‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 118 sur 142 · TABLEAUX LE MARINES · texte numérisé non relu

TABLEAUX LE MARINES

ff Ârgos, dit-il, à l'aide de leviers et de cordages , en- » treprit de metlre ea mouvement le navire » en l'élevant 9 du côté de la poupe. II appela tous les guerriers , et » les engagea, par des paroles flatteuses , à partager le » travail. Aussitôt ils se préparèrent à lui </béir; ils se » dépouillèrent de leurs armes , ceignirent un cable sur » leur poitrine, et chacun employa toute la force de son 9 poids. »

» Quand le vaisseau fut en mer, Argos et Tiphys levèrent le mât, préparèrent les voiles, et attachèrent le gouvernail du côté de la poupe , en le serrant avec des courroies.

» Apollonius de Rhodes vivait plus tard que le premier chantre des Argonautes; aussi, donne-t-il déj5 l'idée d'une manœuvre un peu plus industrieuse pour mettre le vaisseau à flot : il suppose que les compagnons de Jason creusèrent un fossé qui allait jusqu'à la mer par un plan incliné, ce qui devait faciliter la descente du navire. Par la difll^rence de ces deux écrits , on voit les progrès qui s'étaient dits depuis le tems du premier poète jusqu'à celui du second : cet intervalle a dû être à peu près de trois siècles.

B Quand on a vu , dans nos ports , lancer même un de nos moindres bâtimens, on sourit à la peinture de ce prodigieux navire des Argonautes, qu'on tirait à la mer avec des cordes, et l'on conçoit qu'il ne valait pas même un de nos paquebots. C'est ce que confirme encore la manœuvre d'Argbs et de Tiphys qui lèvent le mât , < attachent le gouvernail avec des courroies. Il faut i que le mât se levait quand on mettait en mer, et se sait quant on était au port; alors il se logeait dan f

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rainure, ou dans une sorte de caisse, qu*Uomère appelle ûiodochos, le receveur du mât. Quant au gouvernail, ce n'était qu'un aviron plus large que les rames ; on lui voit encore cette forme sur des vaisseaux de la co» lonne Trajane , élevée dans le second siècle de notre ère. A quelques-uns de ces vaisseaux , il est contenu par une courroie, comme il l'était au vaisseau des Argonautes; à d'autres , il n'est retenu que par les mains du pilote , ce qu'on peut regarder comme une inexactitude de l'artiste : dans tous , il est placé à la partie latérale de la poupe , au lieu d'être à l'arrière du vaissieau, ou plutôt il y avait deux gouvernails , un à chaque bord.

» Il est inutile au sujet que nous traitons de fixer ayec précision le tems oii vivait Hésiode. Les uns le font contemporain d'Homère, d'autres veulent qu'il l'ait précédé: d'autres le font naître un siècle plus tard : comme la navigation parait être restée fort long-tems dans le même état , ces époques nous sont indifférentes ; il suffit qu'Hésiode soit un très-ancien poète. Ecoutons les conseils qu'il donne à Perses son frère , dans le poème des Œuvres et des Jours. Il lui recommande fortement de ne pas s'embarquer pendant l'hiver , mais de tirer alors son navire à terre, et de bien affermir de tous les côtés avec des pierres assez fortes pour résister à l'impétuosité des vents, t Dé- 9 posez , a joute-t-il , en votre logis , tous les ustensiles de » la navigation ; pliez et arrangez les voiles , et pendez le » gouvernail au dessus de la fumée. »

> On retirait donc le vaisseau à terre, on l'assurait avec des pierres qu'Homère appelle hermata (des soutiens, des appuis). On exposait le gouvernail à la fumée du foyer, pour le tenir sèchement. Quand la belle saison

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permettait de s'embarquer , on dérangeait les pierres , et on tirait le bâtiment à la mer , comme le firent les Argonautes. Cette pratique est restée la même pendant un grand nombre de siècles. Les Athéniens avaient au Pyrée des loges dans lesquelles ils reliraient leurs «Yaisseaux.

9 Ceux des tems les plus anciens n'avaient point de ponts. Le faux Orphée nous représente les Argonautes descendant au fond du navire , et prenant les rames.

» La navigation devait être devenue plus familière au tems du siège de Troie. Achille prit douze villes par mer; Ulysse commanda neuf fois des flottes; celle des Grecs confédérés était de mille vaisseaux; mais ces vaisseaux étaient construits comme celui des Argonautes; ils étaient de même sans ponts ; ils ne contenaient de même que cinquante hommes. Thucydide observe que quelques-uns en portaient cent vingt.

» Le même historien nous apprend qu'après la guerre de Troie » les Corinthiens imaginèrent les premiers des vaisseaux semblables à peu près à ceux qu'on voyait de son tems : il ne s'explique pas davantage. On peut croire qu'il s'agit de vaisseaux pontés « et même à plusieurs rangs de ponts et de rames. Us furent propres à contenir un plus grand nombre d'hommes. Jusqu'à cette époque, on s'en était tenu assez fidèlement aux vaisseaux à cinquante rames. On peut remarquer que les plus anciens vaisseaux étaient longs. Quand on eut imaginé de faire des vaisseaux ronds , ils furent consacrés au commerce, parce qu'ils portaient plus de marchandises; les autres» qui marchaient mieux» continuèrent de servir à la guerre. > Les Phocéens sont les premiers des Grecs qui aient entrepris de longues courses; et, par la raison que nous

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venons de déduire , ils se servaient de vaisseaux longs et h cinquante rames.

9 Les Romains n'eurent point de vaisseaux avant la première guerre punique : mais quand ils eurent choisi pour ennemis les Carthaginois , qui étaient les maîtres de la mer, ils furent obligés de créer une flotte , et de se former à la navigation.

9 Ils ne connaissaient point la mer; mais, pendant qu'on leur construisait des vaisseaux, ils furent exercés à terre par les consuls aux manœuvres maritimes. Des bancs furent rangés sur la terre dans le même ordre que les bancs des vaisseaux : on y fit asseoir les hommes destinés à l'emploi de rameurs; et, à la ^ voix de leurs commandans , ils faisaient jouer les rames , comme s'ils eussent été en pleine mer. Quand la flotte fut prête , il ne &llut que quelques jours pour achever de les former.

» Passons à la construction extérieure des vaisseaux anciens ; c'est la seule partie qui intéresse spécialement les artistes.

> Ils avaient , comme ceux d'aujourd'hui , une quille , c'est-à-dire une pièce de charpente qui régnait dans toute leur longueur, et des côtes qui en formaient la carcasse ; mais la quille était plongée dans l'eau , et la carcasse revi^ue de planches; ainsi ces deux parties sont étrangères aux artistes.

» Les vaisseaux que nous représentent les bas-reliefs antiques , décrivent en général une ligne droite , et ne s'élèvent en s'arrondissant qu'à la poupe et à la proue.

» La poupe qui est la partie postérieure du vaisseau , est celle qui s'élève davantage. On y voit ordinairement un gaillard ou château, où se tenait le commandant : son élé-

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vatîon est considérable, et devait prendre beaucoup de vent : ce cbâleau porte quelquefois le nom de tente. Dans le roman grec de Gbœreas et Gallirhoë » on voit Statira sortir de la tente » et se montrer au roi des Perses» son époux» qui était sur le rivage» et croyait l'avoir perdue pour toujours. Dans le même roman» quand Chœréas^ après de longues infortunes^ ramène Gallirhoë à Syracuse , la tente ou château est couvert d'une étoffe fabriquée à Babylone ; le rideau se lève » et le père de Gallirhoë la voit couchée sur un lit d'or» et vêtue de pourpre tyriennOé

B De la poupe s'élevait » en décrivant une portion d'arc» un ornement qu'on nommait apluslre. On ne peut guère mieux le comparer» quant à sa forme et à sou mouvement, qu'à la queue d'un écureuil; il dépassait le château , et était plus ou moins travaillé : souvent il se terminait par une triple ou quadruple aigrette. Il paratt qu'on attachait quelquefois une lanterne à son extrémité.

> L'apluslre» comme nous venons de le dire» s'étendait sur le vaisseau; un autre ornement» nommé chénisque » qui prenait sa naissance vers le haut de la poupe» s'étendait sur la mer : il représentait le col et la tête d'une oie. Le cheuisque était beaucoup moins grand que l'apluslre.

» G'était ordinairement à la poupe qu'était représentée la divinité protectrice du vaisseau. On appelait celte représentation la tutelle.

» La proue entière représentait assez grossièrement une tête d'oiseau ; les yeux de cet animal étaient sculptés » et son bec » que les Latins appellent roêtrum » était placé au oiveau de l'eau. Ge bec » ou rostre » fut d'abord imaginé

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pour garantir les vaisseaux contre les écueils : c'était une poutre armée d'airain ou de fer. On en fit dans la suite une des armes les plus terribles des combats maritimes. Les rostres alors cessèrent d'avoir la figure d'un bec : ce furent des lames fortes et très-aiguës» destinées à percer les vaisseaux ennemis. Quelquefois ils représentaient des faisceaux d'épées ; quelquefois aussi , comme la machine nommée bélier» ils ressemblaient à une tête d'animal. Souvent un seul vaisseau avait plusieurs rostres les uns au-dessus des autres; cependant» il ne faut pas toujours prendre pour un rostre une tête ou tel autre ornement de métal qui s'avance de la proue au-dessus de l'eau. 11 avait la fonction d'empêcher que les rostres ne s'engageassent pas dans le vaisseau ennemi» au point de ne pouvoir s'en retirer» ce qui entraînait le naufrage des deux bâtimens.

» On sent que la proue devait être très-forte dans les vaisseaux de guerre » puisqu'elle était l'arme ofiensive la plus redoutable; aussi » quand on destinait à la guerre un vaisseau d'abord construit pour le commerce » on le remettait sur le chantier, pour en fortifier la proue de puissans madriers.

9 C'était communément à cette partie que l'on plaçait en peinture ou en sculpture de bas ou de plein relief» une figure qui donnait son nom au vaisseau. Dans les fragmens d'un bas-relief antique» qui représentait un combat naval » on voit au-dessus de la proue la représentation d'un centaure» grand comme nature» et l'on conjecture » a?ec beaucoup de vraisemblance » que ce bâtiment se nommait le Centaure. Ces fragmens » déterrés à Rome» ont été achetés par le duc d'Âlcala » qui les a figiit

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transporter à Sé?ille. Don Emmanuel Marti , doyen d'Alicante , en a envoyé les dessins à don Bernard de Montfaucon» qui les a placés dans son Antiquité expliquée.

> Il semble que les anciens aient recherché sur- tout à multiplier les rangs de rames dans les vaisseaux , et qu^ils aient cru que de cette multiplication résultait une construction plus parfaite. On eut d'abord des vaisseaux à trois rangs de rames, et l'on parvint à multiplier ces rangs jusqu'à quinze et bien au-delà , ce qui n'est pas concevable. On a même bien de la peine à se faire une idée des vaisseaux à cinq , et même à trois rangs de rames placés les uns au-dessus des autres; mais, quoique cette idée puisse coûter à notre imagination » nous sommes , obligés de l'admettre, puisque le fait est prouvé par des passages multipliés des anciens et par des bas-reliefs antiques. On voudrait en vain adopter l'interprétation d'un savant , qui , fondé sur un passage d'un scoliaste grec des siècles inférieurs» prétendait que le premier rang était formé par les rameurs qui étaient à la poupe; le second, par ceux qui étaient au milieu du vai siëme , par ceux de la proue. Cette intei toute difficulté : mais peut-elle s'accord Silius Italiens , 1. i4»v. 4^^» ^^î ^^I prit au haut d'un vaisseau , et que déji premier rang avaient abandonné leurs i ceux des derniers rangs fussent inforn S'accorde-t-cUe avec ce que nous appre que les rameurs du dernier rang avaic gages , parce que j se servant de rames avaient moins de peine? N'est-elle pas

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par la vue des bas-relîels , qui nous moutrent des vaisseaux à deux et trois rangs de rames diàlribués par étages?

» Il est vrai que s'il fallait supposer que les rameurs aient été placés perpendiculairement les uns au-dessus des autres , on ne comprendrait pas comment les vaisseaux pouvaient s'élever assez au-dessus de l'eau pour donner place à tant de rangs » et comment les rames des rangs supérieurs pouvaient être assez longues pour atteindre la mer : mais la colonne Trajane et quelques médailles nous montrent que les rames n'étaient pas perpendiculairement les unes au-dessus des autres , et qu'elles étaient rangées en échiquier ; ce qui donne quelque facilité» non pas de concevoir bien précisénaent comment les rameurs étaient placés , mais de comprendre qu'ils pouvaient l'être. On peut imaginer qu'au-dessous de l'intervalle que laissaient entr'eux deux bancs des rameurs du premier rang, était placé unl>anc de rameurs du second rang , etc.

» Le premier rang était assis sur le haut pont , et ses rames sortaient par des ouvertures ménagées à des balustrades qui couronnaient le bordage du vaisseau. Les bancs du second rang étaient placés sur un pont inférieur» et les rames sortaient par des sabords. Il parait , par le bas-relief du duc d'Alcala , que » dans les batailles » les rameurs du premier pont se retiraient pour le laisser libre aux gens de guerre , et que le vaisseau n'était manoeuvré que par les rameurs des rangs inférieurs.

> On voit f par le témoignage des anciens , qu'à quelques exceptions près, les vaisseaux qui passaient cinq ou six rangs de rames , manœuvraient fort mal » et contribuèrent plusieurs fois à la perte des batailles. On cessa

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depuis Auguste , de donner aux vaisseaux plus de trois rangs de rames; et c'est pour cela que les bas- reliefs n'en oflrent aucun qui en ait un plus grand nombre. Enfin l'historien Zosime, qui écrirait dans le cinquième siècle , nous apprend qu'alors» et depuis long-tems , on ne construisait plus même de trirèmes ou galères à trois rangs.

» Les Yaisseaux des anciens n'ayaient en général qu'un mat. En travers de ce mât était attachée , en forme de croix 9 l'antenDc qui soutenait la voile. La hune était peinte » et souvent ornée de dorures. On pourrait croire qu'elle avait quelque ressemblance avec une tasse ; c'est du moins ce que fait conjecturer le mot cachesium , qui signifie également hune et tasse.

» On a fait des voiles de toutes sortes de matières , de peaux , de nattes » de lin : on en a fait de rondes , do carrées» de triangulaires : mais celles des Romains et des Grecs étaient triangulaires et de lin. Dans les grands vaisseaux» on eut jusqu'à douze voiles; quelques-unes» nommées sipara, n'avaient qu'un pied : elles servaient à recueillir les derniers souiQes d'un vent qui s'affaiblissait.

Summaque tendens Sipara , ventorum perituras coUigU auras.

LuGAiN.

• Julius Pollux entend sans doute autre chose» quand il ne compte que trois voiles : la grande » dit-il » est au milieu du vaisseau» la moyenne à la poupe» et la plus petite à la proue. Pline s'exprime de même : c Déjà » dit-il » les » plus grandes voiles ont cessé de suffire aux vaisseaux : » quoiqu'un arbre entier suffise à peine à la longueur des » antennes » on a cependant ajouté des voiles au-dessus des TOME VIII. 29

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vautres voiles , et de plus on en a mis à la poupe et à la • proue. wJara verà nec vêla majora satis esse eœpcrunt f%avigiis : sed quamviê atnpUtudini antennarutn slngulœ arbores suffieiant, super tas tamen addi velorum alla vêla » prœiereaque alla in proris, alla in puppibus. Ces voiles placées à la poupe et à la proue n'indiquent-^lles pas clairement trois mâts ? Quel aurait été Tusage des toiles de la poupe et de la proue s'il n'y avait pas eu de mâts pour les tendre?

» Athénée nous apprend qu'il j avait trois mfitsau grand vaisseau d'Hiéron » tyran de Syracuse » construit par Archimède. Il résulte des passages de Pline et de PoUux que ce vaisseau n'était pas le seul qui eût cet avantage. On comptait même encore une quatrième voile » nommée arUimen , et placée à la proue. Elle était plutôt destinée , dit Isodore » à diriger qu'à hâter la course des vaisseaux. Gela semble avoir quelque rapport à la voile du beaupré.

» On trouve dans le dialogue de Lucien, intitulé le Navire 9 un passage qui peut aider à établir les proportions que les anciens donnaient à leurs vaisseaux. Celui dont il parle , et qui apportait du blé des ports de l'Egypte à celui du Pirée» était d'une grandeur extraordinaire; sa longueur était de cent vingt coudées , sa laideur du quart de sa longueur, et il avait vingt-neuf coudées de haut. Ce bâtiment avait un seul mât. Un petit vieillard chauve , dit Lucien » à l'aide d'une faible barre » guide le gouvernail de cette énorme machine. Ces mots , quand on n'en aurait pas d'autres preuves » nous apprendraient ce que les bas-reliefs de la colonne Trajane nous laissent ignorer» c'est-à-dire que les anciens avaient des gouvernails à peu près semblables aux nôtres, fixés de même à Tar-

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rière du bâtiment , et dans lesquels il entrait une barre ou timon qui serrait à les manier; on nommait ce timon ctavus; et Textrémité que tenait la main du pilote se nommait l'anse , ansa.

1 Lucien» dans le même dialogue, parle de vaisseaux qu^il appelle triarmena , à trois Yoiles; et Ton doit entendre, par cette expression » des vaisseaux à trois mâts , puisqu'on a tu que même un vaisseau à un seul mât avait jusqu'à douze voiles.

» Dans les premiers tems on ne connaissait pas les ancres telles que les nôtres. Nous avons vu que , quand on abordait, on tirait le bâtiment sur le rivage. Quand il fallait l'arrêter quelque tems en mer , on se servait de pierres retenues au vaisseau par un cordage. Les Grecs nommaient ces pierres eunâ, qui signifie lit, parce qu'elles forçaient le vaisseau à demeurer tranquille comme dans un lit. Ce nom resta aux véritables ancres , quand elles furent inventées; mais on les nomma plus communément ancura , de leur forme courbe et crochue. Ce mot ne se trouve pas dans Homère , apparemment parce que la chose elle-même n'existait pas encore. Il se trouve dans le poëme des Argonautes du faux Orphée; mais il faut croire que c'est un anachromisme échappé à Fauteur, et qui peut servir à dévoiler son imposture. En effet , s'il eût été le compagnon des Argonautes , il n'aurait pu nommer ce qui n'existait pas de leur tems , et ce qui même probablement n'existait pas encore du tems d'Homère.

• Les arts contribuaient à l'embellissement des vaisseaux; on les ornait de peintures , de bas-reliefs, de statues. De célèbres peintres de la Grèce avaient commencé par être peintres de vaisseaux, comme chez nous le Puget

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