‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 13 sur 142 · G0L0HI · texte numérisé non relu

G0L0HI

tout aussi nécessaire que rimitation par le dessin et par le claii^obscur pour constituer une production de peinture, mais nous affirmerons que la justesse de représentation par le coloris ne saurait être portée à un trop haut degré, puisqu'il n'y a pas de cas où une peinture puisse être trop vraie et trop semblable à la nature. Cependant , il convient de faire observer que nous ne considérons pas cette justesse relativement à d'autres justesses particulières de représentation , et que nous supposons que le dessin » la composition , les caractères des figures , le clair-obscur , etc. , sont portés dans le ta> Meau au même degré de vérité que le coloris. En effet , dans le cas où le dessin serait peu vrai » ne serait-ce pas donner un mauvais conseil que d'engager à porter le coloris au plus haut degré de vérité ; et ne faudrait-il pas conseiller au contraire de perfectionner le dessin? Si on suppose encore le cas où l'on appliquerait également et indistinctement ce précepte à tous les objets du tableau , on trouverait qu'il n'est pas absolument convenable » et que si la justesse doit être portée au plus haut degré sur les parties ou objets principaux , elle doit l'être à un degré moindre sur les objets de moindre importance. J'ai tâché de &ire ressortir cette vérité » en parlant de l'imitation (Yoy. tom. m» pag. 2s5. ) Mais» abstraction faite de ces deux cas que nous venons de signaler , on doit recommander comme une règle certaine , de porter la justesse de représentation par le coloris au plus haut degré possible. Pourquoi donc le conseil d'être très-vrai serait-il donné seulement au sujet du dessin , et ne s'appliquerait-il pas au coloris? Si la perspective prescrit les mesures optiques de dimension , ne prescrit-elle donc pas de même les me-

DKGB& SB JUSTESSE OANS t/i REPBÉSENTATION. 4^

sures optiques des teintes? Au reste, pour MToir quelle similitude d'impression ou de plaisir produisent le dessin et le coloris 9 la finesse et la justesse du dessin , la finesse et la justesse délicate des teintes , il faut avoir recours h des tableaux-modèles. Les exemples de dessin très-vtaî ne sont pas rares » mais les exemples de coloris très-yrai le sont au contraire beaucoup ; et il faut avoir considéré très-souvent la peinture sous le point de vue de cette justesse de coloris , pour avoir été frappé et s'être souvenu de certains passages vrais jusqu'à l'illusion ; car dans tel ou tel tableau , céê exemples , parce qu'ils sont accompagnés de faussetés y ne préviennent que bien rarement les spectateurs. L'altération , que subissent plus ou moins les tableaux peints à l'huile , contribue à cette imperfection ; mais c'est l'ignorance de la partie mathématique du coloris qui en est principalement la cause. Puisque l'on conçoit toute l'efficacité du dessin excellemment correct et vrai , et que l'examen des têtes d*Holbein , d' Albert-Durer , de Léonard de Vinci , de Raphaël , en offrent des preuves si frappantes , pourquoi ne concevrait^n pas l'efficacité d'un coloris excellemibent correct et vrai , lorsqu'on admire quelques portraits de Tiziano , de Velasquez , de Franckals , de Vandyck ? etc. La vérilé des teintes ne saurait donc être portée trop loin, en général, puisque l'art est toujours au-dessous de la nature, et qu'il ne peut jamais l'atteindre.

Quel sentiment délicieux fontnaitre certaines teintes que Paul Véronèse et Tiziano ont su répéter sur leurs figures de Vénus et de l'Amour; et combien sont attachantes les imitations peintes d'objets inanimés , lorsque la teinte en est naturelle ! Or à quel degré de ressemblance chroma-

46 COLOEI8.

tique ecusent dû s'arrêter les peintres , auteurs de ces derniers tableaux? Chacun dira qu'ils ne pouvaient être trop exacts, trop vrais pigr le coloris. Pourquoi donc n'en pas dire autant des figures et des carnations ? Est-ce donc seulement pour les objets tracés dans les panoramas ou dans les tableaux de fleurs et de fruits , qu'il dut réserver la justesse exquise et si attachante des teintes ? La vie , qui s'exhale de certaines carnations exprimée , par des peintures au lavis ou au vernis , est-elle donc une imitation superflue dans l'art? Non» cette justesse de teinte n'est pas une addition à la nature ou à l'art; ces nuances aériennes si justes , que Claude Lorrain posait avec tant de délicfitesse et de précision sur sa toile» ne sont pas des omemens superflus! Il faut donc convenir que les Flamands et les Hollandais ont agi avec un sens exquis, en s'eiTorçant de répéter , par une très-grande justesse , les teintes des objets. Il faut convenir que Tiziano > que Van-Dyck sont infiniment plus intéressans lorsqu'ils offrent un coloris exact et vraisemblable , que lorsqu'ils visent aux effets abondans et imposans. dans des compositions d'apparat. Quant à moi , je suppose que les peintres grecs s'attachaient avec le même soin à la justesse des teintes qu'à la justesse du trait et des formes; et que ce qu'écrivaient à ce sujet les anciens servait moins à louanger la magie de leur peinture et l'artifice de leur coloris, qu'à démontrer l'attention extrême qu'ils avaient , et l'importance qu'ils mettaient à la naïveté , à la précision de leurs couleurs, précision qui a dû les conduire jusqu'à l'illusion.

Au reste , à quel degré de vérité serait-il donc nécessaire de s'arrêter , au dire de certaines personnes préve-

DEGBé DE iuSTESSE DÀIVS LA REPRiSEMTATlOIf. l\

nues contre le oolorts; et jusqu'à quel point seulemei bul-il être vrai selon elles? On conçoit l'absurdité d'up telle demande. Quant à l'austérité du coloris , auatérit ou écoBomie de couleurs que ces personnes semblent n commander et prescrire , nous ne reviendrons pas sur c mal-entendu , et nous aîmoas à croire que c'est la difli culte que leur lait éprouver leur manque de savoir toutes les fois qu'elles s'occupent de questions de coloris qui leur a iait dire par dépit qne lé coloris n'est qu'u luxe de la peinture. Ce sont encore ces mêmes personne ignorantes en coloris ^ui» voyant qu'elles ne peuvent ce pier , sans de très-gros contresens «^ les effets magiques c vrais de Tiziano ou de Yan-Dyck, copies qu'elles entre prennent dans l'espoir de faire d'utiles exercices» osen affirmer que c'est peendre un soin inutile que de s'atla cher à toirtes ces teintes et à toutes ces combinaisons.

Page 1