DE L'IMENTION DANS LES TABLEAUX DR PAYSAGES
J^o9S venons de reconnaître que tout tableau de paysage doit avwr un caractère «t un mode déterminés. Ce principe ne saurait être contesté malgré l'exemple des*mille tobieaiix flamands et hollandais , qui plaisent, dit-on, et qaà sont fort recherchés à cause seulement de la justesse
4oO DIFPKRBIfS flBNRES EN PBINTURB.
de la représentation. En effet , ces paysages n'en sont pas moins fort insiguifians aux yeux des gens éclairés comme aux yeux du public, sous le rapport de TinTcntion et du résultat.
Le caractère ou l'espèce de paysage» c'est à dire sonmode, étant adopté» c'est le principe de l'unité qui en constituera la perfection. Il est donc facile de concevoir que l'unité doit s'appliquer à toutes les parties qui composent l'ouvrage. L'espèce de pays, de climat, la saison, l'instanl du jour, etc., doivent être déterminés et rendus distincts et frappans à l'aide de l'unité. C'est cette qualité si bien observée dans les paysages de Claude Lorrain, qui fait qu'on ne parcourt plus les campagnes sans penser à se» tableaux. C'est le principe de l'unité qui, guidant les peintres de scènes historiques , doit guider aussi jusqu'à la fin le peintre qui représente les beautés simples de la campagne. Enfin, répétons-le , sans la loi de l'unité point de bonnes productions en peinture quel que soit le sujet. Si, à propos d'invention, je voulais recueillir ici les plus belles tirades qu'on a faites sur le tableau de l'Arcadie de N. Poussin , sur son Déluge, sur son tableau représentant une tempête sur terre , ce serait offrir un fatras fort inutile aux élèves de génie, qui s'exercent dans la compositiou des paysages. La nature est Ih ; la théorie est là; le génie est ou n'est pas dans la tête, dans l'âme do l'artiste. Ainsi, trêve de belles descriptions écrites d'après des beaux paysages; trêve de ces déclamations qui ne font connaître que le style de l'admirateur *, et h l'aide desquelles jamais un peintre n'apprendra à composer. Quand on dirait dans un langage très-poétique qu'après les orages, la nature est toute brillante de nou-
TABLEAUX DE PAYSAGES. CONSIDÀE. GÉNÉRALES. 4o>
Telles couleurs, et que l'arc-en-ciel semble oraer la terre d'un diadème éclatant. Quand, par les plus heureuses ex-^ pressions « on peindrait la feuille qui reverdit » et dans laquelle se mine l*azur du firmament; quand on décrirait l'aspect bleuâtre des lointains que les vapeurs rendent incertains ; enfin , quand on ferait voir pour ainsi dire Féclat des diamans étincelans , qui tremblent suspendus sur les rameaux des bosquets : tant d'images qui intéresseraient un écrivain ne seraient d*aucun profit pour le peintre.
Les paysagistes sont encore fort mal servis par les écrivains qui leur prescrivent des voyages de long cours et presque le tour du monde, afin qu'ils rencontrent de beaux pays à peindre, de bdles compositions h importer. On les envoie à Balbeck, à Pàhnyre; on les embarque pour rindostan; on les enverrait même dans te pays des fées. Mais à quoi sert de recommander comme moyens nécessaîrea tous ces voyages? N'est-ce pas accabler les peintres par ces conseils désespérans ; et ne pourrait-on pas adresser tout aussi bien ces avertissemens aux peintres d'histoire, qui ont besoin de trouver de belles figures pour modèle? Non; partout la nature oflre aux paysagistes bien instruits d'assez beaux exemples; et quand je dis partout , )e n'entends pas dire absolument tians tous les en^its du monde; mais je dis que tout pays , comme tout individu , ayant un caractère quelconque , il ne s'agit que de reconnaître ce caractère , de le sentir et de l'embellir on l'exprimant avec unité. Une fois donc qu'on l'aura choisi, il pdurra devenir le sujet d'un tableau excellent dans ce même caractère.
Si l'on ne voyait pas tous les jours arriver de très-loin des paysagistes chargés de butin , je veux dire chargés