‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 103 sur 142 · TOME VIII · texte numérisé non relu

TOME VIII

402 DIFFÉRElfS GENRES S!f PEINTURE.

de croquis, de lavis, de vues, de traits, et quij avec toutes ces provisions , tout ce bagage en portefeuille , finissent par accoucher d'une souris, et par peindre le portrait de Montmartre ou du port Saint-Nicolas , on pourrait répéter sérieusement qu'on ne sera jamais paysagiste si l'on n'a pas un vaisseau à soi pour visiter tout le globe; mais, comme les Poussin et les Claude Lorrain, comme Salvator-Bosa et Tiziano, comme les Graspre, les Carracci et Francisque Mile n'ont pas cheminé plus de deux ou trois cents lieues pour composer leurs paysages , on est en droit de penser que, sans tant de voyages, et même tout en restant chez soi , un peintre peut produire des chefs-d'œuvre , toucher les spectateurs , leur plaire et les instruire. Mille beautés nous échappent donc en présence de sites que nous appelons ordinaires , parce que nous ne savons pas y découvrir les beautés que l'artiste. expérimenté parvient à y voir et à s'approprier. Oui , lespays, les sites les moins renommés, sont souvent ceux oèiTon peut composer et réunir les plus beaux ensembles ; et cela est si vrai que, dans le même lieu 0(1 un peintre habile a puisé une combinaison admirable , un peintre ignorant ne sait pas même y trouver un détail. C'est, ainsi que, d'après un modèle ordinaire, un grand dessinateur sait peindre une divinité , tandis qu'un ignorant ne sait représenter qu'un magot.

La même philosophie doit donc éclairer et élever le peintre de paysages comme le peintre de figures. II doit savoir distinguer les modes dans la couleur , dans le clairobscur , dans les lignes , etc. Je ne répéterai point ici ce qui a été développé ailleurs au sujet de ces hautes questions de Fart; mais, pour mettre le lecteur sur la voie ,

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je citerai un exemple , et je l'appliquerai au choix quant au mode des lignes. Dans nos anciens jardins d'Europe, dans ceux de Versailles » par exemple» ces allées tontes doriques n'inspirent-elles pas la tristesse? Et n'estce pas commettre un contre-sens que de courir ou de folâtrer dans de telles promenades ? En voyant Versailles, chacun ne se dit-il pas : Cela est beau , mais cela est triste. La cause de cet effet nous serait donc facile à expliquer.

Enfin tous les jours nous avons pitié de la prétention et des repentirs de ces paysagistes qui, comme tant de portraitistes , s'imaginent qu'ik pourront réussir sans tant de savoir, et sans avoir étudié toutes les^règles de l'art. Ces peintres échouent comme ces faiseurs de drames qui se flattent de réussir et d'intéresser le public, bien qu'ils ne se soient rendus ni littérateurs expérimentés ni écrivains habiles.

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