , de Natier , de Yigée en sont la preuve. On vante encore les beaux portraits de Liotard , appelé le peintre turc ; ceux de J. Russel , peintre anglais , etc.

On a peu perfectionné le pastel, parce que les peintres habiles qui savaient bien l^aiter oe genre appliquaient de préférence leur talent à des tableaux & huile , et que les peintres médiocres ou les amateurs manquaient d'idées et de zèle pour découvrir des améliorations. Aujourd'hui, je le répète, on semble avoir délaissé ce genre de peinture.

Cependant les peintres pourraient retirer du pastel un grand profit pour leurs éludes préparatiMres. Ils pourraient, avec le pastel, fixer des échantillons savans de cer^ taines carnaUons , de certaines teintes qui doivent entrer dans leurs ouvrages k huile. La promptitude avec laquelle on exécute au pastel est précieuse pour ceux qui veulent saisir la nature et s'emparer de quelques-uns de ses charmes toujours si lugîtift. Je pense donc qu'il .n'est pas permis à un coloriste de ne pa» faire- des études selon ce procédé de re|Mrésentation. Quant k la mode, comme cette déesse &ntasque reparaH après certaines périodes , ainsi

5o8 PROCÉDÉS MATiRlfiLS.

que le» comètes » il ne tient peut-être à presque rien qu'elle n'ordonne à toutes nos demoiselles d'aujourd'hui de jeter là leur palette et leurs huiles , et de se mettre à parfondre gracieusement du hout du petit doigt la poudre rose du pastel et le tendre azur de ses crayons. Cela vaudrait bien les tristes et noirfitres badinages de leur pinceau souvent adroit , mais si souvent ignorant dans leurs peintures exécutées à huile.

Quels sont donc les perfectionnemens que requiert le procédé au pastel? On en a cherché un avec beaucoup d'ardeur ; mais c'était chercher à détruire le caractère même de cette peinture. On a donc voulu fixer le pastel. N'était-ee pas vouloir ôter le velouté aux fruits, la suavité aux carnations ? N'était-ce pas geler et vernir ces joues si douces au toucher? N'était-<:e pas leur enlever ce duvet imperceptible , qui distingue les teintes jeunes bien imitées par ce procédé matériel ? Enfin les artistes , en cherchant à fixer le pastel, voulaient fixer aussi et augmenter la confiance et le goût du public pour un genre qu'il regardera toujours comme trop fi^agile , trop fugitif, et comme ne produisant que le souvenir d'un moment Nous indiquerons bientôt les moyens employés pour ob* tenir ce fixé.

On premier perfectionnement vraiment désirable serait la qualité durable des .couleurs d'après les procédés chimiques. Jusqu'ici les teintes jaunes n'ont eu aucune durée, et les roses se sont souvent évanouies. Une seconde qualité, c'est l'espèce de subjectite sur lequel le peintre pourrait produire et des touches empâtées , et des louches lisses et fuyantes , conformément à la perspective ; subjeclile qui d'ailleurs retiendrait mieux que d'autres la poudre

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colorée qui lui serait confiée. La troisième amélioration enfin serait Femploi de bruns plus vigoureux que tous ceux dont on a usé jusqu'ici. Tâchons d'indiquer les moyens d'obtenir ces perfectionnemens.

Par ce que nous avons dit sur les couleurs matérielles, nous avons suffisamment démontré que les stils de grain jaune, les laques dites de cochenille, et tant d'autres couleurs végétales , avec lesquelles il est si aisé de fiiire de mauvais pastels, étaient à rejeter. La garance, le jaune indien, le chrome doivent remplacer les laques de cochenille , la graine d'Avignon , le jaune minéral , le massicot, etc. Enfin toutes les couleurs doivent être éprouvées pour le pastel, et il est bon de conseiller aux peintres , à ce sujet, de préparer eux-mêmes leurs crayons de pastels , afin d'être assurés de la solidité des couleurs qui les composeront. Nous dirons quelque chose sur la (abrication de ces crayons.

L'antre amélioration , celle du subjectile , est importante. Des papiers forts , peu plucheux , et collés, sont très-propres, ou à être poncés et rendus cotonneux, ou à recevoir une légère couche d'amidon chaînée de poudre de ponce. Sur cette couche , le pastel prend et adhère bien , les teintes y paraissent fines et légères, et l'on peut, si Ton veut, chaîner de beaucoup de couleur certains endroits particuliers de la peinture. On peut même peindre aussi sur toile fine , encollée et revêtue d'une légère couche de pierre ponce « sur panneau, sur carton, et employer l'estompe autant que le doigt; enfin l'usage de papiers bleus très-cotonneux n'est pas le résultat d'une élude bien entendue du procédé au pastel. Si donc on a si long-tems exécuté sur ces papiers bleuâtres , cotonneux

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et trèS'plucheax , c'est la routine qui a fait adopter celle teinte et cette espèce de papier. Un papier d*une teinte gris -clair-orangé eût été plus utile et plus commode, et il n'était pas nécessaire que le plucheux du papier fût aussi grossier. Le pastel, répétons-le, est très-bien retenu sur d'autres espèces de papiers, lorsqu'on a soin de leur ôter le lisse et la dureté. U est vrai que sur ces papiers bleus Cotonneux la besogne s'expédie vite» et que les teintes semblent chaudes d'abord; mais, quand tout ce papier est couTert, il en ressort uncf teinte grise générale, qui amortit toute la peinture.

La dernière amélioration indiquée, celle des bruns très^TÎgoureux^ peut s'obtenir en employant le brun provenant du bleu de Prusse calciné , auquel on ajouterait du noir d'os et très^peu de noir de fumée. Aucune cou* leur brune, dans l'état sec, ne serait aussi foncée que ce mélaoge, qu'on pourrait très-bien associer aux autres teintes obscures» soit rouges, soit jaunes. C'est en Suisse que l'on est parvenu à produire les plus beaux pastels bruns.

Rien n'est si simple et si facile que de peindre au pastel. On a un papier collé sur toile tendue et clouée à un châssis. On crayonne les traits et les teintes, on recouvre celles-ci , on les associe par superposition , et enfin on les fond encore à l'aide du bout du petit doigt. Les habiles pastellistes emploient peu ce moyen du doigt , et ils savent fondre» unir et accorder le clair -obscur et le coloris, par l'art seul de choisir les crayons et de composer les teintes sur le papier, le doigt ne leur servant qu'à enfoncer, à insérer, à incruster cette poussière colorée. Un ignorant au contraire frotte beaucoup le doigta et il ne conçoit le mélange et le modelé qu'en affisidissant le

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coloris par un adoucissement opposé à la justesse dlmilation.

U est curieux de voir comment le célèbre Lâiour» peintre, qui vivifiait ses portraitSi jette et écrase ses pas^ tels sur ie papicfr; comment ii badine par des touches indicatives» magiques» exagérées de près^ et vraies au point de distance. Les Y igée , les Tocqué ont aussi animé leurs pastels ; ils ont fait bondir la lumière sur les têtes; ils ont rendu le velouté des joues purpurines , le mat carminé des lèvres , les touches sanguines des caroncules. Ils ont fait voir le ras et la teinte forte des velours , Téclat doré et argenté du brocard » la découpure fine et réticu* laire de la dentelle , la lég^té des cheveux poudrés et le chatoyant , le nacré de certaines soieries. Cependant Tégalité matérielle du papier» la monotonie d'une surface plucheuse partout» ont nui à Texpression des fonds » des tournans » des transparens. Les ombres sont mates dans ces beaux portraits; il a fallu animer » forcer ces ombres par des teintes dorées» pour qu'elles ne parussent pas assourdies et opaques ; enfin les corps métalliques .semblent mous » malgré l'art dti peintre « et presque partout on aperçoit le mécanisme et le matériel de l'art.

Parlons maintenant du procédé relatif à ce genre de peinture.

Les pastels doivent être composés d'une pâte finement broyée. On la fait sécher en état de petits rouleaux al* longés vers le bout et de la grosseur de forts ctay<ms» Une des conditions importantes pour la confection de ces crayons au pastel est qu'ils ne soient ni trop durs ni trop mous» condition assez di£Bcile à remplir. Lorsque les matières colorantes produisent des crayons trop mous ou

5lS PBOCàDiS MATÉBIBLS.

trop friahfes , on a recours à divers moyens poar augmenter leur consistance : quelquefois.on les lait durcir au feu ; d'autres fob on y mêle un peu de lait ou de gomme ; quelquefois encore on tâche d'associer aux matières colorantes trop molles des matières dures. Si » au contraire, les crayons sont trop durs , on tfiche d'y mêler des matières friables , ou bien on broie les couleurs avec du très-bon esprit- de-vin; peut-être n'a-t-on pas employé dans ce cas le talc» le cristal pilé » le spermacéti^ etc.

Les crayons blancs de pastel se font avec la , craie ou blanc de Troyes ^ bien décanté et porphyrisé : on préfère la craie au blanc de plomb , parce qu'elle ne s'altère jamais à l'air. On peut encore modifieif la craie avec le kaolin ou terre à porcelaine avec l'argile de Montereau ou terre de pipe» etc.

Les ocres doivent être très-bien lavées et décantées. Il faut rejeter le minium.

Les laques et carmins de garance ou de cochenille doivent être de même très-lavés à l'eau tiède avant d'être porphyrisés.

Il en doit être de même du bleu de Prusse , dont les sels seront délayés et enlevés par une très-grande partie d'eau chaude : l'azur en poudre , joint au bleu de Prusse» sert à rendre celui-ci plus friable.

Pour employer l'indigo , on le fera bien pétrir dans un mortier; on le fera broyer ensuite sur le porphyre avec de l'eau chaude; et on le jettera dans un pot de terre vernissée plein d'eau bouillante. On y joindra par intervalles gros comme deux noix d'alun de Rome en poudre , si l'on emploie gros comme une noix d'indigo. On mettra le pot sur le feu. La matière gonflera bien-

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vite; il &pt bien prendre garde qu'elle ne s'élève hors du vase : on la remue pour cet effet avec une cuiller de bois, en l'éloignant de tems en tems du feu. Quand elle aura jeté six à sept bouillons , on la laissera refroidir et reposer quelques heures : on jettera la plus grande partie de Teau comme inutile; on versera le dépôt sur un filtre de papier soutenu par un linge; on l'arrosera d'eau chaude pour enlever tout l'acide vitriolique de l'alun. Quand l'eau sera passée à travers le filtre ^ on ramassera la fécule qui sera déposée dessus « pour la faire broyer sur le porphyre. Si l'on a mis tout l'alun nécessaire > et que le lavage en ait bien emporté l'acide , et n'en ait laissé que la terre qui se sera incorporée avec l'indigo , les crayons seront très-" friables et propres à être employés.

liCs pastels bruns, produits par la terre d'ombre , s'obtiennent de la manière suivadtô; aussitôt que la terre d'ombre aura été calcinée , on la plongera dans un vase plein d'eau froide, la terre d'ombre étant encore toute brûlante. Il est vrai qu'elle en deviendra plus dure et plus di£BciIe à broyer} mais une fois bien porphyrisée, les crayons seront encore plus friables qu'ils ne l'auraient été sans ce moyen. C'est le meilleur qu'on puisse trouver pour réduire en pastels celte substance extraordinairement rebelle, à moins qu'on n'emploie le secours de l'esprit-de-vin, ce qui ne sufBt pas toujours.

Quant à la terre de Cologne, qui donne également des pastels bruns 9 elle est encore plus intraitable. Il faut la calciner long>-tems sur la braise dans une cuiller de fer ou dans un creuset. Quand on l'aura- tirée du feu toute rouge, on la portera dans un lieu bien aéré pour l'y laisser brûler, jusqu'à ce qu'elle s'éteigne d'elle-même. Alors

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on la fera porphyriser long-tems avec de Teau dtiîre; on la jettera sur le filtre pour Tarroser abondamment : par ce moyen » la terre de Cologne donnera des crayons d'un brun noir-olivâtre. Il serait impossible d'en tirer parti sans Ta voir bien torréfiée; il faut prendre les mêmes précautions pour tons les bruns provenant du fer.

Le noir d'ivoire préparé en pastel a beaucoup d'intensité; la couleur en est veloutée : mais il est presque toujours dur et pierreux » si Ton n'a pas la précaution de le traiter comme le bleu de Prusse. Il faut donc commencer par le bien porphyriser , et le laver ensuite dans une grande quantité d'eau bouillante. Le lendemain , lorsque l'eau se sera bien éclaircie^ on la versera cbmme inutile, sans agiter le vase; on fera de nouveau porphyriser le sédiment , qu'on laissera sécher sur un filtre de toile ou de papier» jusqu'à ce qu'il ait assez de consistance pour pouvoir être roulé sur du papier lombard ; après cela on le formera en crayons.

Rien de tout cela n'est nécessaire pour le noir de charbon , pourvu que le bois n'ait pas été brûlé dans un creuset couvert y mais à feu nu. C'est dans l'eau qu'il faut l'éteindre» quand il est bien embrasé. Ce noir a moins de profondeur et d'intensité que l'autre; mats comme il est extrêmement friable, on peut, après l'avoir bien porphyrisé , ce qui est d'abord un peu difficile > le mêler avec le noir d'ivoire, ou même l'employer seul. Les charbons de bois de chêne» éteints dans l'eau , donnent d'excellens crayons » il en est de même de ceux des ceps de vigne 9 de charme et d'ormeau.

Quelques fabricans» pour augmenter l'intensité du ton des crayons bruns» ont mêlé à la terre d'ombre du noir de

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fumée; mais le mélange de cette substance avec certaines couleurs n*est pas sans inconvéniens.

Il nous reste à parier du moyen de fixer le pastel , moyen qu'il semble peu conrenable de chercher, puisque Ton n'a imaginé le procédé du pastel qu'afin d'obtenir un moelleux» un velouté et un éclat que dQit nécessairement anéantir le gluten qu'on y incorporerait par superposition. L'an* teur de' l'article Pastel (Encyclopédie ngélhodique) t après s'être beaucoup étendu sur ce moyen de fixer le pastel , termine ainsi ses observations : t II ne manquait à la peinture au pastel que la solidité; l'y voilà parvenue. » N'est- ce pas comme si un facteur d'instrumens nous venait dire : il manquait à la clarinette un son plus suave, en voici une dont j'ai su rendre le son aussi doux que celui de la flûte ? Malgré tout, on nous blâmerait si nous ne donnions pas ici , au sujet du fixé, les procédés exposés dans presque tous les livres qui traitent de la peinture au pastel. Nous dirons donc que , pour fixer le pastel , il s'agit d'introduire dans la poussière même du pastel et dans le papier qui le retient, une liqueur glutinense, qui, une fois sèche , emprisonne les couleurs et les empêche de se détacher. Voici comment se compose la liqueur dans laquelle on ne &it que plonger un instant le tableau en pastel.

Cette liqueur se prépare en faisant fondre du bel alun en poudre dans deux verres d'eau bien claire : lorsque cette eau s'est chargée de la quantité d'alun qu'elle peut dissoudre , il faut la décanter de dessus l'alun qui peut rester au fond du vase. ( Cette observation est très-importante; car si on laissait cet alun non dissous dans la liqueur qu'on va préparer , ce minéral , en séchant , ter-

5l6 PROCÉDÉS MàTiRIBLS.

uirait un peu le tableau , et occasîonerait même quelques taches blanchâtres aux endroits oix la liqueur s'amasserait en sVgouttant. ) Dans cette eau bien imprégnée d*alun , on met pour cinq ou six sous de colle de poisson trèsclaire et irès-ncttc ; lorsque cette colle a trempé vingtquatre ou trente heures , on fait bouillir l'eau pour que la colle achève de se fondre entièrement. On passe ensuite cette liqueur à travers un linge blanc , pour 6ter le peu de résidu qu'il peut y avoir» et on verse cette eau, ainsi imprégnée de sel alumineux et de colle , dans une bouteille de verre , où l'on a mis auparavant trois chopines d'eau-de-vie non colorée » à laquelle on a ajouté un bon verre d'esprit-de-vin. Telle est la manière de préparer la liqueur qui servira à fixer le pastel; on peut en faire une quantité plus ou moins grande , en augmentant les doses en proportion, suivant la grandeur des tableaux qu'on voudra fixer. Au reste, cette même liqueur peut servir à fixer d'autres tableaux, et cela, tant qu'il en reste une assez grande quantité. Cependant , quand cette liqueur , destinée à fixer le pastel , est un peu vieille , son brillant s'affaiblit jusqu'à un certain point.

Voici présentement la manière de procéder au fixé. On prend un grand bassin , soit de plomb , soit d'une autre matière , et qui soit assez long et assez large pour pouvoir y plonger le tableau. On fait chauffer au bain-maric la liqueur dont nous venons de parler, et l'on examine bien si la colle de poisson s'est suffisamment dissoute. Il arrive en effet assez souvent , et surtout lorsqu'il fait froid, qu'on la voit déposée au fond du vase. Ai| bassin de métal on peut substituer une toile cirée ddnt on relève les bords. Cette toile est également propre à contenir la liqueur;

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elle est plus commode que le bassin , en ce qu'on peut l'allonger ou la raccourcir suivant Tétendue du tableau. On place à chaque coin de ce grand bassin un morceau de plomb qui ne sera recouvert par la liqueur que d'une ligne ou un peu plus : on prend le tableau horizontalement , et on le plonge légèrement dans cette liqueur. Ces plombs , qu'on a eu soin de mettre sur les côtés, empêchent qu'il ne plonge trop avant : plonger le tableau dans la liqueur et l'en ôler, est une opération qui doit être faite en un clin d'œil. On retire le tableau , toujours horizontalement » et on le place, dans cette même position , en quelque endroit abrité où il ne soit soutenu que sur ses deux bords, comme sur le dos de deux chaises : et on le laisse ainsi sécher. Lorsque le tableau est bien sec, on juge de l'effet qu'a produit la liqueur, et on reconnaît que toutes les couleurs se sont conservées dans leur fraîcheur primitive : car il n'est pas possible de distinguer à la vue les endroits du tableau qui ont été fixés , de ceux qui ne l'auraient pas été : on ne le peut qu'en y portant le doigt. Le pastel qui n'a point été fixé s'efface sous le doigt, au lieu qu'on peut toucher celui qui a été fixé , sans en enlever la moindre parcelle. Loin que le tableau soit altéré, les teintes en ont plus d'union, sans être affaiblies. L'eau n'y fait aucun dégât; on a même reconnu que le pastel fixé pouvait soutenir un vernis. Voici dans ce cas comment on procède* La peinture étant fixée et sèche, on y applique avec une brosse douce une ou deux couches de colle de poisson fondue et assez forte pour qu'elle forme une espèce de gelée lorsqu'elle est refroidie. On y mêle environ un tiers d'esprit-de-vin ou de bonne eau-de*vie non colorée. Quand celte préparation est sèche ou applique le vernis.

5l8 PBOCiDÉS MATERIELS.

U est inutile de dire que ce Ternis doit être d'une trèsbonne qualité , car s*il faut le renouveler souvent à cause de son jaunissement , cela fatiguera la peinture.

Les tableaux fixés au pastel ont Tavantage de pouvoir être retouchés» puisque les crayons y mordent comme auparavant. On peut même y donner de plus quelques coups de force au pinceau avec des couleurs en détrempe. La même méthode , qui sert à fixer le pastel» réussit aussi pour fixer les dessins au crayon.

Voici encore un procédé pour fixer le pastel. Il fiiut pulvériser de la gomme arabique en poudre impalpable , en la faisant passer à travers un tamis très-fin , en couvrir toute la surface du tableau d'une manière si l^ère , qu'elle y produise l'effet d'une gaze tendue sur le tableau. On prend une cucurbite avec son chapiteau; on la remplit d'eau bien claire » on la fait bouillir; les vapeurs sortent par le bec du chapiteau; on les dirige sur le tableau , ayant soin d'attacher une éponge à Textrémité du bec, de peur que des vapeurs condensées et réduites en gouttes ne tombent sur le tableau , ce qui le gâterait. La vapeur de l'eau dissout la gomme» et celle-ci forme un vernis sur la peinture et fixe ainsi le pastel.

Le procédé d'après lequel on n'emploierait que de sîm* pies vapeurs parait susceptible d'une réussite plus heureuse. Il faut faire dissoudre du sucre candi dans de l'eaade-vie ou dans de l'esprit-de-vin» faire bouillir ces liqueurs jusqu'à évaporation » exposer au-dessus de ces vapeurs le tableau , par le côté opposé à la peinture : elles pénétreront à travers le papier et fixeront le pastel» sans en altérer les couleurs. On peut employer un gros de sucre candi pour une once d'esprit-de-vin ou d'eau-de-vie. Si le papier est

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épais , comme celui dont se servent les ingénieurs pour leurs plans » il faut faire usage d*esprit-de-?in*

Le prince San Seyero a essayé de fixer le pastel, en humectant le papier par derrière seulement; mais il a rencontré beaucoup de difficultés. Une eau gommeuse , propre à fixer le pastel » et étendue avec un pinceau derrière le tableau, humecte fort bien certaines couleurs; mais la laque> le jaune de Naples et quelques autres couleurs restent toujours sèches et ne se fixent jamais. Quant à une matière huileuse , quelque transparente et quelque spiritueuse qu'elle soit , elle ternit les couleurs et leur ôte leur plus bel agrément : Thuile volatile de térébenthine, quoique claire comme de Teau, a le même inconvénient; d'ailleurs , elle s'évapore dans l'espace de deux ou trois jours. Les couleurs alors ne restent pas bien fixées et s'enlèvent avec le doigt. La gomme copal. la résineélémi , la sandaraque, le mastic, le karabé, et généralement toutes les résines dissoutes à l'esprit-de-vin obscurcissent les couleurs et rendent le papier transparent , nébuleux , et conmie semé de taches.

La colle de poisson est la seule matière que le prince San Severo ait trouvée propre à cet usage : voici son procédé. Il prend trois onces de belle colle de poisson ; il la coupe en écailles minces, et les fait infuser pendant vingt* quatre heures dans dix onces de vinaigre distillé : il jette dessus quarante-huit onces d'eau chaude bien claire , et il remue ce mélange avec une spatule de bois, jusqu'à ce que la colle soit presqu'entièrement dissoute. Le mélange étant versé dans un vase de verre , que l'on enfonce dans le sable à deux ou trois doigts de profondeur, on met la poêle qui renferme le sable sur un fourneau à feu do

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charbon; mais on le ménage de manière que la liqueur ne bouille jamais , el qu'on puisse même toujours y tenir le doigt : on la remue souvent avec la spatule» jusqu'à ce que la dissolution soit entière; après quoi on laisse refroidir la matière , et on la passe par le filtre de papier gris sur un entonnoir de verre , ayant soin de changer le papier quand la liqueur a trop de peine à passer.

S'il arrive qu'on n'ait pas mis assez d'eau » que la colle soit d'une qualité trop glutineuse , qu'elle ait de la peine à passer , et qu'elle se coagule sur le papier , on y ajoute un peu d'eau chaude; on fait dissoudre la matière en la remuant avec la spatule de bois» et on la filtre. L'expérience fait juger de la quantité d'eau nécessaire pour cette opération. Quand la liqueur est filtrée , on la verse dans une grande bouteille , en mettant alternativement un verre de la dissolution et un verre d'esprit-devin bien rectifié, pour qu'il y ait un égal volume plutôt qu'un poids égal des deux liqueurs. Enfin la bouteille étant bouchée» on la secoue pendant un demi -quart d'heure » pour que les liqueurs restent mêlées : on a ainsi le gluten nécessaire pour la fixation du pastel.

Le tableau qu'on veut fixer étant placé horizontalement » la peinture en dessous , bien tendu par deux personnes, on trempe un pinceau doux et large dans la composition décrite ci-dessus; (il faut que le pinceau soit de l'espèce de ceux qu'on emploie pour la miniature , mais qu'il ait au moins un pouce de diamètre ) ; on le passe sur le revers du papier, jusqu'à ce que la liqueur pénètre bien du côté de la peinture , et que Ton voie toutes les couleurs humectées et luisantes » comme si on y avait passé le vernis. La première couche pénètre

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promptement , à cause de la sécheresse du papier et des couleurs absorbantes : od donne ensuite une autre couche plus légère. Il faut avoir soin de rendre ces couches bien égales y de manière qu*il ne s'y fasse aucune tache : après quoi , l'on étend le papier sur une table bien unie , la peinture en dehors et le revers sur la table , pour les laisser sécher peu à pou à l'ombre; il su£Gt de quatre heures en été. On a ainsi un tableau fixé, sec» sans aucune altération et sans aucun pli. Quelquefois certaines couleurs ne se fixent pas assez par cette première opération 9 dans ce cas on appose une nouvelle couche.

Il faut ensuite que le peintre repasse avec le doigt les couleurs l'une après l'autre , chacune dans son sens , de la même façon que s'il peignait le tableau (ce qui peut être fait en trois ou quatre minutes) , pour ôter cette poussière fine qui , détachée du fond, pourrait n'être pas adhérente et fixée. Cette manière de fixer le pastel est simple , facile et sûre : l'altération qu'elle cause dans les couleurs est insensible » et sa solidité est telle qu'on peut nettoyer le tableau sans gâter la couleur. Cette colle donne de la force au papier, de manière qu'on peut l'attacher à la muraille et le coller sur toile , encore plus facilement que le papier ordinaire : le vinai* gre distillé contribue à éloigner les mouches qui gâtent souvent les pastels.

On peut aussi coller le papier sur une toile avant de le peindre, pourvu qu'elle soit claire et qu'on se serve de colle d'amidon. Du reste, on fixera le pastel de la même manière , en employant seulement un pinceau qui soit un peu plus dur, et en appuyant plus fort , pour que la liqueur pénètre de l'autre côté. Il faudra plus de tems

52ft PROCÉDÉS MATÉRIELS.

pour le sécher ; mais l'effet sera le mâme quant à la fixation du pastel.

Je terminerai ces recherches, en répétant que le moyen du pastel est excellent comme procédé d'ébauche pour les tableaux mêmes à huile ou à l'encanstique. Il est excellent en ce qu'il n'oblige pas à n'employer que des cartons d'essai , dont il faut ensuite transporter tout le travail sur le tableau, et en ce que le peintre» ébauchant ainsi au pastel son tableau , peut se liyrer à toutes les études , à toutes les corrections du dessin et des formes. Il peut modeler jusqu'aux finesses» et ne pas craindre les repentirs et les changemens. Un tel travail étant bien arrêté ^ quelle facilité , quelle chaleur l'artiste ne trouverait-il pas pour améliorer ensuite et terminer tout son ouvrage?

La seule objection qu'on puisse faire h ce sujet se rapporte au matériel et à la difficulté d'exécuter et de fixer ce travail sur la toile ou sur le panneau , de manière que ce dessous ne soit pas défavorable au travail du dessus et à la conservation du tableau; mais cette objection s'évanouit si l'on a recours aux procédés simples et faciles que nous allons proposer.

En traitant de l'encaustique» vol. viii, nous avons indiqué» pag. 659 » le procédé du pastel pour l'ébauche. Nous ne répéterons rien à ce sujet ici » où nous supposons qu'il s'agit exclusivement de peinture à huile. Il faut donc préparer exprès ses pastels » de manière qu'ils changent le moins possible» lorsqu'ils seront atteints par Fhuile. Ainsi les blancs seront composés de beau blanc de plomb » de même que le sera toute la préparation de l'enduit du subjectile. On écrasera beaucoup » avec l'estompe et le doigt » les couleurs sur le tableau » de manière qu'il y ait peu

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d'épaissear de poudre colorante. Ou Uchera même d'épargner le fond pour former les lumières; enfin tout ce travail au pastel» ou» si l'on veut » aux crayons de couleurs, étant arrêté » et le subjectile étant agité et secoué de manière qu'il ne subsiste pas trop d'épaisseur de pastel , on procédera au fixé. Deux moyens se présentent à cet égard* Si l'enduit a été peu encollé, on pourra fixer la couleur avec la colle; s'il a été sufiisamment encollé » on la fixera avec l'huile coupée d'huile volatile d'aspic. Les procédés qui viennent d'être indiqués pour fixer le pastel peuvent être proposés ici. Ainsi on pourra employer ou l'aspersion ou l'immersion. L'artiste saura facilement adopter la méthode que requerra la nature de ce travail préparatoire en pastel. Quant à la cire , nous ne la proposons pas » puisque la peinture à huile adhère mal sur la cire » mais nous pouvons encore mentionner ici un gluten résineux qui n'influerait point sur les couleurs du dessous , ou bien encore l'addition d'une poudre résineuse mêlée dans les couleurs du pastel , poudre qui , fondue ensuite au feu , suffirait pour fixer ce pastel : mais nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà dit b ce sujet, en parlant de l'art d'ébaucher les peintures à huile.

On trouve dans le Dictionnaire d'Industrie l'indication suivante : c Un peintre allemand , M. Reifstein , est parvenu à donner de la solidité aux crayons de pastel , qui sont naturellement si tendres, et à peindre d'une nouvelle manière, qu'il appelle le pastel en cire. Sa méthode, pour préparer les pastels , consiste à réduire les couleurs en poudre très-fine, à y mêler de la cire fondue avec un peu de graisse de cerf, et à bien broyer le tout dans un petit vase exposé à un feu très-doux. Lorsque ce mélange est

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presque refroidi , on le coupe par morceaux que l'on met sur du papier gris y qui absorbe la plus grande humidité: on façonne les crayons et on les jette dans de l'eau froide pour leur donner de la consistance. Ce n*est ni sur du papier, ni sur du parchemin qu'il peint avec ces crayons qui sont solides» mais sur une toile recouverte d'une couche d'huile saupoudrée sur toute sa surfiice avec du ▼erre réduit en poudre. »

Nous avons indiqué, dans notre Catalogue, les auteurs suivans » comme ayant écrit sur la peinture au pastel : Bosse , Groekers , Gunthers , Loriot , Millet , Russel. Un autre écrit est indiqué sous le n* i4*i« -^ Dans le Traité de la Peinture en Miniature (la Haye, 1708^ in- 12), il y a une introduction en vingt paragraphes sur la composition des crayons de pastel. — De Piles a traité du Pastel dans ses Él^mens de Peinture-pratique (Amsterdam, 1 766, in-12). -^ U faut signaler encore l'Art de peindre au Pastel, à la Cire. (Voyez le Journal étranger, février 1 757.) — Le graveur français L. Bonnet désignait une nouvelle manière de graver, sous le nom de Pastel en gravure , et il fit imprimer un Mémoire in*8" , sous le titre suivant : Le Pastel en gravure, composé de huit épreuves,, qui indiquent les différons degrés , etc. Paris , 1769.

La rigueur du laugage exigerait , je^rois , qu'on dise peinture en pastels et non pas au pastel , puisque pastel ne signifie point une substance essentielle à l'imitation; et puisque les teinturiers donnent aussi le nom de pastel à un certain bleu végétal. Mais , comme il est reçu de dire un pastel pour dire un tableau peint en pastels ou avec des crayons-pastels, j'ai cru devoir me conformer au vocabulaire accoutumé.

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