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de les maintenir conformes aux loià du beau » afin que leur influence ne devienne jamais fiineste au goût et aux mœurs des nations.
On a souvent dit que le goût et Tesprit de tout un peuple» se manifestant au dehors de toutes manières» ils apparaissaient à travers ses productions d'art, en sorte .qu'à Tinspeclion de ces productions on pouvait reconnaître à quel peuple et à quel siècle même elles appartiennent : cela est assez vrai. Hais une remarque importante à faire, c'est que le bon goût a souvent été Imposé par les l^slateurs» et qu'il n'a pas toujours résulté du hasard; en sorte qu'il faut dire aussi que de même qu'un goût qui s'est peu à peu dépravé doit contribuer à la dépravation d'une nation; de même un goût sain et élevé, un goût entretenu par le respect constamment commandé pour le beau , doit contribuer à relever l'esprit de tout un peuple, et à le régénérer à la fin.
Les Égyptiens n'adoptèreot point , par un instinct national, ce goût de tristesse et de monotonie grave, ce goût du gigantesque qui domine dans toutes leurs productions; non, ce goût leur fut infligé. Les Grecs ont eu un goût excellent dont l'odeur , j'ose employer cette expression , semblable à celle des parfums , se reconnaît aisément; mais ce goût exquis fut l'ouvrage des Platon, des Socrate , des Phidias et des Apelles. A Byzance , dans le moyen âge, ce goût grec s'éteignit; mais , comme la nature était sa règle et sa base, on ne parvint point à le corrompre. Les Romains , rudes et guerriers, ignoraient les beaux-arts; ils ne les cultivèrent que lorsqu'énorgueillis par leurs conquêtes, ils préférèrent à tout la magnifia cenceet le luxe. Cette magnificence passa donc dans leurs
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arts; mais elle était commandée. La simplicité grecque convenait peu à leurs princes ^ à leurs législateurs , leur but étant d'imposer au monde entier. Y a-t-il dans notre Europe aujourd'hui ^ des influences durables qui dirigent
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tiques abondent. Ici commence une influence coiiimandée. Ennemi en un certain tems des philosophes» qu*il appelait idéologues » ce conquérant » réduit aux moyens du despotisme » cherchait à étouffer les sentimens exaltés et généreux d'une noble indépendance , et il pensa à avilir les esprits» et par cela même à avilir les arts. Dèslors commença cet abandon des grandes maximes » cette recherche des effets propres seulement à retracer des faits relatifs au règne et à la domination de ce chef itifati> gable. Une ère nouvelle commença ensuite pour la France; un Bourbon revint» une charte libérale à la main» gouverner les Français. Assis sur le trône de ses pères » il voulait étendre sa main protectrice sur les arts » sur les lettres et les sciences; maisidans les arts la corruption avait commencé ses ravages : David i ce grand réformateur de la peinture» vieillissait exilé; ses élèves disparaissaient : Toccasion était fieivorable pour les artistes sans goût , sans élévation» et pour les vieux routiniers intrigans.
On commença donc à rappeler la sainteté des peintures de Raphaël » et delà la sainteté des peintures des Garracci» des Carlo Maratti» et même des Jouvenet el des Yanloo. Des gobe-mouches répétèrent que la peinture ne florissait jadis que parce qu'elle était protégée et alimentée par les couvens et les abbés : comme s'il n'j avait plus d'abbés du tems de M. Natoire et de M. Pierre» époque où la barbarie étalait toutes ses impertinences » toute son ignorance des principes du beaul On poussa de toutes parts pour hâter la chute de la haute peinture , et pour exciter les jeunes artistes à des extravagances piquantes » qui pussent détourner tout-à-fait de la route précédemment parcourue par David et par ses disciples
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habiles. Malgré ces lâches efforts, le goût général restait influencé par les souvenirs de cette belle école » et çà et là se continuait Thabitude de consulter le beau style des anciens. Mais à la fin on vit » soit dans nos fabriques, soit dans les ateliers de nos arlistes , s'associer à ce beau goût un goût moderne , tourmenté , capricieux , bizarre. Les meubles se conlournèrent» les habits de nos dames devinrent bouflàns; on proposait Tinfluence du style gothique, parce que ce goût gothique s'associait à des idées qui, à cette époque , avaient facilement accès dans les esprits. Dès-lors la foule des peintres qui vivent de l'argent du public ne représentèrent plus que les chevaliers paladins de nos romanciers. Aujourd'hui on encadre les tableaux et les estampes avec des Bordures toutes semblables à celles qu'on avait adoptées sous Louis XIY , on relie les livres comme du tems de Henri YIII; on finira par caparaçonner les chevaux, et dorer les voitures, les vestes et les canapés comme du tems de M"* de Pompadour. Tel est aujourd'hui le triomphe des envieux ennemis du beau ; la cour, le clergé, les ministres , tous servent ces envieux sans s'en douter.
Le mal est fait; il reste à savoir s'il convient d'attacher quelqu'importance à ces vicissitudes. N'est-ce pas quelque chose de bien grave , dira ironiquement un ministre , que nos théâtres et nos décors soient comme ceci ou comme cela ; l'essentiel n'est-il pas que l'industrie soit vivifiée , et que l'aident arrive dans les coffres de l'État ? Et l'esprit public , et l'opinion , et l'amour de l'ordre , et la constance dans les hautes et nobles affections, et l'amour du pays et de ses institutions , et l'amour et le respect pour le prince, est-ce que ces sentimens sont
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iuûéê et ne prennenl leur origine nulle pari? Est-ce que les lettres » les sciences , les arts ne sont ponr rien dans Texistence de ces sentimens? Est-ce que les vices de Taoïsme ont jamais rien produit d'utile à un pays , et doit-il être permis à chacun de s'attacher au mal par caprice et selon cet ^îsme? Enfin» n'est-ce pas une chose honteuse que d'être indifférent à ce qui est beau , à ce qui est bien ? Je le pense ainsi : or , puisque nous ayons des institutions pour les belles*lettres, pour l'art militaire, pour l'art de guérir, etc« , pourquoi n'en aurions-nous pas pour diriger, éclairer, instruire complètement les artistes, et les rendre, par leur utilité, dignes de la protection de l'Ëlat et de l'estime de leurs concitoyens ? Hais en voilà assez et peut-être trop de dit sur ce point.
On entend par décors la décoration qu'un peintre ou un architecte ou un sculpteur imagine, soit pour tout l'ensemble d'un édifice, soit pour un lieu particulier, soit même pour une partie seulement d'un lieu quelconque. On dit donc le décor d'une cheminée , celui d'un salon , d'une galerie, d'une salle de spectacle, d'une chapelle, d'un cabinet, d'une bibliothèque, d'un magasin, d'un café , etc. : bien que la sculpture et l'architecture contribuent à ces décors , c'est surtout à la peinture qu'on les doit , c'est surtout le peintre qui compose et exécute ces décors.
La règle du beau étant universelle , et s'appliquant à toutes les productions de l'esprit, c'est cette même règle que le peintre de décors doit interroger ; c'est la convenance , c'est le beau optique qui doivent être les régulateurs de ses idées , de ses conceptions. Mais trop souvent ces peintres dépendent de quelques maîtres, de quelques
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protecteurs » et ib ne redoutent même que les critiques ou de quelque faiseur en vogue, ou de gens à la mode et donnant le ton. En effet la critique des vrais savans va se perdre au milieu des acclamations et des applaudissemens de ces prétendus connaisseurs» engoués de ce qui a l'empreinte du ton du jour; c'est donc à ceux-ci surtout qu'il faut que les artistes cherchent à plaire. Quant au public d'aujourd'hui , il n*est pas encore assez instruit dans la science du beau , ou plutôt, son sentiment du beau et du naturel , est trop influencé et modifié par les nombreuses productions maniérées des écoles, pour être d'une grande influence sur le génie et sur les résolutions des artistes. Dans l'antiquité , au contraire , ce sentiment du beau subsistait parce qu'il provenait de l'éducation et de l'instruction artistique des peuples. Mais aujourd'hui , répétons-le , malgré nos milliers d'artistes et de tableaux , le peuple ignore les lois et la destination des beaux-arts , et il abandonne sans regret cette connaissance aux soidisant amateurs, qu'il suppose initiés dans ces sortes de secrets. Il faut on eflet être initié pour comprendre aujourd'hui les raisons de tant de bizarres productions du pinceau. U est vrai que tout ce secret consiste à reconnaître si telle ou telle manière est encore en faveur au moment où elle parait, et à vérifier si les conditions qu'exige avant tout la mode ont été bien remplies ; voilà tout le mystère , et il est à la portée du plus sot des observateurs. Mais enfin le peuple n'imagine pas que la science de l'amateur se borne à si peu de chose , et il croirait encourir le reproche de prétentieux s'il déclarait librement son opinion sur les tableaux et les décors. Il se contente donc d'exprimer ses sensations et de déclarer que
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tel décor est brillank, élégant, riche ou simple» et là so bornent ses obserrations et sa critique. Cette espèce d'ab* négation de son bon sens comme juge en ces sortes de questions , laisse au sens de la vue tout son empire , et ne tempère en rien la force des émotions que le décorateur n'a pas manqué d*exciter; en sorte que ce spectateur, tout méfiant de son ignorance, reste ébloui , distrait et fortement attiré par toutes ces couleurs vives et ardentes , par toutes ces bizarreries piquantes , par ces effets enfin qui Tétourdissent et qui laissent dominer dans son sentiment une confusion , un bouleversement qui paralyse son sens commun. N'est-ce pas là au reste la définition exacte du résultat que produit dans l'art le charlatanisme?
Cependant le sens commun ne devrait-il pas , malgré tout, exercer ses droits ? Gomment se fait-il qu'il se laisse toujours exclure de la critique artistique , lorsqu'il s'agit de juger les productions d'art? Cet empire de la mode et des académies est donc bien puissant , puisque les gens do simple bon sens croient encore aujourd'hui devoir se retirer aussitôt qu'il s'agit de porter un jugement sur les productions du pinceau. N'est-il pas tems enfin que ce bon sens , que cette simple raison , que cette conscience des. sensations et ce sentiment intime du beau ou du laid , du convenable et du déraisonnable viennent opposer ou leur force d'inertie ou leur autorité dans ces jugemens généraux; et le public ne doit-il pas opposer cette raison et ce bon sens comme une digue formidable au débordement des préjugés et des sottes louanges qui subjuguent, enivrent et entraînent les plus indiflërens?
Que tout spectateur désintéressé se demande donc en examinant un décor quel a été le but que s'est proposé
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l'artiste; qu'il veuille comprendre ce but , Tapprouver ou le critiquer; qu'il se demande sans timidité, sans fausse honte pourquoi on a accumulé sur ce panneau » sur ce plafond toutes ces formes pointues et arrondies , ces ornemens dits arabesques» qui n*ont ni signification ni heureuse application, arabesques que Yitruye a condamnés dans son livre connu de tout le monde , arabesques que Raphaël a copiés sans trop savoir de quelle époque provenaient les types de ces inventions bizarres. Qu'il se demande pourquoi des êtres mythologiques sont disséminés çà et là » et escortés de toutes sortes de couleurs tracées ou en éventail ou en spirale, ou par ronds et par carrés. Qu'il ose se demander quel rapport il peut y avoir entre le lieu , sa destination , son caractère , et tous les omemens » tous les décors qu'on y a prodigués par pur caprice : pourquoi cet or qui reluit de toutes parts lorsque le lieu est modeste et que son caractère n'a rien de magnifique ; pourquoi ces éclats de couleur, ces bigarrures qui choquent par leur inconvenance et aussi leur monotonie.
Eh quoi ! il ne serait pas permis à un bourgeois , à un négociant , à un avocat , à un artisan , de dire son mot parce qu'il n'a pas peint des aquarelles dans sa jeunesse, ou qu'il n'a pas , étant en pension , barbouillé en noir le profil de l'Apollon ou le nu d'une figure (€ Académie I Parce que quelques conversations avec des peintres l'ont laissé la bouche béante, et , ne comprenant rien à tout ce que ceux-ci lui ont dit sur les tableaux et les maîtres , il se persuaderait qu'il est un indigne , et qu'il doit tout voir en fait de peinture, en fait de décors et de beaux-arts en général, et ne dire son avis sur rien ? Quelle étrange modestie !
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quelle humiliaDte résignation I II poarra parler de la belle ou laide forme d*une robe , d*ua habit ou d'une coiffure , et la critique d'un décor lui sera interdite I Parce qu'il n'a pas étudié la perspectire ou l'optique des couleurs, il faudra qu'il concentre respectueusement son malaise , son déplaisir 9 son indignation en voyant des conceptions de colifichets adoptées dans des galeries majestueuses; des masses d'un grand caractère et tristes dans un boudoir; de petits monumens sur des grandes places publiques; de lourds monumens sur des petites places; l'association de toutes sortes de styles dans un seul édifice; la boutique d'un pâtissier décorée comme un sanctuaire; des chapelles de cathédrales chamarrées à la turque ou barbouil. lées par des maçons ; la grille d'un tribunal ou d'une prison éblouissante de dorures; les grands théâtres décorés du même style que le théâtre de Paillasse; un tapis éclatant de couleur dans le salon bien flétri de quelqu'ancien ambassadeur ; la loge d'un portier proprement peinte et surmontée de deux boules d'or» tandis que l'escalier du grand hôtel dont il surveille l'entrée est vert de moisissure : il faudra ne rien comparer^ ne rien juger» trouver tout bien apparemment » et s'accoutumer paisiblenœnt à ces sottises, à ces mélanges barbares de toutes sortes de styles et de caractères , è ce désordre » à cet imbroglio » ouvrage de prétendus décorateurs , qui n'ont pour toute réponse que ce mot si sot : C'est la mode. Non, personne n'imaginera qu'une aussi grande partie du public doive être réduite à ce silence et à cette abnégation de son propre sens commun , et qu'elle doive se laisser récuser par les artistes dans ces sortes de jugemens.
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