CHAPITRE
JUSQU'A OmL DEGBÉ PEUT-ON ET DOIT-ON POBTER LA JUSTESSE DE REPRÉSENTATION PAR LE COLORIS r
QcAKD nous avons traité de l'illusion , en donnant la définition de la peinture , nous avons tâché de faire eom • prendre qu'elle n'était point le but ni la fin de cet art, mais qu'il suffisait de donner fortement et vivement l'idée des objets à l'aide d'une exacte et fidèle représentation. Notre intention était de prouver que la peinture avait une autre destination que celle de tromper la vue, et même que l'illusion était presque une cbose impossible; mais» d'un autre côté, nous avons cru devoir relever l'erreur de ceux qui , Qatrepassant ce principe et abusant du système
42 COLOBM.
de certains théoriGÎens ( Jos. Reynolds est de ce nombre) , ont porté jusqu'à l'excès la négligence dans la représentation 9 et n'ont mis au jour que des indications trèft-grossières , quoique conformes à la nature « indications qui n'ont jamais produit le résultat moral que se propose l'art noble et délicat de la peinture.
Parce qu'Apelles disait de Protogène que son défaut était de ne pas savoir s'arrêter » il n'en iàut pas conclure qu'il y a dans l'art de représenter un degré su-del& duquel il ftiut se garder de parvenir. En général , on ne saurait être trop vrat; et c'est dans certains cas seulement , qu'il faut savoir borner l'imitation de quelques objets, afin de faire mieux ressortir l'imitation ou le rendu de quelques autres qui sont plus importans : mais il n'y a pas de terme auquel il faille , en général , borner la vérité générale de l'image ou du tableau.
Si l'on avait consulté sur cette question l^s Flamands et les Hollandais du dix-septième siècle, ils eussent tous répondu qu'on ne saurait être trop vrai , trop exact par le eoloris. Si l'on eût consulté les élèves de l'école romaine et lombarde y ils eussent répondu que la vérité du coloris est une condition bien louable , mais que la vérité et la beauté du dessin et du clair-obscur doivent l'emporter sur la vérité et la beauté des teintes.
Consultez encore aujourd'hui les artistes , les amateurs , etc. ; les uns vous diront que le coloris est le plus grand charme et la condition première et caractéristique de la peinture; les autres vous assureront que le coloris est un moyen dont on peut à la rigueur se passer , puisque Raphaël , Michel-Ange , Poussin » et bien d'autres , sont toujours très-célèbres sans ce moyen. Vantez à ces
D£GBÉ DB JUSTESSE DANS LA BBPRÉSE?CTAT10N. 4<^
derniers nilasion produite par un tableau hollandais; ils souriront de pitié. Citez aux premiers une composition pleine de noblesse , un tableau d'un dessin vrai et divin , mais dont le coloris soit plat et dont les teinte»soient crues et sans rérité; ils s'indigneront de votre enthousiasme: les dissidences et les mal-entendus sont quelquefois poussés plus loin encore , puisque quelques-uns veulent absolument un coloris à la Rubens, les autres des teintes à la vénitienne. Quelques-uns réclament les Couleurs grises et roses de l'école de Yien ; d'autres n'exigent qu'un clair-obscur à la Rembrandt» à l'anglaise et sans justesse de teintes. L'artiste qui peint des coupoles a son coloris , celui qui peint en petit en a un autre. Viennent ensuite les fautes, les contresens : un enfant délicat est peint avec des couleurs fières; un vieillard basané est représenté par des éclats de couleurs fraîches; et enfin des portraits de jeones filles font voir des joues ombrées comme avec de l'encre. D'où viennent tant de préjugés , si ce n'est qu'on n*a pas défini simplement , judicieusement et de sangfroid l'art de la peinture?
Nous-mêmes , nous n'eussions jamais circonscrit en un peint distinct de doctrine cette question (jusqu'à quel degré doit-on porter l'imitation par le coloris?) si nous n'eussions été jadis dupes , comme tant d'autres, de toutes ces préventions qu'on reçoit , qu'on communique sans en sentir les inconvéniens , sans apercevoir la confusion qui doit en résulter. Lft méditation range donc peu à peu les idées , selon le meilleur ordre , et à la fin on prend pour base non les préjugés dont on est assailli , mais des prin* cipes simples et réels. Nous affirmerons donc ici que noit^seulement l'imitation par le coloris est indispensable, et