DE L'ATELIIBR , OU LIEU D'ÉTUDE DU PEINTRE
JlVibn n*est si important pour la peintre que le choix du local et du jour qu'il adopte pour exécuter son tableau, et pour considérer les modèles qu'il doit introduire dans sa composition. Un local peut « sous bien des rapports , être commode; mais si le jour qui l'éclairé n'est pas favorable à l'imitation , à la vraisemblance dans la représentation des objets > et même à leur beauté , le peintre se privera d'un des plus grands moyens d'atteindre le faut qu'il se propose. Tout ce que nous avons dit» au sujet du clair -obscar et du luminaire, nous dispense d'entrer ici dans des considéralions particulières pour démontrer qu'imiter . par exemple , le jour sombre d'un atelier» ce n'est pas imiter le jour ouvert d'une campagne ou d'une place publique; que l'azur» qui s'échappe par une fenêtre située au nord » ne produit pas sur les objets qui y sont exposés reifet animé et chaud d'une lumière du midi; et enfin» que les reflets'et les réverbérations» si sensibles» si multipliées» si variées en plein air» ne sont nullement reproduites dans un site de couleur sombre et verdâtre» illuminé par une seule fenêtre » qui fort souvent est trop étroite : ces reflets naturels et vraisemblables ne
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pouvant être reproduits que dans un lieu oii les jour^ secondaires sont multipliés et parfaitement bien situés. Un jour convenable abrège de moitié la besogne du peintre ; sous un tel jour, le relief est évident, les plans sont sensibles , et l'efTet le plus généralement naturel a lieu.
C'est à tort qu'on a dit que les jours» venant d'en baut , produisent des effets sombres ; en effet , ce n'est pas la hauteur d'incidence , mais bien le degré d'obscurité de tout le site qui obscurcit Taspect des objets. D'ailleurs la / beauté résulte de cette lumière d'en haut, sous laquelle les formes deviennent sensibles , selon l'harmonie naturelle et selon la dégradation la plus vraisemblable, la plus favorable des tons. Sous un tel jour, l'unité du caractère géométrique est bien conservée» et les parties ombrées ne tranchent pas , ne font pas disparate avec les parties éclairées.
Le choix du côté-nord est un choix mal imaginé ; car , bien que le soleil gêne le peintre , surtout lorsque des nuages couvrent cet astre dans des intervalles courts et fréquens, et bien que le côté-nord laisse arriver une lumière plus égale , il faut reconnaître que le côté un peu midi procure une lumière bien plus belle ; aussi le peintre intelligent , qui se méfie de la couleur froide et souvent bleuâtre du nord» s^aide-t-il en interposant des châssis colorés capables d'animer son luminaire.
Quant à la teinte des murailles , il est évident qu'elle doit être modifiée par places» à l'aide de châssis colorés de certaines teintes. Une carnation toute réverbérée par la teinte vert-sale d'un atelier ne manquera pas de paraître dénaturée» et l'imitation fidèle qu'on ferait dans ce cas semblera mensongère. Des châssis à toiles tendues
ATELIBA, OU UBU D*àTUDE DU P£IN . RE. 6oâ
et portatif sont donc d'un excellent secours , soit pour les reflets , soit pour les fonds , soit pour les obliquités ; les châssis de toile colorée et lumineuse ou sombre » placés hors de la fenêtre , offrent encore une grande ressource soit pour réverbérer un ton coloré , soit pour atténuer le trop grand éclat du soleil ou des nuages » ou des refléteurs voisins. Enfin le peintre ingénieux doit imaginer tout ce qui contribuera à perfectionner le jour de son lieu d'étude» jour dont le choix est bien important» je le répèle» quant à la vraisemblance » à la vérité et à la beauté.
L*atelier du peintre ne saurait être trop vaste » surtout si la fenêtre » par sa largeur et son élévation» est proportionnée à cette étendue ; en effet » on est presque toujours trop près des modèles » Ce qui fait qu'on n'en saisit pas bien Tensemble et l'unité , cette unité optique n'étant complètement manifestée qu'à une grande distance : d'ailleurs rien n'empêche le peintre de s'approcher de l'objet lorsqu'il a besoin de le considérer de près.
Nous avons déjà démontré les inconvéniens d'un jour rétréci et sombre» sous lequel les bruns du tableau ressortent avec une intensité avantageuse » mais qui deviendront faibles et pâles sous le jour plus clair d'un salon ou d'une galerie de tableaux. Le jour ouvert et vague de l'atelier est donc à préférer » bien que l'ouvrage ne ressorte pas tout d'abord avec avantage sous ce jour» car il oblige ^ peintre à monter ses effets au vrai degré d'énergie nécessaire.
Quant aux effets de jour ouvert, effets qui sont le propre des sites en plein air ou en pleine campagne» il est évident encore que le jour haut et que les reflets d'un jour secondaire » ainsi que l'étendue de l'atelier» sont des
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conditions indispensables pour en obtenir une bonne imitation 9 qu'on ne fait pas souvent en plein air » tu Fobstacle qu'oppose fréquemment lé climat*
Des jours bas et étroits sont encore nécessaires.
Nous avons représenté (fig. 524) ^^ dessin d'une charpente convenable pour la bonne construction du comble d'un atelier éclairé d'en haut. Comme les charpentiers n'emploient pas souvent cette espèce de comble » il était convenable de l'offrir ici tout tracé afin qu'on puisse le faire exécuter avec telle o.u telle modification que l'on croira nécessaire.
Outre la structure des fenêtres dans le tott , un atelier complet doit avoir une Ouverture sur les côtés , par laquelle on pourra faire sortir et entrer les tableaux sans les démonter : cette issue doit être fort étroite, et ne point donner d'air dans le lieu. Une ou deux trappes, ou bien la facilité d'en pratiquer à volonté dans le plancher, seront encore des expédions bien commodes; car, à l'aide de ce moyen » le peintre pourra enfoncer son tableau dans cette trappe et travailler à sa partie supérieure , sans s'élever lui-même sur des échelles.
Quant au mobilier d'un atelier , nous diron& qu'il doit être ingénieusement composé, et que tous les instrumens utiles doivent y être h la disposition de l'artiste : les sièges et supports pour les individus-modèles , les grands miroirs roulans , de forts crampons fixés aux mtirs et au plafond, ainsi que des cordes et des aplombs permancns 9 etc. » ne sont point de trop pour servir les besoins du peintre. Cependant je dois ajouter que , pour ne pas faire de ce lieu un magasin de machines , ou un magasin de tableaux , d'esquisses , d'études isolées , un magasin
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enfin fort kid » où toutes sortes de figures en plâtre et de figures peintes seraient entassées » il convient d'avoir , près de cet atelier» un autre local destiné au dépôt de ces mêmes objets embarrassaBs. Une pièce particulière d'exposition est encore indispensable pour recevoir les curieux, et pour leur soumettre certains tableaux : par ce moyen , le peintre n'est point dérangé dans Son lieu d'étude et dans son travail; et cette pièce d'exposition , qui sera d'ailleurs meublée comme tous les salons d'ap« partemens , lui permettra de recevoir des visites sans qu'il soit dans la nécessité de laisser roir l'ouvrage qu'il est en train d'exécuter.