‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 91 sur 104 · BROIEMENT DES COULEURS · texte numérisé non relu

BROIEMENT DES COULEURS

sant pour la contenir dans cette juste position jusqu'au dessèchement du mastic. Il faut plusieurs mois pour que cette couleur-mastic acquière une dureté suffisante. Cependant il serait facile de diminuer la quantité d^huile et de la remplacer par de Thuile volatile chargée de copal fondu , ou de quelqu'autre résine tenace.

Si l'on n'a pas de broyon fait . d'une seule pièce de glace, on peut adapter à une molette de bois un morceau de glace qu'on y collera par le moyen qui vient d'être indiqué» en ayant soin de laisser sécher la première et la seconde couche mise sur le bois » et aussi de dépolir le morceau de glace. Ensuite quand tout sera sec , on usera l'excédant du bois jusqu'au niveau du morceau de glace» Qiiant à la glace à broyer» il faut en tailler le châssis en biseau » afin qpe son angle ne gène point pour broyer.

Pour nettoyer la glace à broyer» o(n emploie avec succès du blanc de Troyes qu'on broie » soit avec le même liquide qui a servi à broyer la couleur, soit avec une huile volatile commune mais pénétrante. On rejette cette craie on ce blanc sali » on répète ce broiement deux ou trois fois : toute la couleur de la glace passe dans ce blanc » et par ce moyen on peut le nettoyer complètement. Si d'anciennes couleurs sontséchées et fixées sur la glace» on emploiera avec succès la poudre de ponce au lieu de blanc» et on enlèvera facilement la couleur la plus durcie. La mie de pain rassis roulée avec la paume de la main» ou bien encore des raclures fines de peau de tanneurs sont très-bonnes pour essuyer et nettoyer la glace. Le papier gris un peu brut est encore fort utile.

Les couleurs bien broyées se conservent en pots ou en vessies » ce dernier moyen est assez commode. Quand

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on les ipefc en pots , on est forcé dd ooy?rir d'eau ou d'huile la sup^ficie : l'anqïloi de Ton ou de Tautre liquide a de4 iocoofréniens ; l'eau temit ék décompose les oouleurs , ei rbuîle les liquéfie tr^. Ainsi les couleurs étaai serrées dans des beoaux bien houohés » et oeaK-ci étant placés hors de la ehalear et de la lumière, les couleurs se consePFomt loag'fcems en cet état sans se dessécher.

Un expédient assez bon quand on a mis trop de liquide dans la couleur , cpnsîste à déposer cette couleur sur un paj^er spongieuK , et à la retirer lorsque TenoédaQt de liquide aura été bu par le papier.

Nous avons eu occasioa de fiiira remarquer que la lame de Tamassète deyaît être plotât de oorae oo d*iiroire qoe d'aeîev. Cette remarque est surtout appliquaUe au broiement , parce que le broyeur est obligé de r^?er souTonl et d'amasser oq tas la couleur 2 or le contact fréquent de l'acier avec la oouleur lui est préjudiciable , el on fera bien de s'accoutumer aux amassèCes de cerne blonde qu'il fiiut savoir perfectionner » eelies qui sortent des fabriques n'étant pas assez bien préparées. Ce perfection-pâment ou cet amincissement bien entenda , se bit d'abord à la lime y puis arec du verre servant à ratisser l'épaisseur de la corne , et enfin avec de la pierre de grès et de rhuile , ce qui en finit le polissage.

Quelques personnes ont imaginé de préparer les couleurs en état de poudre impalpable » afin que le peintre pût les môler avec l'hqile, sans les broyer» mais ce moyen n'a pas réussi : il consiste dans l'emploi de l'esprit-do-vin qui » s'évaporant après le broietnent , laisse les couleurs en plat de poudre. On a imaginé aussi des mécaniques mouvantes pour bvoyer les couleurs; mais ces moyens, bons

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peut-être pour la grosse peinture, sont peu sûn pour des couleurs qu'on ne saurait trop afliner. La Société d'Encouragement » 1816» a proposé un prix pour une machine de cette espèce. Conté a?ait inventé, et on Tu exécuté depuis peu en Angleterre , un moulin à broyer les couleurs , dont on lit la description dans 1* Encyclopédie moderne , à rarticle Couleur. M. Bouvier a fait aussi de longues recherches sur ce point; il croit avoir rén«si«

J'ai pensé qu'il serait utile de oietlre sous les yeux des peintres le dessin d'une table h broyer très-rconwaode et qu'on peut placer et fixer dans un endroit opportun. Cette table è broyer se compose de la glace , de deux tablettes que l'on allonge à volonté an })esoin pour supporter soit lea godets, soit l'amassète, soit d'autres ustensiles , plus , d'une armoire à Volets , dans laquelle on peut mettre les éponges , un vase pour l'eau , une cuvette, du linge, etc. , et an fond de laquelle, sous un double fond , on jettera quelques poids asses lourds pour bien assujétir la table sur le plancher, dans le cas oix on ne fixerait pas sa base avec des écrous ou boulons k vis , i le fond de cette boite étant supposé très^épais et très-solidement établi. (Voyez la figure 5a 7. )

Colique métallique de$ ouvriers broyeurs.

On ne trouvera pas ici de trop, )e pense, quelqaes notions relatives à la colique que ressentent quetquefbi» les ouvriers broyeurs , et qui atteindraient aussi les peintres qui voudraient , sans précautions , manipuler certaines couleurs dans l'état sec. Ces coKqties sont souvent très-douloureuses, très-graves, et quoiqu'on doive h co

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sujet consulter des gens habiles dans l'art de guérir , il est bon d^être nanti des premiers principes curatîb qui doivent diriger dans ce traitement. Watin a recueilli quelques, notions à ce sujet; mais voici ce qu'on a écrit le plus récemment sur cette question , je l'extrais de l'Encyclopédie moderne , article. Colique nUtalliquc.

» On donne le nom de colique métallique k nue maladie produite par l'action du plomb ou du cuivre sur l'économie. La colique que le plomb occasionne a été désignée par beaucoup de noms différens : on l'appelle colique saturnine » parce qu'elle est causée par les émanations du plomb , métal comparé à Saturne par les. alchimistes; on l'appelle colique. des peintres, dea plombiers, des potiers , etc. , etc. , parce que ceux qui exercent ces professions , sont plus .exposés qae d'autres à en être affectés. On lui a également donné le nom de colique de Devonshire, de Madrid, de Poitou , parce qu'elle ressemble beaucoup à une espèce de colique qui porte ces différens noms , et que l'on appelle plus ordinairement colique végétale.

» La colique saturnine peut être causée par l'exercice des diverses professions dans lesquelles on se sert du plomb , par l'usage de l'eau et des alimens long-tems conservés dans ce métal, ou par l'usage des vins adoucis avec la litharge, ou enfin par l'habitation de lieux qui renferment des émanations de plomb. Ainsi ce métal exerce son influence malfaisante , soit que son absorption ait lieu par la peau, soit qu'elle ait lieu par la membrane muqueuse des voies digestives , soit qu'elle se fasse par la membrane muqueuse qui tapisse les oi^anes de la respiration. Nous devons dire cependant qu'en médecine on emploie sans

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rlaoger les préparations de plomb à rintérieur et à Texterieur, mais c'est parce qu'on gradue avec précaution les doses de ces préparations.

> On admet généralement que les émanations saturnines agissent sur le système nerveux en le stupéfiant. Elles exercent aussi une fâcheuse influence sur les intestins » soit qu'elles affectent leur membrane muqueuse , leur tunique nerveuse ou leur membrane musculeuse; car on n'est point d'accord sur celle de ces diverses tuniques qui se trouve principalement lésée. Il est probable que plusieurs d'entre elles sont à la fois le siège de la maladie; ce qu'il y a de certain , c'est que l'on trouve chez les sujets qui meurent des suites où des complications de la colique des peintres, l'intestin épaissi et son calibre très-diminué.

Cette maladie est caractérisée par une constipation Ion* gue et opiniâtre. Les douleurs commencent ordinairement vers les reins , s'avancent vers le nombril , remontent vers le creux de l'estomac et sont quelquefois accompagnées de nausées ou de vomissemens de nature variable. Le ventre est le plus souvent déprimé , de telle sorte que le nombril semble appliqué sur la colonne vertébrale; quelquefois au contraire il est distendu par des gaz; ordinairement quand on le presse avec la main , le malade éprouve du soulagement : dans d'autres cas, la pression est trèsdouloureuse. Le visage offre, dans son expression, de nombreuses variations : le teint est hâve , et , conune on le dit, plombé; le pouls dur, mais presque jamais fébrile. Il n'est pas rare de voir la respiration gênée, h cause du soulèvement du diaphragme; les membres sont le siège de crampes très-douloureuses : on observe quel-

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qiiefois des paralysies partielles qui se dissipeni difficilement.

• Abandonnée k elle-même, la colique des peintres peut durer fort long-tems. Si les douleurs du yentre se passent, elles sont remplacées par des paralysies qui deviennent incurables; lorsqu'au contraire oa emploie un traitement convenable » la maladie se guérit avec facilité»

» Le traitement de la colique métallique a beaucoup varié; on a employé les saignées, les adoucissans et les narcotiques avec p6u de succès , et l'on a adopté généralement une méthode entièrement empirique» connue sous le nom de traitement de la Charité , dont les succès nombretis )ustifient suffisamment l'emploi* Nous dirons seu* lement que les sudorifiques 6t les purgatifs , tels que le séné, le jalap, la casse, le sulfate de Soude et l'émétique , portés à haute dose , forment la base de ce traitement.

1 M. RanquOf médecin de THôtel-Dieu d'Orléans, vient de proposer une méthode qui consiste dana l'usilge des lénitifs et de lavemens antinévralgiques et dans l'emploi d'emplâtres irritans, qui déterminent sur la peau des reins et du ventre , où on les applique, des boutons nombreux. Cette méthode, qui est puissaunnent dérivative, ne semble pas devoir offrir d'inconvéniens et paraît avoir été couronnée de beaucoup de succès. (Voyez Archives de Médecine , .tom. vu « pag. 379. )

» Il fjBiut autant que possible chercher è prévenir cette maladie par la surveillance des boissons que Ton peut frelater et des ateliers où le plomb est mis on œuvre. .

» La maladie que l'on nomiae colique de cuivre , se manifeste par des symptômes qui sont à peu près les mêmes que ceux de la colique de plomb , avec celte dif--

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férence qu'elle esl accompagnée de dévoieiiieiit au lieu de constipation^ et que le plus souyent le ventre est doulou* reux au toucher. On emploie pour la combattre le même traitement que pour la colique saturnine ; mais » avant d'avoir recours à cetto médication » il est bon de faire prendre d'abord du lait , des invemens émoUiens ^ etc. Ce n'est que quand ces fiaoyetts sont insuffisans» et quand il n'y a pas de complication îtiflammatoire » que l'on peut mettre en usage le traitement de k Gbarité» t

Le Monit4ur du a5 octobre 18:» 5, contient l'article suivant extrait de YJBjrgiô, n^ 176. dans leqoel on fait l'éloge de cette même méthode employée par Banque , contre les maladies produites par le plomb. • Sa méthode qui n'exige ni purgatifs » ni Vomitifs, td sangsues , n'emploie que de puissans sédatifs à l'exlérieur et en lavemens. Elle guérit ordinairement en quatre à oînq jours, et ne laisse après elle aucun vestige de la maladie, quelque violente qu'elle soit, quoiqu'aCcompagnée d'épilepsie, de paralysie des membres et de técilé/eto* s

Comme ce sont surtout les Couleurs dans lesquelles entrent les oxides de plomb et de cuivre qui produisent ces ravages , c'est au peintre à s'en garantir particulièrement en aérant le lieu où il broie, et en évitant d'aspirer ces couleurs en état de poudre. Quant au Vert4e-gris, on sait que les droguistes Ot les peintureurs le mettent et l'enveloppeiit dans uUd peau pou^ le oeacasser et le pulvériser« Quand ils le broient , ils ont soin de le liquéfier avant de l'agiter. avec la molette.

Au reste il importe de tranquilliser les peintres qui né< gligeraient les précautions matérielles du coloris , sous le prétexte ridicule que leur santé requierre cette négligence.

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