‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 124 sur 142 · TOME VIII · texte numérisé non relu

TOME VIII

482 DIFP&BENS GBIIBES EN PBIlITUEE.

contraste , on le sait , est presque désespérant pour l'artiste. Cependant quel a élé le zèle des peintres de fleurs dans la recherche des moyens matériels les plus propres à conserver l'éclat de leurs couleurs ? Nous ne voyons pas qu'ils se soient pénétrés plus que les autres du besoin d*user de matières brillantes et Inaltérables. On a vu même , en Italie surtout , des peintres de fleurs exécuter ces sortes de représentations à pleine pâte , et avec des huiles qui ont noirci. On rencontre dans les cabinets beaucoup de ces tableaux obscurs et arides, dont le spectacle blesse tous les yeux, et rend inconcevable Tinsouciance des artistes sur ce point matériel de leur arL

Les peintres de fleurs doivent donc, plutôt que tous les autres, faire des eflbrts pour trouver un procédé de peinture qui puisse procurer de l'éclat et de la durée aux couleurs. De mon côté, j'ai fait dos efl'orts très-persévérans pour parvenir à ce but, et ces efforts n'ont pas été sana succès. Je crois donc pouvoir aflirmer que les tableaux de fleurs, exécutés selon la méthode que j'ai adoptée (nous allons l'exposer incessamment), ont non-seulement reçu un vif éclat et une qualité de teinte qui manque à la gouache et à la peinture à huile, mais qu'ils ont conservé, depuis plus de quinze ans qu'ils sont faits, toute leur fraîcheur et toute leur énergie.

Quant aux peintres qui Imitent les fleurs par le procédé à huile, ils ne sauraient, selon moi, se dispenser de peindre sur des panneaux préparés à colle; ils doivent môme traiter leurs ébauches au lavis , et finir à huile par des glacis légers; enfin ils feraient mieux encore d'exécuter leurs tableaux de fleurs et de fruits entièrement au lavis. Les exemples admirables donnés dp nos jours par

TABL. DB FLBTJRS» DB FRUITS ET d'oBJBTS IIIA1«IM< 4^3

les Yandaël » les Redouté » etc. , doivent suffire pour persuader les peintres à ce sujet. Le procédé de la gouache est même excellent pour (aire obtenir la juste imitation des fruits, et un peintre habile saura en tirer un parti surprenant» et laisser loin derrière lui toutes les autres espèces de peintures représentant ces sortes d'objets; mais il existe un meilleur procédé, c'est le procédé encaustique dont nous allons bientôt parler.

Finissons par emprunter au Dictionnaire de Millin un passage relatif aux peintres de fleurs ; c L'artiste qui » veut parvenir, dit-il, à un certain degré de talent dans » Fart de peindre les fleurs , doit passer la plus grande » partie de sa rie à s'occuper de ses modèles , et doit » posséder un jardin pour les cultiver lui-même, aCn » qu'il puisse se procurer les plus belles de chaque saison » de Tannée pour en faire un choix , et ayoir en travail- » lant la nature sous les yeux. Il faut pour réussir dans

> cet art être doué non-seulement d'une patience infati-^ 1 gable pour les détails et d'une grande dextérité, mais

> il faut réunir certaines qualités morales qui n'ont pas » manqué aux artistes qui se sont fait un nom dans ce » genre , c'est-à-dire une douceur de caractère ^ une 9 sérénité d'âme, et une égalité d'humeur propre à rendre » la précision toujours la même, la couleur toujours » pure , la touche également sûre et légère , à répandre » enfin sur tout l'ouvrage ce charme que sait créer et 9 communiquer une âme innocente et sensible. »

On peut citer parmi les auteurs qui ont écrit sur l'art de représenter les fleurs en peinture « Brookahaw, Patrick , Soverby , etc.

Ce que nous venons de dire des tableaux de fleurs , on

484 DIFF&RERS GfillBE0 EIV PEINTURE.

doit le dire des tableaux d'objets inanimés , tableaux dits de nature morte. Quelques peintres ont pensé à intéresser les spectateurs en rassemblant ingénieusement des objets inanimés qui pouraiént avoir des rapports entr'eux^ et dont la réunion put présenter une certaine expression. C'est ainsi qu'ils ont^ par exemple, pour rappeler les plaisirs et l'art de la chasse , Composé leurs tableaux de gibier, d'armes , de chiens » etc. ; d'autres ont voulu rappeler l'art de la musique, ils ont groupé des instrumens et ont fourni une espèce de concert , un espèce de langage à l'aide de la représentation de ces instrumens. Quelques-uns ont signalé la vie contemplative des cénobites; et ils ont fait voir dans une grotte un livre ^ une télé osseuse, une lampe, des racines, etc. Mais, il faut le dire , le plus grand nombre des peintres d'objets inanimés n'ont point réfléchi au caractère ni à l'expression de leurs tableaux , ils ont entassé toutes sortes d'objets dénués de rapports entr'eux* Sur une table ils nous font voir un vase , un oiseau mort , des raisins , un flambeau , des papiers , des coques de noix , un perroquet , puis des oignons, une guitare, un lézard, des coquillages, que sais-je enfin ? Mais quelquefois rien n'est si bien imité que ces objets incohérens et composant ces salmigondis.

Parmi les peintures d'Herculanum , il y en a deux qui représentent l'une le trône de Mars , l'autre celui de Vénus : ce dernier est surmonté de (Solombes , celui de Mars l'est d'un casque : voilà au moins des objets qui réveillent des idées. En général , aux yeux des anciens , les arls d'imitation étaient les moyens d'exprimer des idées , mais l'imitation n'était point le but.

Millin (Voy. le Mag. Encycl., i'® année, tom. 4»

Page 1