‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 100 sur 142 · TOMB VIII. *2Ô · texte numérisé non relu

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misérable de tant de sujets pleius de gaucherie et de laideur; de-Ià la difFiculté qu'éprouvent les artistes qui , s'étant d*abord classés parmi les peintres de genre, veulent ensuite s'élever à des sujets distingués. Us ne peuvent y atteindre , parce que , s'étant une fois rabaissé les idées et le goût , et s'étant considérés comme des imitateurs ou des copistes , ils se croient dispensés d'intéresser les spectateurs , et de les instruire par la beauté et Félévation de leurs peintures.

Et non-seulement nos fausses démarcations empêchent les peintres qui se classent parmi les artistes de genre de s'élever au-dessus des choix ordinaires, mais elles semblent les autoriser h délaisser plusieurs conditions grandes et indispensables de l'art. Aussi voit-on» par exemple » dans les mille et mille paysages de l'école fia mando ou hollandaise , où l'on trouve , soit un paysan à cheval avec son sac et sa gourde , soit une chaumière et des bestiaux, soit des paysannes passant un gué, ctc.« etc., que ni le site, ni le ciel, ni les animaux» ni les personnages ne portent de caractère distinct , soit de bonheur champêtre, soit de tout autre état moral quelconque. II semble que, dans la plupart de ces peintures, on n'ait songt^ qu'à la représentation par le coloris , et que le sujet n'occupait pas du tout le peintre. Dans un sujet d'intérieur, ils nous font voir une femme nettoyant un chaudron ; ce chaudron est le héros du clair-obscar et de tont l'effet du tableau. Très-souvent aussi ils nous représentent le mari oisif et la femme occupée du ménage, puis le chien, puis le balai , etc. ; et tous ces objets sont exposés sans caractère, sans unité d'intention; car si les auteurs de ces tableaux avaient voulu, par exemple, indiquer ia pro-

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jirelé et les soins d'une bonne ménagère » le site , Tarrûngement des objets , etc. , eussent favorisé cette intention ; mis rien de cela : des rognures de narets sont jetées par terre , des langes d'enfant sont étalés h côté de la bonne chère ; tout dam ce Kea est sale et en désordre.

Qu'on n'aille pas dire que la cause de ce manque de cavactère provient du manque d'éducation des artistes flamands et hellandaiB, et que œs peintres, étant privés d'une haute instruction, ils devaient nécessairement avoir des idées rabaissées et tri vides; non: la cause en vient de l'idée incomplète qu'ils s'étaient fake de leur art; la cause en vient du préjugé , qui ne leur faisait voir dans la peinture que la vérité de représenta tion , et rien autre chose qoe IHIusion. La cause enfin de tant de pauvres choix, de tant de sujets insignifians et inutiles» provient de cette malheureuse et chimérique distinction de peiatnre de genre , dans laquelle ils se croyaient réduits; et , il finit le dire encore , elle vient aussi du mépris bien mérité de tant de tableaux dits héroïques , dans lesquels les Italiens , les Français et autres n'ont fait que de la bouffissure au lien de poésie instructive , que do la manière au lieu de vérité ou de vraisemblance.

Au surplus» dans cette prétendue peinture de geni:e , on a été obligé d'établir» d'employer des distinctions et des définitions particulières ; c'est ainsi qu'on dit tableaux dé bamboehadôê, figures à ta CaUfH; ce qui ne signifie pas cependant figures de caricatnrw » m$u plutôt figures grotesques , (Ac. Ces deux espèces » et bien d'n«tres qu'on ponrrait aisément distinguer , sont donc comprises dans oe qu'on appelle le genre » expression ou distinction vague, comme on le voit, puisqu'elle comprend, vi les

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scènes touchantes des ménages^ et les farces des ivro-

J'en reviens donc à reproduire le principe simple qui démontre qn'il n'y a qu'une peinture, mais qu'il y a des su jets de toutes sortes et de différons modes. Je ne dirai pas conmie M. Watelet (au mot Genre) : «Peintres de genre; » iàites des excursions dans les pays qui semblent vous » être interdits; peintres de portraits» étudiez la figure » nue et l'antique ; peintres paysagistes , peignez souvent 9 la figure; peintres d'animaux» sachez peindre les foréls; » peintres de fleurs et de fruits , sachez aussi peindre les .9 insectes » etc. • Je dirai au peintre : Maintenant que TOUS savez la perspective , le dessin , le coloris , et l'arl de composer et de peindre, représentez les sujets qui sont les plus conformes à votre goût , à votre génie , à vos inclinations , et sachez , quelque genre que vous adoptiez, appliquer les vrais principes de votre art. Exercés à re présenter la figure humaine , qui est le plus compliqué des objets de la nature , vous saurez bien procéder pour représenter tous les autres objets, les animaux, les arbres, les étoffes, etc., et cela parce qu'il n'y a qu'une peinture. Un peintre qui a terminé ses études peut donc être universel , bien qu'il réussisse naturellement plutôt dans une espèce de sujet que dans un autre. Raphaël , Poussin , Rubens, Tiziano, ont su représenter tout; pourquoi donc autoriserait-on un peintre ou , pour mieux dire, un artiste imitateur à ne pas savoir imiter tel ou tel objet , et à n'en savoir imiter que quelques-uns* Quand on sait parler correctement , on sait parler sur tout, mais plus ou moins savamment, plus ou moins superficiellement, et selon que le sujet qu'on traite est à notre portée; mais au

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moins parle-t-on toujours correctement. Or les peintres de genre se croient dispensés d'être corrects dans leurs représentations, par cela qu'ils ne prétendent pas à être savans. C'est ici le cas de répéter qu'ignorer la perspective, le coloris et l'optique de la peinture, c'est ignorer la grammaire et les règles du langage.

Aujourd'hui surtout il y a une foule de peintres qui se disent peintres de genre; ils ont adopté ce titre, premièrement , parce que les tableaux qu'ils produisent sont de petite dimension, et qu'on les achète plutôt que des grands ; secondement , parce qu'ils profitent du préjugé barbare qui les autorise à être faibles dessinateurs , faibles compositeurs, etc., et parce que le léché, le poli, étant praticables avec de la patience , ils viennent à bout d'acquérir cette qualité, qui est celle que les faux connaisseurs recherchent avant toutes les autres. Enfin ils se font peintres de genre , parce qu'il est convenu que les hautes qualités de l'art ne sont point exigées dans cette espèce subalterne de tableaux. De-là cette fourmilUère de faiseurs et de faiseuses de petits tableaux très-médiocres ; de-là l'obligation dominante où ils se trouvent de peindre à la mode , de toucher selon la mode , de faire gris et flou lorsque les chefs en ce genre font gris et flou, de faire noirâtre et dur lorsque cet excès est do bon ton , polis et miniatures en un tems, brusqués et à larges coups dans un autre; oflrant tantôt des accessoires, des étofies, des nuages traités avec un extrême soin; et à une autre époque, offrant des lambeaux pour des draperies , et dos têtes de choux-fleurs pour des têtes d'arbres et pour des bosquets.

t M""" *** point le genre , et elle le peint comme un

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ui naturels par la jii^esse perspective , ni touchans par re&pression que, faute de justesse optique» il leur est impossible de réaliser sur leurs peintures. D'ailleurs , comment supposer de la profondeur de pensée dans des peintres qui se croient hors des grandes obligations qu'impose la peinture? Quelle recherche persévérante peuventils Caire au sujet des caractères , des mœurs , des gestes , lorsqu'ils ne sont préoccupés que de leurs petits pinceaux, de leurs petites touches , et d'attraper cet air de facilité qu'on exige dans leur travail I Peindre le genre » c'est faire adroitement de jolies niaiseries : se faire peintre de genre , c'est se déclarer ennemi du grand ; du simple , et de l'élévation morale et philosophique.

On m'objectera » et je conviens qu'on rencontre assez souvent des petits tableaux modernes dans lesquels perce le sentiment , et où l'on trouve des intentions morales aasez touchantes; mais ces exceptions sont en faveur de ma critique » puisqu'elles prouvent qu'il n'y a point de genres différens en peinture , et qu'on peut , en petit comme en grand, viser et parvenir au but de l'art. Ajoutons que, dans quelque sujet que Ce soit, ce but peut être atteint par les mtêmes moyens* Or pourquoi ces jolis tableaux assez intéressans , assez ingénieux , assez heureusement imaginés , sont-ils peu frappans par la justesse des poses, sont'ib souvent maniérés dans le geste , et offrentils un faible dessin dans les extrémités et dans les mouvcmens , qui devraient être fins et délicats ? C'est précisément par cette même raison, c'est à dire par l'effet de ce préjugé , à l'aide duquel un peintre qui fait le genre se croit autorisé à commettre toutes ces fautes. Enfin affirmons ici qu'un tableau dit de genre est un tableau qui doit

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être aussi excellent que tous les autres, quelle que soit leur dénomination. Pour réussir dans un tableau de genre , il faut les mêmes soins , les mêmes moyens , les mêmes procédés que pour les plus grands tableaux d'histoire. Au reste ces précautions^ces moyens préparatoires, cette étude n'ont point été négligés par les peintres en petit , qui ont été les plus habiles et les plus célèbres. Citons à ce sujet , et pour en finir , un passage qu'on lit dans le Voyage historique et littéraire en Angleterre et en Ecosse, par Pichot; 1825.

ff II est curieux, dit cet auteur intéressant, d'aller 9 visiter l'atelier de Wilkie , mais surtout de lui Foir dis- 0 poser les matériaux d'une composition nouvelle. Le » peintre s'est procuré une boite dans les proportions du • tableau qu'il médite, il la meuble suivant l'état des per^ » sonnages qu'il doit loger : les chaises 7 sont rangées » contre la tapisserie, éparses dans l'enceinte de la cham- » bre ou autour d'une table; le buffet est garni; la chc- » minée a sa grille et ses chenets ; les fenêtres leurs ri- » deaux; alors Wilkie y introduit sa famille de manne- 9 quins, assigne une place à chacun des membres, et 9 ferme la porte. Mais, il s'est ménagé dans quelque coin » une ouverture d'où son regard semble surprendre ses » hôtes dans leurs occupations domestiques. > Sans tous ces soins, sans cette haute idée de son art, Wilkie ne serait pas aussi habile.

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