‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 121 sur 142 · DES PEINTURES SGÉNIQDES ET DES DÉCORS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES PEINTURES SGÉNIQDES ET DES DÉCORS EN GÉNÉRAL

\2uELLE différence prétendrait-on établir entre le peintre de tableaux et le peintre de décorations scéniques , si ce n'est celle qui résulte de la différence des procédés 1i* néaires selon la position en raccourci des surfaces qui reçoivent la peinture? Un peintre scénique n'est-il pas tenu à conserver l'unité n'est-il pas obligé d'inté des sites , par l'expressii tions appartiennent? Ei masses et des teintes» le des campagnes et des bot

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lérieux et terribles , U magnificence ou Télégance des palais et des jardins, i'édat des salons et des lieux d'agrément , comment imaginer et représenter sur la scène toutes ces choses sans ce génie » sans cette raison et cette imagination qui sont la partage des artistes trèshabiles ?

Quant aux procédés de perspective , qui sont propres à ce genre de représentations, il va sans dire que tout peintre qui entreprend d'y réussir, possédera la perspective en général , et les lois de l'optique , qui sont particulières à ces sortes de représentations; en sorte qu'il saura adopter les moyens les plus capables de le conduire directement au but. C'est ainsi que, pour peindre un sujet sur une coupole ou sur un mur oblique au spectateur, et d'ailleurs irrégulier, tout peintre est tenu de faire des opérations particulières de graphie, et de multiplier ainsi les travaux préparatoires nécessaires à cette fio. Mais un peu d'exercice habitue bientôt aux calculs qu'exigent la situation et la position des coulisses , des châssis , etc. ; en sorte que c'est toujours le fond de la chose qui est diiDcile à bien traiter , et que les moyens techniques ou optiques ne sont rien comparativement aux calculs métaphysiques, qui sont du ressort du sentiment, de l'imagination , et de l'âme qui crée, et qui doit se communiquer dans toutes les productions des beauxarts.

On pourrait grossir ce chapitre par une foule d'obaer^ vations relatives à la scène , relatives aux machines représentant les divers objets qui se succèdent sur le théâtre pour produire l'illusion; mais toutes ces questions appartiennent à l'art scénique en général , dont la théorie

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et la partie technique Q*ont pas encore été complètement traitées dans les li?res, et elles sortent absolument des limites qu'il est convenable que nous nous prescrivions dans notre ouvrage.

Toutes les opérations de perspective qui sont nécessaires pour tracer et peindre . soit les coulisses , soit les fonds , soit tous les autres objets dont les images se découpent les unes sur les autres > sont très-démontrables; mais il faudrait un assez long exposé pour traiter convenablement toutes ces questions. Et comme il est reconnu que chaque praticien, en ce genre, est obligé d'avoir recours à son industrie , pour s'accommoder à tous les cas accidentels qui se présentent , il est évident que ce qui sulEt c'est la connaissance fondamentale de la perspective, et qu'il serait assez inulile d'exposer, d'expliquer dans un livre tous les cas particuliers. Ce qui a été dit et savamment expliqué dans certains traités de perspective au sujet des voûtes et des superficies irrégu* iières recevant des peintures, a été moins utile aux artistes que certaines pratiques qu'ils se sont faites et qu'ils se sont rendues particulières. Nous ne fatiguerons donc point le lecteur en répétant ici ce qui a été publié sur ce point, soit dans l'Encyclopédie méthodique, soit dans Ab. Bosse, Pozzo, et autres ( voj. au vol. vi , une liste de plus de cent cinquante auteurs qui ont écrit sur la perspective). Ainsi nous les renvoyons aux livres mêmes oii ces recherches ont été faites. C'est par la même raison que nous ne disons rien sur l'art de tracer les panorama , les diorama , les néorama, et toutes ces sortes d'inventions /optiques. Quant à la manière dont nous avons fait envisager l'art de la perspective dans ce Traité, en séparant le géométral du

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perspectif, je pense que celte méthode abrégerait beaucoup les opérations du peintre chai^ de tracer les divers tableaux scéniques , et qu'une fois la représentation orthographique faite, l'altération visuelle, par l'effet du point de vue et par la position accidentelle des coulisses ou autres surfaces, s'obtiendrait bien plus aisément, ce qui simplifierait infiniment tout le travail du peintre.

On peut consulter particulièrement sur l'art des décorations des théâtres et sur les décors. Moulin, Pein , Ârménini (pag. 167) , Basoli, Smith, Millin aux articles Décorations, Scènes des théâtres des anciens, Ornemens, Perspectives, Paysages. Il a paru à Venise, en 1827, un ouvrage sur l'art des Décorations scéniques.

Considérons maintenant l'art de la peinture scéniqae» ainsi que l'art du décors , sous le rapport de leur influence morale.

Il est certain que parmi les spectacles qui peuvent avoir de l'influence sur le go&t national , on doit mettre au premier rang les spectacles qu'offrent les théâtres , et surtout les théâtres des capitales de l'Europe , surtout celui de l'Opéra de Paris, qu'on regarde comme le premier sous le rapport des effets pittoresques et de la magie des machines. Chez les Grecs et chez les Romains , les grands sujets de la politique et de la religion étant traités sur la scène , les magistrats et les législateurs veillaient de toute leur autorité à ce que ces mêmes spectacles scéniques pussent influer favorablement sur les mœurs. On ne saurait imaginer qu'aujourd'hui nos hommes d'étal aient fermé les yeux sur ce point d'éducation nationale , et qu'ils se soient contentés d'établir une certaine inspection, une certaine police sur les productions scéni-

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ques » admises à être représentés deyant lo public » sans s'occuper aucunement du caractère général de bon ou de mauvais goût qui peut dominer tous ces spectacles » sans s'inquiéter si la barbarie tend à s'y introduire de nouveau, et si l'aiTectation » l'Indécence» la manière, si l'absence de dignité et de grâces naturelles ne deviennent pas un exemple dangereux pour les spectateurs » et de là pour la société.

Le rapport qui a nécessairement lieu entre les arts divers qui concourent au résultat général qu'on obtient dans les grands théâtres » et surtout à l'Opéra de Paris » autorise à examiner ici avec quelqu'attentlon cette question. En effet l'influence de la peinture est très-grande à ces théâtres , soit quant au costume, soit quant à la composition des ballets, des groupes, des pas et des attitudes. Il est donc à croire qu'on y interroge et que l'on y consulte souvent des pelnlres. Mais circonscrivons notre critique en un seul point, et ne l'appliquons qu'au spectacle appelé ballets : d'autres observations analogues, relatives aux décors , termineront ce chapitre.

Le goût abominable qui étalait ses turpitudes vers le milieu du dix-huitième siècle fit place à la fin à un goût moins corrompu. On fut indigné de se trouver si loin de la nature , et de s'être laissé entraîner aussi long-tems vers une barbarie nouvelle par l'influence de la mode imposée par quelques femmes dénuées de raison et de dignité. On revint donc de cet engoûment ridicule , et la réforme se fit sentir peu à peu. Les élans de quelques artistes instruits à l'école des Grecs déterminèrent une impulsion nouvelle; les spectacles publics des théâtres rappelèrent enfin la noble et gracieuse simplicité des an-

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ciens ; on les consultait sans relâche » et tout ce que Ton retrouva de modèles antiques devint Fobjet des études de ceux qui s'occupaient dignement des arts. Une aussi louable révolution s'étendit dans toute l'Europe; on vit à la fin la représentation des personnages des tems héroïques, celle des hommes célèbres de tous les âges offerts au public selon le vrai costume. Les acteurs cherchèrent à peindre l'austérité, la magnanimité des mœurs antiques : les héroïnes de nos poè'mes dramatiques parurent sur la scène avec ce beau costume grec et romain si conforme à la décence, à la dignité , à la grâce du sexe; enfin , aa lieu de poupées affublées comme les dames d'honneur de l'ancienne cour, on vit des dames d'Athènes et de Rome. Quel triomphe pour la peinture; que de satisfaction pour les artistes qui coopérèrent le plus à cette influence I David et Talma recueillirent des couronnes » et les arts leur doivent pour cela seul une reconnaissance éternelle.

Mais ces heureuses réformes , ces nouvelles conquêtes sur la routine ne flattèrent point les chefs qui préparèrent leur despotisme sur un pays qu'il fallait tenter d'avilir , afin de le subjuger. On tâcha donc d'éteindre ce beau feu : des artistes envieux et ignorans profitèrent de ces dispositions. On feignit d'apercevoir des républicains dangereux dans les hommes de goût qui applaudissaient à ces efforis nouveaux; et ce qui étouffa cette ardeur et ce feu, ce fut réellement l'influence des artistes intrigans qui s'effrayaient de cette marche toute nouvelle , par laquelle une jeunesse exaltée pourrait attirer bientôt tous les regards, et produire des chefs-d'œuvre. Pour arrêter cet élan , il fallut donc fabriquer un exposé alaimant de cette effervescence nouvelle et de cette indépendance. Il

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fallut appeler innovation Aineste le refroidissement, Téloignement pour les exemples académiques que renferment les musées; il fisiUut accuser les novateurs; et parce qu'ils cherchaient la beaulé et les grands exemples dans Théroîsme de Tantiquité ». il fallut les déclarer ennemis des sujets de notre religion. Ils voulaient ennoblir par un style convenable ces mêmes sujets de notre sainte religion , et on osa les dire ennemis de Raphaël et des types consacrés. Enfin on affecta de réconapenser ceux qui reprirent les anciens erremens» et qui rr.ppelèrent dans leurs tableaux le style lâche , sans dignité , sans caractère de cette école des Yanloo » école si pitoyable qu'on la délaissa à la fin pour essayer une route nouvelle qui pût faire approcher des anciens et de la nature.

A l'aide de ces premières attaques» les ennemis du beau » les ignorans intrigans » parvenus petite petit à faire rétrograder le goût et à le replacer dans le cercle banal des mêmes types académiques qui» depuis les Garracci surtout» infestaient les temples» les palais et les musées» purent impunément faire pire encore. L'hypocrisie signala donc l'impudeur dans la représentation du nu » et fit ainsi décheoir l'art en faisant considérer comme accessoires la justesse et la beauté des formes de la figure humaine. On y parvint en partie : aujourd'hui des étoffes vives en couleur» des masses de clair-obscur contrastées, suffisent pour attirer les suffrages : une incorrection étrange » une absence totale de sévérité est tolérée et encouragée » et une foule de jeunes peintres devenant de plus en plus étrangers aux maximes artistiques des anciens » improvisent de tous côtés les extravagances les plus misérables. Les artistes qui se sont fiiit un nom avant cette contre-

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révolution se trouyent donc bien à Taise, puisque la comparaison de tant de productions dénuées de style et de sévérité, fiiit paraître leurs ouvrages châtiés , sévères et de là très-recommandables.

Tous les aris se donnent la main ; les divinités de TOpéra» les Amours, les Zéphirs furent signalés comme surannés avec leur costume mythologique simple et de bon goût. On prétexta Findécence de certains hahillemens pour en introduire d'un goût mauvais. On donna le change aux chefs qui , croyant faire un à propos utile à leur intérêt en préparant des réformes daos un esprit de décence, favorisèrent les plans de ces intrigans ennemis du beau , et laissèrent rappeler sur la scène le goût des salons de Paris. Cet état de choses est tel, que ceux qui comparent aujourd'hui les ballets de l'Opéra aux mêmes ballets joués il y a vingt ans , peuvent à peine en croire leurs yeux. I^a coiffure et la jupe de ces beautés olympiennes est d'un goût affreux. Les cotillons bouffanssurla croupe, les couronnes posées de travers selon le caprice des coiffeurs gagés, toutes les formes enfin selon le goût de nos couturières et de nos modistes y sont étalées avec une impertinence et une exagéralion dont la laideur est sans égale. Quant à la manière épouvantable, malhonnête avec laquelle ces terpsichores, ou pour mieux dire ces poupées» soulèvent, tendent et roidissent leurs jambes et leurs cuisses , roidissent leurs col et convertissent leurs bras en télégraphes, cette manière déjà vieille à l'Opéra n'a fait, et cela devait être, que croître et s'enlaidir; et les mêmes ennemis du bon goût sont encore parvenus adroitement à persuader à nos scrupuleux directeurs , qu'il fallait respecter l'art en ce point , ainsi que les anciens et savans

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principes des coulisses. Les règles de la danse antique conduisaient à la modestie» à la gravité , à la vraie grâce; nos danseuses» dont on vient d'allonger un peu le jupon, expriment raflectation , l'effronterie» leurs gestes sont baïs' sables parce qu'ils tiennent de la débaucbe et de la folie. Qu'espère-t-on de ces influences d'aujourd'bui ; à quel plan se lie cette excitation au mauvais goût , ou au moins celte insouciance pour la dégradation des arts ? La réponse à cette question n'est pas de ma compétence.

Il m'a donc semblé utile» dans ce livre» qui traite exclusivement d'un art de beauté» d'un art dont Tinfluence peut être grande sur les mœurs » de signaler certains vices aflligeans» et d'avertir au moins le public» afin qu'il ne prenne pas le change quand on cherche à lui persuader que ce n'est pas dans l'antiquité qu'il faut puiser les règles du goût et de la décence » mais qu'il faut » selon les siècles» modifier ce goût; en sorte qu'il est malséant de douter que tout soit bien en fait de productions des beaux-arts , dès-lors que la foule s'empresse pour les goûter et pour y applaudir. Espérons que les principes ou les semences du beau, qui ont été recueillies et jetées en France» porteront des fruits dans toute l'Europe » malgré les ennemis des progrès et malgré l'astuce des intrigans ; espérons que dorénavant l'inconstance du goût dans les arts n'aura pas lieu dans tant de pays où l'on en comprend à présent les vrais principes , et qu'enfin dans toutes les écoles de l'Europe le sentiment du beau résultera de ces mêmes principes bien établis» parce qu'on les aura reconnus vrais et incontestables.

Faisons maintenant quelques réflexions sur l'art des décors en général » et voyons s'il n'importe pas beaucoup

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